mardi 9 avril 2019

Dumbo

Il paraît que Michel Ciment a pleuré comme un veau devant le dernier Burton. Moi aussi j'ai eu des petits pincements au cœur. Mais pas au plus fort de l'émotion, quand Dumbo voit partir sa maman ou quand il la retrouve et que leur trompe s'enroulent l'une autour de l'autre pour mieux s'enlacer. Non, moi c'est uniquement quand l'éléphanteau se met à voler sous le chapiteau, oreilles bien déployées et qu'il tourne ainsi, en rond, au-dessus des spectateurs. Il y a là comme un bonheur partagé... Le rêve d'Icare? Le sentiment de liberté? Je ne sais pas, je ne crois pas, c'est autre chose... mais l'émotion est là, qui marche à tous les coups, à chaque fois que Dumbo s'envole... Peut-être cela touche-t-il à l'éléphant lui-même, à sa forme improbable, sa masse, qui l'ancre lourdement au sol et fait que, de tous les gros mammifères (terrestres), plus encore que l'hippopotame, c'est celui qui a le moins de chance de pouvoir s'élever dans les airs, même si c'est un bébé et qu'il a des "ailes". Le voir ainsi défier les lois de la nature, ça émeut (plus que si c'était un émeu), surtout quand c'est filmé en prises de vues réelles... Cela dit, par rapport au Disney, le Burton souffre d'un manque: l'absence de Timothy, la souris - figure antithétique, car petite et rusée, de l'éléphant (le nom Dumbo est la contraction de "Dumb" et de "Jumbo") - remplacée (en même temps que les corbeaux qui apprenaient à Dumbo à voler) par deux enfants. On comprend l'idée: mettre plus d'"humains", à défaut d'humanité, dans le film... réduire le côté "anthropomorphique" qui caractérise les dessins animés de Disney. Mais surtout: casser la dimension trop "matriarcale" qui se dégageait de l'histoire originale, dimension propre à la vie sociale des éléphants, marquée non seulement par l'absence du père et l'importance de la mère, mais aussi le rôle des autres éléphantes au sein du groupe; rééquilibrer l'ensemble, dans une vision pour le coup plus traditionnaliste de la famille, en adjoignant aux deux enfants un père (Colin Farrell en cow-boy manchot), de retour de la guerre, celle de 14-18, et un substitut à la mère, morte de la grippe espagnole, avec le personnage de la trapéziste (Eva Green, pas vraiment convaincante, en plus elle est trop grande pour grimper sur Dumbo). "Le matriarcat, c'est bon pour les éléphants, sinon c'est pas mieux que le patriarcat, ce qu'il faut à des enfants c'est une vraie famille", c'est ce que semble dire le film, prolongeant la veine familialiste du cinéma hollywoodien classique... Reste la satire des parcs d'attractions (pas ceux de Disney, mais ceux du concurrent, Universal Studios, ha ha...), le Dreamland dirigé par l'ignoble Vandemere (Michael Keaton en "Badman"), contre qui devront lutter aussi bien le "manchot" que l'ex-pinguoin (Danny DeVito en Barnum miniature)...

Bonus: le Dumbo de Disney ( et ), réalisé par Ben Sharpsteen (1941).

3 commentaires:

Michel Ciment a dit…

Je démens formellement, je n'ai pas pleuré comme un veau.

Anonyme a dit…

Le sujet du film c'est pas du tout le matriarcat mais la tolérance

Buster a dit…

Bah oui la tôôlérance... c'est le thème de base, présent dans le livre d'Aberson et le film de Disney... mais on s'en fout, ce qui nous intéresse c'est le Burton et ce qu'il apporte de nouveau.