"The start of things" (1).
Si on suit le titre original - Mid90s -, le premier film de Jonah Hill se situerait non seulement dans les années 90, ce à quoi réfère le titre français, mais plus précisément au milieu de celles-ci, soit 1995-96, à l'époque où Jonah avait lui-même 13 ans, l'âge de Stevie, son petit héros. C'est le premier point. Mid90s est moins un film autobiographique, avec ce que cela suppose de "pacte" avec le spectateur (où l'auteur se met à nu dans un souci de vérité), encore moins une autofiction, qu'une pure fiction (agrémentée d'éléments autobiographiques comme dans toute fiction), avec pour cadre celui (Los Angeles, le milieu des années 90, le hip-hop et la culture skate) que l'auteur a lui-même connu à son adolescence, ces moments incertains, fragiles ("le complexe du homard" disait la maman de Carlos), où l'on se cherche, parfois en investissant une autre "famille", comme ici le petit groupe de skaters, et l'idée de liberté à laquelle cela renvoie. De sorte que s'il fallait rester sur le registre autobiographique, c'est davantage dans l'itinéraire de "Jonah Hill comédien" qu'il faudrait faire le parallèle, en comparant Mid90s, en tant que film de passage, à la propre évolution de Hill en tant qu'acteur, du petit gros rigolo, chez Apatow, au gourou baba cool dans le dernier Van Sant (Don't worry, he won't get far on foot), là où d'ailleurs il a rencontré le futur héros de son film, déjà en skateboarder. Mid90s peut se voir ainsi, également, comme un adieu, tendre et ému, non plus à l'adolescence de Jonah Hill mais à l'époque "ingrate" (comme on dit "l'âge ingrat") de ses premiers rôles, en personnage sympa mais secondaire, copain du héros mais pas héros lui-même, son admirateur en somme, à l'instar de Stevie vis-à-vis des autres membres du groupe.
Il s'agirait donc pour le cinéaste de nous faire revivre, de façon la plus juste possible (c'est l'enjeu du film), l'époque où il avait 13 ans. Comment? C'est le second point. Non pas en recourant, dans une espèce de revival nostalgique, à une pâle imitation des années 90, mais en "recréant" littéralement l'époque, sous une forme légère (16mm), urbaine (format carré), qui emprunte beaucoup à l'écriture hip-hop. D'où tous ces extraits musicaux, parfaitement intégrés, qu'on veut bien croire prélevés dans la discothèque personnelle de Hill (la musique, cette "madeleine"...), à l'image de celle du grand frère de Stevie (de Souls of Mischief à Wu-Tang Clan, en passant par A Tribe Called Quest, Cypress Hill, The Pharcyde...), mais pas que, on y trouve aussi du hardcore, du rock psychédélique, du jazz, de la pop, du post-punk, du RnB et même du calypso, sans oublier quelques grands noms de l'époque comme Nirvana, Morrissey (la belle scène de skate avec Stevie et Ray), Pixies et - plus étonnant - Phil Glass, façon peut-être pour Jonah Hill de nous rappeler que son film est saturé de choses secrètes qu'il est inutile de vouloir déchiffrer... simplement les raviver, geste éminemment mélancolique (que traduit la BO du film), en réactivant ce moment si particulier qu'est celui de l'ouverture au monde et des premières expériences, le temps d'un été, et dont on ne perçoit l'importance que longtemps après...
C'est pourquoi on est loin de Larry Clark, de ses obsessions, de Wassup rockers ou de The smell of us, au point que je n'ai pu m'empêcher de voir aussi Mid90s comme une réponse de Jonah Hill au dernier Larry Clark, à travers notamment le personnage de Fourth Grade qui, comme celui de Toff dans The smell of us, filme en permanence son entourage. Soit deux portraits de l'artiste, mais à l'opposé, égocentré chez Larry Clark, là où chez Jonah Hill, il se donne en partage (cf. la vidéo), vestige d'une période unique, gravée à tout jamais dans la mémoire d'un homme.
(1) Titre du premier des quatre morceaux de la bande originale signée Trent Reznor & Atticus Ross.
Si on suit le titre original - Mid90s -, le premier film de Jonah Hill se situerait non seulement dans les années 90, ce à quoi réfère le titre français, mais plus précisément au milieu de celles-ci, soit 1995-96, à l'époque où Jonah avait lui-même 13 ans, l'âge de Stevie, son petit héros. C'est le premier point. Mid90s est moins un film autobiographique, avec ce que cela suppose de "pacte" avec le spectateur (où l'auteur se met à nu dans un souci de vérité), encore moins une autofiction, qu'une pure fiction (agrémentée d'éléments autobiographiques comme dans toute fiction), avec pour cadre celui (Los Angeles, le milieu des années 90, le hip-hop et la culture skate) que l'auteur a lui-même connu à son adolescence, ces moments incertains, fragiles ("le complexe du homard" disait la maman de Carlos), où l'on se cherche, parfois en investissant une autre "famille", comme ici le petit groupe de skaters, et l'idée de liberté à laquelle cela renvoie. De sorte que s'il fallait rester sur le registre autobiographique, c'est davantage dans l'itinéraire de "Jonah Hill comédien" qu'il faudrait faire le parallèle, en comparant Mid90s, en tant que film de passage, à la propre évolution de Hill en tant qu'acteur, du petit gros rigolo, chez Apatow, au gourou baba cool dans le dernier Van Sant (Don't worry, he won't get far on foot), là où d'ailleurs il a rencontré le futur héros de son film, déjà en skateboarder. Mid90s peut se voir ainsi, également, comme un adieu, tendre et ému, non plus à l'adolescence de Jonah Hill mais à l'époque "ingrate" (comme on dit "l'âge ingrat") de ses premiers rôles, en personnage sympa mais secondaire, copain du héros mais pas héros lui-même, son admirateur en somme, à l'instar de Stevie vis-à-vis des autres membres du groupe.
Il s'agirait donc pour le cinéaste de nous faire revivre, de façon la plus juste possible (c'est l'enjeu du film), l'époque où il avait 13 ans. Comment? C'est le second point. Non pas en recourant, dans une espèce de revival nostalgique, à une pâle imitation des années 90, mais en "recréant" littéralement l'époque, sous une forme légère (16mm), urbaine (format carré), qui emprunte beaucoup à l'écriture hip-hop. D'où tous ces extraits musicaux, parfaitement intégrés, qu'on veut bien croire prélevés dans la discothèque personnelle de Hill (la musique, cette "madeleine"...), à l'image de celle du grand frère de Stevie (de Souls of Mischief à Wu-Tang Clan, en passant par A Tribe Called Quest, Cypress Hill, The Pharcyde...), mais pas que, on y trouve aussi du hardcore, du rock psychédélique, du jazz, de la pop, du post-punk, du RnB et même du calypso, sans oublier quelques grands noms de l'époque comme Nirvana, Morrissey (la belle scène de skate avec Stevie et Ray), Pixies et - plus étonnant - Phil Glass, façon peut-être pour Jonah Hill de nous rappeler que son film est saturé de choses secrètes qu'il est inutile de vouloir déchiffrer... simplement les raviver, geste éminemment mélancolique (que traduit la BO du film), en réactivant ce moment si particulier qu'est celui de l'ouverture au monde et des premières expériences, le temps d'un été, et dont on ne perçoit l'importance que longtemps après...
C'est pourquoi on est loin de Larry Clark, de ses obsessions, de Wassup rockers ou de The smell of us, au point que je n'ai pu m'empêcher de voir aussi Mid90s comme une réponse de Jonah Hill au dernier Larry Clark, à travers notamment le personnage de Fourth Grade qui, comme celui de Toff dans The smell of us, filme en permanence son entourage. Soit deux portraits de l'artiste, mais à l'opposé, égocentré chez Larry Clark, là où chez Jonah Hill, il se donne en partage (cf. la vidéo), vestige d'une période unique, gravée à tout jamais dans la mémoire d'un homme.
(1) Titre du premier des quatre morceaux de la bande originale signée Trent Reznor & Atticus Ross.

6 commentaires:
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Ok le sondage est terminé... quatre oui pour un seul non, le film est validé.
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