samedi 20 mai 2017

La papesse

Vu la Papesse Jeanne de Jean Breschand. Un "joli petit film", comme on dit, par opposition aux "grands films d'auteur", dans lesquels bien souvent l'égo de l'auteur, sa volonté d'en imposer au spectateur, se manifeste outrageusement, au détriment du film lui-même qui n'est là finalement que pour faire valoir son savoir-faireLa Papesse Jeanne, un film donc pauvre, par son économie, par sa modestie, et néanmoins ambitieux, par l'usage justement que fait le réalisateur de cette pauvreté. C'est qu'avec ce film (son premier film de fiction), Breschand fait d'une certaine manière vœu d'obéissance (aux règles de la mise en scène qu'il ne cherche pas à transgresser), de chasteté (s'interdisant tout effet, l'essentiel étant de trouver pour chaque plan le bon cadrage) et de pauvreté (préalable aux deux premiers vœux), mais, afin de retourner la contrainte en atout (l'ambition est là), fait surtout œuvre, par instants et par petites touches, de désobéissance, d'impureté, d'intempérance, que ce soit dans la construction du récit, l'organisation d'un plan ou la façon de le filmer, de sorte que la pauvreté finisse par disparaître et que le film révèle sa propre richesse, qui évoque, pêle-mêle, Rossellini, Pasolini, Buñuel, Bresson ou encore Rohmer, ainsi que l'a rappelé la presse (j'y ajouterais volontiers Medvedczky), mais en creux, dénué (en apparence) de toute idée de grâce, de révélation, voire de transcendance.
Un film non plus pauvre mais sans qualités, au sens musilien du terme. Sans qualités: non pas qu'elles n'existent pas, mais qu'elles ne s'expriment pas ouvertement (autant par choix que faute de moyens), présentes simplement à l'état de réserves, de potentiels: potentiels de grâce et de révélation... qui se devinent, à travers ce que Breschand, au détour d'un plan, arrive à capter, là sur le visage d'Agathe Bonitzer qui incarne Jeanne, là dans la beauté des paysages, qui sont ceux du maquis corse, inscrivant le destin de Jeanne dans l'intemporalité d'un décor naturel (le film est censé se passer au IXe siècle), là dans ces plans de coupe sur les animaux, la faune environnante, qui ponctuent le film, assurant le lien entre humain et nature, mieux: imprégnant le film d'une dimension toute derridienne, marquée par une vision plus large, non strictement humaniste (l'animal que donc je suis), de la compassion. Sans qualités: parce que fondées sur la division non fondée entre sentiment et intellect, ces deux "moitiés de la vie" comme les appelait Musil, qui font que tant que l'un reste étranger à l'autre, la vie ne saurait être vécue autrement que sur un mode passif, indifférent, pauvre.
La Papesse Jeanne vise à dépasser un tel partage en faisant du parcours de Jeanne, papesse improbable (mais conforme à l'image tarotique de la Papesse, symbole de savoir et de sexualité, la connaissance dans ce qu'elle a de concret, par sa dimension maïeutique), l'enjeu même du film: surmonter l'aspect purement intellectuel, avec toutes ces questions d'ordre politique et religieux que suggère le film, par le biais d'une réelle sensibilité, celle qui se dégage du personnage de Jeanne et de sa féminité. Ce que Breschand ne réussit pas toujours, le film restant par moments au bord: au bord d'une idée, au bord d'une émotion, ce qui pour certains suffit pour condamner le film, prétextant l'ennui ou un détachement excessif, alors que ce ne sont que détails (les écueils inhérents à ce genre de film), oubliant ce qui fait au contraire le charme de la Papesse, charme pour le coup indéfinissable: les noces en mode mineur, sans fioritures ni fioretti, de l'intelligence et de l'intuition, du spirituel et du sensuel, de sorte que l'émotion (vaguement retenue) traverse le film, du moins certains plans, nombreux, en même temps que l'idée qui les sous-tend. Des noces qui en fait n'ont rien d'exceptionnel puisque c'est ce à quoi aspire tout film un tant soit peu inspiré, qu'il soit grand ou petit.

NB. Ceci n'est pas une critique mais un éloge des "petits films", qui prolonge en quelque sorte ce que j'ai déjà écrit à propos des films de Pierre Léon (Do ré mi do) et d'Ado Arrietta (Belle dormant). Pour la critique du film de Breschand, voir le texte de Marcos Uzal (Jeanne, habemus papesse) sur lequel je me suis d'ailleurs appuyé pour rédiger le mien.

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Il y a Jeanne et il y a Jeannette : https://www.youtube.com/watch?v=rwFjnRgrIbM

Buster a dit…

Hé hé... il a l'air marrant le dernier film de Dumont, on dirait une comédie musicale réalisée par Riad Sattouf.

Anonyme a dit…

Non non Buster, pas la papesse, on s'en fout, parlez-nous de politique ou de Cannes c'est plus marrant :)

Buster a dit…

Cannes bof et beauf… quand je tombe sur les tweets de certains critiques à Cannes, ça donne vraiment pas envie de participer à ce petit jeu... parce que hein, quand même, ironiser entre soi (puisque eux seuls ont vu les films) et avec un évident mépris, sur l’entre-soi qui caractérise certains films français, des films dont je me fous par ailleurs, c'est le pompon comme dirait Angot.

Sinon pour la politique, j’ai donné…

PS. Amiens en Ligue 1, c’est l’effet Macron?

Anonyme a dit…

Vous parlez de quels films ?

Buster a dit…

La Papesse Jeanne (Balibar)

Anonyme a dit…

Euh...

Anonyme a dit…

un petit point musique ?

Buster a dit…

J'y pense... rien de transcendant depuis ma note sur Tennis et l'ajout sur Karaocake, mais j'ai pris aussi beaucoup de retard, peu d'albums nouveaux écoutés ces dernières semaines... Grandaddy, Timber Timbre, Albin de la Simone...