mardi 27 décembre 2016

Playlist 2016




Mon Top albums 2016:

1. Lawrence Arabia, Absolute truth
A lake (vidéo: Lawrence Arabia et Anns Taylor) - Sweet dissatisfaction - The old dancefloor - I waste my time - Brain gym - O heathcote - Another century (vidéo: Florian Habicht) - The palest of them all - Mask of maturity - What became of that angry young man?

2. John Cunningham, Fell
Vanishing twin syndrome (vidéo: Elliott Arndt) - Telescope - Floating heart - Eggs - Under the water - The conservation of energy (vidéo: Catherine Lucas et Elliott Arndt) - Choose your own adventure - Truth is boring - It sends my heart into a spin

4. The Divine ComedyForeverland
Napoleon complex - Foreverland - Catherine the Great (vidéo: Raphaël Neal) - Funny peculiar -  The pact - To the rescue - How can you leave me on my own (vidéo: Raphaël Neal) - I joined the Foreign Legion (To forget) - My happy place - A desperate man - Other people - The one who loves you

5. Adrian YoungeSomething about april II
Sittin' by the radio - Winter is here - Sandrine - Step beyond - Sea motet - Memories of war - Psalms - Magic music - Ready to love - La ballade - April sonata - Hands of God - Hear my love

6. Marconi UnionGhost stations
7. The RangePotential
8. GoGo PenguinMan made object
9. DIIVIs the is are
10. A Sunny Day in Glasgow,
Planning weed like it's acid / Life is loss
11. WoodsCity sun eater in the river of light
12. LaserNight driver
13. TindersticksThe waiting room
14. Death in VegasTransmission
15. Get Well Soon, Love
      The High Llamas, Here come the rattling trees

+ AquasergeGuerre EP (EP) - Julien GascKiss me you fool! - Dorian Pimpernel, Julien Gasc, Forever Pavot, Moonshine vol.1 (EP) - Eddy CrampesEddy Crampes

Bonus: (par ordre alphabétique)

- Can't see at all, Woods
Disco night driver, Laser
Five four, The Range 
- I can't give everything away, David Bowie
I can't live without your love, A Sunny Day in Glasgow
Léger léger, Julien Gasc
- Sleeper, Marconi Union
Were we once lovers?, Tindersticks

dimanche 25 décembre 2016

[...]




Les moaï, l'émoi et moi (oui, c'est Pâques à Noël).

Mieux voir, moins dire.

Paul Klee disait que ce sont les tableaux qui nous regardent, et non l'inverse. En est-il de même pour les films, du moins pour ceux qu'on voit en salles? Pas exactement. Le cinéma n'est pas la peinture. Si les films nous regardent, c'est d'abord pour des raisons techniques, liées à la projection, qui fait que l'image, déjà réfléchie, nous est aussi renvoyée. Le mouvement est double. En un sens, si les films nous regardent, ils nous regardent les regardant. Et la croyance commence là: oublier qu'on est en train de regarder un film, de sorte que, comme dans la peinture, il ne reste plus que le regard du film, sur nous, en nous, qui nous parle, sans discours, juste quelques mots, bien précis et agencés de telle sorte que l'émotion soit là - une émotion vraie, pas des larmes - qu'elle surgisse, simplement, on pourrait dire miraculeusement (je pense évidemment à Paterson de Jim Jarmusch). Puis fermer les yeux. Oublier les images, oublier ce qu'elles nous ont dit, oublier l'histoire. Les films n'en continuent pas moins de nous regarder. Aussi intensément. Et de nous parler. Autrement. Ils nous disent ce qu'on n'a pas vu, ce qu'on n'a pas su voir, ce que de toute façon on ne pouvait pas voir, parce que relevant de la croyance. Non pas que celle-ci finisse par disparaître mais qu'elle se transforme, qu'elle devient connaissance, sur l'amour, la vie, le monde, sans discours, juste quelques idées, bien précises et évoquées de telle sorte que l'interrogation soit là - une interrogation pleine, pas des formules - qu'elle demeure, durablement, on pourrait dire inexorablement (je pense toujours à Paterson).

PS. Vu Manchester by the sea de Kenneth Lonergan. Le film est beau, mais tout de même laborieux dans sa construction (mélodramatique), la première partie, autour de la mort du frère, se traînant pas mal, côté mal-être et ancrage social, de sorte qu'on se croirait dans un film anglais (hé hé), un film pour le coup vraiment "mancunien", on s'y ennuie presque, jusqu'à la révélation du drame originel que Lonergan traite de manière sensible et juste tout en s'y attardant un peu trop, le temps d'y entendre tout l'adagio d'Albinoni, ce qui fait que l'émotion s'en trouve forcée. Dommage. Reste la seconde partie, beaucoup plus réussie, dans la relation entre Casey Affleck et le jeune Lucas Hedges, le film allant ainsi crescendo, dans un registre plus "sundancien", autant dire codifié (le genre indie), mais bon, sympathique, voire même schatzbergien sur la fin.

samedi 24 décembre 2016

[...]




Come together de Wes Anderson (2016).

vendredi 23 décembre 2016

Ah ah...

Juste un mot.

Si vous aimez le minimalisme, genre Kaurismäki et les haïkus, la musique répétitive et les poèmes en forme de notes, comme celles qu'on laisse sur une table de cuisine (This is just to say), les cupcakes, les tartes au cheddar et aux choux de Bruxelles, l'odeur de la bière, comme celle qu'on ramène chez soi le soir après s'être arrêté au bar du coin, les bouledogues anglais qui vous "promènent" jusqu'au bar en question (sans y entrer) et malmènent régulièrement votre boîte aux lettres, les balades en bus et le noir et blanc (qu'il s'agisse de rideaux, de gâteaux ou d'un bon vieux film d'horreur), Lou Costello et William Carlos Williams, l'auteur de Paterson, le recueil de poèmes qui célèbre Paterson, la petite ville de Paterson où habite Paterson, Adam Driver, bus driver et lui-même poète, grand admirateur de William Carlos Williams, des poèmes tout simples, très beaux - c'est Ron Padgett qui les a écrits -, qu'il consigne dans son "carnet secret", sur les petits détails de la vie et son amour pour Laura, sa fiancée, aussi fantasque que lui est réglé comme une pendule... bref si vous aimez Jarmusch, celui de Mystery train et de Coffee and cigarettes, ce qu'on appelle "la petite forme", dans ce qu'elle peut avoir de parfaite, au niveau de la métrique, comme la poésie et ses "rimes internes" (ici le motif du double et de la gémellité, forcément répété sinon ça rime à rien), comme la musique, notamment électronique, une ligne et ses modulations, alors... alors oui, comme moi, vous aimerez Paterson. Ah ah...

jeudi 15 décembre 2016

10 Ferré



Hé Martine, t'as vu le Top films de Balloonatic? Il est gratiné c't'année!

- Ouh là là oui... Et le Top albums, je te dis pas. C'est n'importe quoi!

OK on verra ça... d'ici là, en attendant les différends, voici mes dix Ferré, essentiellement des chansons d'amour, conjuguées à tous les temps, passé, présent, futur: (par ordre chronologique)

La vie d'artiste, 1954, version 1972
- Mon camarade, 1958
- L'étang chimérique, 1958
- On s'aimera, 1966
- Le bonheur, 1967
- La nuit, 1969
- Pépée, 1969
- La lettre, 1970
L'amour fou, 1970
Cette blessure, 1970
- Je t'aimais bien, tu sais..., 1973

(oui je sais, ça fait onze)

NB. Il y a aussi les chansons engagées (une autre fois).

L'Amérique réelle

L’atout et le Un.

L’atout Trump affole décidément les compteurs des évaluateurs. Il a d’abord affolé les sondages. Même le prodige des statistiques politiques, Nate Silver, le 8 novembre sur son site FiveThirtyEight, donnait Hillary Clinton gagnante à 71,4%. Au cours de la nuit, et à mesure que les résultats arrivaient, ce sera cependant lui qui prédira le premier la victoire de Trump. Celui-ci a aussi affolé les fact-checkers, vigiles de l’exactitude, en proférant, tout au long de la campagne et après, les déclarations les plus saugrenues. Leur répétition et la constatation qu’il était vain de rappeler les faits ont conduit les médias à parler de notre entrée dans une époque de "post-vérité".

Trump et le chiffrage
Il a réussi à ce que personne ne s’y retrouve dans le montant de ses dettes et de sa fortune en ne publiant pas sa feuille d’impôt. Plus encore, il a réussi à déjouer la merveille des merveilles, le système hyper expert, l’algorithme de calcul politique ultime, appelé "Ada", présenté en grande pompe aux médias le 8 novembre par l’équipe Clinton. Ada était nommé en l’honneur d’Ada Byron, comtesse Lovelace, fille de Lord Byron, et mathématicienne émérite comme sa mère - elle fut la collaboratrice de Charles Babbage, inventeur vers 1850 d’une machine à calculer, qui se proposait d’utiliser des cartes perforées avec un mécanisme proche des métiers Jacquard.
L’algorithme clintonien, procédait à 400000 simulations par jour en intégrant en temps réel toutes les données possibles. Il décidait de tout, "où déployer les ressources et les publicités, où envoyer JayZ et Beyoncé, et même Hillary Clinton elle-même" (1). Ada a cependant détecté trop tard l’importance des comtés ruraux dans les swing states. Il n’a pas vu ce qu’avait aperçu Michael Moore dès le mois de juin. Le Wisconsin, Etat industriel qui vote démocrate depuis toujours et qui avait voté Sanders, n’a pas eu la visite d’Hillary. Au dernier moment, les votants se sont tournés vers Trump. 40000 personnes, qui avaient voté Obama, ont voté Trump. Dans le Michigan, la candidate écologiste, Jill Stein, demande le recomptage des voix. Hillary a perdu le Michigan de 10704 voix selon le décompte actuel. Ce pourrait être intéressant, mais le recomptage a peu de chances d’aboutir à un changement du résultat final selon les dernières appréciations.
Du point de vue des chiffres, il reste difficile de savoir ce qui s’est vraiment passé. Hillary a finalement remporté 2,2 millions de voix de plus que son adversaire. C’est une victoire plus nette que celles de Kennedy en 1960 et de Nixon en 1972. Mais cela fait peu, 2% des votants, dans des chiffres de participation globalement stables. Cette stabilité n’a été touchée qu’en 2008, lors de la première élection d’Obama en pleine crise économique et alors que le désarroi de McCain devant les mesures à prendre était évident pour tous. En fait, les démocrates ont perdu deux millions de voix en quatre ans, alors que les voix républicaines sont restées globalement stables. Dans les grandes mégapoles américaines et leurs banlieues, les démocrates ont renforcé leur présence. L’exemple-type en est Orange County, grande banlieue de Los Angeles - qui autrefois votait Reagan. Par contre, tous les swing states ont été perdus, Trump gagnant d’une courte tête, avec souvent moins de la majorité absolue. Un rédacteur en chef du magazine The Atlantic a pu écrire dans un tweet "Si ce n’était le collège électoral, l’histoire de cette élection serait: Trump est si impopulaire que Clinton l’a battu avec deux millions de voix de moins qu’Obama en 2012." (2)

Trump et le surmoi
L’enjeu est bien au niveau du storytelling de l’élection et non du chiffrage. Quel est vraiment le récit qu’elle engendre? Devant l’évidence du nombre de voix pour Hillary, Trump ne reste pas sans ressources, il parle de millions d’immigrants illégaux inscrits frauduleusement sur les listes électorales ou encore des morts qui ont voté. Ses électeurs comptent sur lui pour continuer à fabuler. En anglais, "to trump up things" veut dire inventer de toutes pièces et Trump s’est fait un nom là-dessus. Comme l’avait noté Alice Delarue dans Lacan Quotidien n°610, il parle lui-même de l'"hyperbole véridique" par laquelle il énonce ce que ses auditeurs veulent entendre. Ses vérités sont souvent haineuses, sexistes, racistes, islamophobiques, mexicanophobiques, bref "déplorables", comme l’a dit Hillary.
Comment qualifier la position d’énonciation où se tient Trump? Est-ce un tyran autoritaire, un pervers narcissique manipulateur, un enfant hyperactif capricieux? Ou simplement un politicien centriste libéral ordinaire camouflé sous des plaisanteries salaces, des énormités et des âneries comme le pensait Zizek (3) en avril dernier? En tout cas, c’est l’occasion de mettre en valeur combien la définition du surmoi par Lacan comme pousse-au-jouir a du mal à être entendue. Pour Marcel Gauchet, l’élection de Trump prouve que "nous assistons à la disparition du Surmoi qui encadrait la vie politique dans les démocraties occidentales, tant du côté des candidats que de celui des électeurs. La vie démocratique a perdu toute obligation de respectabilité" (4). Il reste à écrire "Les pousse-au-jouir du général Trump" (5) pour tenter de remettre la chose sur ses pieds.

Trump et le pire
Zizek, qui voyait Trump comme un politicien ordinaire en avril, le voit plutôt en novembre comme une figure du pire "pour le tournant droitier qu’il nous réserve et la décomposition de la moralité publique qu’il engage". Mais, pour lui, Hillary en est une autre guise, celle du surmoi qui interdit le changement et donc l’espoir. "On imagine aisément, si Hillary avait gagné, le soulagement de l’élite libérale [...]. La victoire d’Hillary aurait été la victoire du statu quo, assombri par la perspective d’une nouvelle guerre mondiale (elle est définitivement la démocrate belliqueuse type), statu quo dans une situation où nous nous enfonçons pourtant, peu à peu mais sûrement, dans d’innombrables catastrophes, écologiques, économiques, humanitaires, etc." (6) Pour Zizek, la politique du pire a finalement de bons côtés puisque "là où il y a péril, croît aussi ce qui sauve" et Trump pourra incarner l’espoir d’un choc salutaire de réveil. Il n’est pas sûr que l’éloignement de "la perspective d’une nouvelle guerre mondiale" soit mieux assuré par celui qui s’entoure de généraux bellicistes et veut nommer Secrétaire à la défense le général James "Mad dog" Mattis. Ne parlons pas de ses premiers coups de téléphone aux présidents de l’Ouzbékistan, du Pakistan et de Taïwan. Par ailleurs, le déni du changement climatique affiché en bandoulière présage mal des remèdes apportés à la catastrophe écologique en cours.

Les deux modes du pousse-au-jouir
Le couple Hillary-Trump donne chair à deux modalités d’un pousse-au-jouir illimité. Selon Zizek, l’ordre contemporain dont se fait gardienne Hillary est le résultat de la décomposition de l’Un du monde garanti par le Nom-du-Père. Les nouveaux droits civiques conquis par les minorités LGBT ne sont que la pluralisation des droits à la jouissance dans un ordre nihiliste post-patriarcal où "aucun cadre de vie digne de ce nom ne nous permet plus d’accéder à une existence qui ne soit pas simple reproduction hédoniste" (7). L’idée que la jouissance soit hédoniste est curieuse à moins de ne réduire à rien la différence entre "principe de plaisir" et "au-delà du principe de plaisir". Cette "reproduction hédoniste" sans limite est mise du côté féminin. L’hédonisme sans frontières permet de ne pas mettre à sa juste place le caractère sans limite de la jouissance telle qu’elle s’inscrit du côté de la sexuation féminine. Les femmes se retrouvent du côté principe de plaisir. Elles ne sont pas du côté de l’angoisse, mais de la loi. Dans un grand écart lacanien, Zizek considère que les figures du pousse-au-jouir contemporaines sont celles du couple formé par l’homme adolescent asocial et la femme "responsable". "L’image paradigmatique que véhiculent quotidiennement nos institutions sécuritaires est celle d’une femme professeur/juge ou psychologue s’occupant d’un jeune homme délinquant, immature et asocial [...]. Une nouvelle figure de l’Un est en train de s’imposer, [celle d’une femme comme] celle d’un agent de pouvoir compétitif et froid, séduisant et manipulateur. (8)"
Il ne vient pas à l’idée de Zizek de soupçonner que cette nouvelle figure féminine est plus proche de la mère que d’une femme. Cette invention par le capitalisme contemporain de "sa propre image idéale de la femme" est en fait un remake de la "femme mystifiée" de Betty Friedan, dont l’ouvrage paru en 1963 a en fait pour titre anglais The Feminine Mystique. La nouvelle assignation mystique féminine convoquerait les femmes à se dévouer pour tempérer l’illimité de la jouissance côté masculin, qui se produit quand le sujet n’a plus l’appui du Nom-du-Père et sa promesse de "jouis-sens" (9) phallique. L’illimité du pousse-au-jouir masculin, c’est la rupture avec le phallus entendu en ce sens. La femme de la nouvelle mystique n’est plus celle qui se dévoue à son foyer, c’est celle qui se réduit aux soins maternels et incarne la loi, comme les pionnières puritaines qui ont tant marqué l’imaginaire américain. Devant cette figure de la soccer mom manipulatrice, se croise l’angoisse devant le surmoi maternel et devant les femmes phalliques.

Pluraliser le surmoi, le séparer de la rencontre avec une femme
Selon Zizek, "Trump est l’éternel adolescent, un jouisseur irresponsable sujet à des accès violents qui peuvent lui jouer des tours, tandis que Hillary est le nouvel Un féminin, une redoutable manipulatrice, toujours dans le contrôle, qui ne cesse d’exploiter sa féminité pour se poser comme seule capable de prendre soin des marginaux et des victimes - sa féminité rend la manipulation d’autant plus efficace" (10).
Là encore, l’atout Trump affole me semble-t-il cette invention par Zizek du nouvel Un de jouissance. On gagnerait plutôt à séparer le surmoi maternel, le pousse-au-jouir féminin illimité de la surmoitié et la position féminine comme telle. L’enjeu de la rencontre avec la Nouvelle Eve n’est pas de craindre les "redoutables manipulatrices", mais de savoir se défaire des angoisses devant les nouvelles figures de l’émancipation des femmes. L’égalité des droits entre hommes et femmes, l’effondrement du système machiste, fait surgir des terreurs nouvelles et met au jour des angoisses de castration masculines réveillées. La figure de l’adolescent jouisseur est une pantomime de la jouissance sans limite, une imitation mimétique, comme celle du drogué qui veut s’affranchir de la retombée phallique. Très vite, il peut se transformer en agent manipulateur d’un sadisme sans limites. L’adolescent jouisseur devient le père fouettard, l’impossible Père Ubu, avec sa pompe à phynances et sa machine à décerveler. Il passe au-delà de l’angoisse de castration.
Le véritable enjeu est de pouvoir déchiffrer l’énigme qui fait que malgré l’égalité des droits, une femme reste toujours radicalement Autre pour un homme. C’est alors qu’elle peut être sinthome et non surmoi infernal et mortifère. La jouissance selon Lacan n’est décidément pas du côté de l’hédonisme. Elle se sépare entre, d’une part, ce qui est la jouissance au-delà de la limite phallique, celle de la Gidouille, et d’autre part, cet illimité qui se civilise par son inscription du côté féminin de la sexuation. Il n’y a pas de chiffrage pour ça, quelle que soit la forme du Un considérée.

Eric Laurent, Lacan Quotidien n°615

(1) Lesnes C., "Les démocrates américains en plein doute", Le Monde, 11 novembre 2016.
(2) On trouve cette citation et tous les chiffres dans la très claire analyse de Thomas Cantaloube, "Comment Donald Trump a remporté la Maison Blanche", Mediapart, 17 novembre 2016.
(3) Cf. Browne M., "Slavoj Zizek: "Trump is really a centrist liberal", The Guardian, 28 avril 2016.
(4) Gauchet M., "Nous assistons à la disparition du surmoi en politique", Le Point, 18 novembre 2016.
(5) Cf. Miller G., Les Pousse-au-jouir du Maréchal Pétain, Paris, Seuil, 1975, éd. revue et augmentée 2004.
(6) Zizek S., "Etats-Unis: la chance d’une gauche plus radicale", Le Monde, 11 novembre 2016.
(7) Ibid.
(8) Ibid.
(9) Lacan J., "... ou pire. Compte rendu du Séminaire 1971-1972", Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 551.
(10) Zizek S., "Etats-Unis: la chance d’une gauche plus radicale", op. cit.

vendredi 9 décembre 2016

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Je suis un abstrait avec des souvenirs (Paul Klee): "Der blühende Garten", 1930, Zentrum Paul Klee Bern.

Pour A. et les amoureux du krautrock (je le suis quand c'est du bon, même mâtiné de techno): Transmission, le dernier album de Death In Vegas, dans la lignée de Cluster et de Chris & Cosey, avec Richard Fairless, dorénavant seul aux manettes, et Sasha Grey, l'ex-star du X, au chant:

Metal box - Consequences of love (vidéo: Richard Fairless) - Transmission - Mind control - Flak - Sequential analog memory - Arise - You disco I freak - Strom - Transwave.

mercredi 7 décembre 2016

Le bon Sully

Vu Sully, ce bon Sully comme disait Henri IV... Et c'est vrai qu'il est bon le dernier Eastwood. Simple mais pas simpliste, une trame toute simple, tricotée simplement, avec ce maillage au niveau du temps qui est devenu la marque de fabrique d'Eastwood, permettant de maintenir, question récit, non pas une tension, nul suspense ici, mais une forme d'accrochage, autour d'un événement qui n'a pourtant duré que quelques minutes (on connaît l'histoire, je n'insiste pas, à lire sinon sur Wikipedia: vol 1549 US Airways). Un bon film donc, très bon même, serré dans sa mise en scène, généreux sur le fond, qui se révèle assez proche du dernier Spielberg (le Pont des espions, pas le Bon gros géant), lié en partie à la présence de ce brave Tom "Thanks" Hanks - THANKS/T.HANKS parce qu'on a toujours envie de lui dire merci - dans son rôle de good person, héros malgré lui, qui n'a fait que son job, fort de son expérience (et d'un sacré sang-froid)... De sorte que Sully apparaît comme l'envers d'American sniper, le versant positif de l'american hero, du côté des bons sentiments - une façon aussi d'exorciser la tragédie du 11-septembre auquel les cauchemars de Sully font inévitablement penser -, évoquant alors certains films de Capra (Eastwood en "bon docteur"?)...
Mais si la force du film (qui pour le coup me réconcilie avec son auteur) tient pour l'essentiel à sa part d'humanisme (que cet humanisme soit libertarien importe peu), à travers l'opposition que le film met en scène entre d'un côté l'humain, un pilote de ligne confronté au réel - l'arrêt en plein vol des deux moteurs de son avion après avoir percuté un groupe d'oies sauvages, événement inédit -, et de l'autre, l'expertise scientifique, faite de simulations, reproduisant l'accident sans tenir compte du facteur humain, pierre angulaire du film: les quelques secondes qui se sont nécessairement écoulées avant qu'une décision soit prise, quant à l'atterrissage en urgence sur une piste alentour ou l'amerrissage en catastrophe sur le fleuve Hudson... elle tient aussi à la manière dont Eastwood, à l'instar du capitaine Sully et de tous ceux qui ont œuvré au sauvetage des passagers, a construit son film, sans temps morts (évidemment), mais surtout avec un sens aigu du "timing", qu'il s'agisse des scènes de l'accident (revues plusieurs fois sans effet de redondance) ou de celles de l'audition (semblables aux grands films de prétoire), faisant de Sully un modèle d'efficacité, dans sa mécanique même, à la fois clair, net et précis, ce qui, en ces temps de boursouflure généralisée, qu'elle soit esthétique ou fictionnelle, est plus qu'appréciable, je dirais salutaire.

vendredi 2 décembre 2016

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Nellie (aka Marvin) dans Paterson de Jim Jarmusch.

2016, année de merde... le Brexit, Trump, Alep, toutes ces morts (dont la mienne), de David Bowie à Leonard Cohen, en passant par Prince et George Martin, Mohamed Ali et Johan Cruyff, Jacques Rivette et Abbas Kiarostami, R2-D2 et Louis XIV... Paul Tourenne, le dernier des Frères Jacques, une pelletée de Michel aussi (Delpech, Galabru, Rocard, Cimino, Delahaye), sans oublier le clown Popov (qui ne s'appelait pas Michel)... Et maintenant le Toblerone anglais qui perd ses dents!

[ajout du 26-12-16: mort de George Michael le jour de Noël, encore un Michel qui disparaît...]

Malgré cela, mes 10 bonheurs de l'année, en attendant les Top: (par ordre alphabétique)

Le 400m record de Wayde van Niekerk aux JO de Rio
- Absolute truth de Lawrence Arabia
- Deux Rémi, deux de Pierre Léon
- Envoyée spéciale de Jean Echenoz
- Fell de John Cunningham
- Julieta de Pedro Almodóvar
- Love & friendship de Whit Stillman
- "Paul Klee, l'ironie à l'œuvre" au Centre Pompidou
- Right now, wrong then de Hong Sang-soo
- Le Titanic fera naufrage de Pierre Bayard

mercredi 30 novembre 2016

Lawrence Arabia


James Milne, alias Lawrence Arabia



POP EYE  # 11

Absolute truth, Lawrence Arabia.

En matière d'artistes, la Nouvelle-Zélande ne produit pas que des joueurs de rugby, elle produit aussi, et ce dans le domaine de la pop (la sunshine pop des antipodes), de vrais petits génies. Connan Mockasin, nº1 de mon Top 2011 avec Forever dolphin love, en est un. Lawrence Arabia, nº1 l'année suivante avec The sparrow, en est un autre (il y a aussi Liam Finn, moins connu, du moins chez nous, auteur en 2014 de The nihilist, découvert récemment, et qui avec Mockasin, Milne + deux autres amis constituent, parallèlement à leurs projets solo, le groupe BARB:  et ). Lawrence Arabia, lui, nous revient quatre ans après avec Absolute truth, un album absolument magnifique, une sorte de cartographie de l'intime, à l'échelle 1:25000 avec tous les dénivelés, et, de fait, bien parti pour occuper là encore la première place dans ma playlist de l'année. Lawrence Arabia double champion olympique? (à moins que Fell de John Cunningham...). Plus riche que The sparrow, au niveau de l'orchestration (cordes, cuivres, chœurs et synthés) comme des arrangements, toujours imprégné de cette douce mélancolie qui est propre à Lawrence Arabia, lequel se risque avec bonheur au falsetto (ce n'est pas nouveau), Absolute truth, au registre varié, sans parler des ponts, atteint par endroits des sommets de beauté dignes du meilleur Harry Nilsson. C'est dire à quelle hauteur la barre est placée...

A lake (vidéo: Lawrence Arabia et Anns Taylor) - Sweet dissatisfaction - The old dancefloor - I waste my time - Brain gym - O heathcote - Another century (vidéo: Florian Habicht) - The palest of them all - Mask of maturity - What became of that angry young man?

dimanche 27 novembre 2016

[...]

De quoi j'me mêle.

Sait-on à gauche que les deux euros que chaque électeur doit débourser pour voter à la primaire de la droite (et du centre) ne servent pas qu'à couvrir les frais d'organisation de ladite primaire. Que le surplus, dû à une forte participation (ce qui fut le cas lors du premier tour et le sera encore lors du second), ira directement au vainqueur en vue de la présidentielle de 2017. Autrement dit, sait-il l'électeur de gauche qu'en allant voter il finance en partie la campagne du futur rival de son candidat.

Juppé + Fillon: Amicalement vôtre


dimanche 13 novembre 2016

[...]

Ce qui traîne sur mon bureau: des photos de Los Alamos, quelques bouquins sur le cinéma: Mister Everywhere de Pierre Rissient, A la fortune du beau de Michel Delahaye, Wes Craven, quelle horreur? d'Emmanuel Levaufre, un DVD: Love & friendship de Whit Stillmanune liste de films Pré-Code à découvrir (parmi lesquels Ladies love brutes de Rowland V. Lee, Laughter d'Harry d'Abbadie d'Arrast, Lady and gent de Stephen Roberts, Blood money de Rowland Brown...), des albums: Ghost stations de Marconi Union, You want it darker de Leonard Cohen (l'album était là avant), Bullitt et Mission: impossible... and more! de Lalo Schifrin, les premières pages de "Fosbury" et Nous trois de Jean Echenoz, relu cet été, un livre tout simplement génial, sismique et cosmique (je me comprends), que je verrais bien en film...

PS. Il y a aussi Le Titanic fera naufrage de Pierre Bayard.

lundi 7 novembre 2016

Marconi Union


Richard Talbot, Jamie Crossley
et Duncan Meadows (de g. à d.)



POP EYE  # 10

Ghost stations, Marconi Union.

Marconi Union ne se réduit pas à Weightless, chanson soi-disant la plus relaxante du monde (ce qui n'est pas un compliment, mais c'est vrai qu'il fait très "muzak" ce morceau - dans le genre il y a aussi Sleepless), c'est surtout un des meilleurs groupes d'ambient actuels (Different colours figurait dans mon Top albums 2012). Car Marconi Union (MU comme Manchester Utd) c'est surtout des paysages et des couleurs, autant dire des émotions, à l'image de ce dernier album, qui mêle electro, jazz et krautrock, leur plus beau peut-être (je ne les connais pas tous), quatre titres magnifiques, envoûtants, mieux: hantés, univers déshabités dans lesquels se révélerait, en mode crescendo, une présence: le ghost?

Sleeper (avec Giorgio Li Calzi à la trompette, dans l'esprit de Blue lights) - Remnants / Shadow scheme - Abandoned / In silence - Riser.

mardi 1 novembre 2016

In bed with Léaud



Jean-Pierre Léaud dans la Mort de Louis XIV d'Albert Serra.

Au cinéma Léaud s'est souvent retrouvé au lit, notamment chez Godard, Truffaut ou encore Eustache... lieu privilégié pour bavarder, badiner, bouquiner... faire l'amour... ou simplement dormir.


C'est peut-être ce qu'a cherché Serra avec son dernier film et son goût mystique de l'expérience, à la limite des limites: remettre Léaud au lit, une bonne fois pour toutes... (le film sort le jour des morts).