mardi 4 avril 2017

Tennis


Alaina Moore et Patrick Riley



POP EYE  # 13

Yours conditionally, Tennis.

Tennis... retour gagnant! Après un troisième album (Ritual in repeat) un peu décevant, le duo de Denver nous revient à son meilleur niveau, celui de son deuxième album, Young & old, un petit bijou (n°2 de mon Top albums 2012) que Yours conditionally n'est pas loin d'égaler [finalement je crois même qu'il le dépasse]. Bon évidemment, j'entends d'ici les grincheux nous ressasser que tout ça est bien gentil, charmant même, mais que ça sent trop le réchauffé, que c'est de la pop seventies, genre Fleetwood Mac, que Tennis ressuscite ("In the morning I'll be better", "Baby don't believe", "10 minutes 10 years"...) plus qu'il ne réinvente, bref de la musique vintage, agréable à écouter, comme en son temps le rock FM, mais aussi joliment ringard... Bah non. Car si les années 70 sont bien le socle musical du groupe, qui fait que, outre Stevie Nicks, on pense aussi, quand on écoute Alaina Moore, à Judee Sill, Carole King, Karen Carpenter et d'autres chanteuses US de cette époque, ça ne reste pas figé pour autant... Comme dans Young & old, on devine une progression, une remontée vers le présent, qui rend la pop de Tennis finalement plus actuelle qu'il n'y paraît. Ça tient à une accumulation de petits détails, dans l'écriture des chansons, dans les arrangements, surtout dans la voix d'Alaina Moore, qui semble traverser le temps, de sorte qu'on y croise également les années 80-90 ("My emotions are blinding" est très madonnesque, alors que "Please don't ruin this for me", par ses intonations, n'est pas sans évoquer Kate Bush), de même que les années 2000 via Goldfrapp et le meilleur RnB ("Ladies don't play guitar", "Matrimony")... Et ça c'est inestimable.

In the morning I'll be better (vidéo: Luca Venter) - My emotions are blinding - Fields of blue - Ladies don't play guitar - Matrimony - Baby don't believe - Please don't ruin this for me - 10 minutes 10 years - Modern woman (vidéo: Luca Venter et Kelia Anne) - Island music.

[ajout du 05-04-17] Bonnes plages (suite):

Si vous aimez Broadcast et Au Revoir Simone, vous aimerez Here & now, le deuxième album de Karaocake, duo composé de Camille Chambon et Stéphane Laporte (aka Domotic), de la pop de chambre lo-fi, à l'image du clip réalisé par Tom Gagnaire pour le premier titre (Youth slip), là encore de la belle pop, concoctée à la maison (guitares, synthés et boîtes à rythme), faite de rêveries et de secrets (légers) qui affleurent à la surface des morceaux, petites mélodies veloutées autant que volutées, distillant une atmosphère délicieusement trouble. A écouter ici et maintenant:

Youth slip - Humdrumbeatlife - Grow out - Mother of it all - Summertime - Here & now - Mothers and fathers - End of the day.

10 commentaires:

nekfeu a dit…

musique de vieux

Anonyme a dit…

Très bel album, le meilleur depuis le meilleur de l'année pour moi. Chaque titre est réussi ; j'ai une préférence pour le dernier, Island Music, avec ses airs de berceuse...
Ludovic

Buster a dit…

Oui, pour moi aussi c'est ce que j'ai écouté de mieux depuis le début de l'année. Modern woman et Island music me semblent un peu en retrait par rapport au reste mais ça passe bien quand même, il y a un côté apaisé, presque "beach housien" dans le dernier morceau qui permet de refermer l'album en douceur...

Lucie a dit…

Coucou Buster,

Superbe album en effet, dont on ne parle pas beaucoup, peut-être parce qu'il est trop marqué "seventies".

Sinon avez-vous vu "L'Autre côté de l'espoir" de Kaurismaki ?

Buster a dit…

Bonjour Lucie,

Rien lu sur l'album de Tennis, mais je lis très peu les critiques pop…

Le Kaurismäki, oui je l’ai vu, j’aime beaucoup, je le trouve plus réussi que Le Havre avec qui il forme une sorte de diptyque, le film a plus d’ampleur, résonne davantage avec l’oeuvre de Kaurismäki dans son ensemble… peut-être aussi parce que Kaurismäki c’est pour moi l’anti-Dumont… Il faudrait que je lui consacre une petite note (avec le Gray)

Anonyme a dit…

Bonjour Buster,

C'est justement cette sensation d'apaisement que j'aime dans Island Music. Quant au côté daté, mentionné par Lucie, il ne s'agit pas d'être dans l'air du temps, ou à la mode, ou de suivre le mouvement, mais juste de se faire plaisir.
Et le Slowdive, Sugar for the Pill, que je vous avais recommandé ?
Kakaocake, karaokay, kakaetrot ? Peu importe le nom du groupe, c'est sympa.
Le Kaurismaki, par contre, c'est non. L'anti-Dumont ? Vous pouvez développer, svp ?

Split à presque 2 millions d'entrées, et The Lost City of Z à environ 280 000. J'y retourne avant qu'il ne quitte les écrans.
Ludovic

Lucie a dit…

A propos de Dumont, il y a dans le numéro d'avril des Cahiers du cinéma consacré aux jeunes acteurs français un entretien avec Raph, qui jouait Billie dans "Ma Loute". Vous aviez vu juste Buster quand vous suspectiez que sa voix avait dû être trafiquée pour paraître plus grave. Dans l'entretien, Raph dit que sa voix a été baissée d'un octave en post-production.

Il y a aussi un entretien avec Zita Hanrot, mais je pense que vous le savez. ;-)

Buster a dit…

Ludovic > "Le Kaurismäki c'est non"... vous pouvez développer svp? Après, je vous dirai pourquoi c'est l'anti-Dumont.

Sugar for the pill, j'ai écouté (ainsi que Star roving)... bah pour l'instant je ne sais pas, ça ne m'a pas emballé plus que ça, j'attends d'écouter tout l'album pour me prononcer.

Lucie > vous avez une sacrée mémoire... j'avais complètement oublié ce détail :-)

Anonyme a dit…

La politique/l'idéologie au cinéma, vous le savez, je déteste ça. Ici, ça fait fiction de gauche, ciné-propagande ; bien-pensance et déraison sous couvert d'humanisme. Des clichés sur les "migrants" : les scènes où le Syrien et l'Irakien discutent seuls me font l'effet qu'il faut impérativement justifier leur présence sur le sol européen. Plusieurs scènes m'ont laissé ce seul goût dans la bouche : justifier.
L'histoire aurait pu passer, sans les références à l'actualité. Pensez à Dwan : les histoire de réfugiés/déracinés sont nombreuses chez lui et pourtant jamais on ne sent la politique. Je sais, époque différente, culture différente. Son but premier reste l'enchantement. Il n'oublie jamais de divertir. Chez K, c'est le contraire, il impose d'abord une ligne éditoriale et ensuite il divertit pour faire passer la pilule. En tout cas, c'est mon sentiment.
Intolérance: je ne peux m'empêcher de faire la comparaison avec Losey. The Boy With Green Hair et The Lawless nous montrent pleinement l'intolérance sans politiser à outrance. Du coup, je peux facilement m'attacher aux personnages.
Au lieu d'être accueillant/universel, comme devrait l'être chaque film, L'autre côté de l'espoir trace une ligne de démarcation entre le peuple plutôt émotionnel et le peuple plutôt rationnel. C'est aussi pour cela qu'il faut éviter comme la peste les sujets politiques, ou approchants. J'ai toujours plaidé pour le divertissement ni idéologique ni instinctif.
Kaurismäki a beau enrober tout ça d'un poil de drôlerie, son humour ne passe pas chez moi. Quant à la poésie dont parlent certains, je n'en ai pas vu.
Je sais que ses personnages sont tous gentils, leur fausse ambivalence sera démasquée tôt ou tard. Leur bonté revient au galop ; comme de coutume.
Vous allez me dire que ce sont là des reproches faits depuis longtemps à Kaurismaki et consorts mais et alors? ils sont toujours vrais à mes yeux.
Je ne vais pas au cinéma pour me prendre des "leçons" d'"humanisme" ; je ne cherche pas dans les films des repères/réponses sur la vie en société ; et par-dessus tout j'abhorre l'instrumentalisation du cinéma.

Considérations sur la couleur : je ne peux pas reprocher à un cinéaste ses choix de couleur, je puis cependant affirmer que je ne m'y retrouve pas. Les couleurs de L'autre côté de l'espoir sont-elles celles d'Helsinki vues par Kaurismäki ? La conformité à l'original est-elle respectée ? Je ne saurais le dire, mais je ne sens pas ces couleurs comme vraies et cela me gêne.
La couleur ne détruit pas l'efficacité dramatique, elle l'oriente différemment, sauf si les couleurs sont ressenties comme invraisemblables. Sentiment renforcé par les scènes d'humour absurde.

Je m'arrête là car il s'agit d'un film que je n'aime pas. J'ai fait l'effort de développer par égard pour vous.

Idem pour Slowdive, j'attends la continuité de l'album. A venir : FTW, Arcade Fire, Future Islands, et Timber Timbre.
Ludovic

Buster a dit…

Comme vous y allez, j’ai l’impression que vous parlez d’un film de Ken Loach. Kaurismäki n’est pas là-dedans, c’est un moraliste, chez lui c’est la morale qui est première, le minimalisme de la forme, le stoïcisme des personnages, la simplicité linéaire du récit, tout ça sans esprit de sérieux, permettent d’en rendre compte… son humanisme n’est pas feint, il s’inscrit dans la lignée d’Ozu, le maître absolu en la matière (un de mes cinéastes préférés, ceci explique peut-être cela), celui dont on peut dire qu’il se rapproche le plus, esthétiquement parlant (couleurs comprises)… le trivial y côtoie le sublime, comme chez Bresson, comme chez Dumont avec qui il partage le goût pour les physiques dysharmonieux, sauf qu’il n’y a pas de cynisme chez lui, Kaurismäki vise, non sans une certaine naïveté, à réunir ce qui semble aujourd’hui inconciliable, l’homme et la nature, l’idéalisme et le matérialisme, etc. je développerai ailleurs. L’autre côté de l’espoir (par-delà l’espoir, l’utopie ?) n’est certes pas son meilleur film, bien que supérieur à Le Havre, il n’a pas la force émotionnelle, ni même esthétique, de la trilogie "Finlande" (Au loin s’en vont les nuages, l’Homme sans passé, les Lumières du faubourg), mais bon, nombre de scènes (l’arrivée du migrant, la partie de poker, la vie au restaurant…) relèvent du meilleur Kaurismäki... (à suivre)