mardi 8 janvier 2019

Marwen marvel

Ce qui frappe dans Welcome to Marwen, le dernier film, magnifique, de Zemeckis, c'est d'abord sa structure:
1) des petites installations, scénettes de guerre (la WW2) qu’on croirait sorties de chez Tarantino, avec des figurines en guise de personnages: Captain Hogie, de l’US Air Force, à la tête d’un groupe de guerrières badass et super sexy, confrontées à une horde de soldats SS qu’elles n’arrêtent pas de zigouiller car ressuscitant sans cesse... ça se passe à Marwen, petit village belge lui aussi inventé.
2) Toutes ces scènes minutieusement agencées sont ensuite photographiées et viennent enrichir l’œuvre d’un certain Mark Hogancamp, dont Hogie est l’alter ego (ils ont en commun un goût prononcé pour les souliers féminins), personnage idéalisé (il est du genre cool), les amazones qui le protègent étant elles-mêmes inspirées de femmes qu’Hogancamp connaît ou a connues mais que son subconscient (matérialisé là aussi par une poupée) maintient à l’état de fantasmes.
3) Cette œuvre, qui doit faire l’objet d’une exposition dans une galerie célèbre de New York, a valeur de thérapie: quelques années auparavant, Hogancamp a été tabassé à la sortie d’un bar par une bande de néo-nazis à qui il avait avoué, sous l’emprise de l’alcool, son penchant queer. Laissé pour mort, il survécut mais totalement amnésique, n’ayant plus aucun souvenir de l’agression (sauf la chanson qui passait à ce moment-là dans le bar) ni même de son passé; depuis, il tente de se reconstruire via ce monde imaginaire qu’il met en scène pour surmonter son traumatisme, vivant en solitaire, toujours accro aux talons hauts mais abstinent, tel un grand enfant au milieu de ses poupées, dans l’angoisse du procès qui doit le confronter à ses agresseurs.
4) C’est là que Zemeckis intervient. D’abord en reliant tous ces éléments dans le cadre d’une fiction qui conserve sa base documentaire (le film reste fidèle à l’histoire d’Hogancamp, déjà sujet d’un documentaire, Marwencol, sur lequel Zemeckis s’est appuyé). Et quoi de mieux pour faire le lien entre un personnage réel (Hogancamp incarné par Steve Carrell) et son effigie en plastique que la performance capture dont rappelons-le Zemeckis est l'inventeur. Et par là-même donner chair aux autres créatures, à commencer par la dernière (sous les traits de la douce Leslie Mann, la nouvelle voisine, incarnation de Nicol - sans "e" à la fin, ce qu'on peut voir comme un contrepoint (féminin), dans ce monde ultra-violent que sublime Hogancamp pour mieux le conjurer, au Django de Tarantino, dont le "D" était muet - Nicol, sa voix enfantine, ses chaussures à talons et sa démarche un peu gauche qui ne peuvent que séduire Mark au point qu'il finira par accoler la fin de son prénom au nom du village, devenu Marwencol.
5) Plus encore: faire le lien entre Hogancamp/Hogie et Zemeckis lui-même, tant le personnage résonne avec d'autres héros du cinéaste: on pense bien sûr à Forrest Gump mais aussi, pour rester dans l'esprit du héros esseulé, à Cast away (on regrettera toutefois que Zemeckis abuse de l'autocitation - péché spielbergien - quand il recourt par exemple à la machine à voyager dans le temps, référence à Back to the future, qui n'apporte rien au récit).
6) Tout cela confère une grande plasticité au film, favorisant les allers-retours entre l'univers d'Hogancamp et celui de Zemeckis. Soit la part créatrice des deux, d'où se dégage une grande mélancolie, ici à travers cette histoire d'homme meurtri, homo doloroso, sauvé par l'art autant que par les femmes, dimension qui surpasse l'aspect purement thérapeutique de la création chez Hogancamp (dont le nom rime avec camp), ce en quoi Zemeckis réussit (amnésie du personnage aidant) là où Van Sant avait échoué dans Don't worry, he won't get far on foot, à suivre au plus près les traumas de son personnage (John Callahan) au détriment de son talent de cartooniste. Dans Marwen, Zemeckis va plus loin, non seulement en offrant à ses figurines une force d'incarnation rarement vue au cinéma, mais surtout en déjouant les pièges inhérents à ce genre d'histoire: un aspect trop folklorique du personnage, que Zemeckis filme au contraire avec beaucoup de finesse et une évidente tendresse (proche en cela de certains personnages de Tim Burton); une sur-dramatisation que Zemeckis évite en réduisant la partie biographique, disons extra-artistique, du récit à la seule audience du procès, auquel assiste Mark accompagné de sa poupée Hogie (de tout le reste, dont cette haine qu'il vouait au début à tous les hommes, nous ne saurons rien), un procès où loin de jouer sur la valeur cathartique qu'aurait pu avoir la séquence, Zemeckis préfère, au détour d'un travelling d'autant plus beau qu'il est fugace, nous montrer la honte de ses agresseurs, baissant la tête, certains même en train de pleurer. "Cours dire aux hommes faibles" chantait Murat. Ici on a droit au Dream baby de Roy Orbison. Mark n'est pas guéri (peut-il l'être un jour?) mais une étape a été franchie, qui lui permet d'aller manger des sushis avec sa fidèle Roberta... 

32 commentaires:

Anonyme a dit…

Ce cinéma au 1/33e a-t-il une valeur méta ? C'est surtout très bêta (Cahiers du Cinéma)

Anonyme a dit…

Après le cinéma subtil (Burdeau) voilà le cinéma bêta (Delorme).

Anonyme a dit…

Bienvenue à Marwen bof, c'est très QQ

Anonyme a dit…

Marwenbad (l'année dernière)

Anonyme a dit…

"Il faut aimer la douleur" (pour aller au bout de ce film...)

EM a dit…

En confiance...

Anonyme a dit…

Et le nouveau MNS ?

Buster a dit…

Pas vu, c'est pas encore sorti... mais la critique n'a pas l'air d'aimer beaucoup (peut-être parce que Shyamalan a osé faire porter un gilet jaune à celui qui se transforme en Bête - oui je sais c'est un haut de pyjama)

Anonyme a dit…

Avait-on déjà lu un déluge de phrases exploitées de cette façon dans un journal ? Non, on n’avait jamais lu. Et cet auteur défendu comme une momie muséifiée ? Non plus (ou si, chez Jean-Michel Frodon). La critique de Camille Nevers est donc une grande critique du vide, un conte de la cinéphilie ordinaire. Vide, comme ce titre tenant dans un jeu de mots, tout petit et terrible de banalité insignifiante.

Buster a dit…

Ah bon? Et elle sort d'où cette petite vacherie qui n'est pas signée?

Anonyme a dit…

Sur le Grand Débat, la violence, les médias, Mélenchon impeccable : https://www.youtube.com/watch?v=p9zALGxmIEQ

Dragée Fuca a dit…

Encore un fan constipé de Suspiria.

Jean-Luc Mélenchon a dit…

Je proteste, Mme Fuca. Je ne suis pas constipé, et je n'ai pas vu ce film. Ce n'est pas parce que vous êtes journaliste que ce que vous dites est vrai.

Buster a dit…

Encore lui?

En fait Dragée Fuca répondait au précédent message sur Camille Nevers...

M. Night Chienmalade a dit…

Mme Fuca, c'est Costes ? https://www.youtube.com/watch?v=yGmu1Qq0N38

Stéphane De L'orme a dit…

Il sont très peuplés à l'intérieur d'eux-mêmes griffe et valzeur, on dirait des dissociations de personnalité multiple les deux vieux: Slip et Split.

Anonyme a dit…

Disney c'est tellement mieux, hein Steph ?

Griffe a dit…

C'est bien d'être très peuplé à l'intérieur de soi, non ? Je préfère en tout cas passer 2h25 en prison avec ce film-là (-> http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19582039&cfilm=267312.html) qu'une seule minute dans cet hôpital bidon où trois stars jouent à qui cabotinera le plus épouvantablement sous l'oeil endormi de M. (Good) Night...

Buster a dit…

Hé hé... "On a besoin de monstres dans notre société. Est-ce qu'ils sont toujours dangereux?"

Sinon pas encore vu Glass, c'est prévu pour ce WE...

Anonyme a dit…

Buster, allez plutôt voir Border, vous gagnerez au change

Buster a dit…

Ah mais celui-là je l'ai vu (et j'ai détesté).

Anonyme a dit…

Alors Glass, ça passe ou ça casse ?

Buster a dit…

Hé hé... ça passe et même très bien

(et le fait que McAvoy garde son froc quand il se transforme en bête ne m'a pas gêné du tout, contrairement à Calcif et falzar :-D

Anonyme a dit…

Pfff, Buster vous êtes un vendu...

Shy Man a dit…

\o/ Un homme de goût pas de dégoût comme les deux autres.

Shy Man a dit…

Na !

Buster a dit…

:-)

Griffe a dit…

Qui n'a pas de dégoûts n'a pas de goût !

Buster a dit…

C'est vrai aussi :-)

valzeur a dit…

Hello Buster,

C'est vrai que Glass est presque un aussi grand film que Continuer, pour le dire comme ça (je pense que Griffe sera d'accord...)

Buster a dit…

Salut valzeur,
Pas vu Continuer mais sa bande-annonce (ça me suffit) parmi d'autres, toutes de films français qui semblent être de sacrées bouses, la palme au truc de Bruni Tedeschi.
Quant à Glass ce n'est pas un grand film au sens où on entend le mot "grand", il y a au contraire une forme de fragilité dans son écriture qui le rend très touchant, j'y reviendrai...

Anonyme a dit…

Autrement dit : son écriture est tellement bête que ça en devient touchant... Pas faux.