Du politiquement correct au politiquement abject en passant par le politiquement abstrait.
Plus la réalité échappe, et plus on se venge sur les mots. Plus le monde concret s'évanouit, devient insaisissable, immaîtrisable, noyé dans le flot clinquant des images ou désagrégé sous l'action de la technique et de la science, et plus on exerce des représailles sur le langage, la pensée et les arrière-pensées. Ainsi rétablit-on son empire sur la réalité, mais seulement par le biais de la toute-puissance infantile, c'est-à-dire de l'illusion. Le résultat de l'entreprise se révélant nul, comme de juste, il convient sans cesse de la recommencer; et sans cesse de façon plus féroce, dans un mouvement de surenchère où l'esprit de ressentiment trouve à se rassasier sans limites.
C'est d'abord cela, le "politiquement correct": une rage impuissante qui se transforme, de manière pour ainsi dire magique, en revanche contre la parole, supposée opérer directement sur la réalité. Il faut bien qu'il nous reste un souffre-douleur, à nous qui avons tout perdu. Ce sera l'homme parlant, l'homme en tant qu'il parle. On ne cessera plus de le redresser. Comme un tort. On n'en finira plus de le surveiller, de le traquer, de le persécuter. Le "politiquement correct", ce sont les Euménides d'Eschyle redevenant Erinyes. L'antique essaim des furies de la Justice vengeresse, converties à la bienveillance vers la fin de L'Orestie, reprend son vol mais en tant que furies. Toute la naissance du XXIe siècle résonne du bruit de colère de ces frelons moraux.
Pour le militant de la "correction politique", disons pour le correctiste, le mot "chien" mord toujours. Il aboie aussi. Le correctiste s'emploiera donc à lui inventer un remplaçant à la dent moins dure. Un ersatz moins canin mais beaucoup plus câlin. Il en a trouvé déjà tant d'autres, des mots, pour tant d'autres choses, gens, métiers, fonctions ou situations diverses, qu'à la lettre on ne reconnaît plus ces gens, ces métiers, ces fonctions et ces situations. Disciple ingénu de la "novlangue" d'Orwell, fabricant à la chaîne de stéréotypes étonnants et d'euphémismes qui ne craignent pas le ridicule, le correctiste refait le monde à l'image du langage qu'il transforme; puis il se donne les moyens de sévir contre ceux qui n'accueilleraient pas encore ses directives comme autant de bienfaits, ou qui essaieraient d'aller voir s'il y a encore quelque chose derrière les modes d'expression qu'il impose. Légalement ou non, par la loi ou par le boycott, mais de toute façon et toujours avec une extrême violence, il pourchasse et tourmente ceux qui n'auraient pas compris que, sous de nouveaux mots, se cachait (à peine) l'injonction d'avoir de nouvelles pensées, et que, dans tout cela, il ne s'agissait nullement de trouvailles gratuites ou de fantaisies poétiques, mais bel et bien d'ordres implacables, quoique s'enveloppant systématiquement de compassion, d'idéal et de vertu.
"Politiquement correct": une telle expression, si obtuse, si rébarbative, si incurablement laide, que ce soit en traduction ou dans l'anglais originel, n'aurait sans doute jamais passé dans les mœurs si elle n'avait prétendu se légitimer de toute la réalité monstrueuse et des millions de victimes concrètes du XXe siècle. De celles-ci, le correctiste se veut le représentant; et il l'est, en effet, mais à la manière dont la classe bureaucratique des régimes staliniens représentait le prolétariat: à condition de substituer sa propre existence abstraite à toute réalité passée ou encore existante.
Il ne s'agit toujours, pour le correctiste, que de lutter contre "la logique de l'exclusion", d'en finir avec "toutes les discriminations", de repérer certaines "potentialités objectives" qui rendent l'humour "susceptible de dérapages", de traquer les figures de style "douteuses" et ainsi de suite; sans oublier "les retards de la France" dans la lutte indispensable contre la logique de l'exclusion, les discriminations, les figures de style douteuses et les dérapages de l'humour et du hasard. Mais il s'agit d'abord d'imposer cela à l'intérieur d'un univers abstrait. Le "politiquement correct" est un politiquement abstrait. Si le correctiste n'a plus aucun pouvoir sur le monde concret, dont personne ne sait plus à quoi il ressemble ni à quoi il rime, il tire sa puissance de cette impuissance, et sait qu'il ne peut l'augmenter que par une abstraction ou une généralisation sans cesse accrues.
De cette abstraction et de cette généralisation, il est à noter que les femmes (mais aussi les enfants, les handicapés, les homosexuels, etc.) sont les premiers sujets d'expérience. Aux femmes comme individus, le ou la correctiste est ainsi parvenu à substituer toutes les femmes. "En insultant une femme, l'injure sexiste insulte toutes les femmes"; "Les insultes sexistes sont une atteinte à la liberté d'action et d'expression des femmes": qui s'est jamais préoccupé de savoir ce que voulaient réellement dire de telles propositions? Personne, tant on les reçoit d'ordinaire comme paroles d'évangile. Or, elles ne veulent strictement rien dire; rien d'autre qu'une volonté de pouvoir sur les femmes abstractisées, collectivisées ou généralisées.
De telles propositions ne peuvent signifier quelque chose que dans une perspective collectiviste. En dehors de cette sinistre visée, qui suppose a contrario une "idéologie dominante", machiste, un "pouvoir" masculin, et même éventuellement (défense de rire) une "souveraineté patriarcale" encore scandaleusement écrasante, elles n'ont aucun sens. Elles n'en trouvent un qu'en face de ces prestiges maléfiques du machisme ou de la souveraineté patriarcale. C'est alors que le ou la correctiste, ayant construit l'idée d'un "groupe des femmes" supérieur aux "individus-femmes", de même qu'ailleurs il crée le groupe des non-fumeurs ou des pro-gays (et se lance même dans d'étonnantes trouvailles comme lorsqu'il invente un "Collectif des démocrates handicapés": y a-t-il donc tant de handicapés totalitaires, fascistes ou néo-nazis qu'il faille ainsi s'en démarquer?), entame une campagne pour que l'on cesse au plus vite, s'agissant par exemple de ce qu'il est convenu d'appeler des drames de la violence conjugale, de parler de "crimes passionnels" ou de "drames de la rupture" (ce qui supposerait encore une relation entre les sexes, même sanglante et tragique), pour ne plus évoquer à l'avenir que des "crimes de genre", des "homicides sexistes" et même des "féminicides". Ainsi transformées en sujet de société (le correctiste dit: sujets "sociaux" ou "historiques"), les femmes concrètement maltraitées se retrouvent généralisées et abstractisées par ceux ou celles qui entendent prendre leur défense, mais seulement à condition de mettre au-dessus de chacune d'entre elles un concept qui les domine et qui les englobe, et même les absorbe au point de les faire disparaître: le groupe auquel elles appartiennent. Pour boucler l'affaire, le correctiste avertit que tout autre attitude vis-à-vis des drames de la violence conjugale "s'apparenterait à du négationnisme". Et, dans la foulée, il exige qu'à l'avenir, pour chaque cas de "violence sexiste", soit aussitôt sollicitée l'une ou l'autre de ces "associations communautaires" de pression et de persécution, seules capables de faire ressortir la "dimension collective de l'acte". Il peut également suggérer la création de quelques "catégories pénales" aussi nouvelles que délectables.
Le "politiquement correct" est l'expression frigide du nouveau monde mort, et il est déjà devenu presque impossible d'en faire ressortir l'horreur à l'humanité actuelle, et de lui faire savoir qu'elle pourrait s'en passer. On ne lutte pas frontalement contre une telle entreprise. D'autant que les pires des correctistes, tandis qu'ils imposent leur terreur hygiénique, s'affirment eux-mêmes pour la plupart "politiquement incorrects" (ou "subversifs", ou "rebelles", ou "iconoclastes", etc.) et se réclament, dans leurs plus sombres complots contre ce qui reste de l'espèce humaine, d'une "liberté de pensée" qu'ils disent menacée. Ainsi tout le monde se déclare-t-il en même temps "incorrect", et la pire des erreurs serait de chercher à incarner, face à ce désastre, une posture à contre-courant, ou de prétendre être le retour du refoulé de la situation dominante. Le piège du politiquement abject, tendu par les nouvelles Erinyes du "politiquement correct", n'attend que cette occasion pour se refermer sur quiconque a la naïveté de se réclamer d'un "anti-politiquement correct" vrai s'opposant à l'"anti-politiquement correct" estampillé des correctistes officiels.
C'est la réalité même du politiquement correct comme du politiquement abject qu'il faut récuser. C'est la croyance au politiquement correct comme au politiquement abject qu'il faut dégonfler, comme un unique ballon bourré de mensonges de diverses origines. C'est l'abstraction dont ils prospèrent qu'il convient de démasquer. C'est leur double comédie, si représentative de ce temps sans rire, qu'il faut démolir par le rire. (Philippe Muray, Géopolitique, n°89, février 2005, repris in Moderne contre moderne. Exorcismes spirituels IV, 2005)
Pour le militant de la "correction politique", disons pour le correctiste, le mot "chien" mord toujours. Il aboie aussi. Le correctiste s'emploiera donc à lui inventer un remplaçant à la dent moins dure. Un ersatz moins canin mais beaucoup plus câlin. Il en a trouvé déjà tant d'autres, des mots, pour tant d'autres choses, gens, métiers, fonctions ou situations diverses, qu'à la lettre on ne reconnaît plus ces gens, ces métiers, ces fonctions et ces situations. Disciple ingénu de la "novlangue" d'Orwell, fabricant à la chaîne de stéréotypes étonnants et d'euphémismes qui ne craignent pas le ridicule, le correctiste refait le monde à l'image du langage qu'il transforme; puis il se donne les moyens de sévir contre ceux qui n'accueilleraient pas encore ses directives comme autant de bienfaits, ou qui essaieraient d'aller voir s'il y a encore quelque chose derrière les modes d'expression qu'il impose. Légalement ou non, par la loi ou par le boycott, mais de toute façon et toujours avec une extrême violence, il pourchasse et tourmente ceux qui n'auraient pas compris que, sous de nouveaux mots, se cachait (à peine) l'injonction d'avoir de nouvelles pensées, et que, dans tout cela, il ne s'agissait nullement de trouvailles gratuites ou de fantaisies poétiques, mais bel et bien d'ordres implacables, quoique s'enveloppant systématiquement de compassion, d'idéal et de vertu.
"Politiquement correct": une telle expression, si obtuse, si rébarbative, si incurablement laide, que ce soit en traduction ou dans l'anglais originel, n'aurait sans doute jamais passé dans les mœurs si elle n'avait prétendu se légitimer de toute la réalité monstrueuse et des millions de victimes concrètes du XXe siècle. De celles-ci, le correctiste se veut le représentant; et il l'est, en effet, mais à la manière dont la classe bureaucratique des régimes staliniens représentait le prolétariat: à condition de substituer sa propre existence abstraite à toute réalité passée ou encore existante.
Il ne s'agit toujours, pour le correctiste, que de lutter contre "la logique de l'exclusion", d'en finir avec "toutes les discriminations", de repérer certaines "potentialités objectives" qui rendent l'humour "susceptible de dérapages", de traquer les figures de style "douteuses" et ainsi de suite; sans oublier "les retards de la France" dans la lutte indispensable contre la logique de l'exclusion, les discriminations, les figures de style douteuses et les dérapages de l'humour et du hasard. Mais il s'agit d'abord d'imposer cela à l'intérieur d'un univers abstrait. Le "politiquement correct" est un politiquement abstrait. Si le correctiste n'a plus aucun pouvoir sur le monde concret, dont personne ne sait plus à quoi il ressemble ni à quoi il rime, il tire sa puissance de cette impuissance, et sait qu'il ne peut l'augmenter que par une abstraction ou une généralisation sans cesse accrues.
De cette abstraction et de cette généralisation, il est à noter que les femmes (mais aussi les enfants, les handicapés, les homosexuels, etc.) sont les premiers sujets d'expérience. Aux femmes comme individus, le ou la correctiste est ainsi parvenu à substituer toutes les femmes. "En insultant une femme, l'injure sexiste insulte toutes les femmes"; "Les insultes sexistes sont une atteinte à la liberté d'action et d'expression des femmes": qui s'est jamais préoccupé de savoir ce que voulaient réellement dire de telles propositions? Personne, tant on les reçoit d'ordinaire comme paroles d'évangile. Or, elles ne veulent strictement rien dire; rien d'autre qu'une volonté de pouvoir sur les femmes abstractisées, collectivisées ou généralisées.
De telles propositions ne peuvent signifier quelque chose que dans une perspective collectiviste. En dehors de cette sinistre visée, qui suppose a contrario une "idéologie dominante", machiste, un "pouvoir" masculin, et même éventuellement (défense de rire) une "souveraineté patriarcale" encore scandaleusement écrasante, elles n'ont aucun sens. Elles n'en trouvent un qu'en face de ces prestiges maléfiques du machisme ou de la souveraineté patriarcale. C'est alors que le ou la correctiste, ayant construit l'idée d'un "groupe des femmes" supérieur aux "individus-femmes", de même qu'ailleurs il crée le groupe des non-fumeurs ou des pro-gays (et se lance même dans d'étonnantes trouvailles comme lorsqu'il invente un "Collectif des démocrates handicapés": y a-t-il donc tant de handicapés totalitaires, fascistes ou néo-nazis qu'il faille ainsi s'en démarquer?), entame une campagne pour que l'on cesse au plus vite, s'agissant par exemple de ce qu'il est convenu d'appeler des drames de la violence conjugale, de parler de "crimes passionnels" ou de "drames de la rupture" (ce qui supposerait encore une relation entre les sexes, même sanglante et tragique), pour ne plus évoquer à l'avenir que des "crimes de genre", des "homicides sexistes" et même des "féminicides". Ainsi transformées en sujet de société (le correctiste dit: sujets "sociaux" ou "historiques"), les femmes concrètement maltraitées se retrouvent généralisées et abstractisées par ceux ou celles qui entendent prendre leur défense, mais seulement à condition de mettre au-dessus de chacune d'entre elles un concept qui les domine et qui les englobe, et même les absorbe au point de les faire disparaître: le groupe auquel elles appartiennent. Pour boucler l'affaire, le correctiste avertit que tout autre attitude vis-à-vis des drames de la violence conjugale "s'apparenterait à du négationnisme". Et, dans la foulée, il exige qu'à l'avenir, pour chaque cas de "violence sexiste", soit aussitôt sollicitée l'une ou l'autre de ces "associations communautaires" de pression et de persécution, seules capables de faire ressortir la "dimension collective de l'acte". Il peut également suggérer la création de quelques "catégories pénales" aussi nouvelles que délectables.
Le "politiquement correct" est l'expression frigide du nouveau monde mort, et il est déjà devenu presque impossible d'en faire ressortir l'horreur à l'humanité actuelle, et de lui faire savoir qu'elle pourrait s'en passer. On ne lutte pas frontalement contre une telle entreprise. D'autant que les pires des correctistes, tandis qu'ils imposent leur terreur hygiénique, s'affirment eux-mêmes pour la plupart "politiquement incorrects" (ou "subversifs", ou "rebelles", ou "iconoclastes", etc.) et se réclament, dans leurs plus sombres complots contre ce qui reste de l'espèce humaine, d'une "liberté de pensée" qu'ils disent menacée. Ainsi tout le monde se déclare-t-il en même temps "incorrect", et la pire des erreurs serait de chercher à incarner, face à ce désastre, une posture à contre-courant, ou de prétendre être le retour du refoulé de la situation dominante. Le piège du politiquement abject, tendu par les nouvelles Erinyes du "politiquement correct", n'attend que cette occasion pour se refermer sur quiconque a la naïveté de se réclamer d'un "anti-politiquement correct" vrai s'opposant à l'"anti-politiquement correct" estampillé des correctistes officiels.
C'est la réalité même du politiquement correct comme du politiquement abject qu'il faut récuser. C'est la croyance au politiquement correct comme au politiquement abject qu'il faut dégonfler, comme un unique ballon bourré de mensonges de diverses origines. C'est l'abstraction dont ils prospèrent qu'il convient de démasquer. C'est leur double comédie, si représentative de ce temps sans rire, qu'il faut démolir par le rire. (Philippe Muray, Géopolitique, n°89, février 2005, repris in Moderne contre moderne. Exorcismes spirituels IV, 2005)
20 commentaires:
Oh non, Buster, pas vous! Pas ce tout petit Cassandre du décadent incorrect!
Ah mais moi j'aime bien Muray... (son XIXe siècle à travers les âges, dont j'ai déjà publié des extraits... hein, quand même). Les pamphlets c'est plus inégal, forcément... il y a le côté "vieux jouisseur qui se moque des bien-pensants" qui peut saturer à la longue, mais le style est là.
Qui donc vous "surveille, traque, persécute", pauvre Buster ?
Hein? qui? quoi? moi?... de quoi vous parlez?
Vous auriez pu choisir un autre texte
L'anonyme de 01:10 faisait référence au 2ème paragraphe
Oui j'avais compris que ça faisait référence au texte. Mais Muray "parle" de l'homme en tant qu'il parle (on dirait du Lacan), ce qui est traqué, surveillé, persécuté, c'est la parole, l'homme à travers ce qu'il dit... Muray en bon polémiste amplifie la logique et la pousse jusqu'à l'absurde. L'idée de base, c'est la formule de Spinoza, "le mot chien ne mord pas" et la question notamment du passage de la parole aux actes, Muray le développe dans un autre texte. On pourrait aller plus loin et imaginer, suivant cette même logique, une société futuriste qui contrôlerait les pensées et sanctionnerait les individus dont la pensée aurait dérapé, sous prétexte qu'ils pourraient l'exprimer et ensuite passer à l'acte.
Oui les textes ne manquent pas. Mais quitte à publier le texte d'un polémiste autant en publier un qui fasse vraiment polémique.
Il a bien raison, Muray. Cessons de considérer que des milliers de femmes battues et tuées sous les coups de leurs conjoints ou ex-conjoints font système. Considérons-les une par une, dans leur singularité. Ça ne les aidera pas, ni individuellement ni collectivement, mais ça évitera que les pauvres hommes se sentent persécutés par ces infâmes "correctistes" - contre les méfaits desquels il semble urgent d'ouvrir des cellules de soutiens psychologiques à destination des dominants.
Et arrêtons de penser le groupe, la société. Arrêtons d'imaginer que les représentations et le réel interagissent. Arrêtons de questionner le langage et sa capacité à limiter le champ de la pensée. Jouons Spinoza contre Barthes, et retournons Orwell contre lui : que son génial concept de novlangue totalitaire soit invoqué aussi souvent que nécessaire pour empêcher que l'on questionne ce qui sous-tend la langue telle qu'elle est pratiquée par ceux qui jouissent d'en détenir les codes. Cette langue forcément pure, forcément neutre, dés-historisée.
Et surtout, répétons ensemble, tel un mantra réconfortant en ces temps où le monde concret devient "insaisissable" et "immaîtrisable" :
"La modernité c'est le Mal, et c'était mieux avant."
Bref vous êtes réac avec un cartable rouge.
Assez d'accord avec ce que dit l'anonyme de 11.13 (si vous pouviez personnaliser vos messages avec un pseudo ou n'importe quel signe distinctif afin que je sache qui est qui...)
Mais c'est aussi que Muray n'est ni philosophe ni sociologue... dans l'âme c'est un romancier (dont je n'ai pas lu son roman "On ferme", qui en vaut bien 4 ou 5 tant il est gros, du coup je l'ai pas... ouvert), un romancier qui s'essaie à l'essai, mais avec la verve et les extravagances de l'écrivain gourmand de mots... ce qui crée des étincelles, des excès en tout genre, des aberrations aussi. C'est pour ça que j'aime bien le lire. Sur le fond, c'est parfois discutable, je le reconnais, mais ça fait partie du personnage Muray, de sa mauvaise humeur, de ses paradoxes, de son côté réac bien sûr... Moi il me fait penser, en plus méchant, à quelqu'un comme Tillinac... Et en tant que romancier ce qu'il dresse dans ses pamphlets c'est d'abord un portrait de lui-même, en soixante-huitard nostalgique, le jouisseur sans entraves qui ne supporte pas d'être entravé, avant d'être celui du monde moderne (qu'il exècre on est d'accord) avec "homo festivus" qui est comme son double maléfique.
Sur le reste, la question proprement dite du politiquement correct, je reviendrai plus tard...
blablabla...
Oui c'est ça... causes toujours
Les pamphlets de Murray c'est à gerber, à côté Zemmour c'est de l'amour
OK, on arrête les frais, inutile d'aller plus loin... je vais pas me taper tous les trolls anti-Muray qui n'ont certainement jamais lu Muray, mélangent tout, incapables de voir ce qu'il y a derrière ses pamphlets, cette vérité sur la modernité qu'il appelait l'empire du Bien (ah c'est sûr, si j'avais publié un de ses textes sur les Etats-Unis et la guerre en Irak, le son de cloche aurait été différent)... enfin bref, c'est fini, on peut passer à autre chose.
Et la blague de Bigard sur le viol, vous en pensez quoi ?
C'était pas de l'ironie retournée contre celle de Muray et consorts, le commentaire de l'Anonyme de 11.13? J'avais cru.
Oui j'avais saisi l'ironie... ce que je voulais dire c'est que les objections avancées de façon ironique étaient recevables... après, je comptais revenir plus précisément sur le cas Muray où j'aurais pointé ce qu'il a de spécifique et... mais j'en ai eu marre et j'ai laissé tomber.
Buster, vous bottez en touche
Buster, vous touchez une botte
Buster, dites quelque chose nom de Dieu !
Oui bon, un dernier commentaire et puis j'arrête... je voulais juste parler de Muray, oubliant qu'on est sur internet et que ce genre de texte ne peut que déclencher des réactions hostiles (je mets à part l'anonyme de 11:13 qui m'a opposé une contradiction intelligente, c'est vrai que le distinguo groupe/individu-femme n'est pas très convaincant).
Si je défends Muray ce n'est pas forcément à travers ce qu'il dit, difficile puisque c'est toujours excessif, mais dans sa façon acerbe et stylée de le dire, qui est dans la lignée des grands pamphlétaires... d'un point de vue littéraire c'est quand même mieux que Edouard Louis... Et s'il faut discuter du fond, rejeter tout ce qu'a écrit Muray sous prétexte que c'était un type de droite, réactionnaire, machiste, etc. (il faudrait plutôt le voir comme un anar de droite, un vrai misanthrope, contre presque que tout, surtout ce qui tend à "infantiliser" l'individu et compromet sa liberté) c'est se mêler au bêlement général de tous ceux qui se donnent bonne conscience en mettant à l'index les "moutons noirs"...
Ce qui fait surtout problème chez lui, ce n'est évidemment pas son anti-américanisme au moment de la guerre d'Irak, ni son anti-hygiénisme (notamment par rapport au tabac, c'était un gros fumeur, il en est mort), là ça passe facilement, mais son anti-féminisme qui le pousse à quelques énormités, en réponse surtout aux propres excès du féminisme, le plus ultra, celui qu'on pourrait qualifier de revanchard sur les hommes, à l'occasion par exemple de cette fameuse "culture du viol" qui ouvre un champ tellement large qu'on ne sait plus trop de quoi on parle et quel sens lui donner, l'excès étant quand même de faire de tout ce qui a trait à la domination masculine le noyau même du viol. Et ainsi, sous prétexte que tout comportement sexiste relève de cette question de la domination masculine, en arriver chez les plus engagé(e)s/enragé(e)s à dénoncer n'importe quel signe d'irrespect vis-à-vis de la femme comme un équivalent symbolique du viol, si ce n'est une forme d'apologie. Pas sûr que ça serve le combat légitime pour les droits des femmes...
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