Sur quelques films:
Les Particules de Blaise Harrison. Ils sont jeunes, habitent le pays de Gex, vont au lycée de Ferney-Voltaire, et vivent au-dessus du LHC, le plus puissant accélérateur de particules du monde... tout ça fait beaucoup pour P.A., l'un d'entre eux, plus "sensible" que les autres à ces "événements" invisibles, infiniment petits, qui se passent sous terre, à la vitesse de la lumière, ces micro "big bang" faits de collisions, comme on se cogne, à cet âge, au réel du monde, mais aussi d'interactions, à l'instar des quarks, bosons et autres gluons, écho à celles qui régissent les relations entre jeunes, ce lien, plus ou moins fort, qui les unit, à travers ce qu'ils partagent (la musique, les "champignons magiques"...) mais aussi le désir amoureux, en même temps qu'il les coupe d'une certaine réalité. P.A. (l'acteur, au corps maladroit, "encombré", rappelle celui du dernier Civeyrac) est victime d'étranges phénomènes. "Ce n'est pas une fanfare, c'est une harmonie", dit-il au début à ses copains, à propos de l'orchestre municipal dont il fait partie (il joue du saxophone). Mais c'est bien la "dysharmonie" qui progressivement s'installe. Harrison, dont c'est le premier long métrage, excelle ainsi à créer un climat d'étrangeté (auquel contribue la musique originale signée Elg), le film oscillant entre émerveillement - à la Spielberg (un "rayon bleu" revient régulièrement, qui attire P.A.) - et inquiétude, à la manière des films d'ado de Van Sant. Dommage que le réalisateur ne sache pas toujours quoi en faire (ainsi de la disparition d'un des personnages), laissant pour le coup l'élément schizo, lynchien, qui sous-tend le récit, prendre le dessus, en accord avec les troubles dont souffre P.A. Si les énigmes posées par le film sont en rapport avec la grande énigme que constitue l'antimatière ("où est-elle passée?"), pourquoi les rattacher, même partiellement, à la maladie mentale? La dimension poétique qui est propre à la physique, en particulier celle des particules, suffisait largement. C'est un peu la limite du film qui n'en reste pas moins une jolie réussite.
A suivre: Parasite de Bong Joon-ho. Cuisine et dépendances...
Sinon pas de note sur Passion d'Hamaguchi, je prévois un texte plus conséquent qui parlera aussi de Senses (Happy hour) et d'Asako I & II...
Et puis tiens, ça, trouvé parmi d'anciennes notes:
Fenêtre sur cour consacre la représentation des écrans cinématographiques dans le film. Un reporter immobilisé dans sa garçonnière est le spectateur idéal qui suit au moyen de ses téléobjectifs le déroulement d’un film: sur la paroi d’en face, les fenêtres s’allument et s’éteignent comme de multiples écrans parmi lesquels le voyeur fait son choix. La profondeur de la cour, telle une fosse d’orchestre, marque la distance nécessaire au spectacle. Le crime que Jeff (James Stewart) découvre est représenté à partir de ces images, comme au cinéma. Floué par sa perception spatiale, simple approche visuelle, il ne peut comprendre la soudaine intrusion de l’assassin chez lui. Celui-ci surgit en effet par le côté jamais représenté du spectacle, celui de la "loge", dont Jeff est pratiquement expulsé. En bouclant l’espace par son quatrième côté, Hitchcock lui redonne sa réalité tactile, matérielle. A la question "Que voulez-vous de moi?" du meurtrier avançant sur lui, le photographe très logiquement répond par une série de flashes pour le stopper, réaliser à la lettre un arrêt sur l’image, comme pour contenir l’agression du réel et préserver son imaginaire: le film doit continuer! (Renaud Bezombes, Cinématographe n°50, septembre 1979)