lundi 30 octobre 2017

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Vibes, Vacations, 2016. C'est australien et c'est bien, ça me fait penser à Wampire (surtout la voix de Campbell Burns). Il y a aussi Days et Friendsles deux autres EP du groupe.

Sinon, ce qui traîne en ce moment sur mon bureau. Des bouquins: Souvenirs dormants et Nos débuts dans la vie de Modiano (forcément), Chantal Akerman passer la nuit de Corinne Rondeau, L'Œil du serpent, un polar de G.-J. Arnaud, acheté 1 € sur les quais (sur la couverture on dirait Stone et Charden, hé hé...), The Kinks, une histoire anglaise d'Alain Feydri et la compilation The Anthology 1964-1971; d'autres albums: Somersault de Beach Fossils, Jersey devil de Ducktails (Matt Mondanile, oui je sais, lui aussi...); un DVD: Most dangerous man alive d'Allan Dwan, enfin dégoté; des photos, prises avec L. dans le square de l'Ile-de-France; des revues: un vieux numéro des Cahiers - le spécial Jerry Lewis avec le disque souple à l'intérieur - et le dernier Trafic...

La fugue.

"Au cours de cette période de ma vie, et depuis l'âge de onze ans, les fugues ont joué un grand rôle. Fugues des pensionnats, fuite de Paris par un train de nuit le jour où je devais me présenter à la caserne de Reuilly pour mon service militaire, rendez-vous auxquels je ne me rendais pas, ou phrases rituelles pour m'esquiver: "Attendez, je vais chercher des cigarettes...", et cette promesse que j'ai dû faire des dizaines et des dizaines de fois, sans jamais la tenir: "Je reviens tout de suite."
Aujourd'hui, j'en éprouve du remords. Bien que je ne sois pas très doué pour l'introspection, je voudrais comprendre pourquoi la fugue était, en quelque sorte, mon mode de vie. Et cela a duré assez longtemps, je dirais jusqu'à vingt-deux ans. Etait-ce comparable à ces maladies de l'enfance qui ont de drôles de noms: coqueluche, varicelle, scarlatine? Au-delà de mon cas personnel, j'ai toujours rêvé d'écrire un traité de la fugue à la manière de ces moralistes et de ces mémorialistes français dont j'admire tant le style depuis mon adolescence: le cardinal de Retz, La Bruyère, La Rochefoucauld, Vauvenargues... Mais la seule chose dont je peux rendre compte, ce sont des détails concrets, des lieux et des moments précis. En particulier, cet après-midi de l'été 65 où je me trouvais devant le zinc d'un café étroit du début du boulevard Saint-Michel qui tranchait sur les autres cafés du quartier. Il n'avait pas de clientèle estudiantine. Un bar en longueur comme ceux de Pigalle ou de Saint-Lazare. J'ai compris, cet après-midi-là, que je m'étais laissé dériver et que, si je ne réagissais pas tout de suite, le courant m'emporterait. J'étais persuadé que je ne risquais rien et que je bénéficiais d'une sorte d'immunité en ma qualité de spectateur nocturne - le surnom que s'était donné un écrivain du dix-huitième siècle qui explorait les mystères des nuits parisiennes. Mais là, une curiosité m'avait entraîné un peu trop loin. J'avais senti ce qu'on appelle "le vent du boulet". Je devais disparaître au plus vite si je ne voulais avoir d'ennuis. Ce serait pour moi une fugue beaucoup plus importante que les autres. J'avais atteint le fond et il ne restait plus qu'à donner un grand coup de talon pour remonter à la surface.
La veille, il s'était passé un événement auquel j'ai fait allusion vingt ans plus tard, en 1985, dans un chapitre de roman. C'était une manière de me débarrasser d'un poids, d'écrire noir sur blanc une sorte de demi-aveu. Mais vingt ans était un laps de temps trop court pour que certains témoins aient disparu et j'ignorais quel était le délai au bout duquel la justice renonce à poursuivre les coupables ou les complices et jette sur eux définitivement le voile de l'amnistie et de l'oubli." (Patrick Modiano, Souvenirs dormants, 2017)

Split.

"[...] Ce dont témoigne la vie de Tolstoïevski est une multiplicité analogue à celle dont il dotera ses personnages. Comment concilier le joueur ruinant sa famille avec le vieillard pétri de religion qui ouvre une école à destination des plus pauvres, ou le militaire libertin avec l’écrivain politique que ses mauvaises fréquentations conduiront au bagne?
On comprend qu’une certaine tradition critique, encore active aujourd’hui, ait préféré, au vu de ces incohérences biographiques, scinder en deux personnes la figure de Tolstoïevski, et attribuer à un premier auteur Guerre et paix, Anna Karénine ou Résurrection, et à un autre Crime et châtiment, Les Démons, L’Idiot ou Les Frères Karamazov.
Le problème est que la scission, quelle que soit la manière dont on démultiplie fictivement la figure de Tolstoïevski, passe aussi à l’intérieur de chaque œuvre. Il est certes difficile d’admettre qu’Anna Karénine et Les Frères Karamazov soient de la même plume, mais la question de l’unicité se pose en fait pour chacun de ces romans. Comment expliquer qu’un même auteur ait pu mettre en scène des personnages aussi différents qu’Anna et Kitty, ou Aliocha et le père Karamazov?
Supposer fictivement une multiplicité extérieure ne suffit donc pas à résoudre le problème de la complexité de Tolstoïevski. Plus encore que d’autres auteurs, celui-ci illustre à la perfection le fait que chacun de nous est plusieurs personnes, et que seule la prise en compte de cette pluralité peut nous ouvrir un accès à la profondeur de l’être.
Et telle est la raison pour laquelle l’œuvre de Tolstoïevski, où il a su si bien se mettre en scène dans l’infini de ses contradictions, continue aujourd’hui de nous interpeller et peut servir de point de départ, au-delà de telle ou telle erreur factuelle, à une réflexion théorique argumentée sur le mystère de la multiplicité psychique." (Pierre Bayard, L'Enigme Tolstoïevski, 2017)

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Today, the party is coming to its Doodle.

Anonyme a dit…

Ca tombe bien, dans le dernier Trafic, il y a aussi un bon texte sur "Split"

Buster a dit…

C'est noté. Merci :-)

Strum a dit…

Tolstoïevski et Pierre Ménard même combat : ce Pierre Bayard a manifestement lu Borges.

Buster a dit…

Oui, il le dit lui-même. Cf.

Strum a dit…

Ah d'accord, merci. L'influence était trop évidente. Reste à savoir si c'est un aussi grand styliste que Borges.

Buster a dit…

Non non c'est juste un essayiste, son style est simple, direct, sans fioritures (sans peur et sans reproche, ha ha), je ne sais même pas si on peut parler de style... mais c'est bien écrit et le propos est toujours stimulant.

Anonyme a dit…

Matt Mondanile, Weinstein ?
Son album est excellent, c'est dommage.