lundi 16 juillet 2018

L'heure magique




On refait le match.

Il y avait eu le but fantastique de Pavard () et le doublé de Mbappé ( et ), après son rush du début (), tout ça contre l’Argentine, les buts de la tête de Varane () et Umtiti (là), contre respectivement l’Uruguay et la Belgique, sans oublier les coups de pied arrêtés (penalties, coups francs et autres corners) de Griezmann et les parades de Lloris (comme celle-là). Et puis il y a eu la finale, contre la Croatie, complètement surréaliste...

Après 45 premières minutes, qui ont vu les Français littéralement bouffés par des Croates qui attaquaient à tout-va, se jetant sur tous les ballons comme des morts de faim, et pourtant - premier miracle - mener 2-1 à la pause (un csc et un penalty), le début de la seconde mi-temps semble parti sous les mêmes auspices. Et puis... 52e minute: les Pussy Riot envahissent le terrain et l’une d’elles vient faire un "tape m’en cinq" avec Kylian Mbappé qui, en bon djeun sympa, ne le lui refuse pas, alors que de l’autre côté, Lovren, le défenseur croate, visiblement hors de lui, est en train de dégager manu militari un des "streakers". C’est le tournant du match. Un fluide magique est passé dans les mains de Kylian. La minute suivante, Kanté, qui de façon incompréhensible n’en avait pas touché une jusque-là (était-il blessé?), cède sa place à N’Zonzi... cinq minutes après, une longue ouverture de Pogba pour Mbappé, qui déboule dans la surface croate, sert en retrait Griezmann qui remet à Pogba, lequel en deux temps trois mouvements fusille le gardien ()... à nouveau cinq minutes, et c’est au tour d’Hernandez de déborder et de passer le ballon à Mbappé qui, tranquillement positionné à l’entrée de la surface (un peu comme Di Maria dans le match contre l’Argentine), n'a plus qu'à ajuster le pauvre Subasic (). La messe est dite. Ces dix minutes de folie, c’était le second miracle du match, rappelant les trois buts plantés par l’équipe de France à l’Argentine, là aussi en dix minutes autour de l’heure de jeu. L’heure magique. Les Croates ne s’en relèveront pas, accusant d’un coup tous les efforts accomplis dans les matchs précédents. Il reste une demi-heure à jouer mais c’est fini. Lloris le sait qui pense déjà à la coupe qu’il va soulever en tant que capitaine. Tolisso rentre pour étouffer les dernières velléités croates. La France est championne du monde.

Bref, hier à Moscou, la "chatte à DD" ce fut peut-être les "Pussy Riot"...

[ajout du 18-07-18]

Plus sérieusement (quoique):

Qu'est-ce qui a fait gagner l'équipe de France? On parle de pragmatisme, celui inculqué par Deschamps, qu'on compare abusivement à celui de Macron, mais plein d'autres équipes se sont révélées pragmatiques durant le tournoi (Danemark, Suède, Russie, Japon, Corée...) sans dépasser le stade des quarts de finale, car pour aller plus loin, et surtout jusqu'au bout, il ne suffit pas de décréter que seul le résultat compte, il faut autre chose que cet aspect cynique que certains, les amoureux du beau jeu (j'en suis mais je ne boude pas mon plaisir, c'est l'objet de cette note), reprochent à l'équipe de France... il faut être capable de la conquérir cette Coupe de monde. Et pour cela, témoigner non pas d'une réussite insolente (réussite il y a eu mais pas plus que pour tout autre champion du monde) mais d'une incroyable efficacité (cf. le ratio occasions de buts / buts inscrits). Cela tient, je crois, à une qualité de l'équipe qu'on n'a pas assez mis en avant: son élasticité. Davantage que l'esprit de corps, le don de soi et tout le blabla solidariste, c'est cette capacité chez les Bleus à ployer sous la pression de l'adversaire, parfois de l'événement, comme à l'instant de la finale, parfois jusqu'à l'extrême limite, comme lors de la première période (dû aussi à la défaillance de Kanté, malade, le grain de sable dans la belle mécanique), mais sans jamais rompre, au contraire, ployer pour mieux se projeter vers l'avant, tel un effet de ressort, une fois l'équilibre retrouvé. Et ce qu'il y a de prodigieux c'est que ce sens du collectif soit incarné par autant d'individualités qui figurent, en tant que telles, parmi les meilleures de la compétition, de sorte que ce n'est pas un seul défenseur ou un seul attaquant qui se retrouve dans le onze-type du Mondial mais bien la moitié de l'équipe: Varane, Hernandez, Kanté, Pogba, Griezmann, Mbappé. Et de se dire finalement que s'il y avait quelque chose de "macronien" dans cette équipe, ce n'est pas son pragmatisme mais son côté "en même temps": avoir le meilleur collectif, qui rappelle le football italien et son réalisme impitoyable, et, en même temps, les individualités les plus talentueuses, capables des plus beaux exploits, "à la brésilienne"...

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Officiellement Kanté était diminué par une gastro-entérite.

Buster a dit…

Oui j'ai lu ça... voilà qui explique en partie la défaillance du milieu de terrain français en première période, incapable d'endiguer les attaques croates.