mardi 10 avril 2018

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Allez, zou... c'est parti pour les films du printemps... le blog reste ouvert.

[On y parle, entre autres, de Don't worry, he won't get far on foot de Gus Van Sant, l'Ile aux chiens de Wes Anderson, Mes Provinciales de Jean Paul Civeyrac, Transit de Christian Petzold, Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré, En guerre de Stéphane Brizé, l'Homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam, Everybody knows d'Asghar Farhadi, Fiertés de Philippe Faucon, Huit heures ne font pas un jour de R.W. Fassbinder, le Ciel étoilé au-dessus de ma tête d'Ilan Klipper, Cinq et la peau de Pierre Rissient, les 7 déserteurs ou la Guerre en vrac de Paul Vecchiali, Trois visages de Jafar Panahi...]



[ajout du 16-05-18]

Le livre d'image(s): Godard - Klee.

Depuis longtemps, on peut dire toujours, avant même le Petit soldat, l'œuvre de Klee a accompagné celle de Godard. De Klee, Yves Peyré écrit qu'il "est un créateur à part, aussi déroutant qu’envoûtant... qu'il est poète par éclats... que son art est fait de rebonds et de ruptures, qu'il glisse, franchit des failles, qu'il est inquiet d’une musique qui n’éclot qu’à grand peine... Nous nous penchons vers lui, nous nous tendons pour mieux voir, il n’est que trop évident que nous ne l’atteindrons jamais, incapable de véritablement le cerner". De Godard, on pourrait dire la même chose. A l'instar de Klee, Godard "est une question, un paradoxe, une transgression".

[ajout du 25-05-18]

Retour sur Phantom thread, pour l'instant le meilleur film de l'année (si si, je viens de le revoir), avec cette lecture lacanienne du film par Elisabeth Pontier (texte publié dans la revue en ligne Lacan Quotidien). C'est excellent.

L’amour: pas sans réel

L’amour est tout sauf une bluette. Ce film raconte, avec justesse et subtilité, comment une femme devient la femme d’un homme, soit son symptôme. Etre une "âmoureuse" (1) équivaut en effet à se retrouver "captive de l’âme de l’homme" (2), soit de son fantasme, "c'est-à-dire de son délire à lui" (3). Consentir à occuper cette position d’objet du désir du partenaire n’est donc pas un jeu sans conséquences pour une femme. L’histoire de Reynolds et d’Alma démontre avec brio qu’un réel, à ce jeu de l’amour, est toujours de la partie.

La couture pour escabeau

Reynolds Woodcock est un célèbre couturier anglais qui tient une maison renommée qui habille les dames du monde. Son talent de couturier constitue son escabeau: "ce sur quoi le parlêtre se hisse, monte pour se faire beau" (4). Il s’agit d’une entreprise familiale: l’artiste est secondé, encadré, tant dans sa vie professionnelle que privée, par sa sœur, Cyril, qu’il appelle avec un certain sadisme "Ma-vieille-ci-et-ça".
La vie de ce célibataire endurci suit une partition précise, toujours la même. Reynolds a, en effet, trouvé son bricolage pour tenir dans l’existence et ce, depuis l’enfance, lorsque tout jeune garçon, il créa et cousit de ses mains la robe de mariée de sa mère pour ses secondes noces. Son art lui permet de nouer les trois registres.
Le réel est incarné d’abord par la nudité du corps maternel, puis par celle des femmes. Une marque de vêtements féminins avait lancé ce slogan: "La City habille les femmes nues". Les femmes ont, effectivement plus que les hommes, affaire avec leur nudité, leur manque. Il y a la dimension imaginaire du voile puisque Reynolds habille les femmes. Enfin, la dimension symbolique est dévolue aux messages qu’il dissimule dans la doublure de ses somptueuses robes et charge de quelques pouvoirs magiques.
Ce dispositif tient très bien ainsi, depuis des années. Les femmes ont dans sa vie le rôle précis de muses. Pour chacune, c’est le même jeu de séduction: une rencontre, sous le signe de la beauté, vient nourrir son inspiration de couturier. Mais leur pouvoir fait long feu et invariablement leur présence devient trop réelle. Cyril entre alors en jeu pour mettre fin à leurs souffrances; elle leur indique la sortie, assortie de quelque cadeau leur permettant d’avaler la pilule.

Quand le nœud se défait

Dès le début du film, le savant bricolage de Reynolds donne des signes de faiblesse: le fantôme de sa mère se fait plus présent, signe d'un réel qui infiltre désormais son dispositif pourtant bien rodé. Reynolds pressent qu’un bougé se prépare - indice d’un vacillement qui appelle un raboutage du nœud.
L’artiste, au sommet de sa gloire et de la réussite, rencontre alors Alma, simple serveuse dans un motel de campagne où il est venu reprendre quelques forces. Le jeu de la séduction passe ici par la commande d’un petit-déjeuner pantagruélique où, derrière l’objet oral, c’est l’abîme du sexe féminin qui s’entrevoit. Peut-être est-ce une façon pour lui de faire signe à Alma qu’il n’est pas homme à reculer devant la jouissance féminine. Le charme opère et elle se prête au jeu de cette rencontre improbable. Il lui déclare la chercher depuis longtemps. "Paroles, paroles, paroles", comme dit la chanson? On ne le sait pas encore. Elle lui demande de la traiter avec délicatesse, quoiqu’il arrive. Or, il témoigne de sa muflerie habituelle. On assiste à une magnifique scène où Alma, qui a pris la place de "La" muse du moment, ne l’amuse plus du tout. Son excès de présence se manifeste par le vacarme que constitue pour lui l’acte de beurrer sa biscotte. Dès lors qu’elle commence à lui entrer dans les oreilles, c’est qu’elle se met à lui sortir par les trous du nez... Est-ce le moment de lui indiquer la sortie? Alma ne l’entend pas ainsi. Elle est décidée à rester. Seulement pour rester dans la vie de Reynolds encore faudrait-il y entrer. Les femmes sont au service de son art, il s’en sert, puis remplace la muse en titre par une autre: sorte de donjuanisme appliqué à la haute couture. On doute d’ailleurs de la rencontre des corps tant Reynolds semble plus préoccupé de les habiller que de les déshabiller.

Le risque de l’amour

Certaines scènes nous montrent Alma racontant son histoire. Son témoignage donne à l’étoffe du film comme une doublure et un capitonnage. Lorsqu’elle formule qu’en échange des rêves que Reynolds a réalisés pour elle, elle lui a donné ce qu’il désire le plus: "chaque parcelle de son être", on pressent que l’affaire est sérieuse. Ce dit révèle que l’engagement d’Alma pour entrer dans la vie de Reynolds et devenir sa femme n’est pas sans risque.
Quelle sera alors la voie étroite pour se faire objet de son désir? Elle n’a accès à lui qu’en de rares moments: lorsqu’épuisé par une saison de couture, il s’effondre, contraint de s’aliter. Il lui ouvre alors les bras et son lit, la laissant s’approcher dans ces moments où il est sans défense. Forte de ce savoir, elle concocte et lui fait avaler, sans qu’il le sache, un inquiétant breuvage à base de champignons vénéneux. Elle éloigne les médecins, sa sœur, et veille sur lui. Que veut Alma en prenant ainsi le risque de tout perdre?
Par son acte, elle démontre qu’une "vraie femme" (5) sommeillait en elle. "Son acte, en effet, n’est pas le soin; son acte n’est pas de nourrir l’homme, ni de le protéger, c’est de le frapper; sa menace, de pouvoir toujours le faire. Une vraie femme, c’est le sujet quand il n’a rien - rien à perdre." (6) Cette menace, ce pouvoir de "frapper l’homme dans sa béance" (7) était jusqu’alors dévolu à Cyril. Alma prend la main.
Reynolds frôle la mort, mais échappe à cet étrange traitement dont il sort transformé: aimant. Contre toute attente et à la surprise d’Alma, il la demande en mariage. Il veut s’attacher celle qui l’arrache à ce qu’il appelle ses "mauvaises habitudes", autrement dit à sa jouissance solitaire. "Seule une femme peut arracher un homme à lui-même jusqu’aux racines, pour lui donner le goût de l’autre, cet avare, […] cet égoïste, pour lui faire préférer monstrueusement cet Autre à lui-même." (8)

Une femme symptôme d'un homme

A la couture, son escabeau, est venu s’adjoindre pour Reynolds la dimension du symptôme incarné par une femme, opérant un nouveau nouage. En atteste la scène où il consent à ce que se répète l’empoisonnement (9). Que s’est-il passé? Reynolds a trouvé, grâce à Alma, comment faire avec une femme, comme avec un symptôme, y compris lors de la rencontre des corps. "Connaître son symptôme veut dire savoir-faire avec, savoir le débrouiller, le manipuler." (10) Nous dirons que désormais Alma ne sait pas seulement l’empoisonner de la bonne manière, mais qu’en occupant la place du symptôme, elle devient ce à quoi l’on croit, ce à quoi on prête un sens. "Les affinités de la femme et du symptôme, c’est ce qui ne va pas [...]. C’est ce qui est susceptible de parler. C’est ça qui est au fondement de la femme-symptôme. Ce que vous choisissez comme femme-symptôme, c’est une femme qui vous parle" (11).
Il appartient désormais à Reynolds de se faire déchiffreur de l’énigme qu’incarne cette femme pour lui et dont il dit qu’elle lui est devenue "indispensable", en tant qu’elle s’ajoute à son bricolage pour coincer un réel. (Lacan Quotidien n°771, 16 avril 2018)

1: Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 79.
2: Naveau P., "Que sait une femme?", La Cause du désir n°81, mai 2012, p. 29.
3: Ibid.
4: Miller, J.-A., "L’inconscient et le corps parlant", Le réel mis à jour au XXIème siècle, Collection Huysmans, Paris, 2014, p. 313.
5: Lacan J., "Jeunesse de Gide ou la lettre et le désir", Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 761.
6: Miller J.-A., "Médée à mi-dire", La Cause du désir n°89, mars 2015, p. 114.
7: Ibid.
8: Claudel P., Partage de midi, cité par Pierre Naveau, "Puisqu’une femme est symptôme d’un autre corps", La Cause du désir n°89, op. cit., p. 26.
9: Cf. Frédéric Lordon, "L’infini dans un coup de glotte", Le Monde diplomatique, 25 février 2018.
10: Lacan J., Le Séminaire, livre XXIV, "L’insu que sait de l’Une bévue s’aile à mourre", leçon du 16 novembre 1976, inédit, cité par Eric Laurent, L’Envers de la biopolitique. Une écriture pour la jouissance, Navarin/Le Champ freudien, 2016, p. 75.
11: Miller J.-A., "L’orientation lacanienne. Le lieu et le lien" (2000-2001), cours du 17 janvier 2001, inédit, cité par Eric Laurent, L’Envers de la biopolitique, op. cit., p. 71.

[ajout du 02-06-18]




"Il y a 50 ans... Ga Bu Zo Meu...

128 commentaires:

Anonyme a dit…

Et le texte sur le Gus Van Sant ?

Anonyme a dit…

pourquoi avoir supprimé vos publications sur facebook et transformé certaines ?

Buster a dit…

Ce sont des notes écrites à chaud à la sortie du film, j'ai besoin parfois de les corriger, quand c'est pas assez précis, je les laisse sur Facebook le temps qu'on les lise, mais en fait personne ne les lit :-D

La note sur le Van Sant... oui oui je vais la publier

Buster a dit…

Le problème de Don’t worry… le biopic de Gus Van Sant sur John Callahan, ce dessinateur de presse américain, originaire de Portland - Portland est à Van Sant ce que Philadelphie est à Shyamalan -, tétraplégique depuis l’âge de 21 ans et longtemps alcoolique, c’est que le cinéaste a choisi de mettre en avant, via l’autobiographie de Callahan, la dimension pathologique du personnage au détriment de son talent de cartooniste (sous prétexte que pour Callahan vaincre son alcoolisme aurait été la chose la plus importante de sa vie), fait de provocation, de transgression, de méchanceté aussi… bref ce qu’on appelle le politiquement incorrect… valorisant au contraire le côté mystico-gnangnan (le péché mignon de GVS) qui soudainement l’a gagné, de sorte que par moments on a l’impression d’assister à un film éducatif sur les dangers de l’alcool. Pire, en privilégiant ainsi la transformation spirituelle de Callahan, au contact de son gourou baba cool, le leader du groupe de parole des AA, qui le voit acquérir, en même temps que le succès, la croyance, avec ce que cela suppose de salvateur, dans les vertus de la rédemption, du pardon et de l’estime de soi… le film réduit l’art de la satire chez Callahan à une fonction purement thérapeutique. Il y a du vrai, bien sûr, mais limiter le film à cet aspect des choses, l’inscrire dans un ensemble de causalités socio-psychologiques (abandon par la mère, humiliation, alcoolisme, accident, paralysie, alcoolisme toujours puis révélation…) et le chemin inverse pour arriver au salut (même si Van Sant nous fait grâce de quelques étapes), c’est non seulement confiner l’esprit irrévérencieux de Callahan à du pur folklore (ses cheveux orange, sa façon de piloter son fauteuil roulant à toute berzingue, etc.), c’est surtout céder au mythe de l’art comme symptôme: le dessin pour surmonter les traumas de l’existence, plutôt que dépasser, via la satire, l’image qu’offre, au regard de l’autre, le corps d’un tétraplégique… De la part de GVS c’est vraiment décevant.

Anonyme a dit…

Merci Buster

Anonyme a dit…

Salut Buster,
Ravi, mais non surpris, de voir que le blog reste ouvert.
J'imagine que vous avez vu - et aime - le dernier Wes Anderson. Je 'ai vu hier et je le trouve tres bon. D'habitude, W. Anderson, ce n'est pas mon ratelier, a l'exception de Rushmore, et de Fantastic Mr. Fox. C'est surtout grace a ce dernier que je suis alle voir L'ile aux chiens/Isle of Dogs. Ours d'argent du meilleur realisateur, il n'y a pas de Chien d'argent ou d'or: pour une fois qu'un festival fait oeuvre utile on ne va pas s'en plaindre.
Pas de doute, c'est la patte de Wes Anderson. Les yeux des clebards sont exactement les memes chez Fox. Le cinephile cynpophile utilise les animaux pour parler des preoccupations humaines (surpopulation, migration forcees, acceptation sociale, pollution, fuite faniliale, etc.), comme chez La Fontaine et Esope. Et c'est drole, nom d'un chien.
Apres l'excellente BO de Fox et la belle ritournelle de La forme de l'eau, c'est encore le Francais Alexandre Desplat qui soigne nos oreilles. Il est toujours en grande forme.
L'animation des avions me fait invinciblement penser aux anciens jeux video 8-bits et ce n'est pas un hasard si le jeune heros humain se prenomme Atari.
Animation en volume utilisant le stop-motion pour le cachet artisanal pointu. Mouvements deliberement cahotants, mais juste un peu. Tout cela donne au film un charme retro assez fou. La magie d'un Melies et la talent de conteur d'un Preminger.
L'histoire est celle d'une fable dystopique comme on en voit dans les anime japonais. Et le Japon anime, filme par un gaijin, a rarement ete aussi beau sur grand ecran. Wouaf, wouaf! (Traduction: 3 etoiles)
Ludovic

Buster a dit…

Merci Frolic... euh pardon... Ludovic

(pas encore vu le film, demain j'espère)

TMK a dit…

C'est vrai ça, la référence à "Tous les garçons et les filles" au sujet de "Mektoub, my love..." n'y était pas, ni ici ni là-bas. Abracadabra !

Buster a dit…

Salut TMK, vous voulez dire que j'ai rajouté la référence après coup par rapport à la note sur FB?

En fait elle se trouvait dans ma toute première note publiée dans les commentaires d'un précédent fil: le 25 mars, je l'avais supprimée ensuite dans la version remaniée sur FB puis finalement remise dans la dernière version publiée sur le blog sur les conseils d'un ami qui trouvait que cette référence était bienvenue, qu'il y avait pensé lui aussi... sinon, c'est une habitude chez moi de corriger en permanence mes textes, c'est mon côté obsessionnel (qui ne s'arrange pas avec l'âge).

valzeur a dit…

Hello Buster,

J'ai testé L'Ile aux chiens et, contrairement à Ludovic, je trouve que cela ne vaut pas grand chose. Ce "brûlot politique" (d'après Libé, comment dire...) confirme la glaciation esthétique terminale de ce tout petit-maître qu'est désormais Wes Anderson.

Par contre, passé un moment pas déplaisant du tout à Ready Player One ; mon secret, j'ai décidé d'avoir 12 ans après la première heure du film (pendant celle-ci, j'ai plutôt dormi, le film me fatiguait...)

Anonyme a dit…

alors buster, vous défendez toujours macron, ou un an de macronisme vous a enfin ouvert les yeux ?

Buster a dit…

Hello valzeur... bah alors, on préfère le soleil kechi-chien aux déchets de l'île aux chiens... vous n'aimez pas les enfants ni les chiens?... remarquez, de la part du WC Fields de la critique je suis pas surpris :-D

"Brûlot politique plein de mordant"... oui ça c'est le chapô de Libé... un truc d'aboyeur (hé hé) pour accrocher le lecteur... mais bon le texte qui suit n'est pas si mal... sinon, et pour rester dans Libé, je conseille le papier de Marcos (dit Dersou) Uzal et son entretien avec Wes Anderson.

Buster a dit…

L'âne Onim, je défends... rien du tout... ni Bonaparte (Macron) ni les bons apôtres (les syndicats)... Macron c'était marrant pour les élections, histoire de faire la nique aux grands partis et rabattre son caquet à ce paon de Mélenchon... tout ça c'est fini... et puis je fais la part des choses... tout mélanger au nom, soi-disant fédérateur, du "service public", c'est n'importe quoi... désolé mais le sort des soignants est certainement plus préoccupant que l'avenir des cheminots... les étudiants j'en parle pas, entre ceux qui veulent le retrait de la loi ORE et ceux veulent refaire mai 68, j'ai rien compris... Voilà c'était ma minute politique.

Anonyme a dit…

merci buster, ça fait plaisir à lire, vraiment :(

Anonyme a dit…

@Anonyme: chaque chose en son temps et a sa place. Buster dedie ce blog aux sujets qui l'interessent. Dont la politique, rarement (ouf). Merci de respecter les vues des autres et de ne pas venir troller ici, d'autant plus qu'Internet fourmille de lieux ou cette remarque serait appropriee. Ne melenchons pas tout...
Ludovic

Anonyme a dit…

Pourquoi opposer les soignants et les cheminots ? Ils sont pris dans la même logique d'abandon des territoires. La ligne de Macron c'est de considérer que les régions en crise n'ont pas d'avenir économique,et partant pas d'avenir politique non plus. Je précise que j'ai voté pour lui, car je ne voulais pas d'un Frenchxit

Buster a dit…

Je n'oppose pas les soignants et les cheminots, je considère simplement que si l’inquiétude des cheminots porte sur leur AVENIR (leur statut à défendre et pas le blabla sur le service public), celle des soignants à l’hôpital (infirmier/ières, aide-soignants…) c'est sur leurs conditions de travail ACTUELLES, qui sont proprement scandaleuses, et qu'à ce titre les revendications des premiers, avec comme moyen de pression l'habituelle grève, sport national à la SNCF, orchestrée par les syndicats dans une logique surtout électoraliste... me touchent infiniment moins que la colère des seconds qui eux ont plus de mal à se faire entendre dans ce climat de grogne généralisée (et qu'on ne me parle pas de solidarité, qu’on ne me dise pas que les cheminots font aussi la grève pour les soignants, y’a pas plus corporatiste comme mouvement).

Buster a dit…

Sinon retour aux affaires courantes. J'ai vu L'Ile aux chiens, inutile de dire que j'ai beaucoup aimé, avec une petite réserve cependant, j'y reviendrai... j'ai vu aussi Red sparrow, un navet (n'est pas De Palma qui veut), mais ça j'en parlerai pas.

Anonyme a dit…

et le mépris social chez macron, vous y pensez buster ?

Anonyme a dit…

Salut Buster,

Vous connaissez le refrain: on ne nourrit pas un troll...a bon entendeur.

Pas vu Red Sparrow, pourtant Jennifer Lawrence est une bonne actrice, mais cette histoire d'espionne russe ne m'inspirait pas trop.. vous me connaissez, j'aime qu'un film me transporte aillers le temps de la seance et avec le Moineau rouge, je craignais justement que ca ne me rappelle trop les actualites, recentes ou pas.

Vu Hostiles de Scoot Cooper (Crazy Heart, Les fourneaux de la colere, Strictly Criminal), et Les gardiennes (Xavier Beauvois). Hostiles est assez bien, bien que trop serieux. Le Beauvois, euh... ben non quoi. Il est probable qu'on se souviendra de XB pour Des hommes et des dieux. Je prefere Le petit lieutenant.

Ludovic

mircea a dit…

Un peu circonspect sur l'île aux chiens. Ce n'est pas tant le projet que la forme qu'il prend. Wes Anderson a construit son film autour de l'esprit scout (mission à accomplir, question du chef, musique) ( comme le fit Moonrise Kingdom mais à plus juste titre) et ça m'a un peu mis à distance. Tout autant que ces allers/retour entre l'île (aux scouts) et la terre (et son tyran caricatural). Le film est à la fois trop compliqué (notamment dans son langage préçieux) pour plaire aux enfants, et trop caricatural pour plaire aux adultes. Peut-être une allergie pour le scoutisme, je ne sais pas. Ce que j'ai préféré : les éternuements des chiens.

Anonyme a dit…

Sur la SNCF il faut écouter Ruffin : https://www.youtube.com/watch?v=gGL6NET6M14

Buster a dit…

Bon alors, L’île aux chiens, Isle of dogs, I love dogs... tout le monde a aimé, sauf ceux, bien sûr, qui détestent les chiens, ou préfèrent les chats (comme à Criti-cat), ou bien encore n’ont jamais aimé Wes Anderson, son fétichisme, son goût pour les maisons de poupées, cette manière, étouffante, de saturer la cadre de mille détails, excluant tout hors-champ, cinéma soi-disant racorni et sans vie... blablabla... Anderson c’est autre chose.
On peut analyser le film sous l’angle de l’insularité (largement présente chez Anderson), du chuken (le chien fidèle, inspiré de l’histoire d’Hachikô, cf. ) - on pense aussi à la Belle et le clochard -, de la dictature (le maire de Megasaki), du consumérisme (l’île-poubelle), de la culture japonaise en général, vue de l’extérieur (des estampes aux mangas, du culte des chats au sumo, de la cuisine traditionnelle au cinéma: Kurosawa et Miyazaki), mais ce qui demeure en dernier lieu c’est bien l’art d’Anderson, sa façon unique d’agencer des éléments a priori disparates, proche de la manière dont on prépare les plats au Japon?, en tous les cas qui associe profusion et ordonnancement - mixte idéal pour figurer l’univers concentrationnaire du film, à l’image de l’île où les déchets se trouvent compartimentés -, qui fait du cinéma d’Anderson un véritable "art du plein" - mais qui ici, dans la dernière partie, lorsqu'on quitte l'île, frise un peu le trop-plein (j'en conviens), d'où ma préférence pour Fantastic Mr Fox, son précédent film en stop motion, où le plein se limitait aux circuits du terrier -, quoi qu'il en soit, un art qui inscrit l'oeuvre dans toute une tradition, sur le plan esthétique, celle du triptyque ou encore de l’architecture moghole, le Taj Mahal (cf. le Grand Budapest hotel), figure rêvée - dominée par l’harmonie et la symétrie - et forcément inaccessible, dont Anderson chercherait peut-être à se détacher (du moins partiellement), à travers cette vision de la décharge, le rapprochant pour le coup d’artistes plus contemporains (Arman, Erro, Boltanski...), à la différence que lui a su conserver, outre son âme d’enfant, un vrai pouvoir d’émotion, et ce quoiqu’en disent ses détracteurs.

Anonyme a dit…

alors buster, toujours macroniste ?

et pour faire plaisir à ludovic j'ajoute que j'ai bien aimé l'ile aux chiens :)

Buster a dit…

Pas macroniste mais pas antimacroniste non plus... j'ai trouvé Macron brillant, presque trop, par moments on avait l'impression que Plénel et Bourdin lui faisaient réviser un oral...d'ailleurs les deux journalistes qu'on annonçait comme des terreurs, qui allaient lui rentrer dedans, n'ont pas fait le poids, à part rouler des yeux (Bourdin) et frétiller de la moustache (Plénel) ils ont été systématiquement renvoyés dans les cordes faute d'arguments dès que l'échange se prolongeait un peu... c'est d'ailleurs ça qui est inquiétant, aujourd'hui, même dans l'opposition, il n'y a plus personne... Le Pen et Wauquiez, à droite, Mélenchon à gauche, c'est nullissime... à part manifester leur mépris pour Macron (chez Mélenchon c'est même de la haine, toujours convaincu que ce blanc-bec lui a piqué sa place), ce qui peut se comprendre tant Macron les ringardise, dans sa façon peut-être discutable mais réellement nouvelle, moderne, de faire de la politique ... Bref c'est le désert (à part Ruffin que j'aime bien, mais lui il joue le rôle de poil à gratter, c'est le bouffon du roi), il y a d'un côté Macron et de l'autre... rien, que la rue, et ça c'est pas bien.

(désolé Ludovic, j'ai nourri le troll)

Anonyme a dit…

Ben ca alors, Buster, pour une fois que vous aimez un Wes Anderson moins que moi (il me semble) et un PTA plus que moi (Le fil invisible, bien, mais ampoule)... les temps changent, chantait Dylan... et c'est tres bien.
Pas mal votre billet sur Isle of Dogs.

Bon, Nosferatu m'attend.
Ludovic

Strum a dit…

Hello Buster. Un peu déçu par le Wes Anderson pour ma part. C'est bien, mais le propos est assez convenu ("brûlot politique" : je suis moi aussi circonspect) passé l'originalité du concept, et le meilleur moment reste encore pour moi celui où Anderson reprend dans la bande son le génial thème musical des Sept Samouraïs de Kurosawa. Cela dit, je n'aime pas tellement les chiens, et le film a réussi à me faire aimer les personnages canins qui sont la porte d'entrée du spectateur dans le récit ; la gageure n'était pas mince. PS : Macron est très fort et connait très bien ses dossiers comme il l'a effectivement montré devant Plenel et Bourdin sans notes pendant trois heures ; ce qui le guette, toutefois, c'est une certaine arrogance naturelle qui va de pair avec son intelligence mais peut irriter certains.

Tolbiac a dit…

Macron brillant ??!! Vous habitez sur Jupiter, Buster ? Face à des journalistes qui n'étaient pas décidés à se laisser faire, le président des riches et de la casse sociale a sombré ! C'était pas Macron mais Micron !!

valzeur a dit…

Hello Buster,

Il faudra que vous nous expliquiez en quoi Macron fait de la politique de façon moderne : est-ce de faire poser une imam danoise "féministe" dans son fauteuil ou de mépriser les corps intermédiaires ? Ou de se balader partout avec sa première dame pour qu'elle exhibe toutes les tenues Vuitton possibles et imaginables ? ou de participer en chef de guerre omnipotent au bombardement le plus risible et inefficace qui se puisse concevoir ?

Mais quittons ces hauteurs politiques pour redescendre à hauteur humaine avec L'Île aux chiens qui ne m'a personnellement pas du tout exalté - j'aime plutôt le cinéma d'Anderson, et notamment The Grand Budapest Hotel, mais là, je suis resté sur ma faim. En fait, la tendance à la miniaturisation d'Anderson ne peut que desservir ses films animés ; traiter ses acteurs comme des marionnettes donne des effets étonnants (cf GBH) mais l'inverse est impossible, et Anderson se trouve bloqué dans une sorte de tautologie - une marionnette est une marionnette - qu'il contourne par la bande-son et une direction d'acteurs à la précision impressionnante ; reste l'image, des vignettes qui se balaient les unes les autres, latéralement ou pas, à la frontalité désespérément lassante. J'ai personnellement beaucoup de mal à prendre au sérieux ces thématiques "adultes" baignés de flegme et de maniaquerie, et je ne les trouve guère amusantes non plus. Subséquemment, l'Ile aux chiens ne génère en moi qu'un ennui chic.

Buster a dit…

Salut valzeur, toujours FI à ce que je vois...

(Tiens un détour par Tolbiac... Non, Macron n’a pas sombré, faut vraiment être de mauvaise foi (FI quoi) pour balancer ce genre de connerie… Bourdin surjouait son rôle de journaliste pugnace, le numéro sur les retraités, ça puait la démagogie à plein nez, Plenel, à part balancer quelques piques ici ou là, n’a pas été non plus à la hauteur... mais bon j’arrête, j’ai pas envie de prolonger le débat, à entendre toujours les mêmes âneries sur Macron, je vais finir par devenir réellement macronien)

Sinon, j'ai pas compris la démonstration concernant Anderson, le rapport acteur/marionnette... il n'est pas direct, dans un sens comme dans l'autre, il manque un troisième élément, le personnage, qui est le point de rencontre entre l'acteur et la marionnette (acteur → personnage ← marionnette) et permet de dépasser l'impasse tautologique. Les chiens sont extraordinaires dans le film, plus que les enfants, ils sont plus "humains" (bien qu’ils marchent à quatre pattes, contrairement aux animaux de Fantastic Mr Fox) pour des raisons peut-être graphiques (l’image des enfants est très stylisée), mais surtout parce qu’ils dégagent une palette d’émotions plus étendue... A ce niveau le film est magnifique, le rapport des chiens entre eux sur l’île est vraiment ce qui m’a le plus touché, davantage que l’histoire et son contenu politique, de même que sa représentation, un peu trop dense, trop pleine, surtout à la fin… Mais c’est quand même un beau film.

PS. J'ai rêvé ou au début du film on évoque le cas d'un chien nommé Buster, déporté sur l'île, et si déprimé qu'il a fini par se pendre avec sa laisse ?

Anonyme a dit…

mon cher buster, vous oubliez que macron n'a recueilli au premier tour des présidentielles que 18% des inscrits et que son élection est le fruit d'un concours de circonstances exceptionnelles, c'est une réalité dont il pourrait tenir compte

Strum a dit…

Les chiens sont en effet notre porte d'entrée dans le film car nous voyons les choses à travers eux, par leurs yeux mouvants où se logent des sentiments humains. Ce sont les seuls que l'on comprend. Les dialogues entre chiens sont ce qu'il y a de plus beau dans le film avec la naissance du lien entre Atari et Chief. Atari, personnage kurosawaïen par son indéfectible fidélité à Spots (et défini d'ailleurs par la musique des Sept Samouraïs utilisée deux fois par Anderson), on le voit seulement de l'extérieur, on ne s'identifie pas à lui. De manière générale, les personnages japonais, très raides, ont un côté images d'Epinal, comme une représentation exotique. C'est la limite du film, là où le bât blesse. Mais j'ai quand même bien aimé, même si c'est un film mineur.

Buster a dit…

Vous avez raison Strum, il y a deux univers dans le film, deux formes de poétique, d’un côté, l’occidentale représentée par les chiens, à laquelle on est forcément sensible, poésie à la Starewitch, d’autant que les chiens concentrent notre regard, comme s’ils nous prenaient à témoin de ce qui leur arrive… et de l’autre, la japonaise, plus froide (plus Kurosawa que Miyazaki finalement), à l’image plus éclatée, les détails occupant tout l’écran, ce qui dissémine notre regard… La richesse du film vient des passerelles qu’Anderson dresse entres ces deux univers.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Vous bottez en touche sans me répondre, je vois... Mélenchon était un pis-aller pour la présidentielle ; sans en être fou, je le trouve beaucoup moins insupportable que Macron, sa clique de courtisans et sa prétendue "modernité" (il est vrai que j'ai la chance infinie de connaître une députée LREM - que d'ailleurs je ne vois plus depuis un bail - une créature égotique, hystérique et qui, il y a encore quatre ans, était prête à tout pour se faire investir à la députation - elle officiait au PS à l'époque...).

Mais où voyez-vous des personnages dans LIAC, à part Chief ? Des idées de personnages, oui, il y en a plein, il n'y a même que ça, et rien de plus. Que retenir de toutes ces figures animées qu'un ou deux traits saillants pour les plus recherchées et qui ne suffisent pas à former personnage ? J'ai l'impression que la dépression - longtemps le thème de prédilection d'Anderson - a déserté ses personnages pour se réfugier dans la forme même de ces films, d'une maniaquerie frôlant l'hystérie et qui vaut certainement pour quelque chose. LIAC, malgré toutes ses péripéties, n'est guère que le storyboard le plus précis et pointilleux du monde. On dirait qu'Anderson n'a plus comme but que de traquer les traces de vie et de les anéantir, à l'exemple de la belle scène-programme du film , la préparation du repas empoisonné où le vivant - figuré notamment par des lignes courbes - se voit éradiqué et réduit à l'orthogonal.

Buster a dit…

Salut valzeur, moi non plus je n’aime pas beaucoup ceux qui gravitent autour de Macron, les opportunistes de tout bord qui ont attrapé le train en marche, de même que je n’aime pas tous ces éléments bruyants, les plus sectaires, de la France insoumise… sinon entre Macron et Mélenchon, mon sentiment n’a pas changé en un an, malgré ses défauts, je préfère de loin le premier… beaucoup moins méprisant à l’égard de ceux qui n’ont pas voté pour lui que l’autre, celui qui, à l’inverse, se croit sorti de la cuisse de... Jupiter (ha ha)

Des personnages dans L’île aux chiens? Bah oui, les chiens, comme je l’écrivais dans ma réponse à Strum... Chief, Spots, Nutmeg et les autres, personnages secondaires... des vrais personnages d’animation, qui ne soient pas que de simples figurines couvertes de poil, aux yeux plus ou moins expressifs, mais qui existent, par le biais d’une animation personnalisée, qui les distinguent les uns des autres, ce qui est forcément différent de ce que peut apporter un acteur à son personnage, mais ça va dans le même sens, que celui qui est derrière le personnage, qui le façonne, s’en empare suffisamment pour le faire sien et lui donner vie, de façon à nous émouvoir, et qui ne soit pas que de l’anthropomorphisme.

Marius a dit…

Un président qui préfère l'OM au PSG ne peut être foncièrement mauvais.

Buster a dit…

:-)

Anonyme a dit…

Je prefere le cinema au foot...

Melaine Meunier a dit…

@Ludovic : le fait qu'Hostiles soit trop sérieux le rend presque digeste dans la mesure où la solennité tend vers le grotesque, surtout quand elle repose sur les épaules d'un Christan Bale plus ridicule que jamais (je ne comprends pas que cet acteur terriblement mauvais soit encore casté pour de "gros rôles" comme celui-ci...). Le film est nullissime mais semble tellement croire en sa grandeur qu'il en devient drôle malgré lui (notamment sur la fin). Mais bon, ça reste sans doute ce que j'ai vu de pire en ce début d'année.

Mon petit top 3 du printemps :
1. Le 15h17 pour Paris - Clint Eastwood
2. Madame Hyde - Serge Bozon
3. Aura été - Jean-Charles Fitoussi

(+ Mrs Fang de Wang Bing en numéro 1 s'il sort en salle en 2018)

Toujours pas vu L'île aux chiens. Un peu la flemme, d'autant que je n'aime pas beaucoup Wes Anderson... Quelqu'un s'est déplacé pour Frost de Bartas et Mes Provinciales de Civeyrac ?

Anonyme a dit…

@ Melanie Meunier: Christian Bale n'est pas ridicule, il est correct dans un role ambigu, un personnage trop central, defaut imputable a la reputation de Bale (il n'est pas le grand acteur que certains s'imaginent).
L'interpretation de Rosamund Pike, en veuve prostree, est forte mais elle est rendue penible par l'insistance de la camera sur elle.
Le pitch: en 1892, le capitaine de cavalerie Joe Blocker (Bale, evidemment) doit, contre son gre, et pour conserver sa retraite, escorter un vieux chef Indien, Yellow Hawk, dans une reserve du Montana. En chemin, il vivra de nombreuses experiences, et changera d'avis sur les Indiens... Le sujet, un fragment de la lente et dure reconciliation avec les Amerindiens, est traite avec dolorisme des la premiere sequence du film, franchement redhibitoire.
La narration subit le sujet: lente et apre, scandee par de rudes secousses.
Alors, certes, Hostiles n'est pas le grand film decrit par les critiques, il ne vous plait pas et, je le sais, ne plaira pas a Buster (ceci expliquant peut-etre cela), mais il ne merite pas d'etre descendu en fleche (d'Indiens).
Hostiles cede pernicieusement a l'emphase sonore (musique sentencieuse, heureusement a bas volume) et visuelle (masochisme). Mais, ce western d'ambiances (il fallait voir la duree accordee aux paysages, a la nuit, a la pluie) deploie melancolie et remords, et, par la, questionne les thematiques westerniennes traditionnelles. C'est peu mais c'est deja ca. L'ampleur des paysages, honnetement rendue au moyen du format panoramique, merite a elle seule une vision: il est si rare qu'un realisateur etats-unien d'aujourd'hui nous donne a voir le Grand Ouest. On a le droit d'y etre sensible.
On y voit, je vous rejoins, une caricature; mais aussi quelques rares eclaircies, d'ou mon jugement.


Ludovic

Buster a dit…

Pas vu Hostiles, et pas sûr que j'aille le voir. Par contre J'ai vu Mes Provinciales de Civeyrac, beau film d'apprentissage, un bildungsfilm, bressonien en moins altier, eustachien en moins littéraire, garélien en moins sombre... Un film érudit, plein de références mais léger dans sa manière de les intégrer, il y a là une réelle grâce, c'est pas Desplechin... J'y reviendrai.

Anonyme a dit…

Hostiles ne vous plaira pas, Buster.
Mes Provinciales, j'aimerais le voir, mais il ne sort pas a Nancy, ni ailleurs en Lorraine.La seance la moins eloignee, c'est quand meme au Star a Strasbourg...
J'attends votre billet pour profiter du film par procuration.
Ludovic

Buster a dit…

OK.

Ludovic a dit…

Sinon, je viens de revoir Phantom Thread. Ampoule, je maintiens, mais vraiment beau et raffine. Pas etonnant qu'il vous plaise autant. Poli, seduisant, fringant, attentionne pour ceux qui comptent, Woodcock doit etre une sorte de modele pour vous. PTA filme un art de vivre, vivre son metier comme si sa vie en dependait, et vivre sa relation a la femme, enfin.
Ludovic

mircea a dit…

Vu Mes Provinciales. J'ai bien aimé aussi. Le terrain est familier, risqué, mais le film suffisamment sensible et personnel pour nous épargner le sentiment d'un déjà-vu insurmontable. Belle idée d'avoir placé ce réçit autobiographique au présent mais pourquoi ce noir et blanc ? Je n'ai pas vraiment été convaincu par ce parti pris.. Quelques beaux personnages mis à part celui de Matthias qui ne m'a gère convaincu tant dans son jeu que dans sa destinée finale.. Mais le film s'en remet plutôt bien et pose de belles questions. Qu'est ce qui appartient en propre à l'individu ou à sa classe? De quelle façon les destinées individuelles s'inscrivent dans l'histoire..? Comment être simplement au monde, comment y appartenir ? Le film ne répond jamais vraiment, et c'est cela qui m'a touché.. Mes provinciales contient quelque chose de pédagogique, à l'image des ouvrages de Pasolini et de Flaubert qu'il cite, et il amène à s'interroger sur ce qu'est le cinéma, ce qu'on peut en attendre.. Tout cela pourrait être ennuyeux, prétentieux, si ce réçit n'avait été placé dans l'écrin d'un joli grand dadet sensible, incertain et perdu.

Buster a dit…

C'est vrai que le personnage principal (Etienne) est très touchant.

Buster a dit…

Ma note sur le film de Civeyrac:

J’ai 20 ans.

Mes Provinciales... avec un P majuscule puisque ça fait référence aux Provinciales de Pascal et sa critique du jésuitisme, le laxisme moral, la casuistique (ici autour de la question de la fidélité ou de l’engagement politique), nos actes sont-ils en conformité avec nos paroles? etc. Présenté comme ça, on pourrait croire au grand film d’Auteur, avec un A majuscule, d’autant qu’on y parle aussi de littérature (de Flaubert à Nerval, en passant par Novalis et Pasolini), de musique (de Bach à Mahler - l’adagietto de la 5ème symphonie dans Mort à Venise - en passant par Kancheli et Satie) et bien sûr de cinéma (de Barnet à Naruse, en passant par Khoutsiev et Paradjanov, excusez du peu), puisque le film, un film d’apprentissage (bildungsfilm, ça se dit?), avec tout ce que cela suppose de romanesque, tourne autour de la cinéphilie, celle que l’on vit à vingt ans, quand on est soi-même étudiant en cinéma et qu’on aspire à faire des films... Un désir brûlant de cinéma que partagent les trois personnages masculins du film, montés à Paris, comme dans tout bon roman d'éducation, pour vivre leur passion (au détriment de leur vie amoureuse): Etienne, le personnage principal, une sorte de grand Duduche (ha ha, les pulls), venu de Lyon, Jean-Noël, le plus "sentimental", venu de Clermont, et Mathias, le plus radical, le plus nervalien aussi, venu de Bordeaux, trois futurs amis, le temps d’une saison, en proie à toutes les questions existentielles que l'on se pose à cet âge (à l'instar des trois camarades de J’ai vingt ans / la Porte d’Ilitch de Khoutsiev, un film à la beauté sidérante, comme cette scène du Liliom de Borzage qui jadis avait foudroyé Civeyrac - "un éclair" -, expérience qu’il a analysée dans son livre Rose pourquoi, écrit à la même époque que le film)... C’est en noir et blanc, on peut y voir une coquetterie, à l’image de ce que reproche la première colocataire à Etienne, mais c’est aussi une façon de désancrer le film, puisque Mes Provinciales, s’il se déroule de nos jours (on communique par smartphones, il est question de ZAD et Macron est en passe d'être élu), fait écho aux années 70, à Bresson (via l’Ile Saint-Louis, les cadrages et les ellipses), Eustache (via la chambre et les livres), Garrel (via la mélancolie et la tentation du saut dans le vide), on pense même à Biette, via le prof de cinéma mélomane qui fait découvrir à Etienne une version des Variations Goldberg (celle d’Ekaterina Derjavina je crois - le film est très russophile dans ses citations), renvoyant alors à la fin des années 80, l’époque des vingt ans de Civeyrac, qui fut lui-même étudiant à la Fémis avant d’enseigner le cinéma...

Buster a dit…

Bref, on pourrait reprocher au film son élitisme, son dandysme, voire de céder lui aussi à une forme de jansénisme, par le choix de ses références, le sérieux de son propos, une certaine gravité dans la mise en scène... sauf que, à la différence de ses derniers films (A travers la forêt, Des filles en noir...), à la beauté mortifère, d'une préciosité assumée, mais excessive, qui les rendait trop évanescents, Civeyrac oppose ici une force beaucoup plus concrète, à travers le regard de ses personnages, celui qu'ils ont sur le monde, qui mêle ambition et crainte, certitudes et angoisse, quand les rêves de l’adolescence se confrontent à la réalité, dépassant pour le coup le seul domaine du cinéma, évitant ainsi que seuls les cinéphiles, qu’ils aient vingt ans ou quarante, y trouvent des résonances, avec ce qu’ils vivent ou ont vécu. C’est bien là la réussite première du film: s’ouvrir à un ailleurs du cinéma, qui permette à tout spectateur - enfin, le plus grand nombre - de s’émouvoir de ces personnages, non par identification, mais simplement parce que la croyance est là, que ces personnages, les garçons, idéalistes, comme les filles, plus réalistes, se révèlent étonnamment justes, qu’ils existent, dans leur rapport au cinéma comme à la vie. Non pas que Civeyrac retrouve l’innocence d'un premier film - il y a quelque chose de perdu, et la mélancolie du film vient de là également - mais qu’il arrive à saisir l'état d'esprit qui est celui de la jeunesse, quelle que soit l'époque. S’il n’y a pas de trait d’union dans Jean Paul, signe de ce raffinement qui caractérise Civeyrac, c’est qu’il est peut-être ailleurs. Ici dans le lien qui unit de façon très intime le cinéaste à ses personnages, de sorte que si l’on reste dans un cinéma d'auteur et de hauteur, c'est sans majuscule, où tout se trouve élevé, mais au même niveau, le regard de Civeyrac, celui des personnages et des jeunes acteurs qui les incarnent. La beauté est à ce prix.

Griffe a dit…

C'est vrai qu'il est plutôt réussi ce film de Civeyrac. Et pourtant, valzeur et moi n'avons pas cessé de rechigner pendant la projection, pour les raisons bien dites par cet article : https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mes-provinciales. Il n'empêche que c'est son meilleur film depuis Ni d'Eve ni d'Adam (pour moi, il s'était perdu depuis dans des films-vases clos).

Christophe Narbonne a dit…

Dans Mes provinciales, classique - et trop long - récit d’apprentissage sur un étudiant en cinéma monté à Paris, en plein doute (artistique et amoureux), Civeyrac oppose les valeureux soutiens de Godard à ceux de Verhoeven et Fincher qu’il brocarde sans nuances : le “méchant” fan de genre fera son long métrage, pas les autres. On a le droit de ne pas être d’accord avec cette vision binaire et un peu fausse. Par exemple moi je n'ai toujours pas fait de film, alors que Jean-Paul Civeyrac en a réalisé au moins 12.

Buster a dit…

Christophe Narbonne, le neuneu de première?

(je préfère Jean Narboni)

valzeur a dit…

Hello Buster & Cie,

Merci, Griffe, pour le lien sur la chronique de Critikat qui est excellente (je suis d'accord à 98 %).
Comme le dénommé Pierre Eugène (qui est ce remarquable critique ?), je trouve à MP deux défauts majeurs :
- l'inadéquation de l'acteur principal avec son personnage
- l'absence de point de vue
A moins que cette inadéquation soit en soi un point de vue : qu'autant de filles et de garçon s'amourachent/s'intéressent à un clone mixé Pete Doherty-Carl Barat en mode Droopy vaudrait alors pour critiquer le milieu et l'évasement par le bas de l'idéalisme qui déjà trouve à s'édifier sur de tels objets de rebut (ce piteux Etienne laid et mou comme un chamallow). Le film pourrait alors dépasser ce poids mort qu'est l'acteur Andranic Manet, mais j'ai des doutes sur cette hypothèse pour une raison bien simple - ou plutôt double d'ailleurs :
- la surcharge musicale charriant la psyché romantique du personnage principal sans aucune distance (Civeyrac réalise-t-il que Matthias démolit le court d'Etienne, notamment sur l'usage pompier et illustratif de la musique, que l'on retrouve au centuple dans Mes Provinciales ?)
- l'abus systématique de fondus au noir - le pompon : la première tentation du suicide, trois pas vers une fenêtre, clôturée entre deux fondus ; cette figure de style tente de redoubler la noirceur première du trajet des zoziaux, mais surtout rallonge inutilement le film d'une bonne dizaine de minutes
La possibilité d'un regard critique n'apparaît que par à coups :
- dans les plans sur le sourire presque narquois (émotion peu Civeyraquienne) de Jean-Noël lors de l'affrontement entre Matthias et Annabel, suivie par la chanson de Satie dédramatisante
- dans le passage très cruel entre Etienne et le fils de son professeur (j'ai regretté que le film ne d'aventure pas plus souvent sur ce terrain)
- dans le final hésitant entre grandiose et dérisoire (la plage de Mort à Venise remplacée par un toit parisien miteux avec une grue au milieu)
Au final, et après un travail sur moi, j'arrive à trouver un petit intérêt à Mes Provinciales et à ses personnages à la fois affirmés et pourtant doutant (j'adore le beau double détail de la non-orientation de ces jeunes spatiale et temporelle ; au tout début du film, Etienne cherchant son chemin demande à un étudiant de la fac incapable de lui répondre ; plus tard, c'est lui qui ne peut donner les horaires d'ouverture de la bibliothèque à un autre étudiant). Il y a une magnifique scène - la seule - au coeur du film, le baiser sur fond de fenêtre à contrejour où le visage de l'actrice s'approche avec la lenteur d'un astre du visage d'Andranic Manet. C'est la seule fois - avec l'échec de la main prise d'Annabel après sa rupture - où Civeyrac filme des travaux d'approche (d'où les raccords vulgaires rencontre + baise qu'il met en scène par deux fois).
Concluons : le film est certes bien écrit, bien structuré, bien joué (sauf Manet, quel Degas !), mais le romantisme qui le saupoudre est un expédient un peu trop commode pour traiter de désillusion et de résignation contemporaines.

Buster a dit…

Salut valzeur,

Mouais... je comprends pas trop l'acharnement contre Andranic Manet... que l'acteur détonne dans le paysage actuel du cinéma français ne le discrédite pas pour autant... je trouve que son côté massif apporte une forme de solidité, c'est comme la charpente du film, sur laquelle viennent s'appuyer, se consoler, les autres personnages, il a quelque chose d'émouvant, un mélange de force et de fragilité qui peut attirer, filles et garçons... Pierre Eugène évoque le Depardieu des années 70, c'est vrai, j'ai aussi pensé à certains acteurs américains d'aujourd'hui comme Paul Dano et surtout du muet comme George O'Brien (a contrario l'acteur qui joue Mathias m'a fait penser à Richard Courcet le héros de J'ai pas sommeil de Claire Denis)... Mais ce n'est pas l'essentiel... Griffe parlait à juste raison de vases-clos à propos des précédents films de Civeyrac (surtout les derniers), là, tout en prolongeant ses obsessions habituelles (le romantisme noir, Nerval...), il arrive à créer un climat beaucoup plus léger, ça respire davantage, malgré l’excès culturel, qui renvoie d’ailleurs non pas à la jeunesse cinéphile mais bien à Civeyrac lui-même, dont on peut voir une forme d’autoportrait à travers les trois personnages (la timidité d’E + la sensibilité de JN + la radicalité de M).
Mea culpa. Ce n’est pas Derjavina qui interprète les Variations Goldberg mais Maria Youdina, que je ne connais que de nom… un enregistrement de la fin des années 60… ce qui ne remet pas en cause le clin d’oeil possible à Biette et le côté très russophile du film, même Naruse n'est évoqué qu'à travers Tchekhov.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Manet serait peut-être plus convaincant dans un autre rôle, l'avenir le dira. Dans celui d'un jeune homme sombre et magnétique qui attire à lui filles et garçons, il me semble tout sauf crédible ; sa force est tellement rentrée qu'elle devient plus que putative, sa faiblesse est bien plus visible, et son jeu en devient lassant à force de voix éteinte et de mèche dans les cheveux (certainement un problème de direction d'acteurs, il y a quand même un ou deux moments pas trop mal où il s'anime).

Buster a dit…

C'est une force tranquille... c'est l'effet de contraste avec les deux autres, peut-être trop accentué, qui entretient ce malaise, un corps encombré, une pesanteur, qui tranche avec d'un côté l'énergie un peu électrique de JN, et de l'autre la grâce, évidemment plus séduisante mais également toxique, de Mathias.

valzeur a dit…

Par ailleurs, et par contraste, les deux autres sont très bien, notamment Corentin Fila qui parvenait à se sortir à peu près sans dommage du très médiocre Téchiné où il a débuté.

mircea a dit…

C'est marrant, nous avons eu une perception très différente des acteurs valzeur. Je trouve Corentin un peu caricatural tant dans son jeu que dans le rôle en lui-même. Par contre j'ai bien aimé Jean-Noel... Quand à Manet, je ne comprends pas trop vos critiques. Je trouve que ça fait du bien d'avoir un personnage qui - comme l'a dit Buster - détonne un peu dans le paysage actuel du cinéma français. Certes il est un peu pataud, mais c'est ce qui peut le rendre aussi touchant. Bien sûr il est sensible, voir attachant, mais il n'est pas non plus dénué d'audace, comme le montre la scène où il suit une fille dans la rue.. C'est un personnage qui prend beaucoup de facettes, de nuances au cours du film... Certes on peut se demander si l'attirance qu'il génère n'est pas un peu excessive mais il ne faudrait pas le condamner sous prétexte d'un physique un peu hors normes. Pas mal de filles aiment les gros nounours mignons, un peu bougons/ chiens battus..

Buster a dit…

La scène où il suit la fille, c'est très bressonien.

Buster a dit…

Sinon j'ai commencé le Fassbinder, Huit heures ne font pas un jour...

Emmanuel Burdeau a dit…

Surtout n'écrivez rien sur le Fassbinder. Je m'en charge.

valzeur a dit…

Je ne condamne pas Manet sur son physique mais sur son jeu particulièrement lassant ; s'il était magnétique, j'aurais fait avec son peu d'attrait ; ça n'est pas le cas ; pour ce qui est des facettes, j'en trouve bien peu, voire pas...

pointilleux a dit…

d'accord avec mircea, mathias est le point faible du film, sa radicalité est peu crédible, donc la fascination qu'il est censé exercer… là civeyrac ménage trop la chèvre et le chou et s'égare dans un didactisme inefficace
peut-être la scène où étienne suit la fille rencontrée dans le métro doit-elle son bressonisme au fait qu'il a vu "quatre nuits d'un rêveur" quelques jours auparavant ?… peut-être écoute-t-il l'adagietto de mahler en boucle comme on le fait à cet âge d'une musique aimée ?… difficile et inutile de démêler ce qui appartient au personnage et ce qui appartient à civeyrac dans cet exercice d'autoportrait indirect
davantage qu'eustache ou garrel, le film évoque guy gilles et ses portraits d'anges aux idéaux murés (dans la dernière scène, les coussins du canapé font des ailes à étienne)

Anonyme a dit…

Vous ne voyez plus de films, Bus ?

Anonyme a dit…

Bon, a part Mes provinciales, Pierre Rissient est mort aujourd'hui.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Rissient

Ludovic

stagiaire chez les Black Blocs a dit…

Bon, alors, ce Vent d'ouest, fake ou pas fake ? On attend l'avis des connaisseurs !

Buster a dit…

Ha ha... j'étais pas au courant, un peu loin de tout ça en ce moment, je viens de regarder, oui c'est bidon, assez grossier d'ailleurs comme imitation... la preuve que c'est un faux, j'ai tout compris du début à la fin :-D

je vous le demande a dit…

La rumeur enfle : Godard aurait bel et bien réalisé ce film... À propos d'imitation, ne s'imitait-il pas déjà un peu lui-même ces dernières années ?

Buster a dit…

J'y crois pas... ça manque de bidouillage sur les images, comme pastiche c'est pas mal, mais comme "vrai faux" c'est un peu limité au niveau technique...

Anonyme a dit…

L'affaire est entendue, c'est un faux

Buster a dit…

Dixit non pas God-art mais ses saints.

Anonyme a dit…

Il ne s'agit pas d'un faux. C'est un film appelé "Vent d'ouest - Jean-Luc Godard" signé ZAD.

Buster a dit…

On est d'accord... ce n'est pas un faux, comme dans la peinture, cherchant à se faire passer pour un vrai Godard, jusqu'à tromper les experts, c'est juste un pastiche, à la manière de Godard, mais qui ne s'est pas non plus présenté comme tel, le film est sorti dans un contexte qui favorisait la confusion, bref beau coup médiatique.

Sinon Jean-Luc Godard n'est pas mentionné en toutes lettres... ce ne sont que des initiales JLG NDDL ZAD

Anonyme a dit…

Vent d'ouest ou pas, JLG est toujours le moins à l'ouest de tous : https://youtu.be/T7zHGiIVjXQ

Buster a dit…

:-DDD

Anonyme a dit…

ZAD c'est Guillaume Massart :)

épilogue a dit…

https://lundi.am/Du-vrai-Godard

Buster a dit…

LOL... un peu amphigourique tout ça... mais bon, on a le mot de la fin: c'est pas Godard l'auteur de la vidéo

valzeur a dit…

Hello Buster,

Alors comme ça, vous vous excitez tous la nouille sur un vrai-faux Godard alors que vous attendent en salles deux vrais Brizé et Honoré parfaitement catastrophiques ? Je ne comprends pas...

Buster a dit…

Ah mais moi j’ai rien demandé, je n’ai fait que répondre aux questions qu’on me posait concernant ce truc appelé "Vent d’ouest".

Le Brizé et l’Honoré, je verrai ça à mon retour en France même si ça ne m’attire pas des masses. Ici j’ai vu Transit de Petzold... bof, pas convaincu, notamment par les partis pris narratifs et ce dispositif temporel qui entremêle 1940 et aujourd’hui, réduisant l’étrangeté du roman à une espèce d’incongruité (le film d’Allio sans être génial était quand même meilleur). Pire, la correspondance forcée entre les deux époques et tout ce que Petzold a rajouté au texte (personnages, situations…) alourdissent considérablement le film, le rendant pour le coup inutilement compliqué et en même temps très signifiant (ainsi la question des réfugiés... ). Tous ces films qui mâchent le travail au spectateur c’est d’un chiant…

Anonyme a dit…

Bonjour Buster,
Dites-moi, puisque vous avez ralenti votre activité critique, pouvez-vous me conseiller d'autres critiques intéressants à lire, ceux que vous lisez régulièrement. Merci.

Buster a dit…

Activité critique c'est beaucoup dire... sinon pas grand-chose à vous conseiller, je ne lis quasiment plus les critiques (Cahiers, Inrocks, le Monde...), juste ponctuellement quelques textes dans Libé et sur Critikat...

Buster a dit…

Bon j'ai rattrapé (une partie de) mon retard... vu quelques films de Cannes, pas nuls mais franchement moyens: Plaire, aimer et courir vite, En guerre, Everybody knows...

Buster a dit…

Quelques mots sur le film de Brizé:

En guerre... après la loi du marché, la réalité du marché... c’est fort, forcément... film Lindoncentré, avec Lindon en cégétiste meneur de grève, autant dire tout colère, mais aussi héros et martyr, ça fait beaucoup pour un leader syndical, à ce niveau le film n’est pas très démocratique, je pense surtout au finale, que je ne dévoilerai pas, juste pour dire que j’ai trouvé ça abject, non pas que ce qui arrive est impossible mais que ce soit Lindon qui incarne à lui seul la protestation dans ce qu'elle peut avoir d'extrême, et non un personnage secondaire, voire anonyme - le réel, le vrai, dans toute son horreur - alors que là, cette acmé dramaturgique, surcharge émotionnelle, ne fait qu’entériner définitivement la mainmise de l'Auteur et de son Acteur sur l'histoire, du moins ce qu'il en reste, dans ce type de cinéma embarqué: la guerre... euh pardon, la grève, comme si vous y étiez, vue sous tous les angles (à la fois inside et à travers le prisme des médias) mais avec le seul point de vue, pauvre, du chantage à l’émotion, la bataille des affects, en gros la colère (justifiée de Lindon et des salariés) vs. le cynisme (écoeurant des patrons), tellement matraquée dans sa représentation, à la réalité tellement bidouillée, par tous ces effets de style, cet esthétisme, très artificiel pour le coup, dans lequel se complait Brizé, qu’il n'en sort rien finalement, outre le choc des images et le poids des mots... bref un film coup de poing qui n'a d'autre but que de vous laisser KO, c'est dire si on est loin de Brecht, pourtant cité en exergue.

Buster a dit…

En complément, un extrait, le début, du texte de Bonitzer (sur les Enfants du placard de Benoît Jacquot), célèbre pour sa formule "pourquoi se fait-on tellement chier?", à propos du manque de romanesque au cinéma:

Bernard Boland soulignait récemment avec raison une phrase du dialogue de l'Homme qui aimait les femmes, et qui est à prendre bien entendu à compte d'auteur: "Vous êtes narratif, vous n'avez pas peur de raconter une histoire". Qui a peur aujourd'hui de raconter une histoire? Disons que c'est une peur diffuse, issue de la modernité, pas seulement et pas principalement cinématographique (littéraire aussi bien, je dirais même surtout littéraire, mais qui s'est propagée ailleurs), un "soupçon" comme on dit, porté à l'encontre du narratif, du romanesque, via un naturalisme dépassé, largement dénoncé et, il est vrai, endémique dans le cinéma, le cinéma français du moins. Aujourd'hui, un peu partout, c'est plutôt le manque d'histoires, de bonnes histoires, qui se fait sentir. La crise du cinéma, c'est aussi la crise du cinéma romanesque, le désir cinéphilique frustré de vibrer auprès d'un récit aussi passionnant et bouleversant qu'ont pu être pour notre génération, au hasard et inégalement, Moonfleet, la Dame de Shanghaï, Mrs Muir, par exemple. Est-il possible aujourd'hui de trouver au cinéma l'esprit de générosité et de passion qui anime le moindre des récits de Stevenson? Peut-être taxera-t-on ce souci de réactionnaire. C'est qu'on ne mesure pas le désert où nous avons soif depuis près de trente ans pour la littérature, depuis quinze ans pour le cinéma, de ces récits qui, écrivait Bataille (auteur sourdement décrié après avoir été la grande référence à la fin des années 60), révèlent "la vérité multiple de la vie". En d'autres termes et pour parler plus crûment, pourquoi se fait-on tellement chier?... (Pascal Bonitzer, Cahiers du cinéma n°281, octobre 1977)

valzeur a dit…

Hello Buster,

Mon Dieu, ce texte de Bonitzer et le boomerang qui lui revient en pleine gueule quand on pense à son cinéma !!!

Buster a dit…

L'Homme qui tua Don Quichotte... tout le monde déteste, pas moi... En ces temps de vaches maigres (ou de Rossinantes cinématographiques), voir un film monstrueux, complètement braque, sens dessus dessous (plus Münchhausen que Brazil), à l’imagination débordante, pas toujours inspiré (ça coince par moments et la mise en abyme, trop bancale - c’est pas le Manuscrit trouvé à Saragosse -, finit par déséquilibrer le récit), mais bourré d’inventions, de trouvailles poétiques, et souvent très drôle… bref un film extra-vagant (dans tous les sens du terme), ça fait du bien.

Le Gilliam est donc lourdingue, aberrant, parfois même hideux (la partie russe), pourtant il finit par sortir quelque chose de cette monstruosité... alors que le Fahradi, c'est mieux ficelé évidemment mais la ficelle est si grosse/grossière ("tout le monde sait" tout, même le spectateur qui devine assez vite les secrets de l'intrigue) que le film semble peser des tonnes, c'est aussi subtil que les rouages usés du vieux carillon qu'on voit au début... on suit ça sans vraiment s'ennuyer mais sans passion non plus.

Buster a dit…

Fiertés

On est loin de 120 battements par minute, là ça bat plutôt à 60, loin aussi de Plaire, aimer et courir vite, là ça ne cherche pas à plaire... c'est pas militant, ni chichiteux... pas de grands discours édifiants sur l'homosexualité, le sida, pas de références culturelles à tout bout de champ (les grandes figures gay), pas de musique non plus, Fiertés, la mini-série de Philippe Faucon, se suffit à elle-même. Sécheresse de la mise en scène - l'ellipse y règne en maître, un peu comme chez Blain -, légèreté d'écriture - on va à l'essentiel: trois épisodes = trois moments clés dans la vie d'un couple d'homos, dont l'un, séropositif, est beaucoup plus âgé, cette différence d'âge servant de fil non pas conducteur mais dramatique dans l'évolution de la série, trois moments intimement liés aux trois grandes avancées concernant le droit des homosexuels (dépénalisation en 1982, PACS en 1999, mariage en 2013), sans pour autant limiter la série à ça, qui se révèle davantage qu'une oeuvre de plus sur l'homosexualité, l'homophobie et le combat pour l'égalité des droits: la question de la transmission y est tout aussi centrale et court en filigrane d'un épisode à l'autre. C'est ce qui fait la beauté de Fiertés... Beau parce que simple, sans fioritures, beau parce que juste, toujours juste, beau parce que la croyance est là, qui rend les personnages - Victor et Serge, amoureux 30 ans durant, jusqu'à la fin, mais aussi Diego, le fils adoptif, et bien sûr Charles, le père de Victor (ah! le regard fixe de Frédéric Pierrot et son "jeu" bressonien, une merveille) - si émouvants...

Buster a dit…

Difficile de comparer, tant les deux oeuvres s'opposent, Huit heures ne font pas un jour, la série télé de Fassbinder réalisée dans les années 70, et En guerre, le nouveau film de Brizé présenté à Cannes - surtout que c'est peut-être dans les derniers épisodes de la série, censés plus didactiques, avec ses nombreuses discussions syndicales, mais finalement non tournés, qu'il y aurait eu vraiment matière à comparer. Mais bon, pensons seulement au troisième épisode, magnifique, intitulé Franz et Ernst: le brave Franz, qui veut devenir contremaître, et le beau Ernst, qui ne veut plus l'être, il y a dans cet épisode, délicieusement romanesque (entre les choux farcis qu'il faut ingurgiter et les lubies de la grand-mère qu'il faut supporter) autant que dialectique, conférant à la série des accents par moments brechtiens... il y a donc là, chez Fassbinder, mille fois plus de choses justes, et ce quand bien même la vision du milieu ouvrier y apparaît idéalisée, que dans le Brizé, immersion prétendument réaliste au coeur d'une grève, où c'est moins l'ouvrier, simple figure, que Lindon, acteur performer, qui existe, représentation d'autant plus trompeuse des conflits sociaux que la recherche répétée d'effets de style chez Brizé, privilégiant ainsi le spectaculaire au récit, loin des petits mouvements de recadrage, toujours bienveillants, auxquels recourt Fassbinder sur ses personnages, fait de En guerre un film affreusement roublard. Et je ne parle pas de la fin.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Juste pour dire que Fiertés est mon pire film/téléfilm/mini-série de l'année. Je l'ai noté 0/20, je ne sauve rien de cet filmoncule qui ferait passer Plus belle la vie pour Lancelot du Lac.

Buster a dit…

Tss... je parie que vous n’avez regardé que les 10 premières minutes du 1er épisode... c’est vrai qu’il y a un côté Plus belle la vie si on se contente d’un extrait, mais la force de la série tient dans sa construction, les trois époques prises dans leur ensemble, il y a une forme de schématisme que je trouve très beau, qui fait que l’émotion n’est jamais recherchée, elle surgit subitement, presque par mégarde, au détour d’un regard ou de la fulgurance d’un plan...

Anonyme a dit…

Bonjour Buster,

Avez-vous vu Love with the Proper Stranger de Robert Mulligan ?

Buster a dit…

Oui je l'ai vu, très joli film... j'en dirai peut-être quelques mots

Strum a dit…

Bonjour Buster, l'Homme qui tua Don Quichotte est peut-être plein de trouvailles, mais Gilliam y rate à mon avis ce qu'il avait réussi avec son formidable Münchhausen, à savoir contrecarrer son pessimisme naturel par la force d'un personnage émouvant. Choisir un réalisateur qui n'arrive pas à réaliser Don Quichotte comme personnage central redouble la mise en abyme du film, mais comme ledit réalisateur est vain et antipathique, on finit par se désintéresser de ses aventures emboitées selon une structure gigogne ; le pauvre Don Quichotte est lui repoussé aux marges du récit (on lui vole même sa Dulcinée que Driver doit sauver), et l'absence du vrai Sancho Panza (géniale caisse de résonnaissance du roman par lequel passaient les émotions) se fait cruellement ressentir. On a l'impression que Gilliam été rattrapé par la malédiction du film irréalisable qui est le vrai sujet du film puisqu'il mène à la folie. Mais c'est sûr qu'il y a plus de vie que dans le Farhadi. Dans les films récents, Le ciel étoilé au-dessus de ma tête est pas mal du tout (même si c'est très influencé par Desplechin).

Buster a dit…

Bonjour Strum

Je ne vais pas défendre le film outre mesure puisque tout ce que vous dites est juste... mais c'est justement ce côté maudit du film le rendant à son tour impossible qui m'a plu... il y a là comme une sorte de vertige tant les éléments s'entrechoquent, on ne peut même pas parler d'emboîtements. Et puis je réagissais aussi par rapport aux autres films de Cannes, l'espagnolade de Fahradi, film incroyablement besogneux, les artifices fictionnels du Honoré, film sans rythme, et le dispositif "rentre dedans" du Brizé... Sinon pas encore vu le film de Klipper.

Griffe a dit…

D'accord avec strum pour vous recommander Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête, Buster. Par contre je ne vois pas le rapport avec Desplechin. Il n'y a nulle part chez Klipper cette mauvaise conscience qui rend les histoires de Desplechin si lourdes et si emmerdantes, aucun sexisme non plus (le dernier AD était d'une misogynie forcenée) ni aucune terreur infantile envers des figures supérieures d'autorité intellectuelle. Dans Le Ciel étoilé..., l'hystérie est dans les personnages, pas dans la mise en scène précise et posée, contrairement à celle d'AD. (Malheureusement la fin du film me donne tort, mais c'est la première heure que je retiens...)

Mina a dit…

à propos du film Don Quichotte, qui m'a plu. J'ai vu le film en ayant la lecture du livre de Cervantès très fraîche à mon esprit, la trame, les histoires, les hauteurs de pensée jusqu'aux détails, et au bout de ma lecture, le beau mystère d'un texte si dense et si complexe dans sa remise en cause des romans de chevalerie, tout en brossant la peinture d'un monde incroyablement chevaleresque.
Gilliam a pris un peu de tout dans l'oeuvre écrite, mais cela ne m'a nullement paru foutraque peut-être parce que j'avais justement la lecture toute fraîche à mon esprit, je jubilais plutôt de reconnaître tel passage, telle scène, tel détail et de voir comment il avait su en traversant de part en part toute l'oeuvre, en bâtir une nouvelle cohérence qui rendait à la fois hommage au texte tout en donnant une interprétation du don quichottisme, tirée de la substance même du texte : l'amour, en 2018, est le don quichottisme, l'aventure suprême entre Angelica, d'abord vierge puis putain, et Toby (j'ose un truc : possible d'entendre "to be" - être dans Toby ? Toby et Angelica). L'Autre, ce sage fou, jouer le jeu.
Très émouvante scène où Toby "bascule" dans le don quichottisme : Don Quichotte humilié, tombé du cheval de bois a laissé échappé des mailles de son collant vert ("laissé échappé des mailles" ce sont à peu près les termes de Cervantès), Toby touché par la réaction digne du vieil homme lui souhaite une "bonne nuit Votre Grâce". Il est entré par ces 4 mots dans l'autre monde.

Strum a dit…

A Griffe : j'ai pensé à Desplechin, car le point de départ du film (une famille signe un ordre d'internement contre un homme anticonformiste) est le même que celui de Rois et Reine, il y a un même goût de la citation (Pialat, Deleuze, notamment, sont ici cités par Klipper,sans compter le portait de Nietzsche) entre les deux cinéastes, il y a un travail approfondi sur le montage qui fragmente la narration selon une approche assez semblable chez les deux aussi. Voilà pour la forme, qui est le plus important. Après, sur le fond, il y a effectivement des différences.
PS : à propos de Sancho Panza, je voulais bien sûr écrire caisse de "résonance"... (une farce de mon clavier)

Griffe a dit…

La caméra bouge quand même beaucoup moins chez Klipper... Desplechin veut tellement être à la hauteur qu'il rate à peu près tout, on sent sa panique dans chacun de ses plans. Klipper a moins de complexes, ça se sent. La forme c'est le fond et vice-versa, on ne va pas jouer à les séparer, un film est un ensemble. Cela dit, montrer un extrait de Pialat ou un portrait de Nietzsche, Godard ou Civeyrac et tant d'autres peuvent le faire... Mais je vois ce que vous voulez dire, je pense simplement que ce qui différencie Klipper de Desplechin est plus important que leurs points communs.

Strum a dit…

"On sent la panique dans chacun des plans de Desplechin", "il rate à peu près tout" : manifestement vous n'aimez pas Desplechin, mais je vous trouve quand même un peu excessif, surtout si l'on parle de films comme Rois et Reine et Un conte de Noël dont on peut légitimement penser qu'ils ne sont pas sans avoir une influence sur Klipper. Sinon, certes, un film est un ensemble.

Griffe a dit…

J'ai aimé Jimmy P., mais effectivement je déteste tout particulièrement les deux films que vous citez...

valzeur a dit…

Hello Buster & Cie,

Pas eu le temps de revenir sur Fiertés que j'ai hélas vu jusqu'au bout et que je trouve indigent de nullité de A jusqu'à Z. La bêtise et la vulgarité du Feuilleton s'y entrechoquent comme dans une coque vide. Par décence, je ne révèlerai pas au Monde innocent les péripéties grotesques qui s'y enchaînent (je sais me retenir, même si c'est dur). Le traitement de Faucon se réduit à l'évitement de la chair et de la profondeur, ce que favorisent les multiples et très pratiques ellipses. Quant à Frédéric Pierrot, c'est Jean Gabin en phase terminale, et rien de plus. Contrairement à vous, je ne vois que militance idiote et presque assumée (tant mieux si c'est un néologisme). Hier, nous discutions avec Griffe et un ami à lui après l'horrible Blow out revu à la Cinémathèque : pourquoi les films homos d'il y a une génération étaient des oeuvres aussi marquantes que Happy together ou même plus lointainement Le Droit du plus fort, et pourquoi aujourd'hui on a Fiertés et Plaire, aimer et courir vite ?

Comme on est maso avec Griffe, on a vu le dernier Mazuy en projo de presse et c'est encore pire que le dernier Yann Gonzalez. J'ai toujours haï son cinéma mais Sport de filles, c'est la Règle du Jeu à côté. Vous allez certainement lui trouver des excuses, j'ai hâte par avance (toute la salle était embarrassée devant le désastre).

Buster a dit…

Fiertés vulgaire?? Euh vous êtes sûr qu’on parle de la même chose? On peut reprocher à la série une sobriété excessive, un certain manque de charisme, son côté schématique… moi c’est surtout le titre que j’aime pas, mais la vulgarité???

Et tiens, puisque vous évoquez le Droit du plus fort, avez-vous vu la série Huit heures ne font pas un jour?

valzeur a dit…

Hello Buster,

Ce qui est vulgaire dans Fiertés est l'enchaînement feuilletonnesque de situations outrées, schématiques, grotesques que Faucon traite avec une sorte de franchise honteuse, l'équivalent esthétique de sa timidité.

Oui, bien vu Huit heures ne font pas un jour qui est l'une des plus grandes réussites de Fassbinder, et certainement sont oeuvre la plus solaire et surprenante. On peut émettre quelques réserves devant une ou deux manifestations d'un humour, disons, allemand, mais il y a de glorieuses séquences (notamment la fête de mariage) pour ne rien dire de l'interprétation géniale de tous les interprètes.

Buster a dit…

Hello valzeur, bon… moi j’ai surtout vu dans Fiertés un mélange d’élémentarisme et de pudeur qui tranche avec l’aspect racoleur de la plupart des films gay.

Entièrement d’accord sur le Fassbinder, ce que j’ai vu de mieux cette année avec le PTA.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Elémentaire, oui, et même primaire ; la vraie pudeur dans ce genre de sujet serait de mettre en scène des situations réelles arrivant à des personnages vivants. Or, chez Faucon, ceux-ci ne sont que les porte-manteaux de diverses causes déroulées dans le temps qui illustrent les combats de la communauté gay, tous présentés sans distance comme nobles et justes.
Plus grave, il n'y a aucune chair, ni désir dans cette mini-série. Et Faucon ose le coup d'un personnage principal en couple pour la vie avec son premier amant qui n'est pas son style, qui a 20 ans de plus que lui et le SIDA (en plus joué par Stanislas Nordey, bref tout pour plaire...). De qui se moque-t-on ?
Ne parlons pas de la diversité visible (merci à l'argent des fonds CNC correspondants) ; j'avais parié sur un fils adoptif noir ou asiatique, j'avais tort puisque ce sera au final un jeune latino à cheveux longs. Jusqu'au bout, la convergence des luttes (et de la connerie...)
J'échange tout Fiertés contre Torch song trilogy, dont Faucon s'inspire visiblement, et qui, quoique que gros mélo qui tâche, dégageait bien plus d'émotion et de justesse que ce naveton bien-pensant.

Buster a dit…

La série n'a pas la force des autres films de Faucon comme la Trahison, la Désintégration, Fatima... ou pour rester dans le sujet, Muriel fait le désespoir de ses parents (déjà sur l'homosexualité) et Sabine (déjà sur le sida), deux films magnifiques de sensibilité... Là, ce qui peut desservir la série c'est sa structure un peu trop rigide (production télé oblige?), centrée sur des événements politiquement déterminants, ce qui rend le film un peu trop emblématique, quoique j'aime cet aspect en blocs bien distincts, ça contribue au côté "brut" (mais pas vulgaire) de Fiertés, mais surtout permet d’élargir à d’autres thèmes, sans le discours édifiant de ce genre de film... Faucon ne cherche pas à imposer un style, un point de vue, il pose juste son regard, si les personnages n'ont pas d'épaisseur, c'est au niveau romanesque, on reste dans une forme de réalisme, non stylisé, à l'écriture minimaliste, où tout se joue dans le rapport aux autres, par delà les stéréotypes et le côté bien-pensant, c’est ainsi que les personnages existent et finissent par être touchants…

valzeur a dit…

La vulgarité réside pour moi dans cette fausse neutralité du regard qui fait mine de ne pas prendre parti, alors que structure et enchaînement des péripéties revendiquent clairement le soutien aux causes défendues.
Toute fiction sur l'homosexualité se doit aujourd'hui de figurer le grand Autre absolu, l'Homophobe qu'il faut rééduquer ou mettre hors état de nuire. On n'y échappe pas dans Fiertés avec Frédéric Pierrot, vilain homophobe devenu père compréhensif quoique maladroit et, dans le registre indécrottable, le frère de la copine du latino adopté à gueule de boys band qui se fait casser la gueule par celui-ci.
En fait, je pense que Faucon comme tout cinéaste "engagé" (ou de gauche à la con, si vous préférez) a en vue l'édification de son public télévisuel, qui imagine-t-il certainement, a peut-être encore des préventions contre l'homosexualité. Aussi doit-il le convaincre que c'est tout pareil que l'hétérosexualité ou presque (le couple qui résiste au Temps, l'inscription dans la Famille). Comme ce public est dans son idée quand même un peu bête, il doit tout schématiser et bien souligner, ce qui fait qu'on est vraiment dans du pédagogique con-con.
Faucon oublie que les consciences à éveiller sur l'homosexualité ne se faderont jamais une merde pareille. Fiertés ne fonctionne donc que comme un miroir idéal tendue à la communauté LGBT qui s'admirera et écrasera une larme devant l'expression de ses malheurs et bonheurs pensés pour le plus grand nombre.
Personnellement je trouve cela repoussant, et qu'un esthète comme vous, Buster, s'y laisse prendre me déprime au plus haut point.

Buster a dit…

Salut valzeur… mouais, toujours excessif… je ne crois pas du tout que Faucon soit dans l’édification du téléspectateur… il part plutôt d’éléments déjà acquis, le combat des homosexuels pour l’égalité des droits, l’homophobie, le regard de la société mais aussi des proches, etc. qu’il regroupe (c’est cet effet compil du fait du découpage en trois périodes symboliques qui donne à l’ensemble ce côté démonstratif, pour le coup pas très heureux, je le reconnais, mais c’est aussi le problème des films de commande), d’où des situations attendues, on peut même parler de clichés, mais qui sont là comme situations de base, réelles (il ne va quand même pas nous montrer des méchants pédés en train de casser de l’homophobe!) à partir desquelles, via une fiction minimale, une mise en scène discrète et concise, se dégage la part de vérité qui pré-existe aux stéréotypes même les plus ancrés, ça passe le plus souvent par pas grand-chose, un regard, un geste, un silence… c’est très tenu, très fragile, je sais que vous détestez ça, la question de l’esthétisme ne se pose pas puisque ce n’est pas l’enjeu de ce type de film, Fiertés souffre un peu de sa construction, je l’ai déjà dit, ça donne un côté bétonné au récit, mais ça tient, c’est sobre (pas comme chez Campillo), ça sonne juste (pas comme chez Honoré), on y croit…

valzeur a dit…

Hello Buster,

Désolé, mais le Campillo devant lequel vous faisiez la fine bouche il y a un an est une immense réussite à côté de Fiertés, pour tout dire pratiquement irregardable (je l'avais conseillé comme nullité globale à Griffe qui n'a tenu que 10 minutes et s'est même étonné que j'ai pu le voir jusqu'au bout).
Cette part de vérité que vous y voyez, je lui donne un nom beaucoup plus simple : idéologie, et le bon vieux coup des regards et des silences (spolier : sensibilité) n'y fera rien : Fiertés est un soap poussif et honteux qui vise Vecchiali et atteint Plus Belle la vie.
Je préfère même le Honoré (d'un poil du cul, ceci dit).

Buster a dit…

Idéologie, pff… Toujours pareil, prêter au réalisateur des intentions qu’il n’a pas, le juger là-dessus et nous jouer les grands indignés... La série a ses limites, je ne vais pas me répéter, mais n’y voir que ce qu’on veut y voir, ça clôt la discussion, j’ai plus rien à dire. Salut.

valzeur a dit…

Les intentions d'un réalisateur butent souvent sur ses limites qui les transforment en d'autres choses, pas forcément pour le meilleur.
Je note que votre conception de la sobriété condamne les ficelles du Campillo mais sauve les cordes à noeuds du Faucon... Au plaisir.

Amin a dit…

Vous fâchez pas Buster, on sait tous que Philippe Faucon est un ami à vous

Buster a dit…

Viens de voir le Ciel étoilé au-dessus de ma tête… très bon film en effet, j’en reparlerai… (heureusement que j’avais pas lu la critique de Murielle Joudet avant, le papier est un résumé complet du film)

Vu aussi Cinq et la peau, le film de Rissient, là en revanche, je suis beaucoup plus mitigé...

citation a dit…

“On pleure pendant Fiertés parce que… on ne peut que pleurer. Sauf si on est un 'enfant gâté' de l’époque, sauf si on se délecte du cynisme au cinéma, sauf si on considère que les émotions humaines sont une abomination ou une faiblesse. C’est du reste ce que pensait Hitler : que les émotions sont de la sensiblerie. Il est intéressant de voir que ces pisse-froid rejoignent Hitler en esprit, non ? En tout cas, s’il y a une guerre, je n’aimerais pas être dans la même tranchée que ceux qui trouvent qu’il y a « trop » d’émotion dans Fiertés". (Philippe Faucon)

Anonyme a dit…

Amin, je crois que vous confondez Philippe Faucon et Philippe Fauvel :)

Renaud Poit a dit…

Bon alors, ce "Ciel étoilé" ?

Buster a dit…

Ouais ouais, ça arrive...

Buster a dit…

Et voilà... quelques mots sur le Ciel étoilé...

Je ne vais pas vous raconter le film, tout le monde l’a fait... juste rappeler que le Ciel étoilé au-dessus de ma tête est un film extraordinaire. D’abord parce que c’est un film de chambre en mode comédie, ce qui est rare, surtout parce que c’est un vrai film de la marge, autrement dit loin du "centre" que représentent la plupart des comédies françaises aujourd’hui, par sa façon, faussement chaotique, de se déployer, qui ne ressemble à rien de connu, de déjà vu... un film à la singularité extrême, donc, original sans chercher à l’être, à l’image de son personnage principal, Bruno, écrivain "exalté" (dixit l’auteur, Ilan Klipper), qui vit cloîtré (avec comme seule compagnie une perruche - outre sa jeune et jolie coloc, Justyna, et les femmes qui passent dans son lit, sans rester), absorbé par l’écriture mais dont il ne sort rien de solide, tout ça depuis qu’il a connu, c'était il y a 10 ans, son premier et unique succès littéraire, le film ménageant d’emblée une sorte de flou quant à la réalité psychique du personnage (est-il fou, en plein trip créatif, ou les deux?).
Pour autant, quand bien même cette exploitation du thème, bien connu lui, de la frontière, ténue, qui existe entre art et folie, est l’occasion de scènes délicieusement burlesques, loufoques autant que poétiques (les acteurs sont au diapason, Laurent Poitrenaux en tête), autre chose se devine, émergeant progressivement, conférant au film toute sa profondeur. Pour le dire autrement: le film n’est pas que drôle, il est aussi bouleversant. Et cela tient à l’autre thème, qui court en arrière-plan, celui de l’émancipation (donc de la liberté), thème redoublé par la figure de la colocataire - Justyna est une Femen en rupture de ban elle aussi -, et renforcé par celle de la famille juive, parce que c'est toujours étouffant une famille juive, même à 50 ans.
Qu’en est-il de cette émancipation? Au risque de délirer, mais le film s’y prête, je dirais que Klipper fait le choix de la régression, ou pour parler deleuzien, celui du devenir-mineur (ce qui au passage fait écho au travail créateur, tel que le film nous le montre, quelque chose de régressif et sale, où l’on s’expulse de soi-même), soit un devenir-enfant ("Nous sommes comme des gamins", dit Bruno à Sophie à la fin du film, ce que suggérait la référence à Police, le film de Pialat, avec Depardieu et Marceau), Deleuze étant aussi convoqué à travers l’image de la tique (équivalent animal d’un mode de vie mineur, en l’occurrence plus que mineur, qui ne vit que de ses affects, jusqu’à l’épuisement), bref qui s’oppose au devenir-majeur de Kant, le majeur en tant qu’être capable de penser par lui-même, et donc ne dépendant pas d’une autorité extérieure, ce que le basculement dans la folie (créatrice ou non) remettrait en cause. On notera que si le titre du film privilégie la première moitié de la formule de Kant: "le ciel étoilé au-dessus de moi", au détriment de la seconde: "la loi morale en moi", c’est peut-être que le choix est aussi celui de l’infini (la voûte céleste, ici "l'instant magique" que constitue la rencontre amoureuse), ce qui vous arrache à votre environnement: social, familial..., sur la loi, dans ce qu'elle a de moral et de rationnel, la loi au fond de vous, censée vous élever au-dessus de votre condition animale. Il y a là finalement, dans cette "régression" du personnage, quelque chose de sublime.

Griffe a dit…

Bravo Buster, c'était pas évident de mettre les mots justes sur ce très beau film...

On est loin de Desplechin, de ses régressions minaudantes comme de son sublime en plastoc !

Buster a dit…

Merci Griffe.

mircea a dit…

vu cinq et la peau aussi.. enfin, je suis sorti, j'ai pas tenu...
le film est très dérangeant pas forcèment dans le bon sens

Buster a dit…

Moi j'ai tenu jusqu'au bout... j'ai même écrit un truc:

Cinq et la peau, c’est un peu l’anti-Plateforme, du pré-Houellebecq baudelairisé... une forme non pas plate mais surélevée, sur plusieurs niveaux (du journal intime aux carnets de voyage en passant par l'essai poétique), comme la voix off, saturée de citations (de Lang à de Leon, en passant par Walsh et Brocka, de Whitman à Pessoa en passant par les romantiques anglais), hantée de disjonctions (le dehors et le dedans, la peau entre le monde et le moi, Manille, qui n’a pas de centre, et Ivan, en quête du sien)... noyée d’alcool (le cinq et la peau, cinq parfums plus l’écorce...), d’images et de couleurs, saisies dans la ville, de bars en hôtels, la nuit, le tout bercé de jazz (Blue moon, Bye bye Blackbird)... s’agrégeant d’objets divers, qu’on rassemble dans une malle... Et puis il y a la femme, invariablement recherchée, comme la chanson d’amour qui toujours recommence... les cinq sens, l’empire des sens... Sada est là d’ailleurs, mais nulle corrida, si ça jouit c’est à l’extérieur, des cris entendus dans la chambre d’à côté, ou de l’intérieur, à l’intérieur de soi, en silence... la jouissance divisée. C’est dire si le film de Rissient, sa facture, est quand même daté - il n’y a pas l’intemporalité qu’on trouve chez Duras - et que son côté ultra-cultivé le rend par moments indigeste, ce qui fait que ce sont les vues de Manille, la part documentaire du film, qui finalement sont les plus passionnantes... Surtout il y a, indépendamment de la forme, ce que ne dit pas le film, mais laisse supposer, de ce qu’il en est exactement de la quête du personnage... A la longue, on ne peut s’empêcher de trouver un peu fumeux toute cette dimension poético-existentielle. Comme si, à travers la vision de la femme, et son corps ici de jeune fille, vision esthétisée autant que dégradante, autre chose avançait masqué, de moins noble qu’un dandysme de bon aloi. Et au bout du compte de se demander si on n’est pas là plus près de Matzneff que de Nerval.

Buster a dit…

Sur les 7 déserteurs de Vecchiali.

Le film est dédié à Fuller, Bernard, Wellman et Godard. Dans l’ordre. C’est sur la guerre, mais en vrac, c’est-à-dire sans ordre, ce qui n’empêche pas Vecchiali, un ancien de l’X, d’y faire preuve de sa rigueur habituelle. Les sept déserteurs font penser aux sept contre la mort, le dernier Ulmer, sauf que là, ça ne se passe pas dans une caverne, mais dehors, dans des décombres, au milieu de la nature (l’arrière-pays niçois), ce qui donne un petit côté straubien au décor, genre Ouvriers paysans, sauf qu’ici, il n’y a rien à reconstruire, pas d’illusion, le désespoir est total, ce qui éclaire la campagne du film d’une lumière plutôt tchékhovienne.
La guerre donc. C’est monologué, dialogué, chantonné... il y a d’ailleurs une chanteuse, Simone Tassimot, déjà présente dans les derniers Vecchiali, comme Pascal Cervo et Astride Adverbe, le couple des Nuits blanches... de nouveau réuni, Marianne Basler, la rose de Vecchiali, peut-être le coeur fantôme du film, et trois nouveaux, Bruno Davézé, Ugo Broussot, Jean-Philippe Puymartin, par ordre de... disparition, tous venus de la scène. Le film c'est ça, du "petit théâtre en plein air": quelques tréteaux, un texte et des comédiens, voix claires dans la clairière. C’est simple, intelligent, généreux. Et le dernier plan, avant le générique (guitryen) de fin, la main tavelée de Vecchiali (comme celle de Visconti au début de l’Innocent), éteignant le magnétophone - les bruits de la guerre - qui était dissimulé dans l’herbe, est absolument magnifique.

Anonyme a dit…

Si les acteurs jouent aussi mal que d'habitude, je serai le 8ème...

Anonyme a dit…

Et Train de vies ?

Buster a dit…

Vu aussi mais j'ai pas aimé...

Buster a dit…

Trois visages de Jafar Panahi.

Rappel: Chez Kiarostami la simplicité du dispositif n'a d'égale que l'extraordinaire foisonnement d’images sur lequel il s'appuie. C’est que son oeuvre repose sur un soubassement infiniment plus fécond que le dispositif, plutôt aride, qu’il érige en surface (le film dans le film, la voiture-caméra...). Elle relève à la fois de la tradition néoréaliste (le film comme dévoilement du réel) et de l’avant-garde conceptuelle (le dispositif comme questionnement sur sa propre réalité) mais s’en distingue aussi par l’impressionnant socle/stock d'"images" dont elle se nourrit, toutes ces images, non iconiques, que véhicule depuis toujours la poésie iranienne. C’est là que trouvent leur source des motifs aussi prégnants que la circulation et la répétition: de la sinuosité des routes de montagnes - les fameux chemins en Z - aux mouvements répétés des personnages, de l’obstination dont font preuve ces derniers à la mise en abyme de l'oeuvre elle-même. Des motifs qui sont d’abord des éléments structurels, équivalents du leitmotiv et de la trame dans la poésie et la musique. Ainsi, pour ne citer qu’un exemple, les mouvements de va-et-vient, tous ces allers-retours, tels ceux de l’écolier entre les deux villages pour retrouver le propriétaire du cahier dans Où est la maison de mon ami?, ou encore ceux du documentariste sur la colline pour mieux capter sur son mobile les appels téléphoniques dans Le vent nous emportera. De la circulation et de la répétition, Ten - la dame dans l’auto avec des lunettes et un foulard - n’était plus que cela... le dispositif poussé à l'extrême.

Avec Trois visages, Panahi rend donc hommage à Kiarostami. Non pas en copiant le maître mais en s’appuyant, à l’exemple de celui-ci, sur un ensemble de motifs et d’images, qui viennent non plus directement de la poésie mais de Kiarostami lui-même, ce qui certes rend l’hommage un peu trop voyant par moments, mais surtout enracine le film encore plus profondément dans la culture iranienne, comme s’il fallait passer par Kiarostami, son oeuvre, pour atteindre ce qui fait l’Iran aujourd’hui, plus précisément la femme iranienne, à travers ces trois figures d’actrices: elle, grande vedette de séries télé; elle, jeune fille des montagnes, empêchée par sa famille/son village d’aller au conservatoire; elle, ancienne gloire du cinéma iranien, celui d’avant la révolution, et depuis bannie, vivant recluse à l’écart du même village. Cette dernière, Shahrzad (de son vrai nom Kobra Saeedi), existe réellement, point aveugle du film - on ne la voit pas, ce n'est qu'une silhouette - et en même temps ce vers quoi tend le film, dont elle constitue une sorte de centre fuyant, la ligne que trace Panahi, dans le rôle ici du conducteur-traducteur (du persan au turc et inversement), délaissant progressivement l'aspect purement kiarostamien du film - portant par là même un regard plus chaleureux que celui de Kiarostami sur ses personnages, ce que favorise la bonhomie du réalisateur -, pour culminer dans la dernière partie, succession de moments éblouissants, comme par exemple la rencontre entre les trois femmes, filmée de loin la nuit (juste des ombres chinoises, en train de danser derrière une fenêtre), finale d'autant plus beau et émouvant qu'on touche là à quelque chose d'"alchimique", aboutissement logique d'une mise en scène fluide et constamment inventive, qui dépasse les conditions de tournage, l'assignation à résidence de Panahi, l'hommage à Kiarostami, pour accéder à la pure poésie (tel ce poème écrit par Shahrzad et qu'elle récite, voix off, lors du dernier plan), la poésie comme espace de liberté, qui s'oppose à ce qui régit encore la société iranienne (le poids des traditions, le culte de "l'homme viril"...) et offre à la femme l'espoir d'une autre vie, à l'instar de Marziyeh, la plus jeune des trois, dévalant la route, tout voile dehors, vers de nouveaux horizons.

mircea a dit…

Comme si, à travers la vision de la femme, et son corps ici de jeune fille, vision esthétisée autant que dégradante, autre chose avançait masqué, de moins noble qu’un dandysme de bon aloi.
Vous le formulez très bien Buster.