lundi 18 février 2019

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Me, Amy... Vice.

Me
J'aime bien les satires, les portraits au vitriol, surtout quand ils prennent l'allure de grosses farces; idem pour les films brûlots, ça renvoie au carnavalesque dont parlait Bakhtine, sous sa forme moderne, dégradée, mais toujours subversive: recourir au grotesque pour parler de choses graves... (et "vice" versa: parler de choses ridicules sur un ton très sérieux)

Amy
J'aime beaucoup Amy Adams, ses beaux yeux bleus, son nez à piquer des gaufrettes, l'actrice a un charme fou et quel que soit son rôle dans un film elle ne passe jamais inaperçue, quitte à représenter, parfois, l'unique intérêt du film (exemple: Big eyes de Tim Burton).

Vice
Et Vice alors? Pas convaincu. Certes le côté bulldozer du film, qui par moments vire au jeu de massacre, ça relève du grotesque, ce qui, à ce titre, pourrait passer, d'autant qu'il s'agit de Dick Cheney, l'ancien VP de "W", réputé pour le rôle majeur (et désastreux) qu'il joua dans la politique américaine post-11 septembre (les mémos de la torture, la guerre en Irak, etc.)... mais la mise en scène est si pénible (empruntant à tous les styles: du reportage caméra embarquée à l'arrêt sur image) qu'on finit par se lasser, une fois passé la partie disons "ascensionnelle" du film et son côté faux biopic... Cheney arrivé au pouvoir, via son poste de "vice" président et l'incompétence du n°1 (Bush junior), le film se perd dans une espèce de bouillie pamphlétaire où plus grand-chose se passe, hormis les mimiques de Christian Bale et l'affirmation répétée à l'envi, à travers des effets de montage spectaculaires (équivalents au niveau de la forme aux soi-disant armes de destruction massive irakiennes?) et souvent douteux, que Cheney fut bien une ordure... Adam McKay, auteur de comédies sympa avec Will Ferrell (Frangins malgré eux et Very bad cops), est moins à l'aise dans la satire (pas vu The big short, sur la crise des subprimes, dont Vice semble prolonger la veine), qui suppose autre chose que la seule violence du propos, à commencer par ce mélange de comique et de tragique que McKay revendique lui-même mais que son film peine à faire ressortir, du fait, on l'a dit, de l'aspect trop frimeur de la mise en scène, qui finit par abraser le côté terrifiant du personnage (pensons à Nanni Moretti et son Caïman, comme contre-exemple), du fait aussi que le film tend à mettre sur le même niveau tout ce qui a pu favoriser l'accès au pouvoir de Cheney et ses dérives (la fameuse "théorie de l'exécutif unitaire"), entre son ambition à lui, l'arrivisme de son épouse (Amy Adams), sa rencontre avec Rumsfeld (Steve Carell), la nullité de George W. Bush (Sam Rockwell) et l'influence des complexes militaro-industriels (incarnés ici par Halliburton)... Tout semble égal, ce qui déjà pose problème, ce qui surtout a pour conséquence de "désingulariser" Cheney (rien à voir avec l'aspect "dark side" du personnage) qui n'apparaît plus que comme un élément parmi d'autres dans la mécanique d'ensemble, on pourrait dire le contexte de l'époque (la tout aussi fameuse "guerre globale contre la terreur"). Comme si le personnage, présenté comme le centre maléfique de toutes ces années noires, finissait par échapper à McKay. Reste ce qui paradoxalement demeure le meilleur du film: les infarctus à répétition de Cheney, cette histoire de cœur défaillant, traitée sur le mode humoristique (tel un running gag), humour pas très subtil mais humour quand même (c'est bien là que McKay est le meilleur), jusqu'à la transplantation, rendue possible par celui-là même qui nous racontait le film, une belle idée vraiment... une belle idée de comédie.

17 commentaires:

Serge Danette a dit…

Dites donc Buster, il tourne à plein régime votre blog en ce moment :)

Me Amy Vice... Excellent ! (pas encore vu le film)

Adam Maqué a dit…

Vous devriez relire trois fois l'article de Camille Nevers au lieu d'écrire de telles bêtises, Buster.

Dan & Serj a dit…

Le titre du texte est génial. Vous faites bien de racheter Les Cahiers.

Anonyme a dit…

Moi j'ai relu quatre fois l'article de Camille Nevers et j'ai rien compris

Sid Vicious a dit…

Le texte de Buster est très vicieux

Buster a dit…

Oui Serge Danette, j’ai décidé de m’en occuper davantage... c’est vrai que les blogs plus beaucoup les lisent aujourd’hui (surtout par rapport à FB que j’ai en revanche abandonné), mais c’est toujours mieux que la presse papier... en plus tu y fais ce que tu veux, tu travailles à ton rythme, sans deadline, la longueur du texte c’est toi qui décides... pour moi c’est l’idéal, même si c’est devenu obsolète (en fait j’aime bien les trucs démodés)

Vicieux mon texte?

Anonyme a dit…

Qu' est ce que vous reprochez au juste au film de Mc Kay ?

Anonyme a dit…

Bonjour Buster

Pour changer de la grosse artillerie de McKay je vous conseille La Liberté, le film de Guillaume Massart qui sort aujourd'hui.

Buster a dit…

OK c'est noté.

ZAD LE JAUNE a dit…

Massart, le pote aux deux fantomas qui passait son temps lui aussi à bacher tous les films, la presse et les auteurs français qui pouvaient représenter une rivalité éventuelle à leur petit clan? Grosse artillerie petit artificier... Il devrait être content de l'accueil des critiques et des journaux, pas rancuniers les gars, qu'il a passé son temps à traîner dans la boue. AH AH AH AH AH

Buster a dit…

Et hop c'est reparti... mais on en restera là.
Je ne connais pas Massart, je crois qu'il n'est jamais intervenu ici, donc il ne sera question que de son film, le reste NIET.

Anonyme a dit…

Il en a de la chance! merci, top sympa Balloonatic.

(Libertaires United)

Buster a dit…

Oui pour l’instant... (on n’a pas encore vu le film)

Serge Danette a dit…

Vu le film (Vice). D'accord avec vous Buster, sur le fond ça pouvait être intéressant, mais la forme, quelle horreur !

Buster a dit…

Voilà... j'aurais pu appeler ça "Vice de forme".

Serge Danette a dit…

Pas mal mais je préfère "Me Amy Vice" :)

Russe Meyer a dit…

C'est super Vice, espèce de chochottes!