Les Granges du Colonel.
Notes sur "Los Alamos" (2).
Epingle 3. Dans Parpaillon, "on pourrait dire que l’histoire de la pompe d'Ursus est le MacGuffin de Moullet, sa bouteille de Bourgogne remplie d’uranium, à la différence que son choix est fondamentalement encore plus radical. Ni simple prétexte narratif, ni même moyen d'injecter de la folie dans le récit comme avec le tigre africain des Monty Python, la pompe d'Ursus, pour Moullet, est purement et simplement un moyen de se soustraire aux exigences de la narration..." (Fabien Boully)
Quand naît Luc Moullet en 1937, la mine de Shinkolobwe, à l'époque la plus importante mine d'uranium du monde, située au Congo belge, vient de fermer. Les stocks sont jugés suffisants pour un marché encore limité. Mais en 1939, suite à la découverte de la fission nucléaire, l'uranium devient un enjeu majeur que la Seconde Guerre mondiale va faire exploser - si l'on peut dire. De crainte que les stocks tombent aux mains des Allemands (une partie évacuée vers différents ports belges et français a déjà été saisie), Edgar Sengier, le directeur de l'Union minière du Haut-Katanga qui exploite le site de Shinkolobwe, fait transférer en secret aux Etats-Unis 1000 tonnes d'uranium, qu'il cache dans un entrepôt à New-York. On connaît la suite... c'est le projet Manhattan.
Un homme (A) seul sur un sentier au milieu de la montagne. Il porte une mallette qu'il tient serrée sous son bras. L'homme avance péniblement. Au bout d'un moment, il s'arrête, pose la mallette sur le sol, s'essuie le visage, regarde le ciel et tombe à genoux. Il reste ainsi, comme prostré, plusieurs minutes. Vue sur l'homme penché sur sa mallette. Une ombre apparaît dans le plan: c'est celle d'un autre homme (B) qu'on découvre en contre-plongée et qui se tient là, debout, devant A.
A (gêné par le soleil, passant la main devant son visage pour mieux voir): Qui êtes-vous?
A: En bas, ils vous cherchent... j'ai vu deux types...
B: Je sais... Il y a quoi dans cette mallette?
A: Rien...
B (saisissant la mallette): Ouh là, c'est lourd... je parie que c'est de l'or...
A: Non, c'est pas de l'or... et on peut pas ouvrir.
B: Tiens, donc...
A: Je rigole pas, c'est super dangereux.
B (prêt à ouvrir la mallette... puis se ravisant): Et où tu l'as trouvée?
A: Je l'ai pas trouvée, elle est à moi...
B: Ah ouais... Alors dis-moi ce qu'il y a dedans.
A: Si je vous le dis, vous voudrez voir si c'est vrai.
B: Non, je te promets...
A (dubitatif): Mmm...
B: Attends, je suis Jim McCaw quand même...
A: Bah oui justement... un bandit...
B: Oui mais un vrai, qui n'a qu'une parole...
A: Je savais pas qu'il y avait deux sortes de bandits.
B: Bon ça va, on va pas discuter des heures, tu me dis ce qu'il y a dedans...
A: Non.
B: Ecoute l'ami, je crois pas que tu sois en position de force...
A: D'accord... mais vous ne regarderez pas?
B (s'énervant): Dépêche-toi...
A: OK OK... Vous connaissez la pechblende?
B: La quoi?
A: La pechblende... le yellow cake... vous savez ce que c'est?
B: Non... c'est quoi?... ça se mange?
A (levant les yeux au ciel): "Ça se mange"... ho, c'est pas un gâteau... la radioactivité, ça vous dit quelque chose?
B: Euh, ça oui... je l'ai lu dans une BD... "Le rayon de la mort", ça s'appelait...
A: Eh ben voilà... c'est ce qu'il y a à l'intérieur.
B: Le rayon de la mort?... Dans la mallette?... Tu te fous de moi?
A: Non je vous jure, c'est la vérité... Et vous m'avez promis de ne pas ouvrir.
B: Promis, promis... oui, à condition que tu me prennes pas pour un con.
La montagne. Les nuages de plus en plus menaçants. Le vent qui se met à souffler très fort...
A: Ça va être terrible si...
B: T'as raison... il y a une grotte un peu plus haut... Allons-y...
A: Je parle pas de l'orage, mais de ce qu'il y a dans la mallette.
B: C'est ça, continue... Tu crois vraiment que je vais avaler ton truc... un machin radioactif... comme dans le film... comment ça s'appelait déjà?
A: "En quatrième vitesse"...
Le ciel tout noir.
B: En quatrième vitesse, c'est ça... (et joignant le geste à la parole, il quitte le sentier et s'engage d'un pas rapide dans la pente, en direction de la grotte, emportant avec lui la mallette)
A. Hé ho, ma mallette... attendez-moi...
(à suivre)
Notes sur "Los Alamos" (2).
Epingle 3. Dans Parpaillon, "on pourrait dire que l’histoire de la pompe d'Ursus est le MacGuffin de Moullet, sa bouteille de Bourgogne remplie d’uranium, à la différence que son choix est fondamentalement encore plus radical. Ni simple prétexte narratif, ni même moyen d'injecter de la folie dans le récit comme avec le tigre africain des Monty Python, la pompe d'Ursus, pour Moullet, est purement et simplement un moyen de se soustraire aux exigences de la narration..." (Fabien Boully)
Quand naît Luc Moullet en 1937, la mine de Shinkolobwe, à l'époque la plus importante mine d'uranium du monde, située au Congo belge, vient de fermer. Les stocks sont jugés suffisants pour un marché encore limité. Mais en 1939, suite à la découverte de la fission nucléaire, l'uranium devient un enjeu majeur que la Seconde Guerre mondiale va faire exploser - si l'on peut dire. De crainte que les stocks tombent aux mains des Allemands (une partie évacuée vers différents ports belges et français a déjà été saisie), Edgar Sengier, le directeur de l'Union minière du Haut-Katanga qui exploite le site de Shinkolobwe, fait transférer en secret aux Etats-Unis 1000 tonnes d'uranium, qu'il cache dans un entrepôt à New-York. On connaît la suite... c'est le projet Manhattan.
Un homme (A) seul sur un sentier au milieu de la montagne. Il porte une mallette qu'il tient serrée sous son bras. L'homme avance péniblement. Au bout d'un moment, il s'arrête, pose la mallette sur le sol, s'essuie le visage, regarde le ciel et tombe à genoux. Il reste ainsi, comme prostré, plusieurs minutes. Vue sur l'homme penché sur sa mallette. Une ombre apparaît dans le plan: c'est celle d'un autre homme (B) qu'on découvre en contre-plongée et qui se tient là, debout, devant A.
A (gêné par le soleil, passant la main devant son visage pour mieux voir): Qui êtes-vous?
B (à contre-jour): Et toi, qui es-tu?
A : Je suis fatigué.
B (décrochant de sa ceinture une gourde remplie d'eau, qu'il tend à A): Tiens, bois...
(A) est vêtu d'une veste en toile, déchirée sur les côtés. Il porte un foulard jaune autour du cou. (B) est, lui, vêtu d'un uniforme, style cavalerie, et porte un chapeau à bords plats, orné d'un ruban bleu.
A (après avoir bu): Merci... (puis s'aspergeant le visage) alors... vous êtes qui?
B: Jim McCaw.
A (se relevant): McCaw... le bandit?
B: C'est pas le surnom que je préfère.
A : Je suis fatigué.
B (décrochant de sa ceinture une gourde remplie d'eau, qu'il tend à A): Tiens, bois...
(A) est vêtu d'une veste en toile, déchirée sur les côtés. Il porte un foulard jaune autour du cou. (B) est, lui, vêtu d'un uniforme, style cavalerie, et porte un chapeau à bords plats, orné d'un ruban bleu.
A (après avoir bu): Merci... (puis s'aspergeant le visage) alors... vous êtes qui?
B: Jim McCaw.
A (se relevant): McCaw... le bandit?
B: C'est pas le surnom que je préfère.
B: Je sais... Il y a quoi dans cette mallette?
A: Rien...
B (saisissant la mallette): Ouh là, c'est lourd... je parie que c'est de l'or...
A: Non, c'est pas de l'or... et on peut pas ouvrir.
B: Tiens, donc...
A: Je rigole pas, c'est super dangereux.
B (prêt à ouvrir la mallette... puis se ravisant): Et où tu l'as trouvée?
A: Je l'ai pas trouvée, elle est à moi...
B: Ah ouais... Alors dis-moi ce qu'il y a dedans.
A: Si je vous le dis, vous voudrez voir si c'est vrai.
B: Non, je te promets...
A (dubitatif): Mmm...
B: Attends, je suis Jim McCaw quand même...
A: Bah oui justement... un bandit...
B: Oui mais un vrai, qui n'a qu'une parole...
A: Je savais pas qu'il y avait deux sortes de bandits.
B: Bon ça va, on va pas discuter des heures, tu me dis ce qu'il y a dedans...
A: Non.
B: Ecoute l'ami, je crois pas que tu sois en position de force...
A: D'accord... mais vous ne regarderez pas?
B (s'énervant): Dépêche-toi...
A: OK OK... Vous connaissez la pechblende?
B: La quoi?
A: La pechblende... le yellow cake... vous savez ce que c'est?
B: Non... c'est quoi?... ça se mange?
A (levant les yeux au ciel): "Ça se mange"... ho, c'est pas un gâteau... la radioactivité, ça vous dit quelque chose?
B: Euh, ça oui... je l'ai lu dans une BD... "Le rayon de la mort", ça s'appelait...
A: Eh ben voilà... c'est ce qu'il y a à l'intérieur.
B: Le rayon de la mort?... Dans la mallette?... Tu te fous de moi?
A: Non je vous jure, c'est la vérité... Et vous m'avez promis de ne pas ouvrir.
B: Promis, promis... oui, à condition que tu me prennes pas pour un con.
La montagne. Les nuages de plus en plus menaçants. Le vent qui se met à souffler très fort...
A: Ça va être terrible si...
B: T'as raison... il y a une grotte un peu plus haut... Allons-y...
A: Je parle pas de l'orage, mais de ce qu'il y a dans la mallette.
B: C'est ça, continue... Tu crois vraiment que je vais avaler ton truc... un machin radioactif... comme dans le film... comment ça s'appelait déjà?
A: "En quatrième vitesse"...
Le ciel tout noir.
B: En quatrième vitesse, c'est ça... (et joignant le geste à la parole, il quitte le sentier et s'engage d'un pas rapide dans la pente, en direction de la grotte, emportant avec lui la mallette)
A. Hé ho, ma mallette... attendez-moi...
(à suivre)







