vendredi 6 octobre 2017

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Temperamental, Everything But the Girl, 1999. Encore un album oublié... mais depuis que je l'ai ressorti, je n'arrive plus à m'en défaire, il passe en boucle sur ma platine.

Temperamental... En français on dirait fantasque, farfelu, biscornu..., bah c'est un peu moi en ce moment question films, qui n'aime pas le Safdie dont tout le monde rafole, et aime bien le Denis que beaucoup détestent... J'aime bien le Denis, et en même temps je comprends parfaitement les reproches qu'on peut lui faire: bête, pour ne pas dire plus, grossier sinon obscène dans la manière dont sont traités, scrutés, exploités les personnages... Tout ça est juste. Pourtant quelque chose résiste, vient s'offrir en résistance, à cette part pénible du film. Peut-être un certain climat, qui rappelle celui de Vendredi soir, le côté nocturne du film, tous ces moments suspendus, musicaux, dans le défilé de la nuit, ces lumières qui font clignoter le film, comme chez Akerman. Sauf que ce n'est pas suffisant, il faut autre chose, d'un peu plus consistant, pour résister à la grosse machine mise en place par Claire Denis et Christine Angot. Et cette autre chose, qui fait la beauté du film, sa part généreuse, c'est bien sûr Juliette Binoche, que je n'avais jamais vue aussi lumineuse, aussi rayonnante - jusqu'à présent j'étais même plutôt exaspéré par ses prestations -, de sorte qu'il y aurait deux films dans Un beau soleil intérieur, un film à l'intérieur de l'autre... On parle souvent de la rencontre Denis - Angot comme l'élément "fort" du film, qui durcirait encore plus (pour ceux qui n'aiment pas le film) ou surmonterait (pour ceux qui au contraire l'apprécient) les crispations que suscitent déjà le cinéma de Claire Denis et la littérature de Christine Angot. Mais non, la vraie rencontre c'est entre d'un côté Denis et Angot, au registre semblable, cru, rentre-dedans, je n'insiste pas... et de l'autre Binoche, qui, à l'image du personnage qu'elle interprète, se libère progressivement de la mainmise des deux autres (ce qui n'est pas le cas dans les films de Dumont), se montrant elle aussi "open", comme lui dit Depardieu à la fin du film, au sens de laisser aller, de laisser faire, sans le côté "appliqué", toujours un peu poussif, qu'on lui connaît habituellement... Et le mérite en revient à elle et à elle seule, ce qui fait que s'il y a bien deux films, c'est celui de Binoche qu'il faut voir, d'abord caché, puis s'ouvrant peu à peu, inexorablement, jusqu'à prendre le pas sur l'autre, le film de Denis et Angot, attirant dans ses rets les lourdeurs d'un scénario, ses clichés comme ses excès, les rendant pour le coup si ce n'est accessoires du moins risibles, attirant surtout, tel un pôle magnétique, le film en entier, qu'elle finit presque par absorber. Et ça, ce n'est pas rien.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour Buster,

Que de nouveaux articles! On ne vous arrête plus! Continuez ainsi.

Ludovic

Buster a dit…

Bonjour Ludovic... une embellie, forcément passagère.