Grenade c'est fini... Et pour se remettre dans le bain, quelques notes rapides:
A peine descendu de l'avion, je me précipite à l'Entrepôt revoir le Fellini-Satyricon, dans le cadre d'une rencontre - dite "savante et psychanalytique" - autour du film, avec le psychanalyste Eric Laurent, l'historien Bernard Sergent et l'écrivain et conservateur au Musée du Louvre Pascal Torrès. Revoir le Fellini, dans sa copie 35mm, est un véritable choc. Quelle merveille! Je mesure à quel point Fellini pouvait être génial... et les réserves souvent émises sur le film, quant aux outrances esthétiques du "maestro", assez injustes. Mais bon, j'y reviendrai, parce que là c'est trop récent, il faut du recul pour "digérer" (si j'ose dire, je pense au banquet de Trimalcion) un tel film, surtout qu'après j'ai la mauvaise idée d'aller voir un autre film, à l'esprit cette fois non plus pétronesque mais... "gonzalo-mandiquien" (sur la foi de critiques incroyablement complaisantes), je veux parler de Jessica forever, film nullissime (le super navet de l'année?), que je vais devoir oublier - ça va être rapide - pour mieux repenser au Fellini.
[ajout du 12-05-19]
Leçons de cruauté: Entretien avec Jean-Claude Brisseau, à propos d'Un jeu brutal (1983).
[ajout du 13-05-19]
Jean-Claude Brisseau racontait que lorsqu’il était adolescent, pour aller au lycée Chaptal, il passait tous les jours devant une librairie où étaient exposés en devanture les Cahiers du cinéma (et leur mythique couverture jaune) et qu’à force il avait fini par acheter un exemplaire, en l’occurrence le n°103. C’est ainsi qu’il a découvert les Cahiers. Or il y avait quoi sur la couverture? Une photo de Jean Seberg, tirée d'A bout de souffle. Tout est dans cette scène: - le chemin qui mène au lycée, la pédagogie, le savoir; - la femme et son désir, son mystère. Et pour aller de l'un à l'autre: le cinéma. Le savoir sur la femme par la voie du cinéma. Ce numéro des Cahiers, Brisseau l'a acheté, il ne l'a pas dérobé comme l'auraient fait Godard ou Truffaut, les sales gosses de la Nouvelle vague. Peut-être parce que déjà, chez lui, quelque chose l'appelait, qui touche à la pureté et ne saurait s'accommoder d'un vulgaire chapardage. L'adolescent Brisseau passait régulièrement devant la librairie mais ne s'arrêtait jamais, jusqu'au jour où lui est apparue comme une révélation, l'énigmatique Jean Seberg devant sa propre photo; Jean Seberg, la "Sainte Jeanne" de Preminger, qui avait déjà fait la couverture des Cahiers, en héroïne saganienne, toujours chez Preminger... Sauf que là, c'est différent. Sur la photo du Godard, dans la chemise à rayures de Belmondo, elle était Jean Seberg, l'incarnation même du féminin. Pour Brisseau, une sorte d'image primitive, cette douceur que l'on retrouvera chez beaucoup de ses héroïnes - alors que l'inquiétude, présente elle aussi, viendrait plutôt du visage de Janet Leigh dans Psychose -, des héroïnes dont le regard semble recéler tous les secrets du monde, à commencer par le plus secret de tous, la jouissance féminine, une jouissance Autre, impliquant un "au-delà" de la jouissance, proche en cela de l'extase mystique, voire cosmique, comme dans son dernier film. Cette jouissance qui côtoie le fantastique et le surnaturel, antidote puissant à la violence du monde et ses visions naturalistes, Jean-Claude Brisseau en avait fait son Graal. Aujourd'hui, un chevalier est mort.
[ajout du 14-05-19]
L'Echangeur de Jean-Claude Brisseau (1982).
Leçons de cruauté: Entretien avec Jean-Claude Brisseau, à propos d'Un jeu brutal (1983).
[ajout du 13-05-19]
Jean-Claude Brisseau racontait que lorsqu’il était adolescent, pour aller au lycée Chaptal, il passait tous les jours devant une librairie où étaient exposés en devanture les Cahiers du cinéma (et leur mythique couverture jaune) et qu’à force il avait fini par acheter un exemplaire, en l’occurrence le n°103. C’est ainsi qu’il a découvert les Cahiers. Or il y avait quoi sur la couverture? Une photo de Jean Seberg, tirée d'A bout de souffle. Tout est dans cette scène: - le chemin qui mène au lycée, la pédagogie, le savoir; - la femme et son désir, son mystère. Et pour aller de l'un à l'autre: le cinéma. Le savoir sur la femme par la voie du cinéma. Ce numéro des Cahiers, Brisseau l'a acheté, il ne l'a pas dérobé comme l'auraient fait Godard ou Truffaut, les sales gosses de la Nouvelle vague. Peut-être parce que déjà, chez lui, quelque chose l'appelait, qui touche à la pureté et ne saurait s'accommoder d'un vulgaire chapardage. L'adolescent Brisseau passait régulièrement devant la librairie mais ne s'arrêtait jamais, jusqu'au jour où lui est apparue comme une révélation, l'énigmatique Jean Seberg devant sa propre photo; Jean Seberg, la "Sainte Jeanne" de Preminger, qui avait déjà fait la couverture des Cahiers, en héroïne saganienne, toujours chez Preminger... Sauf que là, c'est différent. Sur la photo du Godard, dans la chemise à rayures de Belmondo, elle était Jean Seberg, l'incarnation même du féminin. Pour Brisseau, une sorte d'image primitive, cette douceur que l'on retrouvera chez beaucoup de ses héroïnes - alors que l'inquiétude, présente elle aussi, viendrait plutôt du visage de Janet Leigh dans Psychose -, des héroïnes dont le regard semble recéler tous les secrets du monde, à commencer par le plus secret de tous, la jouissance féminine, une jouissance Autre, impliquant un "au-delà" de la jouissance, proche en cela de l'extase mystique, voire cosmique, comme dans son dernier film. Cette jouissance qui côtoie le fantastique et le surnaturel, antidote puissant à la violence du monde et ses visions naturalistes, Jean-Claude Brisseau en avait fait son Graal. Aujourd'hui, un chevalier est mort.
[ajout du 14-05-19]
L'Echangeur de Jean-Claude Brisseau (1982).
15 commentaires:
Salut Buster, merci pour votre opinion sur Jessica Forever. La critique de Libe est tellement elogieuse que j'ai failli aller le voir... merci donc d'avoir essuye les platres, pratique helas indispensable dans notre domaine. Et ce alors que le Jarmusch (The Dead Don't Die) m'a l'air rejouissant, je crois que je vais me laisser tenter.
Ludo
Salut Ludovic, oui le Jarmusch me tente aussi, Only lovers left alive ne m'avait pas vraiment convaincu, mais j'aime bien Jarmusch et vais voir systématiquement ses films dès qu'ils sortent.
(de toute façon ça ne peut pas être pire que Jessica forever)
https://next.liberation.fr/cinema/2019/05/12/brisseau-perilleux_1726562
Ah merci...je vais lire le texte... mais avant faut que j'écrive moi aussi un petit mot sur Brisseau.
"Aujourd'hui, un chevalier est mort." C'est beau.
Bonjour Buster, avez-vous lu l'édito de Delorme dans le dernier numéro des Cahiers ? Ça devrait vous plaire ! :)
Pfff... à quand un grand entretien avec Juan Branco dans les Cahiers, qui nous parlera de la Macronie, des gilets jaunes et accessoirement de son père Paulo?
C'est qui GB?
Aucune idée... un Gibi?
Georges Biéplu?
Georges Bataille évidemment.
Gilbert Bécaud.
Gardin Blanche voyons!
Et moi, et moi, et moi ?-]
Ouais... Et Gérard Blain alors?
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