dimanche 12 juin 2016

Pietro Marcello




Bella e perduta de Pietro Marcello (2015).

Pietro Marcello, quelque part entre Pasolini (L'umile Italia) et Pelechian...

Pas encore vu Bella e perduta mais lu ce beau texte sur le film:

Parabole du beau et de l'image invisible.

Jouir du beau, encore

Il était une fois un palais en ruines. Un homme s’en éprit. Ce n’est pas un agneau blanc, mais un bufflon noir qu’il trouva un jour sur sa route, entravé à peine né, pour crime de mâlitude, et exposé ainsi, inutile puisque la technique a confisqué le produit de sa puissance sexuelle et qu’il n’est plus qu’une bouche à engloutir le lait qu’il ne rendra jamais. L’homme se baissa sur la tremblante tache noire, la délia, l’emmena, la nourrit. Il la plaça chez d’autres maîtres, paysans, héros ou saints - et, pour certains, héritiers de la commedia dell’arte.
Bella e perduta, ce titre reprend les mots familiers à tous les amoureux de l’opéra ainsi qu’au peuple qui accompagna de son chant la naissance de la jeune Italie. Est-ce pur hasard si Verdi, son premier roi qui en savait long sur la force du destin, invita ses contemporains à entonner en chœur, au moment où triomphait le patriotisme, le chant de l’exil des Hébreux ("Oh mia patria sì bella e perduta!" in NabuccoVa, pensiero, sull'ali dorate)?

Quand le mythe dit le réel
La zone dite par Fechner d'"indifférence esthétique", à supposer qu’elle existe, est ici mise à l’épreuve de la puissante invocation à laquelle le cinéaste se livre. La bocca del lupo avait exploré d’autres confins. Ici Pietro Marcello s’approche du gouffre à couvert. Il sait que les brèches sont nombreuses dans le "dernier rempart avant l’horreur" dont Lacan commentant Antigone a qualifié la beauté. Il choisit donc de s’arrêter juste avant de montrer les spectacles de barbarie dont nos rétines sont saturées. Et il nous ramène aux temps mythiques de la sauvagerie et de la cruauté qui sont de tous les temps, excepté le nôtre qui les a civilisées.
Sull’ali dorate (sur ses ailes dorées), la pensée, force qui va, était donc invitée par le chant à évoquer la patria, vouée qu’elle est désormais à une existence enfuie. La pensée a divorcé de la vie, elle a sombré dans les limbes - et Vak, la parole, la vache (André Padoux a souligné cette commune origine), pour partie avec elle, là où le temps est suspendu.
Réfractant la lumière dont il inonde les prunelles des bovins primitifs, Pietro Marcello plonge dans ces lieux intermédiaires où règne la raison depuis Freud. Sa vision nous baigne dans les images de son rêve, son regard nous force à faire tomber les murs qui nous séparent de la vie sì bella e perduta qui n’en finit plus de faire naufrage.
Alors il fait précipiter ce regard en paroles, se faire et se défaire les liens entre l’animal (mon frère) et les hommes qui se suivent frayant chacun un bout de chemin à ses côtés. Les mots trament la pellicule, si mince qu’on redoute que le charme qu’elle véhicule se rompe, ce dont les longues coupures des paupières sombres qui s’abaissent entre les séquences donnent ces signes qui ne trompent pas.
On croisera des manifestations très actuelles, des cortèges de manifestants dociles dans leur agitation. Et on aura des apparitions profanes, des émotions hors d’âge. Ainsi, de vacillement en vertige, traversés de vers antiques et de vagues charriant des troupeaux antédiluviens, on sera ramené à ce début du film où l’on savait parfaitement quel spectacle l’œil de l’obligeante caméra allait nous épargner. Car on n’avait rien vu, et à la fin, on ne verrait rien. On saurait de source d’autant plus sûre que la mort n’est la mort que tue et cachée. On se rappellerait le plus humble dictionnaire épelant le u de la vue, qui redouble le i de la vie, et que dans les halliers la sonnerie de la vue est le prélude à la mise à mort où l’on n’entend plus que les trompes, les cliquètements des brides des chevaux, les hurlements des chiens.

Sì bella e perduta
Ainsi au commencement du film l'œil de la caméra fixé entre ses cornes accompagnait les pas chancelants et lourds de l’animal dans un étroit corral. Nous ne savions pas encore qu’avant d’arriver à cette extrémité hâtée par l’homme la parole qui avait été donnée contre toute attente au couple du buffon et de son berger lui aurait été retirée; que le cinéaste nous laisserait rivés au monologue de l’animal, et que nous verrions bouger les lèvres du maître, sans plus entendre le son de sa voix. Nous ne savions que trop l’empire de la seconde solitude dans la vie contemporaine, au sens où Lacan a parlé de la seconde mort - solitude faite des mémoires impartageables qui assaillent le vivant et font de sa chair un tombeau - n’était la parole vive, à la vertu de laquelle nul ne renonce à croire, le temps qu’il faut pour renouer avec celle des dieux, qui sont le réel par la grâce du poète dont le chant draine le plus de vie et accompagne la mort, non sans faire fotter sur elle le voile de la beauté.
On se rappellerait alors le monologue de la Mort dans Der Kaiser von Atlantis, chantant comment le siècle XXe tua la mort même, par extrême extermination et accumulation de corps marchandises de rebut, indénombrables et sans sépulture. Car Bella e perduta, qui est du siècle suivant, porte en lui tout cela sous la forme de l’ensevelissement, puis de l’oubli qui recouvre ces choses.
Ce sont donc ces choses invisibles que Pietro Marcello nous donne à voir, et qui nous inspirent des questions: qui peut savoir ce qui hantait les hommes qui peignirent sur les parois des cavernes les images qui nous hantent à notre tour? Ou ce qui inspirait François d’Assise (1225 après J.-C.), qui rassembla dans son Cantique les créatures en un tout, après qu’Adam les eut nommées une par une? (Nathalie Georges-Lambrichs, Lacan Quotidien n°587)




La bocca del lupo (2009).


Bonus: Il passaggio della linea (2007) et Il silenzio di Pelešjan (2011).

vendredi 10 juin 2016

[...]

Nicolas Winding Refn, un type à l'égo gros comme le bras, une sorte de Lynch du pauvre qui se rêve en nouveau Godard (NWR comme JLG?) et dont le dernier film, The neon demon, sur le monde de la mode, n'est qu'un truc de pubard débile maquillé en manifeste avant-gardiste, autant dire un attrape-gogos:

Première de Gucci + Manifesto de YSL + X.O d'Hennessy = The neon demon.

R.E.F.N.: Réalisateur à l'Esthétique Flafla et Néonesque. J'y reviendrai...

En attendant, on peut revoir des giallo (genre avec lequel le film de Refn n'a strictement rien à voir, la fin, même pas grotesque - le film est dénué du moindre humour -, ne faisant qu'entériner la vacuité abyssale du projet) ou encore... Rebels of the neon god (hahaha) de Tsai Ming-liang, non seulement pour l'image du néon et le côté soi-disant rebelle qui caractériserait Refn (selon ses propres dires), mais surtout pour ce qui manque tant (outre la modestie, l'intelligence et l'humour, oui je sais, ça fait beaucoup) à son film et son cinéma en général: la vibration.

Sinon, question "paillettes"... je préfère ça.

[ajout du 11-06-16]:

Finalement je n'écrirai pas sur le film (trop nul pour que j'y consacre un texte, même rapide)... Lire plutôt ça à la place:

"[...] si l'art numérique n'avait pour effet que de renouveler encore une fois les figures de la subjectivité ou de déplacer les relations de l'auteur, de l'œuvre et du spectateur, il ne ferait que participer, à sa manière, au vaste système de régulation symbolique qui assure à la société le maintien et l'extension de sa culture. Emancipé ou non du sacré, il demeurerait prisonnier du sens, quels que soient ce sens, ses valeurs. Or, l'art ne se réduit pas à produire du sens. Pas plus que du non-sens: toute négation, toute inversion du sens, s'inscrit fatalement dans le sens. L'art produit, sans quoi il n'est pas art, un effet singulier de jubilation sensorielle, de transe perceptive, propre aux formes sensibles qu'il met en œuvre - qu'elles soient réalistes, abstraites, géométriques ou conceptuelles, car cette transe peut naître aussi bien d'une forme matérielle que d'une forme immatérielle - et sans laquelle celles-ci ne sauraient ni capter, ni retenir le regard, l'écoute, l'attention. Tous les arts jouent subtilement avec la transe, l'exaltent ou la tempèrent; elle est intense dans la musique et la danse, plus légère dans les arts visuels. Toute œuvre cherche à provoquer la perception, à la faire chanter, pour la plonger dans cet état de jouissance où elle s'abîme dans sa propre contemplation, se suspend dans cette sorte de "petite mort" violente et délectable. C'est alors que l'art cesse de signifier, cesse de réguler, échappe à toute injonction du sacré. Mais la transe est transitoire. Instable, elle ne peut perdurer. Sans cesse, le sens resurgit: l'art reprend ses multiples fonctions symboliques. Les œuvres les plus fortes sont celles qui savent entretenir la transe sans renoncer au sens et porter l'un et l'autre à leur plus haut point de tension.
Avec le numérique, la présence masquée, au cœur des outils, de la science et de sa rationalité pèse très lourdement sur l'acte artistique mais en revanche, la multimodalité des interfaces, l'accentuation des effets synesthésiques et de l'hybridation des formes qu'elle provoque, l'ouverture sur un espace et un temps différents, prometteurs de découvertes, l'implication du corps et de son expressivité gestuelle dans le dialogue homme-machine, redonnent à la transe des occasions de se manifester que l'art contemporain lui offre rarement. Certes, l'on peut craindre que cette situation ne pousse à rechercher la transe pour elle-même, détachée de tout projet esthétique et réduite à un état de surexcitation permanente, comme on le voit déjà parfois. Le numérique en soi-même, en tant que technique, ne donne aucune assurance d'un renouveau de l'art et de la culture; il ne conduit pas forcément non plus à quelque catastrophe généralisée du sens. Mais on ne peut douter que rien ne se joue, à l'avenir, hors de son univers technologique, hors des interfaces de plus en plus complexes et nombreuses à travers lesquelles l'homme et la machine sont obligés de dialoguer. Produire, coproduire, échanger, partager des images, des sons, des mots, des gestes, des sensations, des idées, n'est réalisable que si l'on se tient au croisement du réel et du virtuel. Chiasme totalement utopique et uchronique où s'hybrident intimement le sujet, l'objet et l'image, l'auteur, le spectateur et l'œuvre, le calcul et le corps, l'algorithme et l'émotion..." (Edmond Couchot) 

C'est pas tout récent, ça date de 1998, mais bon, le problème de NWR y apparaît néanmoins clairement, on peut même dire dans toute sa splendeur: scènes de "transes" (esthétiques) qui ne sont là que pour entretenir la "surexcitation" (de l'auteur avant tout, le "je" n'y a jamais été aussi écrasant), entrecoupées de scènes complètement atones (le récit et NWR ça fait deux manifestement) et surchargées au niveau symbolique (ah, le triangle inversé, les miroirs, la lune, le puma dans la chambre - oui oui la Féline -, si t'as pas compris que le vrai sujet du film, derrière cette histoire de rivalité dans le milieu du mannequinat, c'est la Féminité avec un grand F, on peut rien pour toi mon pauvre), tout ça vu par un admirateur d'Orange mécanique (qu'on retrouve ici à travers l'image de l'œil) et Massacre à la tronçonneuse, auteur jusque-là de grosses daubes aussi musclées que rutilantes et, question "féminité", plus proche évidemment - pour rester au Danemark - de son aîné von Trier (qui est plus tordu) que de son ancêtre Dreyer (qui était moins puritain), autant dire qu'entre lui et la femme il y a plus que l'épaisseur de ses lunettes, c'est un vrai mur de verre qu'il lui faudrait briser pour comprendre un tant soit peu quelque chose à la femme et aller au-delà de l'imagerie habituelle, son regard restant celui d'un publicitaire. Enfin bref, passons...

jeudi 9 juin 2016

A Sunny Day in Glasgow


Ryan Newmyer, Jen Goma, Ben Daniels
Josh Meakim, Adam Herndon et Annie Fredrickson
(de g. à d.)



POP EYE  # 08

Planning weed like it's acid / Life is loss, A Sunny Day in Glasgow.

Un double EP qui n'égale peut-être pas Sea when absent, le précédent album, quoique, mais dans lequel se confirment toutes les qualités du groupe de Ben Daniels. La musique d'ASDIG c'est comme un cocktail, un savant dosage de shoegazing et de dream pop, qui mêle la douceur des voix de Jen Goma et Annie Fredrickson à la rugosité noisy des instruments, parfois jusqu'à la discordance ("Bimbo", "Follow me", "Recognizing patterns")sans pour autant rompre la ligne, de sorte que la mélodie reste là, un peu enterrée mais bien là; alors qu'à d'autres moments c'est l'inverse, c'est la mélodie qui surnage, recouvrant les dissonances ("Jewelry duty", "I can't live without your love", deux titres magnifiques). Au final, une musique vivifiante, qui vous stimule, et - cerise sur le gâteau, ou plutôt accrochée au verre du cocktail - sans chercher à vous bluffer, contrairement à tant de groupes aujourd'hui. On évoquera comme toujours My Bloody Valentine, période Strawberry wine (un autre cocktail, hé hé), ou encore Cocteau Twins (un cocktail, deux Cocteau... hips), mais bizarrement c'est à la scène canadienne, à un groupe comme Broken Social Scene, que l'album m'a fait le plus penser...

Jet black, starlit - Hey, you're mine - Bimbo - Follow me (Only) - Jewelry duty - Days & more nights - Recognizing patterns - Dedicate your love to silence, talk about the loss (Sentimental ghosts) - I can't live without your love.

PS. Ryan Newmyer et Jen Goma, c'est aussi, avec Kurt Feldman (de Ice Choir et The Pains of Being Pure at Heart), le groupe Roman à Clef, auteur en 2015 d'un très beau premier album: Abandonware (merci mike pour la découverte).

mardi 7 juin 2016

[...]




Bon d'accord c'est Lisa, et Lisa c'est ma chouchoute... il n'empêche, il est vachement bien son album Night driver, le premier de Laser, son nouveau projet (après Reverie Sound Revue) qu'elle a créé avec Marty Kinack et Paul Pfisterer.

Leaving it too late - Disco night driver - Do we all feel it - Bleed you - Disconnect - Maniacs - Linda.

dimanche 5 juin 2016

Ali superstar




Cassius Marcellus Clay, Jr alias Muhammad Ali (1942-2016). The Greatest? Peut-être, par son palmarès (triple champion du monde des poids lourds), son style (unique pour un poids lourd: jeu de jambes incroyable - de vrais pas de danse!; sens de l'esquive inouï - ah cette garde baissée, bras le long du corps!; fulgurance du geste - quasiment que des jabs... bref un style qui mêlait intelligence, vitesse et précision: "voler comme un papillon et piquer comme une abeille" telle était sa devise) et certains de ses combats (contre Liston en 1964 et 1965 - deux matchs controversés, surtout le second, pas forcément truqué, je ne crois pas trop à la théorie du "coup fantôme" qui envoya Liston au tapis, mais probablement faussé par les manquements de l'arbitre au moment du knock-down -, contre Frazier en 1974 et 1975, après sa défaite mémorable de 1971, contre Norton en 1973 - deux fois, d'abord en mars, un match perdu dans lequel Ali eut la mâchoire cassée, puis en septembre, qui vit Ali prendre sa revanche - et en 1976, pour une belle gagnée de justesse voire injustement, enfin contre Foreman en 1974, le combat de la reconquête, certainement son plus grand sur le plan tactique - "la clé c'est les cordes" dira-t-il).

Mais Mohamed Ali, c'est aussi hors du ring qu'il construisit sa légende par ses provocations, ses déclarations fracassantes (le fameux trash talking) et ses engagements. Converti à l'islam en 1964, via Nation of Islam, une organisation sectaire et raciste, qui prônait le suprémacisme noir, ce qui le conduisit à abandonner son "nom d'esclave" (Clay) pour celui de Cassius X, à l'instar de Malcolm X (qu'il lâchera quand X, devenu Malik El-Shabazz après sa conversion au sunnisme, rompra avec l'organisation, laquelle semble d'ailleurs avoir été impliquée, avec le FBI?, dans son assassinat), puis celui de Muhammad Ali (il se convertira à son tour au sunnisme dix ans plus tard); objecteur de conscience en 1966, refusant de servir au Vietnam l'année suivante, par conviction religieuse et parce que "aucun Vietcong ne l'a jamais traité de nègre" (cf. ), en phase avec les deux grandes causes des mouvements contestataires américains des années 60: l'opposition à la guerre du Vietnam et la lutte contre la discrimination raciale, ainsi que le résumait, à la même époque, une célèbre réplique de Hair: "la conscription c'est le Blanc qui envoie le Noir se battre contre le Jaune pour protéger le pays qu'il a volé au Rouge"... Et puis son dernier combat: la maladie de Parkinson, apparue dès la quarantaine, favorisée par tous les coups reçus (avec le temps, le poids et une rapidité moindre, son sens de l'esquive n'était plus le même et les matchs contre Frazier et Norton ont sans aucun doute laissé des traces, sans compter que, pour mieux encaisser les coups, Ali n'hésitait pas, dit-on, à se transformer en... sac de frappe lors des entraînements!).

Alors Ali "the greatest"? Oui peut-être... s'il n'avait été déchu de son titre de champion du monde en 1967. Car s'il échappa aux cinq ans de prison initialement prévus (pour avoir donc refusé d'incorporer un centre de recrutement), il fut en revanche interdit de boxer pendant quatre ans, ne récupérant sa licence qu'en 1971 - même si son retour, victorieux, débute dès la fin de 1970, sa condamnation étant jugée infondée par une commission d'Atlanta puis un juge de New York - après une longue bataille juridique (cf. le film de Stephen Frears, Muhammad Ali's greatest fight). Or, entre 1967 et 1970, rien ne permet de l'affirmer mais il est fort probable qu'Ali était (aurait été) au sommet de son art. Quatre années perdues qui font que le Mohamed Ali des années 70, s'il n'a rien perdu de sa superbe (l'arrogance est toujours là et le sens du spectacle plus développé encore), n'est pas aussi brillant qu'avant, et ce malgré les titres reconquis... Et qu'au bout du compte, s'il est bien le plus grand poids lourd de l'histoire (avec Joe Louis), toutes catégories confondues, le plus grand c'est quand même Sugar Ray Robinson. Toutes catégories confondues? Oui si l'on s'en tient à la boxe et à la boxe seulement. Parce que sinon, si l'on sort du domaine de la boxe, alors là bien sûr, Ali n'a pas d'égal...

Bonus: Superman vs. Muhammad Ali (part 1 et part 2).

PS. Les titres auxquels vous avez échappé: Ali akbar, Cet Ali qui nous laisse baba, Cassius bel Ali...

samedi 4 juin 2016

Oh!

Elle (2). Le film, tout "pas génial" qu’il est, avec ses ratages disons périphériques, vaut quand même le coup par la façon dont Verhoeven y déjoue les pièges que lui tendait le scénario, cette histoire improbable de femme violée qui "joue" avec son violeur. D'ailleurs ce n'est pas tant la question du viol qui se trouve ici abordée, avec tout le cortège de considérations socio-psychologiques que cela sous-entend, que celle plus générale du sexisme, dans sa dimension dite "ambivalente", à la fois hostile (de la femme perçue négativement, manipulatrice, séductrice, etc., jusqu'au viol, forme extrême de ce qu'un homme peut se croire "autorisé" à faire subir à une femme, vision redoublée par la position sociale de la femme, une femme de pouvoir dirigeant une entreprise de jeux vidéo à contenus eux-mêmes sexistes, où l'on voit une sorte de Lara Croft se faire violer par un dragon on ne peut plus phallique) et bienveillante (à travers l'image - plus positive mais néanmoins sexiste - de la femme fragile, qu'il faut protéger, manière aussi de se faire aimer, ainsi qu'il apparaît dans la séquence de la tempête et des volets que l'homme vient fermer, sachant tout ce que cela signifie en termes de désir à assouvir, à l'abri des regards).
La part de réussite du film - un film pas du tout féministe, plutôt même misogyne si on considère le traitement réservé aux autres personnages féminins (mais c'est vrai que, côté masculin, ce n'est pas mieux) - se situe dans cette espèce de jeu que met en scène Verhoeven (à l'instar de Polanski dans la Vénus à la fourrure et Fincher dans Gone girl), entre ambivalence (réunion d'éléments opposés et distincts, style amour/haine, attraction/répulsion...) et ambiguïté (coexistence d'éléments contraires, égaux et symétriques, rendant le partage indécidable, genre présent/absent, étranger/familier...), où se mêlent fiction et réel, déni et clivage, mais aussi libération du désir, un jeu qui est bien sûr celui de la perversion... sauf qu'on n'est pas chez Buñuel, je pense à El (c'est-à-dire lui, sans elle/"l" et sans eux/"e"... hum) - même si dans Elle l'objet regard joue là aussi un rôle important -, plus attaché à nous montrer le procès de la jouissance (de la père-version religieuse, qui régule la jouissance, à la perversion proprement dite, dans laquelle la jouissance se trouve dérégulée, permettant au paranoïaque de se défendre contre ses hallucinations)... ni chez Pasolini, pour qui la perversion renvoie à une sorte de fond sexuel originel, qui voit le primitif persister dans le civilisé, comme si la structure "perverse et polymorphe" de l'enfant persistait chez l'adulte... et encore moins chez Haneke et sa pauvre pianiste...
Une perversion en fait plus problématique dans le cas de Verhoeven, puisque vue des deux côtés, du côté masculin et du côté féminin, du côté de l'auteur et de sa victime, le problème n'étant pas cette double approche mais que le cinéaste, grand pourfendeur de la morale bien-pensante (cf. sa vision pour le moins iconoclaste de la religion), s'intéresse surtout à la perversion de la femme/victime, attirée sexuellement par son violeur et suffisamment forte (psychotique?) pour retourner la situation à son avantage - scénario qui relève peut-être du fantasme masculin (on pense évidemment à la critique féministe du texte de Sacher-Masoch dans la Vénus à la fourrure) -, ce qui ne veut pas dire qu'en privilégiant la force réactive de la femme à sa position de victime le film banalise le viol (ce qu'on pourrait dire également du fait qu'il y a dans Elle un autre crime autrement plus terrifiant, du moins dans l'imaginaire collectif, celui que le père de la victime a jadis perpétré, crime qui est d'ailleurs la véritable scène primitive du film, conditionnant tout le reste) et participe ainsi de cette fameuse "culture du viol" à laquelle s'expose tout cinéaste dès l'instant qu'il met en scène un viol. Mais là non... sauf à considérer, comme certain(e)s, sous prétexte que le viol a été trop longtemps minimisé, voire légitimé au niveau conjugal, que le cinéaste aurait un devoir (j'allais dire de mémoire): exprimer de façon explicite (même pas suggérer, position trop tiède et pour le coup suspecte) en quoi le viol est un crime, ce qui évidemment est à l'opposé de toute démarche artistique. Certes le violeur apparaît ici plus doux (et bon) en société et dans l'intimité que ne l'est sa victime, ce qui rend les scènes de viol plus troublantes encore, mais nulle ignominie. Verhoeven ne fait que pointer ce qui demeure hors la perversion: deux êtres humains, terriblement humains, qui souffrent, l'un de ses pulsions, l'autre de son passé.

mercredi 1 juin 2016

[...]




Mapping Rohmer par Richard Misek.

Ce qui traîne actuellement sur mon bureau: un plan d'Amsterdam et des photos de la ville, des bouquins sur Rembrandt, une reproduction de La Fiancée juive, des morceaux de Slowdive et des Field Mice, Une fille d'Eve de Balzac, des bouquins sur Oliveira, des films aussi d'Oliveira, les photos d'A., Il dio sotto la pelle de Piero Piccioni, un livre sur Pasolini (Pulsions pasoliniennes de Fabrice Bourlez), une nouvelle version de "Rebecca"...


Way of Ozu par Kogonada.

samedi 28 mai 2016

Oh?

Transgressif, subversif, jouissif... OK. Génial?... hé "oh..." (ha ha), on se calme... Elle n'a rien de génial (ce n'est pas comme El... hé hé), c'est un bon petit film, non sans défaut, dans la veine de ce qu'aurait pu faire Polanski, avec ce que cela sous-entend d'ambiguïté (et non d'ambivalence, comme dirait Amalric). Ni plus ni moins. Verhoeven a du talent - Black book est un très grand film, son plus beau -, mais de là à considérer Elle comme la leçon d'un maître aux pauvres tâcherons du cinéma français, il y a une marge... faut arrêter le délire. Pour rester dans les adaptations "franco-françaises" de Djian au cinéma, le film vaut évidemment mieux que les deux horreurs, couleur bleue, sorties il y a trente ans, mais par rapport à celles, plus récentes, de Téchiné et des frères Larrieu, je ne vois pas en quoi il serait plus génial, tant Elle se révèle simplement djianien - l'accueil critique du film est égal, au niveau des superlatifs, à celui du roman -, peut-être parce que l'univers de Verhoeven est finalement trop proche de celui de Djian, empêchant une certaine distanciation comme chez les Larrieu, sinon une belle trahison, comme dans le Téchiné (dans un tout autre registre, on est d'accord). La différence, tout le monde l'a souligné, c'est Isabelle Huppert, actrice idéale pour ce genre de film - c'est elle qui est géniale, pas Elle -, je n'insiste pas, cf. le beau texte de Murielle Joudet sur ce qu'elle appelle le "Huppert movie", même si, question dérèglement, je trouve que l'actrice allait beaucoup plus loin dans Tip top de Bozon, film au demeurant plus aldrichien que Elle, expliquant d'ailleurs son accueil mitigé, au contraire du Verhoeven, unanimement salué (ou presque) par la presse. C'est paradoxalement au niveau de la mise en scène, plus que du récit et son côté too much, puisque typiquement djianien, que Elle déçoit, alternant le bon: la plupart des scènes entre Huppert et Lafitte, qui ne manquent ni d'éclat (le viol du début, filmé d'entrée et de côté, sous le regard du chat), ni de trouble (le repas de Noël, qui voit Huppert "chauffer" son... voisin), ni de souffle (la séquence des volets)... le moins bon: les rapports de Huppert avec son ex-mari et sa meilleure amie, beaux personnages qui méritaient un peu plus d'attention... le pire: bah, tout le reste, de la mère à la voisine, en passant par le fils et sa copine, l'amant et les jeunes gens de l'entreprise, lors de scènes filmées sans imagination, avec parfois même un évident désintérêt de la part de Verhoeven... et le très con: la scène où Huppert, à sa fenêtre, se masturbe en matant son voisin aux jumelles... Rien à voir avec Chabrol, bien sûr, ou alors de très loin, avec des jumelles là encore. Non non... Elle c'est juste un bon Polanski et c'est déjà pas mal.

[ajout du 29-05-16]:

Elle deux jours après: l’image de Lafitte, son regard par moments éperdu, s’impose de plus en plus, au détriment de celle de Huppert qui tend elle (son image) à se dissiper, comme si le personnage, après avoir génialement vampirisé le film, s’effaçait progressivement, au petit matin, ne laissant du film qu'un corps exsangue, corps sans vie dont il ne resterait plus que deux grands yeux, étonnés et doux, étonnamment doux...

[ajout du 30-05-16]:

Suite à un commentaire sur la religion chez Verhoeven, le fait que ce dernier s’y intéresse depuis longtemps, ayant même été membre du Jesus Seminar, groupe de travail qui étudie la vie de Jésus en tant que personnage historique, et dont il est sorti un livre, Jésus de Nazareth, dans lequel Verhoeven présente Jésus comme un leader politique, un révolutionnaire, à l’image du Che, je me suis demandé s’il n’y avait pas là une piste à creuser qui permette de mieux saisir cette vision du viol que nous offre dans Elle celui qu'on surnomme "le Hollandais violent", une vision qui lui soit propre, dépassant la notion de "non politiquement correct" qu'on lui accole invariablement, à l'instar de Philippe Djian. Dans son livre, Verhoeven évoque un Jésus résistant, qui, comme tout bon résistant, n’hésitait pas à recourir à la violence pour s’opposer au joug romain. Il y est question non plus de miracles mais d’exorcismes que pratiquait Jésus dans des états de colère noire, transformant le rituel des cérémonies en véritables combats pour chasser le démon. Tiens tiens... Dans le film, Michèle (Isabelle Huppert) est "possédée" par une image, moins celle de son père, condamné il y a trente ans à la perpétuité pour avoir massacré les habitants du quartier où ils vivaient, enfants et animaux compris (sauf un hamster!), que de sa propre image, une photo d’elle enfant, prise à l’époque du crime, où elle apparaît le regard vide, ce qui l’assimile dit-elle à une psychopathe, à l’image de son père... Et si le viol dont elle est victime plusieurs fois (par le même homme), viol auquel elle semble ensuite se soumettre tout en le refusant violemment (il ne saurait y avoir consentement), n’était autre qu’une forme d’exorcisme, dans sa phase la plus avancée, quand, récitations et prières n’ayant rien donné, l’exorciste, dont on ne voit ici que les yeux, doit violenter la possédée pour la guérir de son mal, autrement dit la débarrasser de ce "regard de psychopathe" qui la poursuit depuis l’enfance, le regard du père (et non d'Huppert, huhu)?

[ajout du 31-05-16]:

Tiens, ce serait marrant de comparer le Verhoeven à la Vénus à la fourrure de Polanski et Gone girl de Fincher...

dimanche 22 mai 2016

Julieta

La fleur de mon secret.

Le film s'ouvre sur du rouge, les replis d'une étoffe évoquant un sexe de femme, puis le gros plan d'une statuette représentant un homme assis, sexe dressé, que l'héroïne, prête à partir, emballe soigneusement. Au-delà de la symbolique sexuelle, c'est la réunion des deux matériaux, l'un soyeux, léger, l'autre robuste, capable de résister au vent, qui donne d'entrée le ton du film. Julieta, le dernier Almodóvar, est à la fois doux et implacable. Les coups de force du destin (c'est adapté de trois nouvelles d'Alice Munro, la Tchekhov canadienne, autour du personnage de Julieta et son roman familial: la rencontre par hasard avec l'homme de sa vie, la relation avec ses parents, notamment sa mère appelée à disparaître bientôt, puis le silence prolongé de sa fille) y résonnent avec délicatesse, rythmés par la musique debussyenne d'Alberto Iglesias - chez Munro, c'est She's leaving home des Beatles. Construit sur un long flash-back, le film plonge dans les années 80, puis remonte vers le présent à coups de traumas, d'ellipses et de métamorphoses [cf. le moment merveilleux où l'on passe, tel un tour de magie, de la Julieta du passé (Adriana Ugarte) à celle du présent (Emma Suárez), les signes d'effondrement liés à la perte se confondant subitement avec les stigmates du temps]. Beau portrait de femme (Jane Campion était sur le coup pour l'adaptation du livre), à la fois en partance - la fugue est le motif du film - et sur le retour, à dominantes rouge et bleu (le travail sur la couleur chez Almodóvar n'est plus à louer, comme son plaisir, intact, à raconter des histoires), Julieta se déplie ainsi miraculeusement, en toute simplicité, avec Hitchcock en filigrane (le train, Rebecca, la fuite...), véritable épure des sentiments. C'est d'une tristesse infinie, qui conjugue, dans les eaux troubles du deuil et du désamour, sentiment d'abandon et poids de la culpabilité. Et c'est magnifique.

samedi 14 mai 2016

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Festival "déconne" 2016: la descente des marches (pour rire et sans... mépris).

Bon allez, c'est parti...

Rester vertical d'Alain Guiraudie vs La débandade de Benjamin Biolay.

Dumont (Ma Loute) ce n'est pas Daumier ni Dubout, ou alors un petit bout de Daumier.

Spielbergle Bon gros géant (BGG) d'Hollywood, avec de grandes oreilles et un sacré flair... Comme Disney.

[ajout du 15-05-16]:

L'an dernier la Loi du marché, cette année l’Economie du couple... A quand le Contrat d'intérim, la Consommation des ménages, le Code des douanes (et pas des Dwan), etc.

Françaises, Français, Belges, Belges, mon président, mon chien, monsieur l’avocat le plus bas d’Inter, mesdames messieurs les jurés, public chéri, mon amour... comme disait Desproges au Tribunal des grands délires... Victoria de Justine Triet c'est, à en croire la critique, digne de Hawks, Edwards, Wilder, Cukor... rien que ça. Et pourquoi pas, tant qu'on y est, McCarey, Lubitsch, Preston Sturges, La Cava, Capra, Minnelli...

Ha ha ha... pendant que chez nous Dumont se complaît dans le dézingage tous azimuts et que Justine Triet s’exerce à la comédie oxienne (ou dalmato-simiesque, le dalmatien à la place du léopard), il y a, venue d'Allemagne, une drôle de "marenade", Toni Erdmann, personnage ultra-kitsch, genre Patrick Sébastien dans le Grand bluff, avec perruque, faux dentier et même... coussin péteur! ptdr?

[ajout du 16-05-16]:

A Cannes, ils rigolent comme des baleines ou chialent comme des Madeleine. C’est nerveux, ça leur évite de s’endormir durant les séances. C’est pour ça que Bellocchio a mis un peu de Belphégor dans son film, à l’attention du critique festif qui aurait tendance à piquer du nez devant ce qui semble être un BGM (bon gros mélo) à la sauce freudo-marxiste, tout en lui chuchotant au coin de l’oreille: Fais de beaux rêves...

Ma Loute de Dumont vs les Cannibales d'Oliveira (merci Marcos pour l'idée).

Le Woody Allen 2016 qui rappelle, via le Hollywood des années 30, le Woody Allen des années 80, hum... ça sent le réchauffé tout ça... quid de l’arôme? Café society, café sauce eighties...

[ajout du 17-05-16]:

Ah Marvin, le bouledogue anglais (en fait une femelle, aujourd'hui disparue, RIP) de Paterson, le gars de Paterson (la ville) que célèbre Paterson (le poème) dans Paterson, le film de Jarmusch.

[ajout du 18-05-16]:

Vu Ma Loute... J’ai trouvé ça exécrable. Sous prétexte de la grosse farce, sur le thème thomasmannien de la décadence (la fin d’un monde avant la Grande catastrophe), Dumont, dont le comique finalement n'aura pas fait long feu, nous livre un film glaçant, sinistre et - c’est la vraie nouveauté - visuellement très laid (lumière et couleurs cadavériques, l’horreur numérique poussée là aussi, comme tout le reste, à son paroxysme). C’est voulu bien sûr, sauf que la machine tourne à vide (excentricité de façade), les gags tombant le plus souvent à plat, à l’image du gros Machin... pire, tout y est avili, spectacle affligeant dans lequel se repaît Dumont, occupé qu’il est à jouir de sa galerie de monstres (hauts bourgeois dégénérés vs cueilleurs de moules anthropophages), toujours dans le même vivier, le Nord-Pas-de-Calais (le plus étant ici les effets sonores à la Tati), indifférent au reste, y opposant juste, comme d'habitude, en guise de contrepoint, une histoire d’amour convenue entre deux êtres désaccordés, l’intérêt pour lui n’étant pas ce qui pourrait les unir, mais le contraste ainsi créé. Et qu’on ne vienne pas me chauffer avec la figure de l’androgyne, comme réconciliation des contraires chez Dumont, à travers le personnage de Billie (fille et/ou garçon), tant tout ça fait plaqué, bidon, juste pour donner le change... idem de l’autodérision, qui voudrait que l’auteur se moque de lui-même et de son penchant pour les élévations mystiques, en filmant le même gros Machin flottant dans les airs, tel un ballon. Pff... Pourtant il y a un joli motif dans le film, celui de la traversée, lorsque les miséreux aident les riches à traverser la Slack, moyennant quelques centimes, en les portant dans leurs bras. Mais qu’en fait Dumont? Rien, c’est là mais c’est tout. Ma Loute, film sans rythme et sans âme, n’est traversé par rien. D’où ce recours par moments à la musique - celle de Guillaume Lekeu, obscur musicien belge de la fin du XIXe, mort à 24 ans de la typhoïde après avoir mangé un sorbet contaminé (merci Wikipédia) - pour donner un peu d’ampleur au film, aveu surtout d’impuissance de la part de Dumont à produire, via ses personnages, une quelconque émotion.

[ajout du 19-05-16]:

Le film sur les époux Loving, un peu qu'il est académique. La preuve: .

[ajout du 20-05-16]:

Ma Loute J+3... S’il fallait absolument trouver de l’intérêt à ce film qui n’en présente strictement aucun, ce serait peut-être (je dis "peut-être" parce que cela supposerait de revoir le film, ce qui est au-dessus de mes forces) de regarder comment Luchini, Bruni Tedeschi et Binoche réagissent à la manière dont Dumont les traite... Je ne parle pas du surjeu, cette espèce de snobisme outré que le cinéaste leur demande de jouer (aucun rapport avec la fabrique de l’acteur excentrique), censé s’accorder (?) avec le jeu approximatif, décalé sinon faux, des amateurs. Non, je parle du désir manifeste (et franchement minable) de Dumont de rabaisser l’acteur, sous couvert de lui faire jouer, surtout dans le cas de Luchini, un taré de la haute. Si Binoche se prête docilement - et assez bêtement - au jeu, on perçoit par instants dans le regard de Bruni Tedeschi une véritable inquiétude (peut-être due au fait que c’est sa propre classe qui se trouve ridiculisée), qui voit l’actrice marquer des temps d’arrêt, ne sachant pas trop quoi faire, paraissant même pendant quelques secondes complètement égarée. Quant à Luchini, archétype du comédien, avec ce que cela suppose d’égo et d’histrionisme, c’est par les gestes que cela passe, laissant apparaître à certains moments une forme de résistance, comme s’il en allait de sa dignité d’acteur, ainsi de sa démarche, que Dumont aurait souhaitée (paraît-il) à la Aldo Maccione, mais qui là ne ressemble à rien, le corps de l’acteur refusant de se prêter à une telle mascarade, offrant pour le coup un truc moins débile, relevant toujours du grand n’importe quoi mais plus en rapport avec la culture du comédien, qui fait que cette démarche, c'est l'impression que j'ai eue, aurait plus à voir, sans que Luchini en soit parfaitement conscient, avec celle de Carette (Julien, pas Bruno).

[ajout du 21-05-16]:

Le Dumont grand film politique? Hahaha... Ma Loute des classes. N'importe quoi...

Juste la fin du monde de Dolan, c’est un peu le prolongement, en plus hystérique et entrecoupé de pauses clipardesques, de la scène dans la cuisine dans Tom à la ferme, non?

Vu Julieta. Magnifique. Allez hop, c'est décidé... Palmodóvar!

vendredi 13 mai 2016

Slowdive


Simon Scott, Rachel Goswell, Christian Savill,
Neil Halstead et Nick Chaplin (de g. à d.)


Parmi les groupes "shoegaze" (en français on dit "pataugas", haha...), Slowdive fut certainement un des plus importants, et ce malgré une carrière écourtée (1990-1995), victime de son insuccès en pleine Oasismania.

Best of Slowdive: (par ordre alphabétique)

Alison, Souvlaki
- Ambient guitar, demo
Avalyn I Avalyn IISlowdive, EP
- Ballad of sister SueErik's songJust for a day
Blue skied an' clearPygmalion
- Catch the breeze, Just for a day
- Changes, demo
Crazy for youPygmalion
Good day sunshine5 EP, EP
- In mind, 5 EP, EP
J's heavenPygmalion
- Machine gun, Souvlaki
Melon yellowSouvlaki
MirandaPygmalion
Missing you5 EP, EP
Moussaka chaos (retake de "Souvlaki space station"), Outside your room, EP
RuttiPygmalion
ShineHolding our breath, EP
Sing, Souvlaki
Souvlaki space stationSouvlaki
Spanish airJust for a day
TrellisazePygmalion
When the sun hitsSouvlaki

Bonus: Golden hair (Syd Barrett cover, version live 2014)

jeudi 5 mai 2016

St. G.




On s'était quittés avec Oliveira et sa maison, construite par un disciple de Le Corbusier, eh bien Le Corbusier, le revoilà dans l'Architecte de Saint-Gaudens de Julie Desprairies et Serge Bozon. En attendant de voir le film, on peut déjà écouter la très belle BO composée par Mehdi Zannad (Fugu), lui-même architecte et qui joue ici le rôle de Le Corbusier, lequel avait imaginé, en 1945, un projet pour le développement urbanistique de Saint-Gaudens, projet "de cité joyeuse, mêlant bâtiments, fonctionnalité et bonheur de vivre et de travailler ensemble", ce qui ne pouvait qu'inspirer Julie Desprairies, auteur déjà des chorégraphies de Mods.

vendredi 1 avril 2016

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"Flying", Death In Vegas, 1999.

En avril la vie (d'un blog) ne tient qu'à un fil...

jeudi 31 mars 2016

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Visite ou Mémoires et confessions de Manoel de Oliveira (1982).

Ma maison.

Au lendemain de la révolution, les ouvriers occupèrent l'usine de passementerie qu'Oliveira avait héritée de son père. Pour payer les salaires, ils vendirent la marchandise puis les machines. Oliveira se trouva ruiné car, afin de remodeler et de moderniser l'usine, il avait emprunté beaucoup d'argent avant la révolution, hypothéquant ses biens immobiliers dont la villa qu'il avait fait construire en 1941, par un élève de Le Corbusier, José Porto. Il fut contraint de la vendre. Avant de quitter les lieux, il tourna ce film, dont trois copies seulement furent tirées, toutes trois mises sous scellés. Le film ne devait être vu qu'après la mort du réalisateur.

[...] Une maison, c'est une relation intime, personnelle, où se trouvent des racines. La maison que j'ai filmée dans Mémoires et confessions avait été faite pour moi. Je m'étais adressé à un ami architecte, José Porto, qui avait étudié en France du temps des grands architectes, Le Corbusier, Perret. Il avait une très bonne formation.
... j'ai suivi de près le développement de son dessin et ce dessin a été recommencé trois fois. Le premier projet était un peu monumental. Il s'est réduit dans le suivant... le troisième projet, à ma demande, était plus modeste. C'était pendant la guerre. Je me suis marié en 1940. J'avais pensé à faire construire cette maison avant mon mariage déjà, mais elle n'a été finie qu'après. De nombreuses difficultés avaient surgi à cause de la guerre, et la construction a pris du temps.
... la maison était, pour son époque, de conception très hardie. L'architecte était d'ailleurs content de trouver en moi un client radicalement différent de tous les autres, qui ne laissent en général que peu de liberté. Mais il était difficile de trouver le bois, le chêne. Il y a, par exemple, une fenêtre de sept mètres de long. Il fallait que le bois ait douze centimètres d'épaisseur et c'était difficile à trouver. Heureusement, nous sommes tombés sur une scierie qui avait, par hasard, ce bois car le bois doit être bien sec sinon il laisse tomber le tanin et ça fait des taches. On se sert beaucoup du tanin dans les fûts d'eau de vie, des fûts de châtaignier vert, car l'eau de vie en ressort, après un an, dorée grâce au tanin.
Revenons à la maison. Elle se trouve à Porto à deux kilomètres de la mer, dans le quartier de la Foz du Douro, le mot foz désigne en portugais l'embouchure d'un fleuve. Elle a une forme circulaire, avec un axe central et tout se dirige vers cet axe. Il n'a pas été facile de l'aménager parce que José Porto, l'architecte, est parti au Mozambique travailler à l'urbanisation avant d'avoir terminé notamment la décoration. Et j'ai eu des difficultés, pour les tapis, par exemple, car les formes étaient bizarres. Comme José Porto travaillait pour les Ingénieurs Réunis, cette société m'a indiqué un autre architecte, Viana de Lima (par la suite, il a acquis un certain renom et il a travaillé avec Niemeyer pour un hôtel à Madère). Les deux styles étaient très différents et ça m'a posé encore quelques problèmes. Mais ça a été une réussite. Par la suite, les étudiants en architecture, avec leur professeur, sont souvent venus la voir, presque chaque année... (in Antoine de Baecque, Jacques Parsi, Conversations avec Manoel de Oliveira, 1998)

Sur Visite ou Mémoires et confessions, lire dans le dernier numéro de Trafic le texte de Pierre Léon: "Trois jours à Cadix ou les Vaincus".

jeudi 24 mars 2016

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Toujours aussi génial Echenoz:

"[...] Tausk n'ayant pas pris en charge son retour en taxi, Pélestor marche jusqu'au métro Rome. Suivons-le. Il marche en regardant ses pieds comme d'habitude, un peu de ce qui les environne et là tout l'y désole. Une carte à jouer perdue, par exemple, seule derrière le kiosque à journaux de la place Prosper-Goubaux. Ça n'a l'air de rien à première vue, une carte égarée, n'empêche que ça ruine la carrière et l'avenir d'une cinquantaine d'autres qui la pleurent sinon la maudissent, ne pouvant plus servir à rien, se retrouvant sans emploi à cause d'elle et sur le sort desquelles s'attriste Pélestor.
Les jambes d'une femme qui passe, ensuite. On oublie trop souvent que les jambes des femmes leur sont également utiles pour avancer: on les tient tellement pour des objets d'art qu'on tend à négliger cet usage fonctionnel. Or, découvertes et disgracieuses, celles qu'aperçoit Pélestor non loin de ses propres pieds posent une question réelle: si les moches ne servent plus qu'à l'exercice de la marche, dès lors pourquoi les montrer? Cette pensée le désole et, plus encore, l'idée coupable de l'avoir conçue le navre, l'oppresse à l'excès, pour adoucir ce phénomène il extrait de sa poche un tout nouvel étui de gélules apaisantes, va pour l'ouvrir, mais.
Mais à ce propos, Pélestor aimerait qu'on lui explique pourquoi, lorsqu'il ouvre une boîte neuve de médicaments, c'est toujours du mauvais côté: celui de la notice d'utilisation pliée sur les pilules, comprimés ou gélules et qui fait barrage à ceux-ci, de sorte que Pélestor doit chaque fois refermer la boîte pour la rouvrir de l'autre côté, où la dose est en libre accès. Ce phénomène paraît inévitable, comme une tartine chue tombe toujours du côté confiture, sous l'effet d'une malédiction qui se poursuit même après la première ouverture de la boîte: chaque fois qu'il y a recours ensuite c'est toujours la notice qui se présente, la notice et la notice encore. Une solution consisterait à se débarrasser de cette foutue notice, d'autant plus que Pélestor la connaît par c
œur et qu'elle ne sert à rien, mais on ne sait jamais.
Il n'a, de toute façon, pas de verre d'eau sous la main pour avaler sa drogue, aussi diffère-t-il cette opération, descend-il dans le métro Rome qui est un grand parallélépipède rectangle, seule station non voûtée du réseau souterrain. La rame qui arrive est pleine. Pélestor doit se tenir debout, ce qui est éprouvant mais, pour des raisons de microbes, germes, virus et autres bactéries, il est exclu de se tenir aux poignées ou aux barres disponibles. Il faut faire un effort pour se maintenir en équilibre, Pélestor danse sur place et sans méthode, allant et venant au bout de ses pieds jusqu'à ce que la rame se déleste à Barbès-Rochechouart et qu'un siège se libère: strapontin individuel, en principe idéal. Mais comme il est aussi exclu d'occuper un siège chauffé par quelque anonyme fessier, Pélestor doit attendre qu'il recouvre une température normale. Et puis enfin assis, de plus en plus oppressé, il va rechercher en dernier recours ses gélules dans sa poche: il se passera d'eau, tant pis. Tirant sur sa langue, sur ses joues, Pélestor tente d'accumuler assez de salive dans sa bouche pour faire passer le médicament, il doit s'y reprendre à plusieurs reprises avant d'obtenir le volume nécessaire. Mais entre-temps la capsule a fondu contre son palais, c'est d'un goût dégueulasse, c'est la merde complète." (Jean Echenoz, Envoyée spéciale, 2016) 

vendredi 18 mars 2016

90's




  Over my head, Aztec Camera, 1990.

25 albums - les miens - des années 90: (par ordre alphabétique, un par groupe ou artiste)

The Contino sessions, Death In Vegas, 1999
- Deserter's songs, Mercury Rev, 1998
- Drift, The Apartments, 1993
- The fawn, The Sea And Cake, 1997  
- For keeps, The Field Mice, 1991
- Frestonia, Aztec Camera, 1995
- Gideon gaye, The High Llamas, 1994
- Good humor, Saint Etienne, 1998
- Homeless house, John Cunningham, 1998
- Jordan: the comeback, Prefab Sprout, 1990
- Le manteau de pluie, Jean-Louis Murat, 1991
- Mezzanine, Massive Attack, 1998
- Painful, Yo La Tengo, 1993
- Peng!, Stereolab, 1992
- Pygmalion, Slowdive, 1995
- Reading writing and arithmetic, The Sundays, 1990
- Shleep, Robert Wyatt, 1997
The soft bulletin, The Flaming Lips, 1999
- Temperamental, Everything but the Girl, 1999
- Tigermilk, Belle And Sebastian, 1996
- TNT, Tortoise, 1998
- Under the western freeway, Grandaddy, 1997
- Vauxhall and I, Morrissey, 1994
- Vivadixiesubmarinetransmissionplot, Sparklehorse, 1995
- Work and non work (compilation), Broadcast, 1997

Oui je sais, il manque Radiohead, Nirvana, R.E.M., Portishead, My Bloody Valentine, Pavement, PJ Harvey... et aussi Björk, Blur, Beck (et non Bock, Beer, Beurk, hé hé).

samedi 12 mars 2016

Do ré mi do

Vu Deux Rémi, deux de Pierre Léon. Son film le plus coloré (à dominantes rouge orangée et bleue), chaleureux et mélancolique, le plus enjoué (enfin je pense, je ne les connais pas tous, une rétro est d'ailleurs à venir: "Pierre Léon, le mystère s'épaissit"...), c'est une comédie, et comme souvent dans les meilleures comédies, traversée d'inquiétude, que le cinéaste pointe par petites touches tout du long. Mais par où commencer? Les chats? Pourquoi pas, il y en a plein le générique. Et plein le film. Un qui ronronne, quand il est en bonne compagnie (Bernard Eisenschitz), un qui ronchonne, parce qu'il se fait du souci pour les autres (Jean-Christophe Bouvet), un qui "brahmsonne", au piano une pièce à quatre mains avec sa maman (Serge Bozon)... Il y a aussi une jeune et jolie féline (Luna Picoli-Truffaut) qui se déplace, silencieuse, sur la pointe des pieds (ce qui lui donne un côté "Panthère rose") quand elle espionne (à la manière de sa mère - ou de sa tante je ne sais plus - dans l'Amitié, le premier film de Bozon) le double, très sûr de lui, de son petit chat à elle, Rémi (Pascal Cervo), qu'elle aime d'amour tendre bien qu'il soit du genre renfrogné, autant dire peu sociable. "Il a pas l'esprit d'entreprise" dit le gros matou Bouvet à propos de celui qui refuse d'aller boire un verre avec ses collègues du "Chat va bien" - une boîte de counseling pour chats! -, préférant se promener dans la ville, anonyme (la nuit tous les chats sont gris), pour finalement, une fois rentré chez lui, se mettre à chanter du Bruant. Bref, un drôle de chat, pas drôle du tout mais très attachant, parce que plus vrai, plus sincère, alors que bien sûr, aux yeux de la société, celle d'aujourd'hui qui prône la performance, c'est l'autre Rémi, le double, visiblement plus efficace (son regard est plus malicieux), qui s'impose, occupant la place et, dès lors, reléguant encore plus l'original dans la marge.
Donc les chats. Avec ce que cela suppose de grâce et d'élégance, ce dont le film ne manque pas... on peut même dire qu'il en regorge. C'est la part musicale (ou mystérieuse, c'est pareil) du cinéma de Pierre Léon. D'aucuns parleront de sa part biettienne, qui ne se limiterait pas aux jeux de mots et autres plaisirs de la langue. Oui forcément. Quoique. Si l'on compare Deux Rémi, deux et par exemple Saltimbank, le dernier film de Biette, auquel on pense inévitablement, la musicalité n'est pas la même. Chez Léon, c'est plus souple, plus mélodieux, j'allais dire plus russe, de sorte que les pas de côté (je n'ai pas dit les entrechats) restent équilibrés, fragiles mais équilibrés, alors que chez Biette, c'est en même temps, et paradoxalement, plus relâché et plus nerveux, les pas de côté ont quelque chose de l'à-coup, ce qui rompt parfois l'équilibre. Ecrivant cela je pense à l'image du lapin dont recourt Léon (Bozon parlait lui d'écureuil) pour évoquer la façon chez Biette de conduire un récit, qui favorise les arrêts, aux aguets, et les fuites, par la tangente, qui fait qu'on ne repasse pas à l'endroit prévu. Chez Léon non plus - ça reste imprévisible - mais l'écart est moins grand et, quel que soit le saut, on retombe toujours sur ses pattes. Comme les chats.
Quant à la musique... Do ré mi do... à la fois une ouverture (une entrée de gamme), simple comme une comptine, et, déjà, contenue dans ces quelques notes, toute la portée du film (au sens musical), avec ses respirations, ses silences, ses "hauteurs", contraints bien sûr (du point de vue économique mais pas que, il y a un vrai choix esthétique), qui donne au film ce côté doux et apaisé, à l'image des petites boîtes à musique qu'on y entend ou du "combat" final entre les deux Rémi, mélange de judo et de tango. C'est ce qui rend le cinéma de Pierre Léon si rare et si mystérieusement évident, comme si le cinéaste, à l'instar de Bozon sur le miroir d'eau (ça se passe à Bordeaux), pénétrait dans son film, lui aussi, les pieds nus dans la brume, le regard rafraîchi, prêt à s'émerveiller, à la manière d'un enfant - c'est l'aspect Arrieta, un autre cinéaste-oreille, la différence étant que pour Léon il lui faut en plus abandonner ses bagages (sur le cinéma, la littérature, Dostoïevski et son Double...), les déposer au seuil du film, oublier toute cette culture qui, à l'heure de tourner, vous encombre plus qu'autre chose, pour n'en garder que des traces, des empreintes (de chat?), qui vont parcourir le film, en pointillé et sans véritable direction, au sens fléché du mot. C'est à ce prix qu'on fait les plus beaux films. Est-il besoin d'ajouter que Deux Rémi, deux est de ceux-là...

mercredi 9 mars 2016

The Field Mice


Michael Hiscock, Annemari Davies, Mark Dobson,
Bobby Wratten et Harvey Williams (de g. à d.)


Ah! The Field Mice... le plus beau fleuron du label Sarah Records (1987-1995) qui fut en matière d'indie pop (on y trouve également St. Christopher, Another Sunny Day, Heavenly, East River Pipe...) l'équivalent anglais du célèbre Postcard Records (1980-1981) d'Alan Horne, établi à Glasgow. The Field Mice, cinq "mulots" trop vite disparus, même si l'aventure continua avec Northern Picture Library puis Trembling Blue Stars, les deux autres projets de Bobby Wratten...

Best of The Field Mice: (par ordre alphabétique)

Bleak, The autumn store part two (single), 1990
- Canada, Skywriting, 1990
ClearerSkywriting, 1990
Five momentsFor keeps, 1991
- Freezing point, For keeps, 1991
Holland streetSo said Kay (EP), 1990
I can see myself alone forever, 1989
Indian oceanSo said Kay (EP), 1990
- I thought wrong, 1990
It isn't foreverSkywriting, 1990
- Let's kiss and make up, Snowball, 1989
- Letting go, Snowball, 1989
- Loveless love (The Feelies cover), 1989
Missing the moon, 1991
- Other galaxies, Waaaaah! (compilation), 1991
QuicksilverSo said Kay (EP) 1990
Sensitive, 1989
- Song sixThe autumn store part two (single), 1990
This is not hereFor keeps, 1991
- Tilting at windmills, For keeps, 1991
TriangleSkywriting, 1990
The world to me, The autumn store part one (single), 1990

Bonus 1: John Peel session ("Anoint", "By degrees", "Fresh surroundings", "Sundial") diffusée à la BBC le 23 avril 1990.

Bonus 2: The Field Mice au Dome Tufnell Park (21 novembre 1991).