Le pigeon couard, fourbe, sale, fade, sot, veule, vide, vil, vain.
Jamais émouvant, profondément inaffectif, le pigeon minable et sa voix stupide. Son vol de crécelle. Son regard sourd. Son picotage absurde. Son occiput décérébré qu'agite un navrant va-et-vient. Sa honteuse indécision, sa sexualité désolante. Sa vocation parasitique, son absence d'ambition, son inutilité crasse.
Incomparable au moineau qui détient du charme, au merle qui sait donner de la voix, au corbeau qui n'est pas sans classe, à la pie qui possède du style, pire que le charognard qui a au moins un but dans la vie, aussi sensuel qu'un rat, aussi racé qu'un taon, moins élégant qu'un ver, encore plus con que le catoblépas.
On tuerait un pigeon sans guère plus d'états d'âme qu'on écrase une blatte, il est cependant si nul qu'on s'en abstient. Par paresse ou par amour-propre, on se retient de lui donner un coup de pied sauf pour prendre un peu d'exercice et encore, il n'en est même pas digne, on ne voudrait pas risquer de souiller son soulier. Et qu'on ne m'objecte pas que, voyageur, il a rendu quelques services en temps de guerre, encore heureux qu'il ait trouvé un tout petit rôle de mécanique volante.
Saleté de pigeon, même pas bon à manger, écœurant sur son lit de petits pois farineux... (Jean Echenoz, Des éclairs, 2010)
Moi quand ça ne va pas, des "pigeons" j'en vois partout. Des gens qui servent à rien, cons comme des balais (sauf que les balais ça sert à quelque chose) et qui surtout vous pourrissent la vie. J'exagère bien sûr. Tout ça parce que j'ai vu hier le dernier Blier qui est d'une nullité absolue (là je n'exagère pas... à côté, Dernier amour, le dernier Jacquot, avec Lindon en Casanova - un Lindon qui aurait enfilé sa barbe de Rodin sur la tête -, est un "chef-d'œuvre"... et pourtant, aussi, une belle "croûte" si on le compare au Casanova de Fellini, voire à Histoire de ma mort de Serra, et même - pour rester sur un thème similaire, casanovesque mais sans Casanova - à Mademoiselle de Joncquières, le dernier Mouret). Le plus triste dans ce "convoi" funéraire (ça démarre comme dans Merci la vie, du Beckett de supermarché avec le chariot en prime), c'est qu'on ne peut même pas dire que c'est sauvé par l'interprétation, celle d'Obélix et Astérix, le gros et le petit... Tout est mauvais dans ce film, à commencer par le scénario, lugubre et poussif (sur "la crise du scénario", lol), au point que c'est seulement lors de la dernière scène, visiblement improvisée - quand Obélix détaille à Astérix sa recette du poulet, meilleure que celle du lapin (on n'y parle pas de sanglier) -, soit le moment où Blier nous fait grâce (enfin) de ses répliques foireuses et de ses monologues interminables, que le film distille un peu de vie... Le constat est cruel: Blier n'a plus rien à dire. Reste une question: pourquoi j'ai été voir ça, alors que je n'ai jamais été très fan de Blier, même à sa meilleure époque. Mystère. On a beau être vigilant, il arrive qu'on se fasse avoir (pigeonner, si vous voulez). Mais bon, c'est pas grave, demain j'irai voir l'Amour l'après-midi, un de mes Rohmer préférés, et tout ira mieux.
PS. Tiens, j'ai feuilleté l'herbier des Cahiers (dans le numéro d'avril). Pas mal du tout. Il y a même un quiz à la fin du dossier, concernant deux arbres qui n'ont pu être identifiés avec certitude, celui d'Etoile cachée de Ritwik Ghatak et celui, plus célèbre, qui ouvre Non ou la vaine gloire de commander d'Oliveira. Pour le Ghatak, cf. là, il s'agit à mon avis d'un banian. Pour l'Oliveira, cf. là, il n'y a aucun doute, c'est un fromager.
[ajout du 05-04-19]
La pensée du jour (après qu'on m'a offert, sans que je l'aie demandé, le DVD de Bohemian rhapsody): j'ai toujours préféré George Michael à Freddie Mercury.
Jamais émouvant, profondément inaffectif, le pigeon minable et sa voix stupide. Son vol de crécelle. Son regard sourd. Son picotage absurde. Son occiput décérébré qu'agite un navrant va-et-vient. Sa honteuse indécision, sa sexualité désolante. Sa vocation parasitique, son absence d'ambition, son inutilité crasse.
Incomparable au moineau qui détient du charme, au merle qui sait donner de la voix, au corbeau qui n'est pas sans classe, à la pie qui possède du style, pire que le charognard qui a au moins un but dans la vie, aussi sensuel qu'un rat, aussi racé qu'un taon, moins élégant qu'un ver, encore plus con que le catoblépas.
On tuerait un pigeon sans guère plus d'états d'âme qu'on écrase une blatte, il est cependant si nul qu'on s'en abstient. Par paresse ou par amour-propre, on se retient de lui donner un coup de pied sauf pour prendre un peu d'exercice et encore, il n'en est même pas digne, on ne voudrait pas risquer de souiller son soulier. Et qu'on ne m'objecte pas que, voyageur, il a rendu quelques services en temps de guerre, encore heureux qu'il ait trouvé un tout petit rôle de mécanique volante.
Saleté de pigeon, même pas bon à manger, écœurant sur son lit de petits pois farineux... (Jean Echenoz, Des éclairs, 2010)
Moi quand ça ne va pas, des "pigeons" j'en vois partout. Des gens qui servent à rien, cons comme des balais (sauf que les balais ça sert à quelque chose) et qui surtout vous pourrissent la vie. J'exagère bien sûr. Tout ça parce que j'ai vu hier le dernier Blier qui est d'une nullité absolue (là je n'exagère pas... à côté, Dernier amour, le dernier Jacquot, avec Lindon en Casanova - un Lindon qui aurait enfilé sa barbe de Rodin sur la tête -, est un "chef-d'œuvre"... et pourtant, aussi, une belle "croûte" si on le compare au Casanova de Fellini, voire à Histoire de ma mort de Serra, et même - pour rester sur un thème similaire, casanovesque mais sans Casanova - à Mademoiselle de Joncquières, le dernier Mouret). Le plus triste dans ce "convoi" funéraire (ça démarre comme dans Merci la vie, du Beckett de supermarché avec le chariot en prime), c'est qu'on ne peut même pas dire que c'est sauvé par l'interprétation, celle d'Obélix et Astérix, le gros et le petit... Tout est mauvais dans ce film, à commencer par le scénario, lugubre et poussif (sur "la crise du scénario", lol), au point que c'est seulement lors de la dernière scène, visiblement improvisée - quand Obélix détaille à Astérix sa recette du poulet, meilleure que celle du lapin (on n'y parle pas de sanglier) -, soit le moment où Blier nous fait grâce (enfin) de ses répliques foireuses et de ses monologues interminables, que le film distille un peu de vie... Le constat est cruel: Blier n'a plus rien à dire. Reste une question: pourquoi j'ai été voir ça, alors que je n'ai jamais été très fan de Blier, même à sa meilleure époque. Mystère. On a beau être vigilant, il arrive qu'on se fasse avoir (pigeonner, si vous voulez). Mais bon, c'est pas grave, demain j'irai voir l'Amour l'après-midi, un de mes Rohmer préférés, et tout ira mieux.
PS. Tiens, j'ai feuilleté l'herbier des Cahiers (dans le numéro d'avril). Pas mal du tout. Il y a même un quiz à la fin du dossier, concernant deux arbres qui n'ont pu être identifiés avec certitude, celui d'Etoile cachée de Ritwik Ghatak et celui, plus célèbre, qui ouvre Non ou la vaine gloire de commander d'Oliveira. Pour le Ghatak, cf. là, il s'agit à mon avis d'un banian. Pour l'Oliveira, cf. là, il n'y a aucun doute, c'est un fromager.
[ajout du 05-04-19]
La pensée du jour (après qu'on m'a offert, sans que je l'aie demandé, le DVD de Bohemian rhapsody): j'ai toujours préféré George Michael à Freddie Mercury.
10 commentaires:
On a compris Buster : incinsciemment vous avez vu le Blier pour avaler L'Herbier.
Ha ha... mauvaise langue.
(sinon pas de film de L'Herbier dans l'herbier des Cahiers: L'Herbier oublié... ou Blier)
toujours aussi drôle Buster
N'est-ce pas.
"Des gens qui servent à rien, cons comme des balais (sauf que les balais ça sert à quelque chose) et qui surtout vous pourrissent la vie."
A qui vous pensez ? Aux Gilets Jaunes ?
Non Ruffin, pas les GJ... mais des gens (administration, assurances, organismes divers...) à qui je dois rendre des comptes à longueur de journée, des trucs sans fin qu'il faut toujours recommencer...
Il y a une autre tirade du pigeon dans Cherokee. Je crois que je la préfère !
"Il regardait parfois les pigeons par la fenêtre, parfois les pigeons le regardaient. Les pigeons parcouraient les toits en sautillant parmi les décrochements, les gouttières, les vasistas, projetant à chaque pas leur tête par saccades sèches, brutales, vaquant à incompréhensibles manèges en bande dispersée, généralement indifférents les uns aux autres, dans une oisiveté déplaisante que Georges n'aurait jamais songé à critiquer chez d'autres animaux. Parfois deux d'entre eux se retrouvaient face à face comme par hasard, s'intéressaient l'un à l'autre, frottaient longuement leurs becs sur un mode presque humain puis copulaient très brièvement pour s'enfuir aussitôt après l'acte, pas toujours dans la même direction, en un vol lourd, imprécis, comme des bombardiers trop charges. Ils étaient assez laids, paraissaient fourbes, leurs rangs comptaient nombre d'infirmes, unijambistes ou borgnes, avec des alopécies, des plaies purulentes. Lorsqu'ils se lançaient dans l'air, leurs ailes claquaient et grinçaient comme du carton ; ils étaient mécaniques, urbains comme les rats, parfaitement symétriques aux rats par rapport à la surface du sol."
Oui c'est moins méchant... et moi aussi je préfère, une fois calmé - j'ai revu le Rohmer ;-)
Sinon je ne me souviens pas de ce passage sur les pigeons dans Cherokee (lu il y a déjà longtemps, un des meilleurs Echenoz), je me rappelle surtout les perroquets.
Le rapport entre George Michael et Freddie Mercury, je ne vois pas?
C'est une blague?
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