jeudi 19 août 2010

Kabuki

Le "Jerry Lewis kabuki show" vous vous souvenez? Dans The big mouth, cette petite scène de théâtre japonais, absolument géniale, dans laquelle Lewis se révèle plus que jamais le digne héritier de Laurel et de Semon. Eh bien, en voici un extrait dans une version légèrement remaniée. Hé hé... Marrant, non?



The Jerry Lewis kabuki show, d'après The big mouth de Jerry Lewis (1967). Musique: Monarchy.

Sinon, comme beaucoup, je m'imprègne en ce moment du nouvel album d'Arcade Fire: The suburbs. Les morceaux se succèdent, certains se détachent déjà - "The suburbs", "Ready to start", "Rococo", "Half light I", "Suburban war", "Deep blue", "We used to wait", "Sprawl" (I et II) -, il me faut encore réécouter l'ensemble une ou deux fois, mais j'ai bien l'impression qu'on tient là un des grands albums de l'année. J'en reparlerai prochainement.

dimanche 15 août 2010

Le visiteur



Le jouet criminel d'Adolfo Arrieta (1969). [via giorgia1942]

mardi 10 août 2010

Le centre vide

Vu The last airbender de M. Night Shyamalan. Bon, d’accord, le film n’est pas du niveau des précédents (j’entends les trois derniers). Et la 3D est absolument catastrophique. D'ailleurs si vous avez la possibilité de voir le film en version "plate", n’hésitez pas, ou alors attendez la sortie du DVD. En fait, je dis "plate", mais c’est justement la version 3D qui est "plate" tant le film apparaît comme une juxtaposition d’à-plats désastreux, détruisant tout effet de profondeur. Et je ne parle pas de la lumière. Une fois chaussé vos lunettes, tout devient sombre, on a l’impression que toutes les scènes se passent à la tombée de la nuit, entre chien et loup. Donc voilà, visuellement c’est épouvantable. Et pourtant The last airbender est loin d’être la daube annoncée un peu partout par les critiques (Libé, le Monde, Télérama...), des critiques dont le discours est souvent aussi inepte que celui qu’ils prêtent à Shyamalan. (Seuls pour l’instant Chauvin dans Chronic’art et Ostria dans les Inrocks ont défendu le film.)
D’un point de vue, disons, technologique, le film de Shyamalan se révèle donc très pauvre et, pour le coup, à l'opposé de celui de Cameron. Mais justement... Autant Avatar souffre de ne pas être vu en 3D, puisqu’il n’a été conçu que pour ça, autant The last airbender (l’autre Avatar, on pourrait dire le faux, ou le vrai si on s'intéresse à autre chose que la technique) mérite d’être vu "normalement". D’abord pour y récupérer la profondeur que la 3D lui a paradoxalement ôté (quoique la médiocrité ici de la 3D n'est pas non plus sans charme puisque renvoyant aux vieux films en relief des années 50, ou encore aux films d'animation tchèques des années 60, comme ceux de Karel Zeman - cf. les vaisseaux de guerre -, voire par moments aux simples transparences d'antan). Mais surtout pour se rendre compte à quel point le film de Shyamalan, à la différence de celui de Cameron, ne repose pas que sur ses effets spéciaux.
J’entends d’ici les ricanements. Eh bien oui... Malgré ses défauts (cf. la construction du récit, plutôt brinquebalante, mais c'est propre au genre, non?), The last airbender est finalement plus satisfaisant qu'Avatar. C’est que derrière le discours new age de Cameron, il n’y a rien: son film est très beau, très bleu, mais aussi parfaitement vide, alors que The last arbander, lui, est franchement laid, plutôt noir, mais pas si creux. Réduire le film de Shyamalan à l'histoire qu'il raconte, considérer celle-ci comme débile parce qu'on n'y a vu qu'un truc simplet pour enfants, montre bien les limites (et/ou la mauvaise foi) d'une bonne partie de la critique. Déjà un conte pour enfants, on le sait, en dit infiniment plus que n'importe quel discours écolo-gnangnan... Ensuite il est évident que derrière cette histoire d'avatar immature se cache une autre histoire, beaucoup plus forte (c'est elle qui nourrit le récit), qui fait de The last airbender un film moins impersonnel qu'il y paraît, et ce d'autant moins qu'il se trouve débarrassé des habituelles afféteries narratives qui souvent encombrent le cinéma de Shyamalan, permettant ainsi un accès, sinon royal, du moins plus direct à son œuvre. Il n'y a que les gogos pour croire que Shyamalan a uniquement fait ce film pour faire plaisir à ses filles (qui raffolaient de la série animée japonaise). S'il l'a fait, c'est d'abord parce qu'il en avait le désir, qu'il y trouvait la matière pour exprimer ses talents de metteur en scène autant que de conteur. Que le résultat ne soit pas à la hauteur de ses ambitions, peut-être, il n'en reste pas moins que les ambitions existent et qu'elles ne se limitent pas à celles d'un papa-gâteau. Ou d'un cinéaste gâté. Arrêtons avec la roublardise supposée de Shyamalan. Ou alors considérons la, mais au même titre que celle, disons, d'un Hitchcock ou d'un Spielberg, et passons à autre chose...
Ce film imparfait est beau malgré tout, non pas du fait de son imperfection (quoique, il y a là comme un effet de miroir avec l'imperfection des personnages), mais de son extrême fragilité, qui n'est pas que de surface (dans sa forme, le film apparaît aussi volatil que l'air, aussi impalpable que l'eau). S'il finit par gagner en intensité, en ambiguïté, en émotion, c'est très progressivement, car rien n'y est acquis d'avance. Contrairement à ses films précédents qui d'emblée s'installaient dans un climat hautement tensionnel (l'enjeu consistait alors à maintenir la tension jusqu'au bout, twist compris), Shyamalan procède ici presque à l'envers. En termes d'intensité, le film démarre quasiment à zéro et ne décolle que par à-coups, petit à petit. C'est long à se mettre en marche, mais ça progresse inexorablement, on sent qu'à chaque palier franchi le film ne retombera pas, qu'il continuera de grimper, à son rythme, pour offrir (une fois oublié la 3D et la faiblesse relative du scénario) trente dernières minutes absolument magnifiques. C'est, comme on dit, un film qui se mérite...
Mais allons plus loin. Laissons de côté la thématique: l'air, l'eau... trop manifeste, qui imprégnait déjà les autres films (le vent dans The happening, l'eau dans Lady in the water), laissons aussi de côté le "message", quant à l'impérialisme de la nation du feu, et attachons-nous à ce qui structure le film, aussi bien dans sa forme qu'au niveau du récit. Il y a dans le cinéma de Shyamalan une figure récurrente: le cercle, mieux, l'ellipse (pensons à Signs, The Village, Lady in the water...) à l'intérieur duquel tout semble converger. Dans The last airbender, on retrouve cette figure, mais l'effet de convergence y est comme inversé. A l'image des chorégraphies kung-fu du petit héros, "balayant" tout ce qui est autour de lui, le film semble lui-même se vider de son centre, un mouvement d'évidement qui rejette en périphérie ce qui d'ordinaire est le point fort de Shyamalan, à savoir le récit. Le héros, en tant qu'Avatar, se trouve délesté de toute "histoire" (c'est d'ailleurs pour cela qu'il avait fui). Il n'est qu'un point de gravitation autour duquel se construit l'histoire du film mais pas la sienne (il ne connaîtra plus jamais l'enfance). C'est pourquoi on ne peut parler véritablement d'initiation. Pas de rite de passage ici. L'avatar n'est qu'un centre, parfaitement vide, qui permet aux autres, situés eux à la marge, de se révéler. Par rapport aux films précédents, il y a là comme une "orientalisation" de l'œuvre shyamalanienne qui passe d'une vision occidentale (philadelphienne?), donc centripète, à quelque chose de plus orientale, de plus centrifuge, où les marges du récit ont, comme les bords du cadre, une importance plus grande que d'habitude. A ce titre, le véritable héros du film n'est pas l'Avatar mais bien son double noir, le prince Zuko. C'est lui le vrai centre du film, un centre excentré, képlerien, qui attire le récit. Shyamalan ne s'y est pas trompé, confiant le rôle à un acteur d'origine indienne. Est-ce à dire que derrière Zuko c'est Shyamalan qu'il faut voir? Peut-être, je n'en sais rien et ça n'a pas d'importance, même si la question du Père, hein bon... L'essentiel est qu'en déplaçant le centre de son film, Shyamalan en déplace les enjeux. Otez vos lunettes 3D et regardez vraiment le film (même si c'est flou), voyez ce qu'il y souffle, dans les recoins, invisible à un regard trop pressé, trop centré, trop occidentalisé. Car c'est là, aussi, où se cachent les esprits...

dimanche 8 août 2010

Ozu soldat

En juillet 1937, suite au déclenchement de la guerre sino-japonaise, Ozu est appelé et envoyé en Chine (avec le grade de caporal d'infanterie). Il y passera deux ans sans pratiquement jamais quitter le front. Extrait de son journal:

Lundi 3 avril 1939.

"Le ciel est nuageux, et il fait un peu froid. J'ai pris un bain dans le tonneau métallique installé près de la petite rivière, derrière les camions. De ma barrique cachée par des nattes de joncs, j'ai admiré les fleurs de colza. Ça devait bien faire un mois que je n'avais pas pris de bain!
J'ai fait brûler de l'encens "Higashiyama" de chez Kyûkyodô, avant de me griller du saumon et de préparer un riz au thé vert.
Inspection des armes. Ce soir, j'ai bu un excellent café du Brésil et du saké fermenté.

Plus on vit longtemps, plus on est amené à réviser ses jugements. Pour ce qui est du "propre" ou du "sale" par exemple, refuser de manger parce que c'est "sale", faire la fine bouche, sous-entend qu'on peut espérer trouver quelque chose de "propre" à manger. Or ce n'était guère le cas quand j'étais à Nanchang, où c'était se condamner tout bonnement à rester le ventre vide. Alors quand on est tenaillé par la faim, la fatigue aidant, on finit par boire dans les rizières pullulantes de têtards, par manger des épluchures de pommes de terre ramassées sur la route, des croûtes de "manjû" [boule de pain farcie de viande ou de haricots sucrés] trouvées dans la poussière, ou des restes de repas abandonnés. Moi, si maniaque autrefois, qui pour un oui, pour un non, prenais du "Daimoru" [médicament favorisant la digestion], en suis venu à faire fi de toute exigence de propreté; ce qui d'ailleurs risque de ne pas être sans incidence à l'avenir sur mon exigence de perfection vis-à-vis de l'art!
Lors de cette marche forcée, la première de ma vie, j'aurai gardé les mêmes vêtements pendant dix jours et par tous les temps! Dans l'impossibilité de changer mes chaussures remplies d'eau après la traversée des rizières, mes ongles se sont ramollis, mes pieds gonflés se sont couverts d'ampoules. La peau craquait, puis le pus s'écoulait; ensuite, il y avait ce terrible traitement à l'iode. Le lendemain, une autre ampoule se formait, un peu plus profonde. Pour me soigner, j'écoutais les conseils: j'appliquais du riz et de la cendre de cigarette sur les plaies, car en séchant cela absorbait l'eau. Plus tard à la place de l'iode, j'ai utilisé de l'encre de Chine. Arrivé aux campements, je me frottais les pieds avec de l'alcool chinois, que je crachais en pluie, faute de pouvoir me les baigner entièrement; ce qui me soulageait quand même. L'entorse, je la soignais avec de l'"Ichôru" ou en appliquant dessus un tissu imbibé d'alcool chinois. Mais impossible de prendre un bain et, malgré les pauses, je n'arrivais pas à chasser la fatigue. Bien que conçus pour sécher vite, mes sous-vêtements en poil de chameau, imprégnés de sel jour après jour, restaient humides. Un jour, lors d'une courte pause, j'ai senti que des puces se baladaient dans mon dos. Puces? Poux? Je n'en sais trop rien, mais ces bestioles ne m'ont pas quitté jusqu'à Nanchang. Si j'étais mort, elles ne traîneraient pas sur mon corps refroidi et sauteraient sans doute sur un autre... quand j'ai réalisé que je les avais peut-être héritées d'un cadavre, je les ai trouvées tout de suite plus sympathiques!
Si je meurs, me disais-je encore, avant de m'incinérer on ne prendra pas la peine de nettoyer mon corps crasseux, couvert de sueur et de poussières. Alors une fois que ma petite boîte blanche sera à Tôkyô, je souhaite qu'on la place directement sous le robinet et qu'on laisse longuement couler l'eau. Si cette image, quand je marchais, assoiffé et trempé de sueur, parvenait à me rafraîchir, c'est plutôt à la nourriture que je pensais dans les plus durs moments; je notais scrupuleusement tout ce que je voulais manger pour me les offrir plus tard à Tôkyô. Si je devais être exaucé, là, maintenant, mon estomac capitulerait à coup sûr devant tous ces petits pains, gaufres, boules de riz sucrées dont je rêvais. Ce qui importait à ce moment-là, c'était le fabuleux pouvoir du fantasme qui me faisait oublier le lourd équipement qui sciait mes épaules et mes pieds torturés. Est-ce l'habitude ou la fatigue qui m'accablait, je n'avais pas peur des bombes; ce que je voulais, c'était boire, manger, m'allonger, dormir! Le reste m'était complètement indifférent. Les mortiers avaient beau éclater à côté de moi, les balles siffler au-dessus de ma tête, ça m'était absolument égal. Je baillais. Si une balle avait traversé ma tête à ce moment-là, eh bien, je n'aurais plus été là; un point, c'est tout. Il y avait bien certaines choses que j'aurais aimé accomplir avant de mourir, mais c'était comme si j'étais persuadé que les bombes m'épargneraient et je serais bien en mal de répondre pourquoi! Quoi qu'il en soit, pendant ces dix jours j'ai essayé de tenir, et j'ai tenu. Depuis que je suis au monde, c'était la première fois qu'une telle épreuve m'attendait. Je suis allé au bout de mes limites.
Ça me servira peut-être un jour, comme le putois dont l'arme ultime est de lâcher un pet! (...)" (Yasujiro Ozu, Carnets, 1933-1963)

jeudi 5 août 2010

Torontomachie

Je ne suis pas vraiment antimondialiste ni même alter (la question de la mondialisation est trop complexe pour avoir une position si tranchée), mais on peut quand même s'interroger sur l'utilité des sommets du G20 quand on voit le surcoût que de tels sommets engendrent, la dérive sécuritaire qu'ils entraînent et le peu de décisions qui y sont prises, faute d'accords entre les membres, chacun défendant ses intérêts. Dernier en date: Toronto. Un milliard d'euros dépensé. Mille arrestations pour la plupart arbitraires (mais pas au point de parler de "Torontanamo", faut pas exagérer non plus). Et toujours rien quant à la régulation du secteur financier. Ci-dessous le clip de Broken Social Scene (encore?, eh oui...), réponse à sa façon du groupe canadien au sommet du G20 qui s'est donc tenu chez lui en juin 2010: "Meet me in Toronto".




Broken Social Scene, "Meet me in the basement". [via Arts & Crafts]

lundi 2 août 2010

[...]

Quelques notes rapides:

1) Vu les Abysses de Nico Papatakis, inspiré de l'histoire des sœurs Papin, une histoire dont s'était déjà inspiré Jean Genet pour sa pièce Les Bonnes (c'est d'ailleurs cette pièce que Papatakis, grand ami de Genet, voulait adapter au départ). Ah mes amis, quel film! Les rapports maîtres/domestiques, l'humiliation et la révolte, la guerre d'Algérie, oui, peut-être, mais la force du film n'est pas là. Jamais jusqu'à présent je n'avais vu un film comme celui-là rendre compte avec une telle puissance, une telle justesse, de ce qu'est la folie à deux. Bug de Friedkin, c'est pas mal, c'est même très bien, mais ça frise souvent le Grand Guignol. Alors que là, tout est incroyablement juste dans la montée de cette crise paranoïaque qui conduit au massacre. Ce qui est très fort de la part de Papatakis, c'est qu'il arrive à faire un film extrêmement précis sur la folie des deux personnages (extraordinaires sœurs Bergé, à la fois gracieuses et monstrueuses) sans tomber dans le réalisme clinique. La dimension tragique du récit (remarquable scénario du dramaturge Jean Vauthier) est maintenue constamment au premier plan, la tension ne se relâche quasiment pas du début à la fin, de sorte que le crime (résumé en quelques plans) apparaît comme une conclusion logique. Quel film, vraiment!

2) C'est dans la Vie de famille de Doillon que Sami Frey dit qu'il n'aime pas la mer à cause de son côté obligatoire. Eh bien, le numéro spécial "Sexe" des Inrocks, reconduit invariablement tous les ans à la même période, c'est exactement ça: il y a là un côté obligatoire - l'été, le sexe - qui rend l'entreprise de plus en plus vaine, à l'image de la séance photos du couple Bourgoin/Sagat.

3) Bon bah ça y est, il l’a trouvée Laurent Blanc son équipe de France pour affronter la Norvège et surtout préparer les éliminatoires de l'Euro 2012:
Gardien: Barras - Défenseurs: Darien, Gomis, Tamgho, Bascou - Milieux: Diniz, Tahri (cap), Mekhissi - Attaquants: Lavillenie, Lemaître, Mbandjock.
Remplaçants: Compaoré (ou Dossevi), Smaïl, Kechi, Sdiri, Kowal.

mardi 27 juillet 2010

Sad Lisa




Lisa Lobsinger... la sublime chanteuse de Reverie Sound Revue et de Broken Social Scene.

Et aussi.

Sinon, j’angoisse un peu à propos de The last airbender, le nouveau film de Shyamalan. A la différence de nombreux blogueurs, dont le mépris à l’égard de MNS m’insupporte au plus haut point, j’ai une profonde estime pour l’œuvre de celui-ci, surtout ses derniers films (The village, Lady in the water, The happening) qui sont justement les plus décriés. Mais là, j’ai comme une inquiétude: je n’aime pas la fantasy, je n’aime pas les films d’arts martiaux et "je n’aime pas la 3D, qui me sort par les yeux" (formule dont je revendique la paternité, copyright déposé). Cela dit, il y aussi des raisons de croire au nouveau Shyamalan: "Avatar" est un mot hindou, donc...

samedi 24 juillet 2010

[...]

Tourniquet, ou les états d'Amalric.

Vu finalement Tournée d'Amalric. Eh bien, je n'ai pas du tout aimé. Beaucoup trouvent que c'est très réussi (sauf la scène du supermarché - c’est vrai qu’elle est assez abjecte cette scène), moi je trouve ça franchement raté (sauf la scène de la station-service - et encore). Ce qui ne va pas dans Tournée, c’est que le film est centré non pas sur le personnage d'Amalric en tant que producteur du show mais sur ce qu'il était avant (un personnage plutôt méprisable, bien que son histoire reste volontairement floue) quand il travaillait à la télé, un passé en tous les cas dont on se fout royalement à partir du moment où le film s’est engagé sur une autre voie, celle du new burlesque, vu des coulisses (L'envers du music-hall de Colette, si j’ai bien compris...), avec ses stripteaseuses bien en chair, quoique ce genre de spectacle ne m’intéresse pas beaucoup, mais bon, les filles dans leur propre rôle, il y avait là un vrai sujet, à défaut d’un sujet en or, à côté du quel passe totalement Amalric. Pour ce qui est des références, on nous parle de Cassavetes (Meurtre d’un bookmaker chinois), Aldrich (All the marbles...), Ferrara (Go go tales) - je laisse de côté Fellini, ou encore Ophuls et "la Maison Tellier" évoqués par Amalric lui-même - mais ça c’est juste pour le décor, parce que question "mouvement" (le flux cassavetesien, la vitalité aldrichienne, la distorsion ferraraienne...), on repassera. (On saura gré toutefois à Amalric de nous épargner la scène de suicide - alcool et médoc - à laquelle on s’attend à chaque fois que le personnage de Mimi se retrouve seul, avec ce que cela suppose derrière: la "grande scène" à la Faces - salle de bain, vomissement, douche, et tout le tintouin, en caméra portée, urgence oblige, mais c’est vrai que Cédric Kahn était déjà passé par là avec Trop de bonheur, si on peut dire.) Non, la seule référence, massive, et qui plombe littéralement le film, c'est Desplechin. Ici on a l'impression qu'Amalric n'a qu'une hâte: non pas tourner autour des filles de manière faussement documentaire (un peu plus de fiction à ce niveau n'aurait pas fait de mal) mais retourner à la maison, celle du cinéma d'auteur bien français, avec son psychologisme lourdingue (un peu moins de fiction à ce niveau aurait fait du bien). C'est d'autant plus regrettable que dans son précédent film, la Chose publique, inégal mais assez jouissif, Amalric arrivait à y échapper (j'aime bien aussi son premier, Mange ta soupe, un peu moins le suivant, le Stade de Wimbledon). Là, c'est terrible: la scène à l'hôpital, celles avec les enfants, celles avec l'ancien associé, etc., bref tout ce qui touche à la famille, petite ou grande (le monde de la télé), est absolument insupportable. Déjà Desplechin, c'est souvent du mauvais Bergman, alors du mauvais Desplechin, vous imaginez. Curieux quand même qu'Amalric se soit laissé entraîner sur ce terrain, au point d'avoir gardé au montage la scène du supermarché - qui se veut le pendant, haineux, de la scène de la station-service, qui elle, pour le coup, s'en trouve renforcée alors qu'elle n'est pas non plus si extraordinaire - disons que du bon Dupeyron c'est toujours mieux que du vilain Desplechin. Curieux, surtout quand on sait que le meilleur film de Desplechin reste à ce jour Esther Kahn qui justement traitait de l'envers du théâtre...

dimanche 18 juillet 2010

Bleu vert noir

Pas encore vu Tournée d’Amalric, ni Toys story 3 du studio Pixar (ça traîne parce que la motivation n’est pas là), au contraire du film d'André DeToth, Day of the outlaw, superbe western enneigé sur lequel je reviendrai plus tard (pour l’instant, pas motivé non plus pour écrire dessus). Sinon j’ai lu dans les Cahiers le dossier sur les séries américaines (c’est marrant, aux Cahiers ils traitent toujours des séries dans leurs numéros d’été - la dernière fois c’était en 2003 je crois, sous l'ère Lalanne-Tesson - comme s’il fallait que l'actualité cinématographique soit moins dense pour qu’on s'intéresse de plus près aux séries). De cet ensemble je retiens surtout l'excellent texte d'Axelle Ropert... Bon les séries, c’est pas mon truc, on le sait, j’en aime certaines, mais même pour celles-là j’ai du mal à aller jusqu’au bout (cf. Mad men sur laquelle j’avais prévu d’écrire, sauf que j’en suis toujours à la première saison). Seules exceptions: Twin Peaks de Mark Frost et David Lynch, mais c'est de la préhistoire, et Les Soprano de David Chase.

Ci-dessous quelques séries, classées en fonction de l’assiduité avec laquelle je les ai suivies:

1. 24 (Robert Cochran et Joel Surnow), tous les épisodes des saisons 1 et 2 + les quatre premiers de la saison 3
2. Urgences (Michael Crichton), une demi-douzaine d’épisodes éparpillés dans chacune des cinq premières saisons
3. Desperate housewives (Marc Cherry), tous les épisodes de la saison 1 + les deux ou trois premiers de la saison 2
4. The Wire/Sur écoute (David Simon), les cinq ou six premiers épisodes des saisons 1 et 2
5. Mad men (Matthew Weiner), les dix premiers épisodes de la saison 1
6. Lost (J.J. Abrams), les sept ou huit premiers épisodes de la saison 1
7. NYPD Blue (Steven Bochco et David Milch), Friends (Marta Kauffman et David Crane), Ally McBeal (David E. Kelley), Sex and the city (Darren Star), quelques épisodes, ici et là, au cours des premières saisons.

NB. Jamais vu le moindre épisode de Alias, The Practice, Six feet under, The west wing/A la maison blanche, Prison break...

Sinon, pour le plaisir (le mien, bien sûr):


Mon journal de voyage [les Açores: Faial, São Jorge, Pico]. Musique: Broken Social Scene.

samedi 10 juillet 2010

Verbatim

Des écoutes enregistrées, je le rappelle, clandestinement par le maître d’hôtel de Liliane Bettencourt lors de réunions d’affaires et remises à la justice, via Françoise Bettencourt, la fille de Liliane (dans le cadre du procès de François-Marie Banier qu’elle accuse d’abus de faiblesse sur sa mère), et publiées (en partie) par Mediapart sur son site, j’ai pas tout compris... Il ressort néanmoins que l’héritière de L’Oréal, elle non plus, ne semble pas comprendre grand-chose aux différentes opérations montées ici et là avec son argent (au point qu'on se demande si l'accusation d'abus de faiblesse ne pourrait pas être élargie à d'autres personnes que Banier), et que si l’action d’Eric Woerth en tant que trésorier de l’UMP n'apparaît pas très catholique, comme dirait le père Frêche, sa bienveillance vis-à-vis de Liliane Bettencourt en tant que ministre du Budget reste, elle, à prouver (que sa femme ait travaillé pour Bettencourt pose le problème du conflit d'intérêts mais ne prouve pas qu'il a fermé les yeux sur d'éventuelles fraudes fiscales), vu tous les micmacs auxquels s’est livré Patrice de Maistre, le conseiller financier de Bettencourt, pour dissimuler certains avoirs (une île aux Seychelles, un compte en Suisse de 65 millions d'euros, etc.) au fisc, surtout depuis que celui-ci, sous l'impulsion de Woerth justement, cherche à traquer les fraudeurs. C'est pas joli joli, d'accord, mais au-delà de tout ça qu'est-ce qu'on apprend? Rien, sinon que les hautes sphères du pouvoir, Elysée compris, et les grosses fortunes, c'est copains comme cochons. Tu parles d'un scoop...
Certes, la ligne de défense adoptée par l'UMP pour sauver (à tout prix, ce qui ne peut être que suspect) le soldat Woerth est consternante de bêtise, c'est toujours la même rengaine sur le rôle néfaste de la presse qui, dans sa frénésie à sortir le plus vite possible des infos à peine recoupées - scoop oblige -, fait le jeu du FN et, plus généralement, du populisme le plus rance (ce qui n'est pas entièrement faux, soit dit en passant), mais c'est aussi parce que c'est toujours la même histoire, celle du financement occulte, pour ne pas dire illégal, des partis politiques et de certaines campagnes électorales (tout bord confondu, est-ce pour cela que l'opposition parlementaire se fait si discrète?), un truc qui existe depuis... que les partis existent? (en tous les cas depuis que je suis en âge de voter, est-ce pour cela que je ne vote plus?), un peu comme le dopage dans le sport, de sorte qu'en le dénonçant on vise moins à rétablir un peu de morale dans la vie politique (puisque rien n'y fait) qu'à épingler, à travers ce genre de pratique, celui qui à un moment donné, tel Woerth aujourd'hui, apparaît comme une cible privilégiée, sinon un symbole, dans la lutte, plus large, que l'on mène contre un système, ici le sarkozysme. Autant dire que si le combat est légitime, les méthodes, elles, laissent souvent à désirer...

Rien à voir (quoique, la Fédération française de football c'est aussi une vieille dame richissime - la plus riche des fédés - qui dépense son argent sans trop se poser de questions), mais l’interview de William Gallas dans les Inrocks, c’est du pipeau. La vérité, mon œil, c'est le même blabla que celui d'Evra. Et pas la moindre trace d’autocritique. Le seul responsable du fiasco de l'équipe de France c'est Domenech. Ben voyons.

lundi 5 juillet 2010

[...]

Le Mondial 2010 sera-t-il le Mondial des premières fois? Première fois qu’une Coupe du monde se déroule en Afrique, première fois que le pays organisateur ne participe pas aux huitièmes de finale, première fois que les deux finalistes de la précédente édition plient bagage en même temps, dès la fin du premier tour, eux aussi, et sans avoir gagné le moindre match... Et première fois qu’un pays d’Europe triomphe sur un continent qui n'est pas le sien? Ce n'est pas encore fait, mais il y a quand même de grandes chances maintenant que les deux cadors sud-américains sont passés à la trappe (un seul des deux, ça ne m'aurait pas surpris, mais les deux à la fois, je ne m'y attendais pas du tout). Pour que la fameuse règle, qui veut que lorsque la Coupe du monde est organisée hors de l’Europe la victoire revienne à un pays sud-américain (alors que si elle est organisée en Europe c'est un pays européen qui gagne), soit respectée, il faudrait donc que l’Uruguay l’emporte. Oui, je sais, tout le monde souhaite son élimination vu la façon dont il s’est qualifié face au Ghana, mais justement, cette main de Suarez empêchant le ballon d’entrer dans les buts et, derrière, le penalty raté de Gyan, tout ça à la dernière minute des prolongations - quel match! -, n’est-ce pas le signe que les Uruguayens ont ce petit plus (qu’on appellera la chance, l'esprit de corps ou tout simplement Diego Forlan - j’adore ce joueur) qui leur permet de gagner in extremis leurs matches, ou bien le signe que, finalement, il ne devait pas y avoir de but du Ghana à la fin du match, puisque le coup franc d'où part l’action est quand même assez sévère (mais bon, c’est à l’appréciation de l’arbitre) et surtout le joueur ghanéen (Appiah je crois) qui voit son tir repousser une première fois (mais à la régulière) par Suarez est manifestement hors-jeu. Ou alors, toujours pour respecter la règle, il faudrait que ce soit... les Pays-Bas, leur prochain adversaire, qui l'emportent, dans la mesure où les Oranje, même s'ils n'ont rien de transcendant, sont ici un peu comme chez eux, au pays des Boers.
Reste que pour beaucoup, c’est dans l’autre demi-finale que se trouverait le futur vainqueur de la Coupe du monde. Peut-être, moi je ne dis plus rien... Allemagne-Espagne, en tous les cas, ça va être un sacré choc. Mais est-ce que ce sera un grand match? Pas sûr. Je crains que la précision géométrique du jeu allemand, cette rapidité incroyable pour passer de la défense à l’attaque, d’autant plus étonnante que les Allemands défendent souvent très bas, comme si cela leur permettait - tel l'effet d'un élastique - de donner encore plus de vitesse à leurs contres, et le fameux "toque" espagnol, ce jeu de passes courtes et rapides en attendant l’ouverture (c'est souvent très beau, c'est parfois très chiant), bref d'un côté, le rendement de Schweinsteiger, et de l'autre, les inspirations de Xavi et d’Iniesta, eh bien que tout ça se neutralise une bonne partie du match et que cela se joue sur pas grand-chose (une faute du gardien, trompé par la trajectoire du ballon, ou une erreur d'arbitrage, une de plus, qui fait pencher la balance). A moins que cela se joue aux tirs au but, sachant que les Allemands sont redoutables dans cet exercice. J’ai surtout l’impression que l’équipe qui gagnera le Mondial sera celle qui, finalement, aura su le mieux résister défensivement (à la différence des Anglais, bien sûr, mais aussi des Brésiliens et des Argentins...). Et c’est vrai que les deux formations les plus solides à ce niveau semblent bien l’Allemagne et l’Espagne, quoique l’Uruguay, hein, même sans les mains... (les plus costauds étaient peut-être les Paraguayens, comme toujours, mais trop limités devant).

PS. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que le Ballon d’or cette année ne sera ni Messi ni Cristiano Ronaldo. Ce ne sera pas non plus Rooney, ni Drogba, ni Milito (si si, il était à la Coupe du monde), ni Robinho... (qui a dit Anelka?). En fonction du résultat final, je verrais bien Schweinsteiger (ou Klose, si celui-ci donne la victoire en finale à son équipe et finit meilleur buteur), Villa (ou Iniesta, si celui-ci est l'artisan en finale de la victoire espagnole et que Villa ne finit pas meilleur buteur), Sneijder (ou Robben, si celui-ci est élu meilleur joueur de la finale et que Sneijder rate complètement la sienne) ou Forlan (ou... Suarez, si celui-ci, qui a déjà sa statue à Montevideo, marque trois buts en finale et en sauve un, avec la tête cette fois).

Allez, encore une semaine, et on ne parle plus de foot...

vendredi 2 juillet 2010

No comment (2)














The wrong man d'Alfred Hitchcock (1957). [photo: Robert Burks]

On peut voir sur le blog de Francisco Algarín Navarro, ainsi que sur le site Lumière (rubrique "Cannes 2010" rédigée par Fernando Ganzo), deux photogrammes qui se font écho: l'un est extrait de Marnie d'Hitchcock, l'autre de Film socialisme de Godard... En fait ces deux photogrammes ont en commun un troisième, plus ancien, extrait d'un autre film d'Hitchcock, The wrong man, "le plus beau film kafkaïen de l'histoire du cinéma" selon Lourcelles, un film à propos duquel Godard lui-même écrivait: "Chaque plan décisif de The wrong man (...) a son répondant, son double, qui le justifie sur le plan de l'anecdote en même temps qu'il en redouble l'intensité sur le plan dramatique." (Jean-Luc Godard, "Le cinéma et son double", Cahiers du cinéma n°72, juin 1957). Coïncidences fatales? A l'image de ce plan de paquebot bouchant l'horizon, métaphore de la culpabilité et/ou de la névrose dans les deux films d'Hitchcock, faut-il voir celui, presque identique, qui traverse furtivement le dernier Godard, comme le symbole redoublé d'un monde indéchiffrable, labyrinthe inextricable de signes, auquel on croit accéder, virtuellement (via les images), mais dont on reste plus que jamais étranger?

vendredi 25 juin 2010

De quoi j'me mêle

Footage de gueule.

Que la crise actuellement traversée par le foot français devienne une affaire d’Etat montre à quel niveau de médiocrité nous sommes arrivés. En attendant les déclarations des joueurs sur ce qui s'est réellement passé à l'intérieur du groupe pendant la Coupe du monde, on peut déjà se délecter de ce que disent les médias, les intellectuels et les politiques: un festival de conneries. C’est comme après la main d’Henry. On ne sait par où commencer. Je passe rapidement sur les leçons de morale de la mère Bachelot, et plus généralement toute cette ingérence, grotesque, du pouvoir (vouloir éduquer les jeunes footballeurs, c'est n'importe quoi... tant qu'on y est on peut aussi suspendre les alloc à leur famille quand ils feront de mauvais matches), pour en arriver au meilleur: les intellos, et le plus ridicule d’entre eux: Finkielkraut. Quand on l’écoute celui-là, on finit par trouver sympathiques ceux qu’il pourfend. Que la plupart des joueurs de l’équipe de France aient un QI de poulet, qu’ils soient pourris par le fric, qu’ils n’aient pas le sens des valeurs, etc., on est d'accord, mais de là à les assimiler à la caillera, voire la "mafia" (sic), il n'y a que la droite la plus réactionnaire (dont fait partie Finkielkraut) pour oser de tels rapprochements. Jusqu'à preuve du contraire, les Bleus n'ont tué personne (le beau jeu, oui, mais ça, ce n'est pas puni par la loi). Quand Anelka prie Domenech d'aller se faire mettre chez les Grecs, c'est sa façon à lui de prendre congé de l'équipe de France, façon moins élégante, certes, que celle de Godard, prétextant des problèmes, de type grec là aussi, pour ne pas venir à Cannes. C'est nul, excessif, minable, tout ce qu'on veut, mais bon, il n'a fait qu'exprimer (crûment et tout bas, c'était dans un vestiaire) ce que pensent (tout haut) la plupart des supporters français. Quant à boycotter un entraînement l'avant-veille d'un match (ah s'il existait une Coupe du monde de la grève, la France serait championne), c'est évidemment stupide, c'est comme se tirer une balle dans le pied (lequel n'était déjà pas terrible), c'est peut-être même honteux, pour qui aime employer les grands mots, mais dans le genre ignominie il y a pire, non? Arrêtons de jouer les vierges effarouchées. Même si je ne partage pas (et pour cause) l'estime qu'il porte à l'équipe de France (dont on peut comprendre malgré tout qu'elle ait disjoncté, soit parce qu'elle n'a jamais réussi à appliquer le système de jeu incompréhensible que cherchait à lui imposer le clown Domenech, soit parce qu'elle n'a jamais pu, faute de vrais leaders, prendre le jeu à son compte, comme en 2006, surtout parce qu'elle était très mal préparée mentalement), Jamel n'a pas tout à fait tort de stigmatiser un journal comme l'Equipe, qui a mis à sa "une" les propos d'Anelka, voire les commentateurs sportifs qui depuis deux ans n'ont cessé de tailler des croupières à l'équipe (comme avant le Mondial 98, comme avant le Mondial 2006), ce qui est normal lorsque les résultats sont décevants, mais finit par devenir lassant quand c'est systématique et n'aide pas à aborder une compétition dans les meilleures conditions, d'autant que le football en France jouit d'une surmédiatisation totalement injustifiée si on le compare à des sports infiniment plus méritants (au hasard: le handball). Maintenant, vu la Bérézina (et surtout la mascarade) que fut le parcours des Bleus en Afrique du Sud, on est quand même en droit de réclamer des comptes, des têtes aussi...

Si Finkielkraut s'en prend avec autant de hargne (et de haine) à l'équipe de France, c'est parce qu'elle est composée essentiellement de Blacks (les Bleus outremer). Et ce jusqu'à faire de Gourcuff le "Juif" du groupe, victime de l'ostracisme des Noirs et de Ribéry le musulman. Mais qu'est-qu'il en sait, Fine-quelle-croûte? Il délire à partir de ce qu'il lit dans les journaux. C'est comme pour Underground, le film de Kusturica qu'il condamnait sans l'avoir vu... L'équipe de France aujourd'hui n'est pas plus un symbole de "décivilisation" que celle de 98 était le symbole du pluralisme culturel. Le "Black Blanc Beur" ça n'a jamais existé, c'est un mythe... Cela dit, en face, ce n'est pas beaucoup mieux. Faire de l'équipe de France, comme Kaganski dans les Inrocks, le reflet de la France sarkozyenne, avec son langage de charretier et son côté bling-bling, c'est céder à la démagogie la plus facile... L'équipe de France est à l'image de notre société en général, pas plus caillera que sarkozyenne. C'est juste une équipe sans âme, sans style de jeu, repliée sur elle-même, qui aura dilapidé en quelques années tout l'héritage accumulé pendant vingt-cinq ans (de la génération Platini-Tigana-Giresse à la génération Zidane-Henry en passant par la génération Papin-Cantona qui certes n'a rien gagné mais offrait au moins du spectacle), sous la conduite d'un sélectionneur catastrophique dont le seul titre de gloire (la finale du Mondial 2006) n'est pas de son fait (sans le retour de Zidane, la France ne serait même pas allée en Allemagne), et qui pourtant aura tenu six ans (un record!), tout ça par la faute d'une fédération frileuse et complètement dépassée.

PS1. Maigre consolation: l'élimination de l'Italie qui, elle non plus, n'aura pas franchi le cap du premier tour, terminant bonne dernière de son groupe. Que les deux finalistes du précédent Mondial n'aient pas été capables de battre des équipes comme celles de l'Afrique du Sud ou de la Nouvelle-Zélande, des équipes solides mais qui ne sont pas des foudres de guerre (on n'est pas au rugby) est symptomatique du grand chambardement que vit aujourd'hui le football mondial. Et c'est tant mieux.

PS2. Autre consolation: la qualification du Japon, équipe extrêmement plaisante à voir jouer (à l'image de son meneur de jeu, le génial Honda), qui arbore le même maillot que l'équipe de France. On se console comme on peut.

lundi 21 juin 2010

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Fête de la musique oblige: "At the indie disco" par The Divine Comedy. [via sapomusica]

Vuvuzela

Retour des Açores où j'ai passé dix jours loin de tout... sauf du foot. Impossible d’y échapper, surtout avec les voileux. Non pas qu’ils s’intéressent au foot, mais parce qu’ils s’ennuient tellement lorsqu’ils sont à quai, attendant généralement la fin de la journée pour aller boire un coup au bar du coin (ceux qui connaissent le Peter’s café à Horta savent de quoi je parle), s’enfilant des bières les unes après les autres jusqu’au petit matin, avant de retourner sur leur bateau, complètement déchirés, pour ne réémerger que tard le lendemain, habituellement vers midi, la tête dans la sac..., donc s’ennuyant tellement, et moi avec, que j’étais finalement bien content, le soir venu, de pouvoir regarder quelques matches à la télé. Bon évidemment, pas ceux avec l'équipe de France, car de cette équipe il y a bien longtemps que je n'attends plus rien. D’Escalettes, le nullissime président de la fédé, à Domenech, le plus incompétent des sélectionneurs (quoique lui, il m’a toujours fait marrer, même aujourd’hui, à la différence de ses prédécesseurs), en passant par toute une pléiade de joueurs, talentueux certes, mais d'une insupportable prétention et surtout cons comme des balais (mention spéciale à Evra, Gallas, Ribéry et Anelka), le foot français a aujourd'hui touché le fond, atteignant son plus bas niveau depuis quarante ans (j'y ajouterais bien quelques médias, tel L'Equipe, un torchon que je ne lis plus depuis longtemps, mais dont on voit, à la seule lecture de ses "unes", qu'il s'apparente de plus en plus à un vulgaire tabloïd). Bref, s’il fallait garder quelques joueurs dans cette équipe, je citerais volontiers Lloris, Diaby, Gourcuff (arrivé en Afrique du Sud totalement rincé et que personne n’a été capable de remettre en selle), quelques autres encore (qui ne jouent pas, comme Squillaci), mais bon, pas de quoi espérer une qualification-miracle dans deux jours (il y a plus de chances que l’Uruguay et le Mexique ne fassent pas match nul que la France batte l’Afrique du Sud), car pour les miracles, on a déjà donné avec l'Irlande...
En fait c'est à partir des huitièmes que pour moi commencera vraiment la Coupe du monde, seconde phase la plus spectaculaire de l'épreuve, avec ses matches à élimination directe (finis les calculs), où se confirmera (peut-être) l'impression ressentie jusque-là, à savoir la domination des équipes non européennes (et pas seulement sud-américaines), marquant ainsi la revanche du reste du Monde sur la vieille Europe par rapport au Mondial 2006 où, je le rappelle, il y avait quatre équipes européennes en demi-finales. Car même si la règle veut que la Coupe revienne toujours à un pays européen lorsque l'épreuve est organisée en Europe et à un pays sud-américain lorsqu'elle est organisée hors de l'Europe (seule exception: le Brésil 58, certainement la plus grande équipe jamais alignée), on ne s'attendait pas à voir des pays comme le Paraguay, la Corée du Sud ou encore la Nouvelle-Zélande (pour le Mexique et les Etats-Unis, on n'est pas surpris) rivaliser avec les meilleures nations européennes. Non pas que ces équipes soient particulièrement brillantes mais parce qu'elles se révèlent parfaitement aptes à contrer n'importe quel système de jeu dès l'instant que celui-ci manque de vitesse et/ou d'imagination offensive. Le déclin de l'Europe, c'était un des thèmes du dernier Godard, non?

PS. Faute de nous enthousiasmer sur le terrain, les joueurs de l'équipe de France ont au moins un mérite, celui d'alimenter le buzz médiatique. Après les insultes d'Anelka à l'encontre de Domenech, entraînant son exclusion du groupe, v'là-t'y pas que l'équipe, sous l'impulsion de quelques meneurs, décide de boycotter l'entraînement par solidarité avec Anelka. Ah ah. C'est plus la Coupe du monde, mais Loft story à Knysna. Plus "charlots" tu meurs... Comme dit mon copain Mustapha, si on veut soutenir des joueurs français, autant soutenir l'équipe d'Algérie, composée pour la majorité de joueurs d'origine maghrébine mais nés en France et d'ailleurs ne parlant pas arabe (au passage, les joueurs d'origine arabe, Domenech n'en avait sélectionnés aucun pour ce Mondial). Eux, au moins, ils font preuve d'abnégation et savent mouiller le maillot.

jeudi 10 juin 2010

[...]


Syd Barrett, "Golden hair", 1969. [d'après Chamber music, poème V, de James Joyce]

Lean out your window, golden hair
I heard you singing in the midnight air
my book is closed, I read no more
watching the fire dance, on the floor
I've left my book, I've left my room

For I heard you singing through the gloom
singing and singing, a merry air
lean out of the window, golden hair...

Goodbye.

jeudi 3 juin 2010

Vous avez dit étrange?

Vu l’Etrange affaire Angélica. La première demi-heure est absolument magistrale. Après, cela devient étrange, à tout point de vue, on entre dans une sorte de tunnel cotonneux, pas désagréable mais déconcertant. On serait prêt à trouver le film trop long, de la même manière qu’on pouvait trouver le précédent (Singularités d’une jeune fille blonde) trop court. Faut-il accepter cette espèce de torpeur dans laquelle vous plonge Oliveira à mi-film, en dilatatant ainsi son récit, donnant au spectateur l’impression de revivre toujours les mêmes scènes. Difficile à dire. Ce qui est sûr, c’est qu’à un moment du film, j’ai baillé, et même fortement, mais moins d’ennui que de fatigue, comme si je me trouvais dans le même état d’épuisement que le héros. D'où la question: était-ce finalement une bonne idée de faire ce film, si longtemps après l'avoir écrit? Parfois ça marche (cf. Rohmer et sa Femme de l’aviateur, tourné 35 ans après), parfois ça ne marche pas (cf. Rivette et son Marie et Julien, tourné 28 ans après). Là, le pari avait quelque chose d'insensé: faire un film dont le scénario date de 1952, il y a donc près de soixante ans, sans quasiment le retoucher (seule différence notable: les gens de la pension, plus cultivés que dans le scénario d’origine, ce qui leur permet de parler - outre la crise économique et la pollution - d’anti-matière et d’Ortega y Gasset: "L'homme est sa circonstance"). Et pour justifier que le héros utilise un vieil appareil photo (avec ce fameux viseur qui dédouble l'image pour permettre la mise au point), répare de vieilles radios, ou que les ouvriers agricoles, qu'il aime photographier (c'est la part réaliste du film, renvoyant aux premières œuvres d'Oliveira), labourent encore la vigne avec la houe, le cinéaste nous dit, nous répète même, qu'il préfère "le travail à l'ancienne". La preuve: le trucage qui voit le héros, lorsqu'il rêve, s'envoler avec le fantôme de la jeune fille et voyager au-dessus de l'eau, les deux personnages à l'horizontal, un trucage à la fois charmant et désuet, poétique et naïf, chagallien et kitsch...
Bon alors ce film, je l'aime oui ou non? Oui bien sûr, mais pas comme je le voudrais. Sur le papier je rêvais de Blanchot (cf. ma note). De cette œuvre mystérieuse qu'était "Angélica" au départ, j'imaginais un mixte oliveiro-blanchotien - "l'olivier blanc" - qui propulse le récit dans des contrées infiniment plus folles que ce que nous propose finalement Oliveira. Ce n'est pas le tout d'évoquer l'anti-matière et les trous noirs, encore faut-il que le film en épouse, d'une certaine manière, le mouvement: une image (la photo d'Angélica morte, belle et souriante) dans laquelle le héros Isaac (le judaïsme est souvent présent chez Oliveira) serait comme aspiré et dont il ne pourrait plus s'échapper (le champ de gravitation). Or là, on reste dans l'amorce du mouvement, même si, au niveau du scénario, le héros finit en effet par se perdre dans l'image. Tout ça manque un peu de puissance fictionnelle (au contraire de films comme Val Abraham, la Lettre ou même Singularités...). C'est beau, c'est étrange, c'est étrangement beau, mais ça n'est que ça finalement... Une histoire d'ange et de photo, l'angélique et l'argentique (Angélica = Ange et Leica), un phénomène d'attraction irrésistible (le cinéma, oui bien sûr), qui entraîne le héros jusque dans la mort, mais aussi, en termes de récit, une ligne narrative un peu trop lacunaire pour qu'on puisse vraiment s'y accrocher... (à suivre)

vendredi 28 mai 2010

Playlist (2)

2010, rayon musique, c'est pour l'instant beaucoup d’albums, écoutés ici et là (déjà une cinquantaine), mais très peu qui tiennent la distance, c'est-à-dire que je peux me repasser pendant des heures avec un égal plaisir. Citons, par ordre chronologique: Heartland d’Owen Pallett (que j'ai mis du temps à apprécier, mais maintenant c'est bon), Teen dream de Beach House, Heligoland de Massive Attack, Tourist history de Two Door Cinema Club, Down the way d’Angus & Julia Stone, Li(f)e de Sage Francis... Et dernier en date: Forgiveness rock record de Broken Social Scene, peut-être le groupe le plus stimulant du moment (quelqu'un est-il allé l'écouter à La Maroquinerie?), témoin de l'extraordinaire vitalité de la scène canadienne (de Thee Silver Mt. Zion à Day Make Say Think), une formation pléthorique, composée d'une vingtaine de membres plus ou moins réguliers, réunis autour de Kevin Drew et Brendan Canning, parmi lesquels Feist, Emily Haines (Metric), Amy Millan (Stars), choristes de luxe sur "Sentimental X's", et d'une flopée d'invités, venus eux aussi d'autres groupes, comme Tortoise et The Sea and Cake. BSS c'est de l'indie-rock bardé de guitares (jusqu'à cinq sur certains morceaux!), incroyablement créatif, ce qui nous change de la pop-folk "acoustique" - et ses harmonies vocales - qui sévit depuis quelque temps (Fleet Foxes, Midlake, John Grant, The Middle East...), certes agréable à l'oreille, mais un peu lassant à la longue.

Quelques vidéos:

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1. "Girl I love you" de Massive Attack (via vbueso) 2. "Big jet plane" d'Angus & Julia Stone (via victttory sur des photos d'Alex Prager) 3. "Texico bitches" de Broken Social Scene (en live via Qtv)

vendredi 21 mai 2010

No comment

Des choses comme ça.

Vu Film socialisme de Godard (au passage, j’étais tout seul dans une salle de province de 400 places, qui plus est le jour de la sortie du film, ce qui laisse rêveur, même si, c'est vrai, le film était accessible par d'autres moyens, cf. infra). Donc je l'ai vu. A la bonne vitesse? Je pose la question, ironiquement, parce qu'en dehors de la deuxième partie (chez la famille Martin), j’ai vraiment dû m’accrocher pour suivre le rythme. Cela m'a interrogé, au point que, une fois rentré, j’ai regardé sur le Net la version ultraspeedée (4mn) que je n’avais pas voulu voir, à tort car je me rends compte aujourd'hui qu'elle faisait partie du dispositif. La vitesse des images, c’est bien le vrai sujet du film. L’Europe, le cinéma, le copyright, oui d’accord... mais derrière tout ça, ce que questionne Godard, encore et toujours, ce sont les images, à travers leur multiplicité et leur devenir, de plus en plus volatil. Quant au socialisme, il est surtout là comme motif. C’est peut-être pour ça que Godard a changé le titre. Dans l’expression "Film socialisme", le mot le plus important est "Film". Renzi, sur Independencia, se trompe complètement en associant le "socialisme" du Godard au "communisme" (?) du JZK et en l’opposant au "capitalisme" (??) du Kiarostami - l'avantage avec un site web, c'est que, comme sur un blog, on peut écrire ce qu'on veut, l'inconvénient c'est qu'on écrit souvent n'importe quoi (OK, moi aussi). Renzi imagine encore Godard tel qu'il était dans les années 70, alors que Godard, tu parles, il y a belle lurette qu'il a tourné la page. S’il y a un film auquel s’oppose Film socialisme ce serait plutôt Avatar. Et pas seulement à cause du capitalisme new age de la grosse fantasia cameronienne (dont je ne suis pas fan sans être pour autant réfractaire), sachant que Film socialisme semble aussi un bide retentissant, mais parce que le film de Godard c’est le contraire de l'esthétique du jeu vidéo et de son principe d’immersion. Film socialisme marque, consacre même, la disjonction entre film et spectateur. Jusqu’à présent la disjonction chez Godard n’était jamais totale car reposant sur un brouillage partiel du son et des images, ce qui fait qu'il y avait toujours quelque chose à décrypter, d'où un lien obscur, fragile, mais réel avec le spectateur. Là, la ligne est claire, limpide, on est même surpris de capter aussi facilement, Godard œuvrant dans une sorte de transparence inattendue. Sauf que ça va trop vite, on a beau capter, on n'a pas le temps de saisir. Au sens enfoui, donc potentiellement accessible (même par bribes), des précédents films, Godard oppose ici une ligne perpétuellement fuyante. On ne cherche plus à lire le film à travers les images, on court en permanence derrière, avec cette impression un peu désagréable (étant entendu que les films de Godard jouent justement sur l'insatisfaction du spectateur) de voir un film de 3h ramassé sur une 1h40. Plus d'effet de sonde, mais pas de déploiement non plus. D'où la disjonction. Les images se succèdent à la vitesse... la vitesse de quoi? Des nouveaux médias, comme Internet, bien sûr, mais aussi du cinéma hollywoodien qui multiplie les plans (Avatar c'est combien de plans/minute?), au mieux jusqu'au vertige, au pire jusqu'à la nausée. Si le socialisme aujourd'hui relève pour Godard des "illusions perdues", un film aujourd'hui sur le socialisme ne serait plus - pour paraphraser un de ses textes les plus célèbres - que "des larmes et de la vitesse"...
Film socialisme n'est donc pas un film politique au sens propre du terme. Nul engagement ici. S’il y a un geste politique, c’est moins dans le film que dans la décision du cinéaste de ne pas se rendre à Cannes. La plus belle phrase en lien avec le film n'est pas une de ces formules dont raffole Godard et se gargarisent les critiques (c'est à celui qui pourra en citer le plus grand nombre), même si certaines accrochent ("x+3=1", fallait la trouver...), mais plutôt: "Avec le festival, j’irai jusqu’à la mort, mais je ne ferai pas un pas de plus." Phrase d'autant plus belle qu'elle est vraiment de Godard, celle-là, et surtout vient clore le dispositif général du film. Car finalement, s'il y a bien trois mouvements dans le film - la première partie, touristique, sur les passagers d'un paquebot en croisière sur la Méditerranée (on pense à Un film parlé d'Oliveira), que Godard sature d'images d'origines diverses (Net, TV, cinéma...), de couleurs éclatantes, hypertravaillées, et de sons, eux, plutôt livrés à l'état brut (ah l'horrible bruit du vent dans les micros); la deuxième, plus sixties et BD, avec ses aplats de couleurs (rouge/bleu), ses jeux chromatiques (un haut de maillot de bain multicolore sur une peau chocolat), et cette famille Martin qui tient une station-service (où vivent un âne et un lama) et porte le nom d'un réseau de résistance; enfin la troisième, plus historique, qui nous emmène de l'Egypte à Barcelone en passant par la Palestine, Odessa, la Grèce (Hell as) et Naples... -, s'il y a donc bien trois mouvements dans le film, il y en a aussi trois autres, plus généraux, qui l'excèdent: 1) la mise en ligne sur Internet d'une bande-annonce qui n'est autre que la version accélérée du film; 2) la possibilité de télécharger le film en VOD le jour même de sa présentation à Cannes et avant sa sortie en salles; 3) le désistement de l'auteur, suite à des problèmes de type grec (ha ha), pour le cérémonial cannois. Soit: 1) j'ai fait un film, je vous le livre dans sa version intégrale, mais à toute berzingue, si vous arrivez à rétablir la bonne vitesse, vous pourrez le voir à l'œil; 2) si vous n'y arrivez pas, voici la version à vitesse normale, vous pouvez la télécharger, ça vous coûtera 7 euros; 3) inutile d'aller à Cannes, ça ne sert plus à rien, puisque le film circule déjà, à l'écart du grand show médiatique, libre des règles commerciales habituelles. Et si c'était ça Film socialisme, le socialisme du Film?

mardi 18 mai 2010

[...]


Allez, une petite confidence. Je ne parle jamais de peinture sur ce blog; et pour cause, la peinture c'est ma vie, davantage que le cinéma, ou même la musique. Elle ne me nourrit pas - fort heureusement j'ai fait d'autres écoles que celle des Beaux-Arts - mais elle m'accompagne depuis toujours, tout le temps, et quand vient le moment d'écrire sur le blog, je n'ai plus trop envie d'en parler (et d'ailleurs pour dire quoi?). Sauf aujourd'hui, pour une raison bien précise. Il y a une vingtaine d'années, j'ai peint un petit tableau, une œuvre de jeunesse comme on dit, inspirée d'une photo du film de Werner Schroeter, le Roi des roses. A l'époque j'étais plutôt figuratif, je le suis encore mais différemment... Enfin bref, ce tableau je l'ai perdu de vue, dans la mesure où il a été cédé je ne sais plus quand (ni à qui), mais il y a très longtemps, là aussi. Et voilà qu'un vieil ami, qui avait lu sur mon blog le texte de Guiguet consacré à Schroeter, m'envoie une photo dudit tableau, qu'il avait précieusement conservée (avec d'autres qu'il a promis de m'envoyer également, car de cette période je n'ai quasiment rien gardé). Tout cela m'a profondément ému. J'ai donc décidé de déroger à la règle en dévoilant le tableau, qui je crois n'a pas de titre, dans le but, je l'avoue, que son heureux (?) propriétaire se manifeste. Les chances sont infimes, vu la popularité du blog, mais bon, on peut toujours rêver...

PS. Pour toute info concernant le tableau, merci de passer par mon adresse électronique: balloonatic@wanadoo.fr

lundi 17 mai 2010

T'occupe!

L'œil de Vinneuil.

En ces temps de vaches maigres cinéphiliques, je lis depuis quelques jours Quatre ans de cinéma (1940-1944) de Lucien Rebatet, alias François Vinneuil, qui regroupe l'essentiel (119 sur 148) de ses articles parus sous l'Occupation dans Je suis partout, le tristement célèbre journal collabo... J'en connaissais déjà quelques uns, dénichés ici ou là, mais pas suffisamment pour juger de ce talent de critique que beaucoup lui reconnaissent. C'est vrai que jusqu'à présent il était difficile de se faire une idée. Rebatet c'était surtout le fasciste impénitent, viscéralement antisémite, le pamphlétaire célinesque, pronazi mais antivichyste, des Décombres (que je n'ai jamais lu et ne lirai probablement jamais), le romancier talentueux (génial?) des Deux étendards (que je n'ai jamais lu non plus, mais que je lirai sûrement, dès que j'en aurai l'occasion), et pour ce qui est du critique de cinéma, sous le nom de François Vinneuil donc, toujours les mêmes renvois, à savoir l'article sur le Juif Süss de Veit Harlan et des extraits des Tribus du cinéma et du théâtre (dans lequel Rebatet stigmatisme, entre autres, "Carné et les juifs" qui, à travers des films comme Jenny, le Quai des brumes, Hôtel du Nord et Le jour se lève "ont vautré le cinéma français dans un fatalisme, un déterminisme dégradants... ont joué le rôle de dissolvant social, contribué à l'avilissement des esprits et des caractères" - au passage, une critique que formulaient aussi les communistes de l'époque, Sadoul en tête, sauf qu'eux ne mettaient pas ça sur le compte d'un "talent enjuivé"), ainsi qu'on peut les lire dans la plupart des livres qui traitent de cette période (cf. Siclier, Chirat, Chateau...). Mais pour le reste: zéro. C'est donc avec un intérêt certain que je me suis plongé dans cet ensemble de textes, réunis par Philippe d'Hugues, spécialiste du cinéma français sous l'Occupation.
Ce qui frappe d'emblée c'est le double visage du personnage. Lorsqu'il écrit sur les films de cette époque, Rebatet/Vinneuil est comme transcendé, il est devenu le critique, le seul vraiment reconnu - et admiré (même par certains de ses adversaires, comme ceux qui écriront dans L'Ecran français) - sur la place de Paris, Der Platz von Paris, une position qui lui procure à la fois une jouissance extrême - il le reconnaîtra lui-même - et une incroyable lucidité critique. Son fascisme et son antisémitisme ne sont pas refoulés, loin de là - les textes sont parfois troués d'effroyables salves antijuives -, mais relégués au second plan. Cet "imparfait salaud", comme dit Angelo Rinaldi, aime des films (pour la plupart passés à la postérité et le plus souvent grâce à lui) pour ce qu'ils sont, indépendamment de ses convictions idéologiques et de celles de leurs auteurs. C'est assez troublant (imaginez Sadoul vantant les mérites d'un film de Fuller, eh bien c'est, toute proportion gardée, un peu l'effet que ça donne). Ainsi les Visiteurs du soir de Carné dont il se fait l'ardent défenseur (son texte "Des perles pour Caliban" est assurément l'un de ses meilleurs), ravi que celui-ci soit enfin parvenu à sortir de son "impasse boueuse", pour nous offrir un véritable andante (Rebatet était aussi critique musical), renouant avec l'esthétique du muet, par "ce jeu continu, savant et délicat des lumières, qui sont par elles-mêmes tout un langage, et si expressif, qui caressent la tempe, la joue, la gorge de Marie Déa, sculptent les rudes méplats d'Alain Cuny, composent ce poème du clair-obscur, de la lune, du soleil aussi sur les oliviers et les prés en fleur, qui accompagnent et prolongent le poème des baisers et des cœurs immortels". Ainsi Le ciel est à vous de Grémillon, un cinéaste de gauche dont Rebatet se félicite qu'il puisse enfin tourner des œuvres dignes de son talent (il était plus réservé sur Remorques, "puissant mais inégal", et Lumière d'été, "de très bonne facture" mais desservi par "un scénario très frelaté"). Avec Le ciel est à vous, celui qu'il décrit comme une "superbe caboche de Breton" touche à l'excellence. C'est le grand film de ces quatre années, plus encore que les Visiteurs du soir de Carné ou les Anges du péché de Bresson: "Grémillon, sans doute, a mis longtemps pour apprendre, pour posséder son métier. On aurait bien mauvaise grâce à s'en plaindre, puisqu'il a su ainsi parvenir à cette perfection du métier, d'une habileté cette fois infaillible, où justement toute trace du métier est abolie. Plus on avance dans la vie, plus on se convainc que la qualité suprême de tout langage artistique, c'est le naturel. Grémillon vient d'y atteindre avec Le ciel est à vous. On ne peut faire oublier plus complètement à un spectateur l'existence, les mouvements de la caméra. L'enchaînement de ces images paraît aller de soi. Rien en apparence de plus facile. Mais sous cette facilité, il y a un artiste maître de toutes ses ressources à un degré demeuré bien rare dans notre cinéma. Ce qui est plus rare encore, c'est que cette magnifique souplesse de main, cet art du raccourci, de l'allusion visuelle, de la transition, de la mise en page, des mouvements de foule soit au service d'un tempérament aussi viril que sensible, d'une verve qui s'épanouit dans tous les registres de l'humour, de la force, de la douceur."
Je reviendrai (enfin, j'espère) sur Autant-Lara (le Mariage de Chiffon, Douce), Becker (Goupi mains rouges, Dernier atout), Bresson (les Anges du péché), Clouzot (le Corbeau)... Je n'ai pas encore tout lu. Mais assez pour juger de l'importance de Rebatet critique de cinéma. Elle est indéniable. Il est bien le chaînon manquant entre, disons, Delluc et Bazin, mieux: Truffaut qui d'ailleurs a reconnu la filiation (son célèbre brûlot "Une certaine tendance du cinéma français" lui doit beaucoup), autant que l'affection (douteuse pour certains) qu'il lui portait. Pas sûr en revanche qu'il soit, comme on le prétend, l'initiateur de "la politique des auteurs", entendu que Delluc était passé par là depuis déjà bien longtemps, et surtout parce que, s'il reconnaît des auteurs, il ne les défend pas systématiquement. Pas sûr non plus qu'on puisse le considérer comme le père de la critique moderne, entendu que ni Bazin (plutôt théoricien) ni Truffaut ne sont de vrais critiques modernes, à la différence de Rohmer, de Godard et surtout de Rivette, pour moi le véritable père de la critique moderne avec son texte fondateur "Génie de Howard Hawks". Il n'empêche: les articles de Rebatet témoignent d'une nouvelle lecture du film qui se dégage de la traditionnelle grille scénario-décors-interprétation. On y parle enfin de mise en scène. A ce titre, Rebatet a ouvert la voie à une nouvelle forme de critique, plus spécifiquement cinématographique, telle qu'elle apparaîtra, après la guerre, dans la Revue du cinéma (dirigée par Jean-George Auriol) puis les Cahiers...

samedi 15 mai 2010

En attendant Godard

... et son Film socialisme dont je me suis bien gardé de voir la version TGV (Tout le Godard Vite) sur le Net - quel intérêt? -, je découvre ce petit film que bizarrement je n'avais jamais vu. Très beau.


Dans le noir du temps [segment du film collectif Ten minutes older: the cello] de Jean-Luc Godard (2002).

vendredi 14 mai 2010

Playlist

"La conque de mon oreille était fraîche au toucher, rugueuse, froide, pleine de sève comme une feuille". (Franz Kafka, 1910)

En ce moment j'écoute ou réécoute Li(f)e de Sage Francis, Dylan different de Ben Sidran, Teen dream de Beach House, Gaucho de Steely Dan, Da capo de Love, Dark side of the soul de Danger Mouse & Sparklehorse, Five roses de Miracle Fortress, Ratatat de Ratatat, You forgot it in people de Broken Social Scene, Down the way de Angus & Julia Stone, Something else des Kinks, Take fountain de The Wedding Present...

samedi 8 mai 2010

[...]

Quel rapport entre Not wanted d’Ida Lupino, Tennessee's partner d'Allan Dwan, Grenouilles d’Adolfo Arrieta et Dark is the night de Boris Barnet? Aucun, sinon que j'avais publié un extrait de chacun de ces films sur mon blog, via jaloysius56, une vraie mine d'or où l'on trouvait plein d'autres Dwan, mais aussi des Ulmer, des Tourneur, des Fuller, des Cottafavi, etc., au moins une centaine de vidéos. Je dis "trouvait", parce que c'est fini, le compte a été suspendu, YouTube a tout supprimé pour "infraction aux conditions d'utilisation"... Pfff, quand on pense aux m... qui traînent sur le site, alors que là, il faisait vraiment œuvre d'utilité publique, Jaloysius, en publiant tous ces extraits de films si rares...

Sinon, établir la liste de ses films préférés semble être le grand sport du moment. Mission impossible pour Tanguy Viel, dans son excellent Hitchcock par exemple, accomplie pour d'autres, comme dans la revue Transfuge qui ce mois-ci publie la cinémathèque idéale de quelques cinéastes et écrivains - certaines listes sont assez drôles quand on les confronte à leurs auteurs. Bon moi j'ai essayé et j'ai vite laissé tomber. Mais peut-être réessaierai-je...

Quoi d'autre? Ah oui... je viens d'écouter en avant-première le dernier album de Sage Francis. Eh bien, c'est vachement bien. On connaît mes réserves concernant le hip hop (en fait, surtout le rap de chez nous, d'une nullité affligeante), mais dès fois on tombe sur de vraies perles, et Li(f)e de Sage Francis en est une. Faut dire aussi qu'il s'est bien entouré le sage Francis pour cet album: Jason Lytle, Tim Fite, Mark Linkous, etc., ce qui évidemment facilite grandement les choses.

mercredi 5 mai 2010

Point ligne plan

Revu The brown bunny de Vincent Gallo. La première fois, c’était lors de sa sortie il y a six ou sept ans. Depuis, j’y repensais de temps en temps, au début... oui bon d'accord, à chaque nouvelle apparition de Chloë Sevigny, pour les raisons que l'on sait, puis, plus sérieusement, à chaque fois que j'écoutais la bande originale du film dont on n'entend plus (dans le film) que les cinq premiers titres - parmi lesquels le sublime "Come wander with me", interprété par Bonnie Beecher, "the (Dylan) girl from the North country", dans un épisode de la série The twilight zone, et le non moins sublime "Milk and honey" de Jackson C. Frank -, Gallo ayant supprimé les cinq suivants, écrits par John Frusciante, l'ancien guitariste des Red Hot Chili Peppers. Au fait, pourquoi ont-ils disparu ces morceaux? Effet de redondance? Frusciante dit lui-même que sa musique et le film étaient pareils à des jumeaux. Et c'est vrai que la ligne mélodique de ses chansons épouse exactement celle, douloureuse et fragile, du film. Reste que ces cinq titres manquants, qui font de la Fender de Frusciante le pendant de la Honda 250 de Gallo, elle-même cachée une bonne partie du film à l'intérieur du van, participent de cette impression d'étrangeté véhiculée par le film, une étrangeté qui tient d'abord au mouvement de l'œuvre, avançant tout droit vers sa résolution finale, son "pipe"-show turgescent et son flash-back explicatif, mais aussi de tout ce qu'a retiré Gallo du film après sa présentation cannoise.
Bon, je ne connais pas la version qui avait été montrée à Cannes en 2003, mais la nouvelle, amputée de presque une demi-heure, soit un quart du film, serait celle voulue par Gallo - et pas, bien sûr, pour faire plaisir au public cannois (et crétin) qui l'avait copieusement sifflée, ni au critique Roger Ebert qui lui l'avait qualifiée de pire film jamais vu à Cannes, ce qui par la suite avait valu une belle bordée d'injures entre les deux hommes. Or, de tout ce qui a été coupé, le plus important est certainement la fin de la scène dans le salar de Bonneville, où l'on voit Gallo, sur sa moto, flottant entre le bleu du ciel et le blanc des salt flats, et disparaître à l'horizon. Dans la première version, on le voyait ensuite revenir à son point de départ... Là non, ce qui crée une trouée dans le tissu du film, d'autant que cette scène se situe exactement au milieu et qu'un tel "point de non-retour" ne peut qu'éclairer différemment la seconde partie. Jusque-là, on avait affaire à un road-movie somme toute "classique" dans son déroulement minimaliste, ponctué de rencontres éphémères avec des inconnues aux noms de fleur, comme celui de l'être aimé et à jamais perdu (Daisy). Et la sortie à moto sur le speedway s'inscrivait dans cette succession de petits faits insignifiants, soit une simple parenthèse dans l'itinéraire du film (la traversée Est-Ouest des Etats-Unis), le temps de se faire plaisir. Sauf qu'en supprimant le plan du retour, je me répète mais c'est pas grave, Gallo modifie légèrement la donne...
D'abord au niveau de la forme. Par cette coupe, Gallo renforce encore plus la sensation d'aplat que dégage la séquence. La profondeur de champ est comme définitivement abolie. Le personnage s'efface progressivement, jusqu'à devenir un point minuscule où s'annule, via le flou de l'image, toute perspective. Exit la vision albertienne, on nage en pleine abstraction, pas n'importe laquelle: la colorfield painting, de Rothko et B. Newman, avec ses bandes d'aplats monochromes (ici bleus et blancs). Plus encore: Gallo élimine le changement d'axe qu'aurait impliqué un tel retour et prolonge ainsi tous ces plans où le personnage apparaît de dos, silhouette hirsute envahissant une partie de l'écran, qu'il soit au volant de sa camionnette ou en train d'embrasser une femme, ce qui accrédite l'idée d'un road-movie filmé comme une fuite en avant, jusqu'aux retrouvailles avec Sevigny où cette fois Gallo est vu de face, et pour cause (la modernité de Gallo passe par une utilisation assez désinvolte du champ/contrechamp).
Mais là n'est pas l'essentiel. Ce qui fait la grandeur du film c'est sa temporalité. The brown bunny est un film de l'inconsolation et comme tout grand film de l'inconsolation, trouve sa force dans des questions moins de surface que temporelles (pensons à Vertigo, film matriciel s'il en est, et à la superbe scène du séquoia, l'une des plus belles du film). Je m'explique. En ne nous montrant pas le personnage revenir de sa virée dans le désert, Gallo crée une fausse fin, en plein milieu du film, qui rend la seconde partie plus indécise, quant à l'enchaînement des faits, et à leur durée, d'autant que la séquence se trouve raccordée brutalement avec le plan du van avançant vers nous, en lieu et place de la moto. Et si c'était vraiment la fin? Je parlais plus haut des femmes rencontrées qui portent toutes des noms de fleurs: Violet, Lilly puis Rose, en attendant Daisy. Mais qui évoquent aussi des couleurs (Daisy se nomme Lemon, à la fois marguerite et citron) - ce qui renvoie peut-être aux pull-overs de couleurs différentes qu'arborait Warren Oates dans Two-lane blacktop de Monte Hellman, un film auquel celui de Gallo fait davantage penser qu'au Gerry de Gus Van Sant, mais surtout identifie le personnage de Daisy à la Honda jaune de Gallo, et pour le coup le van noir à un fourgon mortuaire. Dès lors, comment ne pas voir la séquence du désert comme une sorte de cérémonie funèbre, à la fois moderne et romantique, autant dire ultra mélancolique (donc sans retour possible). The brown bunny ne serait rien d'autre qu'une version moderne du mythe d'Ophélie. Et toute la seconde partie, au statut temporel incertain (puisque arrivant après la fin), non pas une métaphore de l'après mort du cinéma (tarte à la crème pour critique en mal d'imagination), mais une forme d'ophélisation, ce que confirmerait la sulfureuse scène finale puisque le personnage de Daisy y apparaît tel un fantôme (elle est bien morte) et en même temps une survivante (c'est une hallucination, donc bien réelle pour celui qui en est la proie)... Un peu vampire aussi, dans la mesure où les vampires la nuit, c'est bien connu, viennent vous... oui bon, ça va, on a compris.