mercredi 4 avril 2018

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Notes sur quelques films (hiver 2018):

Phantom thread de P.T. Anderson ***
Un film magnifique, à vrai dire le premier de PTA que j’aime totalement, parce que sans réelle "boursouflure" - si le style est grandiose c'est celui qui sied à la haute couture, l’ampleur de la mise en scène s’accordant avec le volume des robes et leur mouvement (seule réserve, la musique, trop présente, quand bien même certains passages, signés Jonny Greenwood, sont très beaux), des robes pourtant pas toujours très belles, elles, il faut bien l’avouer, car évidemment chargées sur le plan symbolique (certaines rappellent Blanche-Neige, autant l’héroïne de Disney que l’image de la marâtre), écho non pas au style de l’époque (la mode mon cul, dit en substance Woodcock) qu’au secret familial, le fameux "fil fantôme" (la figure de la mère disparue, peut-être dépressive - cf. son image, fixée le jour de ses noces) qui vient ici nourrir les créations du grand couturier, en même temps que les phobies et autres obsessions du petit garçon qu'il est resté (ce qui le rend doublement tyrannique), en quête d’une autre "mère", qui ne soit plus sa sœur Cyril, la "old and so and so" (semblable à la Mrs Danvers de Rebecca - sous-texte queer?), mais bien la jeune et entêtée Alma, à la fois modèle et muse, pas très raffinée mais aux mensurations parfaites, en tous les cas décidée à s’occuper de lui, à rassasier le "hungry boy" (la scène de la rencontre, autour d'un petit-déjeuner copieux, est géniale) jusqu’à l’extrême, la passion "venimeuse", quasi SM, à condition qu’il la regarde, qu’il arrive à soutenir son regard, et qu'il oublie celui, triste et sans reflet, de la mère... le lâcher-prise qui, au contraire de la sublimation, lui permettra enfin d'aimer.

Madame Hyde de Serge Bozon ***
Transmission, partage, interaction... point, ligne, surface... Madame Hyde est un film étonnant, à tout point de vue, qui va à l’essentiel, sur l’école, le savoir, apprendre à réfléchir, non sans détours, trouées et autres ruptures, comme si le film, pour aller directement de son point de départ (Madame Géquil, professeur de physique, effacée, dépassée, piètre pédagogue) à son point d’arrivée (la nouvelle madame Géquil, plus performante mais dont l’énergie s’épuise), en passant par la ligne Malik (l’élève handicapé), devait viser la part réfléchie, secrète, de Madame Géquil, en l’occurrence Madame Hyde, son "négatif" luminescent... et inversement: du Malik mauvais élève au Malik bon élève, en passant par la ligne Géquil/Hyde... Ça se passe en banlieue (les jeunes de la cité, le rap), dans un décor "mondrianesque" (le lycée), géométrie et abstraction, pour parler de choses concrètes (sociales, politiques)... c’est le "challenge/pari" du film, comme faire du TPE en classe de technologie, le tout traversé d’une douce inquiétude, comme dans tous les films de Serge Bozon (même Tip top et son versant nocturne), la violence, réelle, de la cité se négativant, elle aussi, à travers le beau personnage de M. Géquil, celui qui "pianote"...
De bruit et de fureur, le film de Brisseau, on y pense, mais moins pour l’image de la banlieue (ici c’est plus tourneurien que faulknérien), hormis l’embrasement final, réduit à une vignette, que pour la dimension fantastique, forcément plus développée (Huppert transformée en "dame-lumière", trucage judicieux mais pas très heureux dans son résultat, qui rappelle les apparitions de la femme-ange dans le Brisseau), ainsi que le rapport Géquil/Malik (comparable à celui entre Fabienne Babe et le jeune Bruno, ainsi que son copain asocial joué par Frédéric Négret, lequel d’ailleurs fait aussi une "apparition" dans le Bozon, confortant le lien entre les deux films - la transmission est également au niveau cinéphile). Bref, un film non pas foudroyant, au sens de brutal ou d’explosif, mais plutôt terrassant, dont les personnages, transfigurés (comme les clichés sur la banlieue), ne peuvent sortir indemnes, l’effet se prolongeant, telle une consumation à petit feu... le prix à payer pour passer le flambeau. Ce qui rime avec beau.

La Belle et la belle de Sophie Fillières ***
La belle et la belle. Elle et elle... beau film miroir en rouge et bleu, qui sait jouer, malicieusement, avec les mots, comme le Ruzzle du début, qui sait jouer, tout aussi malicieusement, avec le temps (20 ans d’écart qui se télescopent), le présent qui sous les traits de la Belle rousse en bleu réactive le passé de la Belle blonde en rouge - sera-t-il modifié? - en même temps qu’il réinvente l’avenir, celui rouge-bleu des deux belles avec lui. Elle(s) et lui, qui n’aura pas tout compris.

Lady bird de Greta Gerwig ***
Ah Lady bird, la dame oiseau, la damoiselle, demoiselle non pas en détresse (comme chez Stillman) mais dans l’impatience de l’envol, qui fait du premier film de Greta Gerwig un film empressé (on pense à Miss America de Baumbach), aux scènes précipitées, se succédant sans temps mort (pas le temps d’attendre), et pourtant d’une application absolue, vis-à-vis de ses personnages, même les plus secondaires (on pense à Boyhood de Linklater). De sorte que tout sonne juste dans cette chronique douce-amère de l’adolescence - la dernière année de lycée et les premiers amours - sur fond de déprime généralisée (ça se passe après le 11 septembre), le rapport mère-fille, forcément conflictuel, que Greta Gerwig magnifie sans tomber dans la dramatisation excessive (au contraire, ici, un modèle de sensibilité et d’intelligence). D’où la structure si particulière du film, associant attachement et heurt, angoisse de la perte et envie d’ailleurs (qui ne soit pas que le "bon côté de la voie ferrée"), à l'image des premières œuvres quand elles cherchent, inquiètes, à s’émanciper, à se libérer de leurs influences sans nécessairement les renier. Lady bird est de celles-là et c’est très beau.

Seule sur la plage la nuit et Claire's camera die Hong Sang-soo **
HSS ou l'art de la congruence. A quoi tient le plaisir que procurent les films de Hong Sang-soo? Peut-être à ceci: l’adéquation qui existe entre l'œuvre, très bazino-rohmérienne (réalisme, économie), délestée de toute fioriture esthétique, de tout gras narratif (à ce niveau Claire’s camera atteint, via les photos polaroïd, une sorte de point limite), et ce que visent les personnages eux-mêmes: que leurs émotions, ce qu'ils ressentent, soient en concordance avec leurs idées, les décisions qu'ils ont à prendre, et la façon de les exprimer - sans recourir à l'alcool -, expliquant non seulement le jeu de reprises et de variations qui structure chaque film de Hong (à la manière d'Ozu), ainsi que l'impression de mélancolie, surtout féminine, quasi durassienne, qui dorénavant s'en dégage (dans Seule sur la plage la nuit: une femme, l'hiver, la mer... Hambourg, Gangneung... la tristesse et l'adagio du Quintette de Schubert, comme dans Savannah Bay), mais aussi le fait que c'est bien dans les interstices du récit que les changements opèrent, non tangibles et pourtant suffisamment sensibles pour que le spectateur les saisisse, qu'il éprouve le "devenir" ainsi à l'œuvre dans les films de Hong Sang-soo - dans Claire’s camera "la seule façon de changer les choses c'est de les regarder à nouveau, très lentement" - et s'en délecte.

Pentagon papers de Steven Spielberg **
Question féminisme, Pentagon papers c'est sûr, c’est pas "Pentagone girl"... Pour autant l'aspect féministe du film est loin d’être convaincant, il y a un côté Potiche dans le portrait que dresse Spielberg de Kay Graham (Meryl Streep) qui, et quand bien même tout ça serait assez fidèle, donne du personnage une image un peu mièvre... Peut-être que Spielberg aurait dû explorer davantage le dilemme décisionnel de Streep, en tant que patronne de presse, le choix entre risque (celui de perdre des investisseurs au moment où le journal entre en bourse) et incertitude (quant au verdict de la Cour suprême autorisant ou non la publication des documents: liberté de la presse vs. sûreté de l'Etat), soit le paradoxe d’Ellsberg justement (la "source", celui qui est à l’origine des fuites), pour dépasser l’aspect bien-pensant qui se dégage progressivement du film et ainsi nous éviter son finale de bons sentiments, avec toutes ces femmes sur les marches, à la sortie du tribunal, faisant à Streep comme une haie d’honneur. Heureusement il y a la partie proprement journalistique. Et là quel régal! Si Spielberg pèche souvent au moment de conclure, il est par contre toujours aussi fort dans sa manière de conduire un récit, d’y entremêler plusieurs actions, comme de jouer avec les ressorts dramatiques. A ce titre, Pentagon papers est un modèle du genre. Mécanique parfaitement huilée, la machine tourne à plein régime. Comme les rotatives du film. Comme Tom Hanks (dans le rôle de Ben Bradlee), qui ici a un faux air de William Holden (époque Network) et se révèle d’une efficacité redoutable... Comme en son temps le "Green river" de Creedence qui ouvre le film, prônant le "retour à la maison". Loin du Vietnam.

Le 15h17 pour Paris de Clint Eastwood **
Nonobstant la partie "enfance des héros" qui sonne un peu faux (les réparties et les jeux de physionomie des enfants sont ceux d'adultes) et le blabla sur l'héroïsme, à l'image du finale "élyséen" dont on se serait bien passé, le dernier Eastwood est plutôt une réussite, par son côté expérimental, les acteurs du fait divers dans leur propre rôle, bien sûr, mais aussi l'agencement du film: la légèreté de la partie touristique, volontairement insignifiante (les selfies sur fond de carte postale...), versus la violence de l'attentat, cette manière de faire surgir le Réel non pas dans la fiction mais dans la réalité, dans ce que celle-ci peut avoir de plus banale, ça donne un aspect moderne au film sans qu'Eastwood cède (il en est de toute façon incapable) à la tentation moderniste, toujours prétentieuse, à la différence de ce que nous auraient donné, sur le même sujet, des cinéastes comme Bonello ou Dumont (avant son virage comique).

Que le diable nous emporte de Jean-Claude Brisseau **
Mais il est où le diable? Deux étages au-dessus, adepte de la méditation, aidant à s’envoyer en l’air, jusqu’au plafond, et plus loin encore, au-delà des nuages, les filles du dessous, des filles perdues, en quête d’extase et par-là même de renaissance... C’est d’une générosité folle, à l’image du petit déjeuner offert à Suzy Prim (ha ha), d’une naïveté confondante, à l’image de tous ces trucages numériques, érotiques et cosmiques, particulièrement kitsch, auxquels se livre Brisseau, c’est surtout très drôle, comme dans les comédies américaines, qui voit l’amour se décliner à coup de poêle sur la tête, pour que l'autre se calme, puis en lui versant l’eau d’une cruche, toujours sur la tête, pour qu'il se réveille... Brisseau cite Pouchkine, le diable donc, mais aussi Bresson (le vent souffle où il veut... pour aller jusqu’à toi, quel drôle de chemin, etc.), jusqu’à tout balayer dans un grand éclat de rire. Jubilatoire.

Ready player one de Steven Spielberg *
Si vous aimez les films mainstream de Spielberg et l’univers du jeu vidéo, si vous aimez la pop culture et les années 80, si vous en avez surtout la nostalgie, alors Ready player one est fait pour vous. Sinon, il faudra vous blinder pour endurer cette chasse à l’œuf dans l’OASIS, monde virtuel dans lequel s’est réfugiée une grande partie de la population (le film est une fable rétro-futuriste qui se passe en 2045), véritable débauche d’effets spéciaux, le mouvement allant crescendo à mesure que les clefs de l’énigme sont trouvées (Ready player one c’est aussi Fort-Boyard en mode cyberpunk)... Alors oui, on peut s’amuser à repérer les références, le film en est bourré, ça déborde même de partout, les geeks s’en donnent à cœur joie (j’en connais qui ont déjà vu le film trois fois)... mais bon, c’est aussi très futile, la faute non seulement à ce trop-plein référentiel, mais aussi à la trop grande importance accordée par Spielberg à la partie "virtuelle" du film, au détriment de la partie "réelle". Le début est pourtant prometteur, tant que n’a pas été franchie la première étape, avec cette ouverture sur les mobil-homes empilés, rappelant Fenêtre sur cour d’Hitchcock... on espère une dystopie, dans le genre de A.I. ou Minority report, voire un récit post-apocalyptique comme la Guerre des mondes... las, si la course de voitures est plaisante, peut-être parce que pas directement liée au jeu vidéo (le cinéma s’en est largement nourri), le reste n’est que pur ludisme, où se mêlent simulacre, esprit de compétition et vertige - on pourrait analyser le film à l'aune de la classification des jeux de Roger Caillois... Rien de désagréable, ni d’ennuyeux, mais un sentiment de saturation qui vous gagne de plus en plus, l'impression que cette histoire de dépit amoureux (à l'origine de tout), au lieu d'alimenter le récit, n'a servi que de prétexte, se désagrégeant dans l'orgie numérique et les clins d'œil eighties, de sorte que ne reste plus à la fin, moins l'amour de l'entertainment, dont on ne discutera pas la sincérité chez Spielberg, qu'une forme d'idolâtrie, concernant toute cette culture, si démesurée que le film n'est plus que ça: une grosse machine à recycler des images.

Mektoub my love d'Abdellatif Kechiche *
Il faut avoir le soleil dans les yeux pour s'enflammer, à l’image de la plupart des critiques, pour ce qui leur apparaît comme un pur chef-d’œuvre, film gorgé de lumière, brûlant de désirs, qui respire la sensualité, d’autant que délesté de toute lourdeur sociologique, à la différence des précédents Kechiche, s’offrant au spectateur comme un hymne à la vie, à la jeunesse, à la beauté des corps, filmé sans retenue, avec gourmandise, même si c’est souvent à hauteur de cul, le cul des filles (ah celui d’Ophélie, tout un poème), parce que là, non, c’est différent, le male gaze, ou plus simplement le fantasme de l’homme pour le fessier féminin, fantasme pas spécialement maghrébin, ce que Fellini appelait la cullité fondamentale (en même temps ça se passe à Sète, le pays de Brassens, ça se passe aussi pendant l'été 1994, ce qui m'a rappelé la série télé "Tous les garçons et les filles de leur âge", mais l'analogie s'arrête là)... le male gaze, donc, serait "désexualisé" par la distance qu’instaurerait Kechiche, via le personnage d’Amin, faux alter ego, dont le voyeurisme n’aurait rien de machiste et encore moins de pervers puisque c’est un artiste en herbe (la preuve, il veut faire des photos de nus avec Ophélie, depuis qu'il l'a surprise en train de faire l'amour avec Tony, le cousin, c'est la scène originaire du film), qui fait que c’est le regard du jeune homme, fasciné, à la fois troublé et intimidé, et non celui de Kechiche, direct, frontal (comme dans Vénus noire), qu’il faudrait prendre en compte...
Distance mon cul, si je puis dire. Amin n’existe pas... peut-être existera-t-il dans le canto due, je ne sais pas, on verra, mais ici le personnage est trop lisse, trop inconsistant en termes de fiction - c’est le chéri à sa maman, le confident des filles, doux comme un agneau - pour se réapproprier le regard du cinéaste. Certes il est censé incarner la part documentaire du film dont il serait la caméra enregistreuse, qui se veut le plus neutre possible, pour saisir le réel, y traquer la vérité derrière les images, comme lors des scènes qui se passent dans la bergerie, lieu où se transformerait le regard, loin de la plage et de la boîte de nuit, partage un peu bébête, renforcé par les correspondances entre les brebis, et leurs grosses mamelles, et Ophélie (qui "fait le lait", dixit Tony), les rondeurs de son corps, jusqu’au grand moment d’épiphanie que constituera la naissance des deux agneaux, la "vie sur le vif", franchement pénible par son vérisme appuyé, et qu’à partir de là (sans qu’on comprenne trop pourquoi ni comment), c’est un autre regard qui adviendrait, situé enfin à la bonne distance, prêt pour photographier Ophélie, comme autrefois, mais nue cette fois (c’était l’enjeu), en passant (peut-être) par Charlotte, sa rivale un rien naïve (elle a cru au baratin de Tony), retrouvée par hasard sur la plage (finale rohmérien).
On nous parlera de Pialat pour le forçage du regard, de Renoir, Auguste, pour les filles aux courbes rebondies, Jean pour le théâtre de la vie, les deux pour l’impressionnisme... Sauf que le cinéma c’est aussi une affaire de style. Et le style de Kechiche, mon Dieu, quelle épreuve!... Et là, rien à voir avec Pialat ou Renoir, c’est du pur Kechiche, cette façon horripilante de filmer, la caméra collée aux basques des personnages, à leurs faits et gestes, l’obscénité que représente la vision d’un visage filmé en gros plan. Apparemment les gens aiment ça ou s’y sont habitués... Seulement quand c’est associé, en plus, à de la parlotte, la parole de tous les jours, entrecoupée de rires, de gorgeons et de clins d’œil, le tout répété ad libitum, ça devient soûlant. Et c’est bien ce qu’est finalement Mektoub my love: un film soûlant, dans tous les sens du terme. De sorte que je n’ai ressenti aucun plaisir, juste apprécié l’interprétation des filles, impressionnantes de naturel (force est de reconnaître à Kechiche, à l’instar de Dumont, un réel talent pour diriger ses acteurs, le plus souvent inconnus), peut-être même trop, laissant à penser qu’avec ce film, et ses allures de manifeste hédoniste, son personnage principal, réduit au rôle passif de témoin, juste là pour donner le change, Kechiche, plutôt que de célébrer l’abandon, le temps d’un été, au plaisir collectif (et donc forcément sexuel) du vivre ensemble, s’est surtout fait plaisir, à lui d’abord. D'où mon détachement.

Et puis ça aussi:

Les Garçons sauvages de Bertrand Mandico °
"A l'intérieur l'on trouve tout un monde, à boire et à manger: sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d'en dessus s'affaissent sur les cieux d'en dessous, pour ne plus former qu'une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l'odeur et à la vue, frangé d'une dentelle noirâtre sur les bords" (Francis Ponge, L'huître). Tout ça pour dire que dans le genre queer, à prétention camp, le truc de Mandico c'est sûrement mieux que le machin de Gonzalez... il n'empêche, ce type de cinéma esthétisant, poético-érotique, très fantasmatique et hyper-référencé, cette histoire de métamorphoses sur fond d'île au trésor, de queues qui tombent et de seins qui poussent, et toute la symbolique qui va avec, l'imaginaire trans, volontairement barré, comme le ridicule de certaines répliques, c'est vraiment pas ma tasse de thé, c'est aussi passionnant que... bah justement... le comportement des huîtres à la saison des amours.

La Forme de l'eau de Guillermo del Toro °
Ouh la vache... je viens de voir Le truc de l’eau, avec PJ Harvey en femme de ménage... pardon, agent d’entretien... muette mais pas sourde, une sorte de Bernardo au féminin qui va jouer les Zorro pour sauver un monstre amphibien - style l’Etrange créature du lac noir ou Abe Sapien (du comics Hellboy, déjà porté à l’écran par del Toro) - retenu en captivité dans un laboratoire secret du gouvernement américain (ça se passe en pleine guerre froide au début des années 60), le sauver de la vivisection, parce qu’elle en est tombée amoureuse, avec qui d’ailleurs elle va découvrir l’amour, dans la salle de bains (après l'avoir séduit avec des œufs durs!). Ça aurait pu être un beau nanar... même pas... tout ici fait toc (c'est filmé à la Dolly pour faire plus fluide)... toc et prétentieuxla forme (on dirait du Jeunet) comme le fond (on dirait du Jeunet, bis), daube ultra bien-pensante, dégoulinant de bons sentiments (vilains mâles blancs: hétéro gradés qui jouent de la matraque électrique et pissent les mains sur les hanches vs. bah tout le reste: femmes, latino, black, homo... et le freak, bien sûr). Se dire que ce machin a été plébiscité par une bonne partie de la critique (lire les papiers qui lui ont été consacrés vaut son pesant de rigolade, c’est déjà ça), qu’il a aussi raflé les prix les plus importants (s'il avait été à Cannes, il aurait eu la Palme, ha ha)... me laisse sans voix, moi aussi.