Quelques notes sur quelques films.
1. Us de Jordan Peele.
Us et custom. Tout est trop dans ce film. Du début, la mise en place du récit, ce qui correspond au cadre de l'intrigue, déjà beaucoup trop long... à la fin, le dénouement, inutilement explicatif, d'autant qu'on avait compris depuis longtemps ce qu'il en était du personnage principal, sans parler du bon gros message sur la question de l'Autre (thème par excellence de la SF américaine), qui court - suivez la flèche - tout le long du film... en passant par les "événements" proprement dits, aux effets lourdement appuyés, qu'on pourrait mettre sur le compte du genre - l'horreur -, dans l'esprit de Craven ou de Romero (plutôt que de Carpenter), sauf que la mise en scène se veut aussi très "arty", par son côté conceptuel, ce qui rapproche davantage Peele d'"artistes" comme McQueen, Ostlund ou Lanthimos que des grands maîtres de l'horreur. Us c'est de la série B (B comme... blaxploitation) "customisée" en film d'auteur. Et c'est dommage. Parce que la photo, signée Gioulakis, est vraiment très belle et l'idée de base d'un "peuple des tunnels", inspiré du Mole people de Jennifer Toth, tous ces exclus qui habiteraient sous terre au milieu d'un gigantesque réseau de galeries, d'égouts et d'anciennes lignes de métro, ces milliers de sans-abris au sort desquels nous avaient sensibilisés les grands mouvements de solidarité des années 80 (tel "Hands across America"), et qui, ici, seraient devenus les doubles maléfiques des well-to-do qui vivent en surface, clones imparfaits (il leur manque l'âme) prêts à supprimer leurs modèles... cette idée-là était prometteuse. Bref, un film plus horripilant qu'horrifique mais qui néanmoins, en ce qui me concerne, donne envie de découvrir Get out, le premier film de Peele que je ne connais pas.
1. Us de Jordan Peele.
Us et custom. Tout est trop dans ce film. Du début, la mise en place du récit, ce qui correspond au cadre de l'intrigue, déjà beaucoup trop long... à la fin, le dénouement, inutilement explicatif, d'autant qu'on avait compris depuis longtemps ce qu'il en était du personnage principal, sans parler du bon gros message sur la question de l'Autre (thème par excellence de la SF américaine), qui court - suivez la flèche - tout le long du film... en passant par les "événements" proprement dits, aux effets lourdement appuyés, qu'on pourrait mettre sur le compte du genre - l'horreur -, dans l'esprit de Craven ou de Romero (plutôt que de Carpenter), sauf que la mise en scène se veut aussi très "arty", par son côté conceptuel, ce qui rapproche davantage Peele d'"artistes" comme McQueen, Ostlund ou Lanthimos que des grands maîtres de l'horreur. Us c'est de la série B (B comme... blaxploitation) "customisée" en film d'auteur. Et c'est dommage. Parce que la photo, signée Gioulakis, est vraiment très belle et l'idée de base d'un "peuple des tunnels", inspiré du Mole people de Jennifer Toth, tous ces exclus qui habiteraient sous terre au milieu d'un gigantesque réseau de galeries, d'égouts et d'anciennes lignes de métro, ces milliers de sans-abris au sort desquels nous avaient sensibilisés les grands mouvements de solidarité des années 80 (tel "Hands across America"), et qui, ici, seraient devenus les doubles maléfiques des well-to-do qui vivent en surface, clones imparfaits (il leur manque l'âme) prêts à supprimer leurs modèles... cette idée-là était prometteuse. Bref, un film plus horripilant qu'horrifique mais qui néanmoins, en ce qui me concerne, donne envie de découvrir Get out, le premier film de Peele que je ne connais pas.
A venir: Sunset de László Nemes.
En attendant: The electrician, sur l'album Nite flights des Walker Brothers (1978). Hommage à Scott Walker dont on comprend encore mieux, à l'écoute de l'album et notamment de sa chanson-titre, l'influence exercée sur David Bowie.
[ajout du 27-03-19]
2. Sunset de László Nemes.
Hélas Sunset. Après le Fils de Saul, le frère d'Irisz. C'est pas la suite mais c'est pareil. Le même procédé, insupportable par son côté systématique (caméra en perpétuel mouvement, collée à la nuque de l'héroïne, effet bokeh en veux-tu en voilà...), on a juste changé d'époque. De l'horreur de la Shoah, et la question de sa représentation, au "crépuscule" du monde d'avant: l'Empire austro-hongrois, le XIXe siècle... en 1913, la veille du grand chaos. Auschwitz, Budapest, vus à travers le même regard, trouble et affolé, comme si vous y étiez... on appelle ça l'immersion. Autant dire que le blabla de la critique, il y a quatre ans, pour justifier le procédé, ce parti pris esthétique qui soi-disant était la réponse (enfin trouvée) pour montrer l'immontrable, tombe aujourd'hui à plat. Ce n'était qu'un effet de style, avec ce que cela suppose d'ostentatoire, la marque de l'Auteur (la majuscule s'impose), estampillée tout du long et, à partir de là, reproductible de film en film quel que soit le sujet. Il ne s'agit pas de condamner le procédé en tant que tel, le style on aime ou on n'aime pas (moi j'aime pas), mais la façon dont il est utilisé, à tort et à travers, pour nous faire saisir aussi bien les soubresauts de l'Histoire que les désordres intérieurs d'un personnage, là cherchant à faire enterrer son fils, là recherchant son frère disparu... avec en arrière-plan ce flou artistique qui fait que l'ensemble (contexte historique et fiction) se trouve noyé dans le même bain sensoriel, pas laid en soi, au contraire, visuellement c'est assez beau, d'autant que c'est de la pellicule (on peut même voir le film en projection 35mm), sauf que, le regard du spectateur étant réduit à celui de l'héroïne, regard lui-même limité par son champ de vision et en plus halluciné (de sorte qu'on se demande si le frère existe bien), tout ça fait que, objectivement parlant, on ne voit plus rien. Exit le regard du spectateur, son regard critique. C'est seulement quand la caméra se pose, histoire d'admirer les chapeaux, qu'on peut enfin s'émouvoir du visage hagard, sombre et mystérieux d'Irisz (j'aime bien l'actrice), pour une fois de face, et sur lequel passent infiniment plus de choses (le désarroi on le perçoit), que lorsque tout est gesticulé et qu'on reste accroché derrière. Non pas qu'une nuque de femme ce n'est pas émouvant, il n'y a peut-être rien de plus émouvant (j'ai vu le même jour l'exposition consacrée au peintre danois Hammershøi, avec tous ces "portraits" de femme vue de dos, seule dans une pièce, et ce petit carré de lumière éclairant sa nuque, quand il ne se projette pas sur un mur - on pense au "petit pan de mur jaune" de Vermeer)... encore faut-il laisser au plan qui fixe ainsi la nuque d'une femme le temps nécessaire pour que quelque chose advienne. Chez Nemes rien n'advient...
A venir: Synonymes de Nadav Lapid.
Tiens, et puisque Sunset se passe en 1913, je ne résiste pas au plaisir de publier l'ouverture du roman de Musil, L'homme sans qualités, une entrée en matière "patamétéorologique" (l'expression est de moi), aussi intriguante que géniale, à l'image de la phrase-titre: "D'où, chose remarquable, rien ne s'ensuit" (Woraus bemerkenswerter Weise nichts hervorgeht), qui répond, façon de parler, à la question que pose la première partie du roman: "Une manière d'introduction" (Eine Art Einleitung)... introduction à quoi? A tout et à... rien. Nichts.
"On signalait une dépression au-dessus de l’Atlantique; elle se déplaçait d’ouest en est en direction d’un anticyclone situé au-dessus de la Russie, et ne manifestait encore aucune tendance à l’éviter par le nord. Les isothermes et les isothères remplissaient leurs obligations. Le rapport de la température de l’air et de la température annuelle moyenne, celle du mois le plus froid et du mois le plus chaud, et ses variations mensuelles apériodiques, était normal. Le lever, le coucher du soleil et de la lune, les phases de la lune, de Vénus et de l’anneau de Saturne, ainsi que nombre d’autres phénomènes importants, étaient conformes aux prédictions qu’en avaient faites les annuaires astronomiques. La tension de vapeur dans l’air avait atteint son maximum, et l’humidité relative était faible. Autrement dit, si l’on ne craint pas de recourir à une formule démodée, mais parfaitement judicieuse: c’était une belle journée d’août 1913." (trad. Philippe Jaccottet)
15 commentaires:
Tiens, pour une fois je suis d'accord avec vous ( sur le film de Peele)
Tant pis.
À propos de Sunset. Tout est trop dans ce film. Du début, la mise en place du récit, ce qui correspond au cadre de l'intrigue, déjà beaucoup trop long... à la fin, le dénouement, inutilement explicatif, d'autant qu'on avait compris depuis longtemps ce qu'il en était du personnage principal, sans parler du bon gros message sur la question de l'Autre (thème par excellence du gros film d'auteur européen), qui court - suivez la flèche - tout le long du film... en passant par les "événements" proprement dits, aux effets lourdement appuyés, qu'on pourrait mettre sur le compte du genre - le film historique -, dans l'esprit de Visconti ou de Ivory (plutôt que de Campion), sauf que la mise en scène se veut aussi très "arty", par son côté conceptuel, ce qui rapproche davantage Nemes de grands m'as-tu-vuistes comme Paul Thomas Anderson, les Dardenne ou Van Sant que des grands maîtres de l'académisme. Sunset c'est du film à costumes "customisé" en naturalisme poseur. Et c'est dommage. Parce que la photo est passable et l'idée de base prometteuse. Bref, un film horripilant et qui, en ce qui me concerne, m'ôte toute envie de revoir Le Fils de Saul, le premier film de Nemes que je n'aimais déjà pas.
Ha ha... bien joué Busty (mon doppelgänger)
Ceci dit, je vais quand même écrire un petit truc sur Sunset.
Ah ça alors pour la deuxième fois je suis d'accord avec vous (sur le film de Nemes). Tant pis ?
Hum... j'attends un peu avant de dire "tant mieux".
Et La Flor ?
Us et custom, j'ai compris le jeu de mots, mais Hélas Sunset, je ne vois pas.
The Last Sunset.
La flor, le film ruizvettien de Llinas, je le verrai en DVD... impossible pour moi de le voir en salles, trop compliqué.
Agnès Varda est morte.
C'est triste, elle avait pas fini sa couleur
En même temps, l'auréole est déjà prête, y'a plus qu'à la redresser.
Varda, l'une méchante, l'autre pas
Agnès V. et Varda A. Drôle et moins drôle de dame. Qui occupe une drôle de place dans le cinéma, une place un peu dure, et seule, seulement d’une solitude voulue, entrenue comme un admirable piédestal, du haut de son excellence reconnue dès les premiers films (la Pointe courte, Cléo de 5 à 7 et le Bonheur), plus irrégulière ensuite. Elle abandonna la fiction assez tôt finalement, après l’officialité morbide de Jacquot de Nantes, en 1991, et la nullité sur commande des Cent et Une Nuits de Simon Cinéma, en 1995. Chemin faisant, elle a trouvé sa place entre deux chaises. L’officielle et l’indépendante. Celle d’une autofiction entremêlée au documentaire. La place frondeuse, espiègle, rebelle. La moue invariablement pétillante (ou rouée), sans pour autant refuser l’autre place, la position d’autorité que sa qualité de «seule femme du cinéma français de la Nouvelle Vague» (elle ne citait jamais la concurrence, notez) lui conférait, et qui laissait entrevoir, derrière sa mine malicieuse, une onctuosité, un air patelin, rusé, méchant, comme ces belles-mères ou grands-mères des contes qui font peur aux enfants.
Varda, ce n’est pas lui faire injure de l’écrire, faisait peur. Sa vie et son œuvre, à cette aune, sont celles d’une magicienne. Belle vie et potion mi-figue mi-raisin. La pionnière et l’opportuniste. La curieuse et la dédaigneuse. La feinte nonchalance, la vraie vue perçante, pénétrante d’un oiseau de proie, le même esprit, acéré. La citoyenne qui défend les droits des femmes (elle fut des «343 Salopes» du manifeste pour le droit à l’avortement en 1971), qui réalise L’une chante, l’autre pas en 1977 ou Sans toit ni loi en 1985 (son flair indéniable de toute façon pour «l’air du temps»), mais aussi la cinéaste qui, à la question de savoir ce qu’elle pensait d’être la seule femme de la Nouvelle Vague, répondait : «Je m’en fichais complètement ! Ce qui comptait pour moi, c’était de pouvoir faire des films.»
De tels mots pourraient être repris par beaucoup des cinéastes françaises (dont on ne manque pas) aujourd’hui, à commencer par celles qui se réclament de Varda. La petite et cruelle différence, c’est qu’aucune d’entre elles n’aurait le toupet de dire ce qu’Agnès V. osait alors balancer. C’est même tout le contraire. Si : Breillat.
Cela pour dire combien ce féminisme de Varda - somme toute convenable, arrangeant, de principe plus que d’action, jusqu’à preuve du contraire - est celui qui a cours dans le cinéma hexagonal dit «de femmes», celui qu’elle a initié, en fait. Varda rien qu’en cela aussi aura beaucoup compté, empêchant tout autant qu’elle aura libéré un possible du cinéma féminin. Il ne faut pas la critiquer, ou alors critiquer l’ensemble. C’est aussi son héritage.
Varda A., un delta, donc : roulaient par elle à la fois les eaux fluviales ou océaniques de la Nouvelle Vague, du «cinéma de femmes», et de l’héritage Demy. Ça vous pose une femme : cinéaste d’avant-garde, «papesse» honorée all over the world, veuve joyeuse en charge de la mémoire du génial mari. Elle barbotait à l’aise partout, semble-t-il. Cela pose alors la question de ce qu’il faut avoir pour être une femme qui fait des films dans ce monde. Sinon être dure et drôle, sans pitié et borderline, pas seulement talentueuse - tueuse. Et les meilleures, les plus grandes, les Breillat, Akerman, Dubroux, Treilhou ou Calle (réalisatrice d’un beau film), sont celles que nous nommons depuis toujours les «redoutables».
Tellement vrai tout ça (et le titre, génial, je suis jaloux!)
http://forum.plan-sequence.com/sens-des-affaires-agnes-t10763-15.html#p823524
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