Vu Deux Rémi, deux de Pierre Léon. Son film le plus coloré (à dominantes rouge orangée et bleue), chaleureux et mélancolique, le plus enjoué (enfin je pense, je ne les connais pas tous, une rétro est d'ailleurs à venir: "Pierre Léon, le mystère s'épaissit"...), c'est une comédie, et comme souvent dans les meilleures comédies, traversée d'inquiétude, que le cinéaste pointe par petites touches tout du long. Mais par où commencer? Les chats? Pourquoi pas, il y en a plein le générique. Et plein le film. Un qui ronronne, quand il est en bonne compagnie (Bernard Eisenschitz), un qui ronchonne, parce qu'il se fait du souci pour les autres (Jean-Christophe Bouvet), un qui "brahmsonne", au piano une pièce à quatre mains avec sa maman (Serge Bozon)... Il y a aussi une jeune et jolie féline (Luna Picoli-Truffaut) qui se déplace, silencieuse, sur la pointe des pieds (ce qui lui donne un côté "Panthère rose") quand elle espionne (à la manière de sa mère - ou de sa tante je ne sais plus - dans l'Amitié, le premier film de Bozon) le double, très sûr de lui, de son petit chat à elle, Rémi (Pascal Cervo), qu'elle aime d'amour tendre bien qu'il soit du genre renfrogné, autant dire peu sociable. "Il a pas l'esprit d'entreprise" dit le gros matou Bouvet à propos de celui qui refuse d'aller boire un verre avec ses collègues du "Chat va bien" - une boîte de counseling pour chats! -, préférant se promener dans la ville, anonyme (la nuit tous les chats sont gris), pour finalement, une fois rentré chez lui, se mettre à chanter du Bruant. Bref, un drôle de chat, pas drôle du tout mais très attachant, parce que plus vrai, plus sincère, alors que bien sûr, aux yeux de la société, celle d'aujourd'hui qui prône la performance, c'est l'autre Rémi, le double, visiblement plus efficace (son regard est plus malicieux), qui s'impose, occupant la place et, dès lors, reléguant encore plus l'original dans la marge.
Donc les chats. Avec ce que cela suppose de grâce et d'élégance, ce dont le film ne manque pas... on peut même dire qu'il en regorge. C'est la part musicale (ou mystérieuse, c'est pareil) du cinéma de Pierre Léon. D'aucuns parleront de sa part biettienne, qui ne se limiterait pas aux jeux de mots et autres plaisirs de la langue. Oui forcément. Quoique. Si l'on compare Deux Rémi, deux et par exemple Saltimbank, le dernier film de Biette, auquel on pense inévitablement, la musicalité n'est pas la même. Chez Léon, c'est plus souple, plus mélodieux, j'allais dire plus russe, de sorte que les pas de côté (je n'ai pas dit les entrechats) restent équilibrés, fragiles mais équilibrés, alors que chez Biette, c'est en même temps, et paradoxalement, plus relâché et plus nerveux, les pas de côté ont quelque chose de l'à-coup, ce qui rompt parfois l'équilibre. Ecrivant cela je pense à l'image du lapin dont recourt Léon (Bozon parlait lui d'écureuil) pour évoquer la façon chez Biette de conduire un récit, qui favorise les arrêts, aux aguets, et les fuites, par la tangente, qui fait qu'on ne repasse pas à l'endroit prévu. Chez Léon non plus - ça reste imprévisible - mais l'écart est moins grand et, quel que soit le saut, on retombe toujours sur ses pattes. Comme les chats.
Quant à la musique... Do ré mi do... à la fois une ouverture (une entrée de gamme), simple comme une comptine, et, déjà, contenue dans ces quelques notes, toute la portée du film (au sens musical), avec ses respirations, ses silences, ses "hauteurs", contraints bien sûr (du point de vue économique mais pas que, il y a un vrai choix esthétique), qui donne au film ce côté doux et apaisé, à l'image des petites boîtes à musique qu'on y entend ou du "combat" final entre les deux Rémi, mélange de judo et de tango. C'est ce qui rend le cinéma de Pierre Léon si rare et si mystérieusement évident, comme si le cinéaste, à l'instar de Bozon sur le miroir d'eau (ça se passe à Bordeaux), pénétrait dans son film, lui aussi, les pieds nus dans la brume, le regard rafraîchi, prêt à s'émerveiller, à la manière d'un enfant - c'est l'aspect Arrieta, un autre cinéaste-oreille, la différence étant que pour Léon il lui faut en plus abandonner ses bagages (sur le cinéma, la littérature, Dostoïevski et son Double...), les déposer au seuil du film, oublier toute cette culture qui, à l'heure de tourner, vous encombre plus qu'autre chose, pour n'en garder que des traces, des empreintes (de chat?), qui vont parcourir le film, en pointillé et sans véritable direction, au sens fléché du mot. C'est à ce prix qu'on fait les plus beaux films. Est-il besoin d'ajouter que Deux Rémi, deux est de ceux-là...
Donc les chats. Avec ce que cela suppose de grâce et d'élégance, ce dont le film ne manque pas... on peut même dire qu'il en regorge. C'est la part musicale (ou mystérieuse, c'est pareil) du cinéma de Pierre Léon. D'aucuns parleront de sa part biettienne, qui ne se limiterait pas aux jeux de mots et autres plaisirs de la langue. Oui forcément. Quoique. Si l'on compare Deux Rémi, deux et par exemple Saltimbank, le dernier film de Biette, auquel on pense inévitablement, la musicalité n'est pas la même. Chez Léon, c'est plus souple, plus mélodieux, j'allais dire plus russe, de sorte que les pas de côté (je n'ai pas dit les entrechats) restent équilibrés, fragiles mais équilibrés, alors que chez Biette, c'est en même temps, et paradoxalement, plus relâché et plus nerveux, les pas de côté ont quelque chose de l'à-coup, ce qui rompt parfois l'équilibre. Ecrivant cela je pense à l'image du lapin dont recourt Léon (Bozon parlait lui d'écureuil) pour évoquer la façon chez Biette de conduire un récit, qui favorise les arrêts, aux aguets, et les fuites, par la tangente, qui fait qu'on ne repasse pas à l'endroit prévu. Chez Léon non plus - ça reste imprévisible - mais l'écart est moins grand et, quel que soit le saut, on retombe toujours sur ses pattes. Comme les chats.
Quant à la musique... Do ré mi do... à la fois une ouverture (une entrée de gamme), simple comme une comptine, et, déjà, contenue dans ces quelques notes, toute la portée du film (au sens musical), avec ses respirations, ses silences, ses "hauteurs", contraints bien sûr (du point de vue économique mais pas que, il y a un vrai choix esthétique), qui donne au film ce côté doux et apaisé, à l'image des petites boîtes à musique qu'on y entend ou du "combat" final entre les deux Rémi, mélange de judo et de tango. C'est ce qui rend le cinéma de Pierre Léon si rare et si mystérieusement évident, comme si le cinéaste, à l'instar de Bozon sur le miroir d'eau (ça se passe à Bordeaux), pénétrait dans son film, lui aussi, les pieds nus dans la brume, le regard rafraîchi, prêt à s'émerveiller, à la manière d'un enfant - c'est l'aspect Arrieta, un autre cinéaste-oreille, la différence étant que pour Léon il lui faut en plus abandonner ses bagages (sur le cinéma, la littérature, Dostoïevski et son Double...), les déposer au seuil du film, oublier toute cette culture qui, à l'heure de tourner, vous encombre plus qu'autre chose, pour n'en garder que des traces, des empreintes (de chat?), qui vont parcourir le film, en pointillé et sans véritable direction, au sens fléché du mot. C'est à ce prix qu'on fait les plus beaux films. Est-il besoin d'ajouter que Deux Rémi, deux est de ceux-là...










