vendredi 10 août 2018

:-) ALL




Twin Peaks: the return de David Lynch (2017).

"L'absurde mystère des forces étranges de l'existence".

Un peu de Munch, pour le cri évidemment mais aussi l’homme divisé, un peu de Kubin pour le côté monstrueux, la morbidité et l’Empire du rêve, un peu de Kafka, ça va sans dire, et beaucoup de Lynch, le meilleur de Lynch, qui mêle comme chez les deux derniers l’absurde et l’étrange, et plus encore: l’énigme à l’état pur, "ce qu’on laisse entendre", le plaisir que l’on prend, non pas à trouver des réponses aux innombrables questions que la série accumule, mais au contraire à se laisser porter, transporter (esprits cartésiens s’abstenir!), par tous ces mystères insolubles dont Lynch se repaît avec une évidente gourmandise; qui mêle aussi, à la part onirique de l'univers lynchien (rappelant également, on le sait, celui de Cocteau), une image plus réaliste, qui est celle de l'Amérique d’aujourd’hui, l’Amérique post-atomique (Lynch est né en 1946), sorte d’americana à la Norman Rockwell mais rongée de l’intérieur, l’autre côté du rêve américain, ainsi que le montraient déjà Blue Velvet et Wild at Heart.


L’Amérique sous l'emprise du Mal, donc, autrement dit BOB, l’entité maléfique, sous les traits de Leland Palmer, le père incestueux et meurtrier de Laura, ou de Mr C, le doppelgänger psychopathe de Dale Cooper (qui, lui, a disparu dans la Black Lodge), entité capable en fait de s’immiscer partout, en n’importe qui, de circuler à travers le temps et l’espace, via les univers parallèles et l’électricité, monde terrifiant mais dans lequel persistent - heureusement (la série ne tiendrait pas sinon) - quelques îlots d’amour, quelque nébuleuse empreinte de bonté et de bienveillance, à l’instar de la petite troupe qui entoure le shérif Truman (l’adjoint Hawk, Andy et Lucy...), de la Dame à la bûche (personnage proche de la mort, comme l’actrice qui l’interprétait, rendant la scène d’adieu bouleversante), et bien sûr de Dougie Jones (Kyle MacLachlan prodigieux), le double "capresque" de Dale Cooper... autant de figures qui sont celles du Bien, du Bien contre le Mal, jusqu’au super-héros (Freddie et son gant vert), surgi de nulle part, juste pour détruire le Mal - Bad Coop et ses pouvoirs de super-vilain -, permettant une fois encore de modifier le passé, le passé qui conditionne le futur, mais cette fois de façon positive, et à Cooper-Orphée de sortir Laura des ténèbres, pour la ramener à la maison, là où vit sa mère, et ainsi la sauver, 25 ans après...

25 ans, un trou au final génialement comblé par Lynch, autant par la puissance de son récit, et ses fulgurances, que par la magie de ses acteurs-personnages, tous revenus, après tout ce temps, enfin la plupart, certains transformés, parfois très différents, mais le plus souvent tels qu’on les avait quittés, simplement vieillis (et ça c'est déjà merveilleux), alors que ceux qui entre-temps ont disparu, eh bien demeurent présents malgré tout (et ça c'est très beau aussi), fantômes traversant la série, au gré des épisodes, parmi les spectres et les tulpas... 25 ans, le temps finalement nécessaire à Lynch pour retrouver Laura, ce qui passait peut-être par la réalisation d’autres films, ainsi la trilogie Lost Highway - Mulholland Drive - Inland Empire, pour que Cooper, une fois redevenu lui-même, qu'il a retrouvé puis reperdu Diane (l’amante qui n’était pas qu’un dictaphone), aille chercher Laura, là-bas, tout au fond du film, qu’il la guide à travers la forêt, vers la lumière, sauf que lui aussi, comme le poète, se retourne, de sorte que...

Twin Peaks est un puits sans fond.

14 commentaires:

Griffe a dit…

Salut Buster, moi je n'ai pas marché à cette nouvelle saison, et pourtant je fais partie de ceux qui ont été éblouis ados par les premières, puis par le film, et je n'entends jamais la musique du générique sans un pincement de coeur... Vous ne trouvez pas que Lynch en a beaucoup rajouté dans le sordide et le gore ? Je vois trop d'intimidation par l'horreur et trop de ficelles d'épouvante pour trouver dans ce Retour beaucoup de mystère. Mais j'ai été emporté par le dernier épisode, par ce long voyage nocturne de Laura et Cooper, avec ce silence et ces questions qui donnent le vertige : quand sommes-nous, qui est-elle, où vont-ils... Mais les cinq dernières secondes, ce hurlement de Laura, je le trouve franchement grossier, à l'image du reste de la série. La bêtise gâche la beauté, comme dans le film de l'année selon valzeur (qui doit le revoir pour vérifier), Under the Silver Lake. Vous l'avez vu ?

Buster a dit…

Salut Griffe,
Je n’ai pas accroché d’emblée, les deux premiers épisodes peinent à lancer la série... et puis à partir du 3e, ça commence à fonctionner avec ensuite deux épisodes extraordinaires, les 4 et 5... bon c’est vrai que certains personnages, plus périphériques, font perdre de l’intensité à la série, certains couples aussi, mais il y a à chaque fois un moment où tout se réenclenche (je pense à la danse d’Audrey, alors que jusque-là la scène de dispute avec Charlie était plutôt rasoir, à la limite du remplissage)... l’aspect gore de la série ne m’a pas gêné, il y a quelques creux (épisodes 10 et 12) et le 8 n’est pas aussi sidérant qu’on le dit... en revanche j’ai trouvé le personnage de Dougie Jones fabuleux, l’épisode 11 est un sommet, et tout ce qui se passe dans le bureau du shérif Truman, magnifiquement écrit... avec les deux derniers épisodes, le réveil de Cooper, son retour à Twin Peaks, sa rencontre avec Diane (la séquence dans la voiture), et bien sûr le finale avec Laura, tout devient vertigineux, le cri de Laura renvoie à quelque chose de primaire, en lien (probablement) avec un flash mémoriel, c’est l’aspect expressionniste de Lynch, conclure là-dessus j’ai trouvé ça au contraire très fort.

Pas vu Under the silver lake.

Anonyme a dit…

c'est nul twin peaks

Anonyme a dit…

Claudio Lolli est mort et il vous aimait bien

https://www.youtube.com/watch?v=iQUGSaWQtig

Anonyme a dit…

Et Ultra Rêve, pas encore vu ?

Buster a dit…

Pas envie... j'ai déjà vu cette année le long de Mandico + le long de Gonzalez, c'est bon j'ai ma dose.

Anonyme a dit…

Salut Buster,

La bande-annonce de GLASS est sortie depuis quelques temps et, sauf erreur ou oubli de ma part, vous n'en avez pas parle. Vous aviez la tete ailleurs, ou elle vous a deplu?
Cette BA est pleine a craquer d'indices, ce qui est le moins que l'on puisse esperer de MNS.

"That sounds like the bad guys teaming up" (Mr. Glass)
Evidemment que Mr. Glass et The Horde vont s'allier, quelle autre combinaison ?, mais dans le sens d'une entraide ou d'une manipulation de Kevin par Glass? De son cote, David Dunn enquete en solo sur le rapt inquietant de 4 cheerleaders (une signification particuliere ou "nourriture sacrificielle" comme dans Split?) par Kevin. Confrontation a venir entre les deux. Chacun joue sa partition, son role. Role etudie avec serieux (les cellules personnalisees selon les superpouvoirs de chacun) et attention (elle semble fascinee par les 24 personnalites de Kevin) par la psychiatre Ellie Staple, specialisee dans la "delusion of grandeur".

Quelle place pour Joseph Dunn, le fils concaincu des surpercapacites de son pere, et Casey Cooke, survivante surdouee de Split? J'ai encore des doutes...
L'acteur Adam David Thompson a lui ausis rejoint le casting du film, dans un role indetermine... un autre patient de l'institut?

Ludovic

Buster a dit…

Salut Ludovic
Je ne savais pas que la BA était sortie. Oui l'union (provisoire?) des super-vilains contre David Dunn... J'espère que Casey Cooke jouera un rôle important. La réponse pas avant janvier prochain, ça fait loin encore...

Anonyme a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Anonyme a dit…

Oui, c'est encore loin, mais ca va mieux depuis la sortie de Split en janvier... et puis il y a d'autres films/chansons a se mettre sous la dent...
Ludovic

Anonyme a dit…

Pas vu non plus Under the Silver Lake ?

Buster a dit…

Vu. Bof...

Valzeurophile a dit…

Où peut on voir l'avis de Valzeur sur Under the Silver Lake ?

Buster a dit…

Dans Pif gadget, ça ressort à l’automne