Vu, lu, entendu.
Le Grand bain. Les mecs se mouillent, les femmes tentent de tenir la barre: et si le film de Gilles Lellouche rebrassait les cartes de la guerre des sexes? Comme prévu, sa sortie s'est transformée en raz de marée triomphal. L'histoire de cette bande de mecs qui surnagent mal dans leur vie et reprennent confiance grâce à la natation synchronisée a déjà attiré près de trois millions de spectateurs. Le casting étoilé et le talent de Gilles Lellouche pour ficeler un feel good movie riche en mélancolie n'expliquent pas, à eux seuls, cet engouement.
Une suite inconsciente du Grand bleu. Il y a tout juste trente ans, la plongée en apnée de Luc Besson séduisait tous les jeunes gens désireux de se lover, encore un peu, dans un réconfortant océan amniotique. Aujourd'hui, les héros ont entre 40 et 50 ans, un peu de ventre, et la mer (la mère) s'est réduite pour eux à une piscine municipale où ils se lavent de leurs échecs, loin des pressions sociales - être un bon mari, un bon fils, un grand entrepreneur. S'ils finiront par remporter une victoire, elles restera confidentielle. Elle aussi aura donc un goût d'enfance, comme une médaille en chocolat.
Un film post-MeToo. Comment des types qui avalent des calmants comme des bonbons, sont insultés par leur mère et comptent leurs partenaires sexuelles sur les doigts d'une main auraient-ils la force, ou le réflexe, de harceler quiconque? Avec ces personnages qui diluent leurs névroses dans le chlore, cette comédie redistribue les fragilités. Les femmes du Grand bain? Une coach qui souffre d'un grave problème d'addiction amoureuse. Et une autre, cassée et cassante, qui mène les hommes à la baguette sans les rassurer. La phrase clé du film pourrait être l'exhortation féministe de Virginie Efira à sa bande de mâles: "Cherchez la fille qui est en vous!" Mais c'est Marina Foïs, en épouse dure mais juste, qui tient le discours le plus réparateur, comme une promesse d'après guerre des sexes: "On est fiers l'un de l'autre. Pas toujours, mais souvent." (Guillemette Odicino, Télérama)
[18-11-18]
Le Grand bain. Les mecs se mouillent, les femmes tentent de tenir la barre: et si le film de Gilles Lellouche rebrassait les cartes de la guerre des sexes? Comme prévu, sa sortie s'est transformée en raz de marée triomphal. L'histoire de cette bande de mecs qui surnagent mal dans leur vie et reprennent confiance grâce à la natation synchronisée a déjà attiré près de trois millions de spectateurs. Le casting étoilé et le talent de Gilles Lellouche pour ficeler un feel good movie riche en mélancolie n'expliquent pas, à eux seuls, cet engouement.
Une suite inconsciente du Grand bleu. Il y a tout juste trente ans, la plongée en apnée de Luc Besson séduisait tous les jeunes gens désireux de se lover, encore un peu, dans un réconfortant océan amniotique. Aujourd'hui, les héros ont entre 40 et 50 ans, un peu de ventre, et la mer (la mère) s'est réduite pour eux à une piscine municipale où ils se lavent de leurs échecs, loin des pressions sociales - être un bon mari, un bon fils, un grand entrepreneur. S'ils finiront par remporter une victoire, elles restera confidentielle. Elle aussi aura donc un goût d'enfance, comme une médaille en chocolat.
Un film post-MeToo. Comment des types qui avalent des calmants comme des bonbons, sont insultés par leur mère et comptent leurs partenaires sexuelles sur les doigts d'une main auraient-ils la force, ou le réflexe, de harceler quiconque? Avec ces personnages qui diluent leurs névroses dans le chlore, cette comédie redistribue les fragilités. Les femmes du Grand bain? Une coach qui souffre d'un grave problème d'addiction amoureuse. Et une autre, cassée et cassante, qui mène les hommes à la baguette sans les rassurer. La phrase clé du film pourrait être l'exhortation féministe de Virginie Efira à sa bande de mâles: "Cherchez la fille qui est en vous!" Mais c'est Marina Foïs, en épouse dure mais juste, qui tient le discours le plus réparateur, comme une promesse d'après guerre des sexes: "On est fiers l'un de l'autre. Pas toujours, mais souvent." (Guillemette Odicino, Télérama)
[18-11-18]
Oui, les lamas ça mange les abricots directement à l'arbre, pas sortis d'une boîte de conserve.
1988, année du bleu... pas du Grand bleu mais du sang bleu... le plus grand film de l’année (et plus) c’est ça, une histoire qui aime le sang bleu, l’aristocratie, la haute société, celle où l’on chante au lieu de parler... "un film à bascule entre l’opéra (le début) et quelque chose d’indéfinissable qui tient de l’opéra-bouffe et du fantastico-horrifique, en tout cas du jamais vu"... de sorte que d’entrée "le spectateur légèrement inquiet, qui se demande si c’est de l’art ou du cochon, ne peut se douter à quel point il se pose la bonne question" (Alain Bergala, "L‘infilmable gai")... vous l'avez deviné bien sûr, il s'agit des Cannibales d'Oliveira.
[22-11-18]
Est-ce qu'on peut dire du mal des "gilets jaunes", sans se faire traiter de suppôt du macronisme, parce que... la France d'en bas, d'accord, mais la France des beaufs, euh, non merci...
[23-11-18]
La Croatie est en passe de prendre sa revanche sur la France, même si la Coupe Davis c'est pas la Coupe du monde... Menée 2-0 avec des joueurs de simple nettement inférieurs à leurs adversaires, il faudrait un miracle pour que la France remporte le saladier... par exemple que des Pussy Riot (ou plutôt des Femen, ça se passe à Lille pas à Moscou) envahissent demain le court pendant le match de double et que l'une d'elles fasse un "high five" avec Noah. Ha ha.
[24-11-18]
Paradoxe: d’un côté, aux Champs-Elysées, à défaut de la Concorde, un groupe d’ultras (comme on dit des hooligans) profitant de la manifestation des gilets jaunes pour en découdre avec la police, et de l’autre, àla Madeleine l'Opéra, la mobilisation contre les violences faites aux femmes (dont les médias, BFM en tête, n’ont évidemment rien à foutre, pas plus d’ailleurs que des vrais gilets jaunes)... quelque chose me dit que pas mal de ceux que pointait la seconde manif, eh bien, se trouvaient parmi les casseurs de l’Etoile.
Les Champs-Elysées.
Sur ce, je rends l'antenne... à vous Cognac-Jay.
[25-11-18]
1988, année du bleu... pas du Grand bleu mais du sang bleu... le plus grand film de l’année (et plus) c’est ça, une histoire qui aime le sang bleu, l’aristocratie, la haute société, celle où l’on chante au lieu de parler... "un film à bascule entre l’opéra (le début) et quelque chose d’indéfinissable qui tient de l’opéra-bouffe et du fantastico-horrifique, en tout cas du jamais vu"... de sorte que d’entrée "le spectateur légèrement inquiet, qui se demande si c’est de l’art ou du cochon, ne peut se douter à quel point il se pose la bonne question" (Alain Bergala, "L‘infilmable gai")... vous l'avez deviné bien sûr, il s'agit des Cannibales d'Oliveira.
[22-11-18]
Est-ce qu'on peut dire du mal des "gilets jaunes", sans se faire traiter de suppôt du macronisme, parce que... la France d'en bas, d'accord, mais la France des beaufs, euh, non merci...
[23-11-18]
La Croatie est en passe de prendre sa revanche sur la France, même si la Coupe Davis c'est pas la Coupe du monde... Menée 2-0 avec des joueurs de simple nettement inférieurs à leurs adversaires, il faudrait un miracle pour que la France remporte le saladier... par exemple que des Pussy Riot (ou plutôt des Femen, ça se passe à Lille pas à Moscou) envahissent demain le court pendant le match de double et que l'une d'elles fasse un "high five" avec Noah. Ha ha.
[24-11-18]
Paradoxe: d’un côté, aux Champs-Elysées, à défaut de la Concorde, un groupe d’ultras (comme on dit des hooligans) profitant de la manifestation des gilets jaunes pour en découdre avec la police, et de l’autre, à
Les Champs-Elysées.
Sur ce, je rends l'antenne... à vous Cognac-Jay.
[25-11-18]
"Tout grand film est construit autour d'un vide, d'un creux fondamental, central. De là son allure toujours un peu hagarde et fixe de somnambule: il n'a le temps ni d'être habile ni d'être gracieux ou aimable. L'obsession du vide, du néant l'habite, et la mise en scène tâtonne savamment à la recherche de cette faille essentielle." (Jacques Rivette, circa 1961, in Textes critiques, 2018)
[27-11-18]
Parks, squares and gardens.
Dans Amanda, Vincent Lacoste est très bien et la petite qui joue Amanda aussi... pour autant quelque chose ne fonctionne pas, quelque chose qui d’ailleurs menaçait les films de Mikhaël Hers depuis le début, mais sans trop les entraver, du moins les premiers (Primrose Hill reste à ce jour son meilleur film), à savoir le déséquilibre entre d’un côté ce qui relève du sentiment, des impressions, et de l’autre la fiction, appelée à s’étioler à mesure que les films se succédaient, du fait que le sentiment de mélancolie qui les imprègne, d’autant plus marqué qu’il baigne dans une lumière d’été, se doublait d’événements douloureux de plus en plus violents. Soit ici la mort d’un proche suite à un attentat terroriste, écho à ceux du 13 novembre. Le film se passe d’ailleurs dans le 11e arrondissement [ajout: et beaucoup dans le 12e], Hers délaissant le sud-ouest de Paris et ses hauteurs, pour l’est, le quartier Voltaire et ses environs (après l’escapade berlino-new-yorkaise que constituait Ce sentiment de l’été, film pour le coup de transition). Sauf que ça ne change pas grand-chose. Ce qui intéresse Hers, c’est l’après. L’après-attentat? Oui, histoire d’en saisir le climat, d’évoquer la sidération (le temps qui suit immédiatement l’attentat est bien rendu, il y a un petit côté Shyamalan), le post-traumatique... mais aussi et toujours la post-adolescence, non plus sous la forme modianesque de "l'éternel retour", comme dans Memory Lane mais à travers la question de la paternité... Et c’est là le problème. L’attentat n’intervient finalement que comme décor, c’est le contexte du film. Le transposer dans un grand parc (en l’occurrence le Parc floral, au bois de Vincennes) en plein été, c’est retrouver l’environnement habituel des films de Hers. Pire, y faire revenir ses personnages, juste après le drame (ce n’est pas forcément le même parc mais peu importe), est non seulement une aberration du point de vue psychologique (s’il y a bien un lieu qu’il devrait être difficile de réinvestir à ce moment-là ce sont bien les parcs), cela montre surtout que pour Hers seul importe ses propres motifs, ceux qu’il répète invariablement, de film en film, indépendamment du contexte (outre les parcs, les longues marches, ici remplacées par le vélo). Avec cette même délicatesse, l’empathie, la douceur, la bienveillance, ce côté un peu neutre (mais pas le neutre barthésien) qui arase la fiction, marque de fabrique du cinéma hersien (et pas hertzien, pas si électrique ni magnétique que ça, contrairement justement à Modiano). A ce titre le choix du prénom Amanda, lui, n’est pas neutre, qui évoque amour et tendresse... En fait, le problème n’est pas que Mikhaël Hers se limite à cet aspect des choses - la question du deuil et de la réparation, loin de toute colère - mais qu’il traite l'attentat comme n’importe quelle situation tragique, uniquement marquée par la fatalité, où tout s'égalise sous la forme consensuelle du deuil à surmonter. D'où le succès rencontré par le film. Ce qui fait aussi que le film n’est pas comparable à ce qu’avait répondu Antoine Leiris aux djihadistes après la mort de sa femme: "Vous n’aurez pas ma haine". D’abord parce que ne pas exprimer sa haine ne veut pas dire qu’il n’y a pas de colère intérieure. Ensuite parce que Leiris, par cette formule, s’adressait directement aux terroristes, qu’il les impliquait et ainsi les faisait exister. Alors que là, bah non, rien... Juste un gentil petit programme, aux clignotants bien voyants, pour nous dire que si "Elvis has left the building", que lui ne reviendra pas, comme la maman d'Amanda, eh bien la vie de ceux qui restent, elle, continue, semblable à une partie de tennis mal engagée (sur gazon forcément, comme à Wimbledon), des points à (re)construire, jeu après jeu, pour remonter la pente et (peut-être) gagner le match...
[27-11-18]
Parks, squares and gardens.
Dans Amanda, Vincent Lacoste est très bien et la petite qui joue Amanda aussi... pour autant quelque chose ne fonctionne pas, quelque chose qui d’ailleurs menaçait les films de Mikhaël Hers depuis le début, mais sans trop les entraver, du moins les premiers (Primrose Hill reste à ce jour son meilleur film), à savoir le déséquilibre entre d’un côté ce qui relève du sentiment, des impressions, et de l’autre la fiction, appelée à s’étioler à mesure que les films se succédaient, du fait que le sentiment de mélancolie qui les imprègne, d’autant plus marqué qu’il baigne dans une lumière d’été, se doublait d’événements douloureux de plus en plus violents. Soit ici la mort d’un proche suite à un attentat terroriste, écho à ceux du 13 novembre. Le film se passe d’ailleurs dans le 11e arrondissement [ajout: et beaucoup dans le 12e], Hers délaissant le sud-ouest de Paris et ses hauteurs, pour l’est, le quartier Voltaire et ses environs (après l’escapade berlino-new-yorkaise que constituait Ce sentiment de l’été, film pour le coup de transition). Sauf que ça ne change pas grand-chose. Ce qui intéresse Hers, c’est l’après. L’après-attentat? Oui, histoire d’en saisir le climat, d’évoquer la sidération (le temps qui suit immédiatement l’attentat est bien rendu, il y a un petit côté Shyamalan), le post-traumatique... mais aussi et toujours la post-adolescence, non plus sous la forme modianesque de "l'éternel retour", comme dans Memory Lane mais à travers la question de la paternité... Et c’est là le problème. L’attentat n’intervient finalement que comme décor, c’est le contexte du film. Le transposer dans un grand parc (en l’occurrence le Parc floral, au bois de Vincennes) en plein été, c’est retrouver l’environnement habituel des films de Hers. Pire, y faire revenir ses personnages, juste après le drame (ce n’est pas forcément le même parc mais peu importe), est non seulement une aberration du point de vue psychologique (s’il y a bien un lieu qu’il devrait être difficile de réinvestir à ce moment-là ce sont bien les parcs), cela montre surtout que pour Hers seul importe ses propres motifs, ceux qu’il répète invariablement, de film en film, indépendamment du contexte (outre les parcs, les longues marches, ici remplacées par le vélo). Avec cette même délicatesse, l’empathie, la douceur, la bienveillance, ce côté un peu neutre (mais pas le neutre barthésien) qui arase la fiction, marque de fabrique du cinéma hersien (et pas hertzien, pas si électrique ni magnétique que ça, contrairement justement à Modiano). A ce titre le choix du prénom Amanda, lui, n’est pas neutre, qui évoque amour et tendresse... En fait, le problème n’est pas que Mikhaël Hers se limite à cet aspect des choses - la question du deuil et de la réparation, loin de toute colère - mais qu’il traite l'attentat comme n’importe quelle situation tragique, uniquement marquée par la fatalité, où tout s'égalise sous la forme consensuelle du deuil à surmonter. D'où le succès rencontré par le film. Ce qui fait aussi que le film n’est pas comparable à ce qu’avait répondu Antoine Leiris aux djihadistes après la mort de sa femme: "Vous n’aurez pas ma haine". D’abord parce que ne pas exprimer sa haine ne veut pas dire qu’il n’y a pas de colère intérieure. Ensuite parce que Leiris, par cette formule, s’adressait directement aux terroristes, qu’il les impliquait et ainsi les faisait exister. Alors que là, bah non, rien... Juste un gentil petit programme, aux clignotants bien voyants, pour nous dire que si "Elvis has left the building", que lui ne reviendra pas, comme la maman d'Amanda, eh bien la vie de ceux qui restent, elle, continue, semblable à une partie de tennis mal engagée (sur gazon forcément, comme à Wimbledon), des points à (re)construire, jeu après jeu, pour remonter la pente et (peut-être) gagner le match...





