lundi 20 novembre 2017

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Retour à l'actualité avec deux notes rapides sur deux films mauvais (j'ai déjà parlé de The square):

Happy end de Haneke. Film peut-être moins lourdingue que les précédents, à l'image du titre (d'une kolossal finesse comme jadis Funny game), mais pas meilleur pour autant, car sans une once d'intérêt, Haneke nous ressassant son sempiternel mépris de l'humanité, ici de grands bourgeois de Calais, avec autour d'Huppert (en chef d'entreprise et de famille), tous les avatars de l'affreuse bourgeoisie: patriarche gâteux, cherchant désespérément à mourir (c'est lui qui dans Amour avait étouffé son épouse), fils névrosé, en mode rebelle (l'acteur ressemble à Joachim Phoenix, seule note marrante du film avec le travelling sur Trintignant dans la rue, se déplaçant dans son fauteuil roulant sur de la moquette spécialement installée pour lui faciliter la tâche - plan au demeurant parfaitement gratuit), frère faux-cul, méprisable à souhait, petite-nièce taiseuse (c'est l'œil du film, via son smartphone) et déjà suicidaire... + quelques migrants arrivés là, dans le film, comme des cheveux (et des poils de barbe) sur la soupe... "ça Haneke ni tête" (ha ha), c'est juste pour faire bien dans le tableau, parce que ça se passe à Calais, mais c'est clair que les migrants, Haneke il en a rien à foutre, c'est pas Kaurismäki, ce qui l'intéresse c'est les bourgeois (on pense à la chanson de Brel mais sans l'humour ni l'autodérision), en plus à Calais, histoire aussi de nous dire que ceux-là n'ont rien d'héroïques, contrairement à ceux de Rodin, encore que hein, Eustache de Saint-Pierre, pas sûr que lui non plus c'était pas un pourri, vendu aux Anglais. Car dans le fond, pour Haneke, c'est ça qui importe: les bourgeois non pas en tant que bourgeois, on l'est tous plus ou moins (sauf lui, bien sûr, au-dessus de tout ça), mais comme reflet de l'humanité tout entière. Beurk!

Mise à mort du cerf sacré de Lanthimos. Là c'est du lourd... imaginez: une histoire tout ce qu'il y a de plus tordu (perversion et abjection), filmée XXL (grande profondeur de champ, longs travellings à la steadycam...). Bah oui, Lanthimos c'est ça: du Haneke gonflé en Kubrick. Et pour ne rien arranger, un scénario con comme la lune (c'est pour ça qu'il a été primé à Cannes), ça se veut métaphorique (c'est dit dans le film), une sorte de tragédie moderne sur la question du sacrifice, un truc vaguement inspiré d'Iphigénie (ça aussi c'est dit dans le film)... Farrell est cardiologue et porte une grosse barbe, Kidman, elle, est ophtalmo et doit, au lit, simuler "l'anesthésie générale" pour l'émoustiller un peu. A part ça, ils ont deux enfants dont l'un devra être sacrifié parce que ce con de cardiologue a autrefois... je n'en dis pas plus. On ne regrettera pas Cacoyannis, faut pas exagérer non plus, mais franchement, ça rime à quoi tout ça? C'est filmé avec un tel esprit de sérieux (c'est pas du bis, hélas), à la Kubrick donc, qu'on se dit en sortant du film, comme pour le Haneke d'ailleurs: c'est la dernière fois, on ne m'y reprendra plus. Sauf qu'on l'avait déjà dit la fois d'avant et qu'on est quand même revenu... Pourquoi? Mystère.

+ D'après une histoire vraie... d'un obscur tâcheron. On pense à Polanski et à ce que celui-ci aurait pu tirer, en termes de récit, d'une histoire aussi rebattue (l'écrivain et son double). Consternant.

A suivre: Jeune femme et Wonderstruck... c'est quand même mieux. 

10 commentaires:

Anonyme a dit…

Dans le film d'Haneke, le seul moment qui fait un peu sortir le spectateur de sa torpeur c'est la fin : pendant une seconde on croit à une panne de projecteur, et puis non c'est voulu, une fin brutale avec coup d'oeil accusateur en biais d'Huppert...

Buster a dit…

Ha ha, il est jamais trop tard, en plus ça tombe bien puisque c'est la fin et pour le spectateur le moment de sortir...

Anonyme a dit…

Bonjour Buster,

Happy End. Vous en avez, du courage. Il y a belle lurette que je n'ai plus le désir de voir un film d'Haneke.
Au revoir là-haut me tente bien, et il est encre à l'affiche ici, à Nancy.
Quant à Maryline, de Guillaume Galienne, et Le Musée des merveilles, de Todd Haynes, ils m'intéressent un peu. Vous en avez vu un ?

Ludovic

Strum a dit…

Bonjour Buster, ces deux-là, je ne vais même pas me les infliger. Vous avez du mérite.

Buster a dit…

Bonjour Ludovic et Strum...

J'ai vu le Todd Haynes, plutôt bien aimé, avec des réserves toutefois, j'en parlerai prochainement si j'ai le temps.

Haneke et Lanthimos, c'est sûr il faut s'armer de courage pour aller voir leurs films... c'est mon côté mercenaire :-)

Anonyme a dit…

C'est vrai qu'on vous sent determine...

https://3.bp.blogspot.com/-_L0IWWDieFk/TrcYvAJLN1I/AAAAAAAACKs/_JeyQyKdbeA/s1600/Keaton%252C+Buster+%2528Doughboys%2529_01.jpg

Doughboys, 1930
Ludovic

Buster a dit…

Ha ha... et Dieu sait que Buster ne manque pas de courage...

Anonyme a dit…

Oh! il n'est pas le seul a le savoir.

https://silentlocations.files.wordpress.com/2013/06/21.jpg

https://eatdrinkfilms.files.wordpress.com/2014/05/sfsff_keaton_tommy-lau.jpg

http://q.likesuccess.com/3/127046-buster-keaton-quotes.jpg

https://33.media.tumblr.com/3094c967c58cb21eda32c4fbf162a5f0/tumblr_mtx8bzI0qx1rlyfp7o2_1280.jpg

Ludovic

Buster a dit…

Ha ha ha... j'adore la première!

Anonyme a dit…

Du pur Buster, quoi!
Ludovic