De M. Serge Daney, Mers-les-Bains (Somme).
"D'où vient votre indifférence envers Fuller qui n'a jamais eu droit à une véritable critique dans vos colonnes? N'y avait-il personne pour sauver les admirables Maraudeurs attaquent de la hargne de Mardore?
Vous êtes en passe de devenir aussi injustes que Sadoul qui a toujours mis zéro aux Fuller parce qu'il croyait y déceler un message fasciste, ce qui est inexact; la pensée politique de Fuller étant très confuse et plutôt attachée à des valeurs qui sont monnaie courante dans le cinéma américain, telles que l'aventure dans tout le sens du mot.
Même chose pour Cottafavi: honte à celui qui massacra en quelques lignes les très belles Légions de Cléopâtre sans que personne ne proteste!
Enfin, n'y a-t-il pas dans votre revue une désaffection presque généralisée envers le cinéma américain au profit d'un certain cinéma "européen" dont Antonioni est la plus triste incarnation?
Ainsi, votre rédacteur en chef a lancé hargneusement que Preminger "n'avait rien à dire". Je concède que ce cinéaste n'a pas consacré six films au problème du couple moderne et ceci ne me paraît pas rédhibitoire; bien au contraire, c'est la preuve que Preminger, comme tous les grands cinéastes, ne pense pas par "problèmes" (ce qui nous ramène au bon temps du théâtre à thèse, de Bernstein à Ibsen), parce que tous les problèmes entrent dans une vision globale du monde qu'exprime sa mise en scène.
Comment ne pas trouver derrière Bonjour tristesse comme derrière Rivière sans retour le même regard (je m'excuse d'employer ce terme macmahonien et pédant, mais c'est le seul qui convient ici) qui est bien plus qu'une thématique la garantie d'un vrai style?" (Cinéma 62, n°71, décembre 1962)
En décembre 1962, Serge Daney a 18 ans; il vient d'écrire son premier grand texte ("Rio Bravo, un art adulte") dans Visages du cinéma, le premier numéro (consacré à Howard Hawks) de la revue que son ami Skorecki et lui ont créée (le second numéro qui sera aussi le dernier sera consacré à Preminger).
Un an et quelques mois plus tard Daney entrera aux Cahiers...
"D'où vient votre indifférence envers Fuller qui n'a jamais eu droit à une véritable critique dans vos colonnes? N'y avait-il personne pour sauver les admirables Maraudeurs attaquent de la hargne de Mardore?
Vous êtes en passe de devenir aussi injustes que Sadoul qui a toujours mis zéro aux Fuller parce qu'il croyait y déceler un message fasciste, ce qui est inexact; la pensée politique de Fuller étant très confuse et plutôt attachée à des valeurs qui sont monnaie courante dans le cinéma américain, telles que l'aventure dans tout le sens du mot.
Même chose pour Cottafavi: honte à celui qui massacra en quelques lignes les très belles Légions de Cléopâtre sans que personne ne proteste!
Enfin, n'y a-t-il pas dans votre revue une désaffection presque généralisée envers le cinéma américain au profit d'un certain cinéma "européen" dont Antonioni est la plus triste incarnation?
Ainsi, votre rédacteur en chef a lancé hargneusement que Preminger "n'avait rien à dire". Je concède que ce cinéaste n'a pas consacré six films au problème du couple moderne et ceci ne me paraît pas rédhibitoire; bien au contraire, c'est la preuve que Preminger, comme tous les grands cinéastes, ne pense pas par "problèmes" (ce qui nous ramène au bon temps du théâtre à thèse, de Bernstein à Ibsen), parce que tous les problèmes entrent dans une vision globale du monde qu'exprime sa mise en scène.
Comment ne pas trouver derrière Bonjour tristesse comme derrière Rivière sans retour le même regard (je m'excuse d'employer ce terme macmahonien et pédant, mais c'est le seul qui convient ici) qui est bien plus qu'une thématique la garantie d'un vrai style?" (Cinéma 62, n°71, décembre 1962)
En décembre 1962, Serge Daney a 18 ans; il vient d'écrire son premier grand texte ("Rio Bravo, un art adulte") dans Visages du cinéma, le premier numéro (consacré à Howard Hawks) de la revue que son ami Skorecki et lui ont créée (le second numéro qui sera aussi le dernier sera consacré à Preminger).
Un an et quelques mois plus tard Daney entrera aux Cahiers...





