vendredi 7 avril 2017

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Une femme coquette (1955) de Jean-Luc Godard (Hans Lucas). Le deuxième des cinq courts métrages réalisés par Godard dans les années 50, longtemps invisible et récemment réapparu sur Internet via la chaîne YouTube de David Heslin. A rapprocher de la Soirée, le premier film (1963) de Jean Eustache, avec Paul Vecchiali, Jean-André Fieschi et André S. Labarthe, tourné (sans le son) lui aussi à l'âge de 24 ans, adapté lui aussi - quoique plus librement - d'une nouvelle de Maupassant, mais resté par contre inachevé.

PS. La vidéo a disparu (et le compte YouTube de David Heslin avec), soi-disant pour atteinte aux droits d'auteur (ce qui fait marrer quand on sait que Godard est justement contre le concept de copyright), et ce quelques heures seulement après que je l'ai mise sur le blog. Je la remets via un autre compte. Pas sûr qu'elle reste très longtemps...

Autre chose:

On sait que les sondages c'est un peu comme les prévisions météo ou les cours de la Bourse, c'est pas très fiable. Pour les comprendre, il faudrait peut-être recourir aux fractales, à partir notamment de la notion de "cristallisation", appliquée aux votes des électeurs, qui touche autant au phénomène d'idéalisation - tel que l'a conceptualisé Stendhal (et chanté Gainsbourg) dans le processus amoureux, qui fait qu'un électeur va se décider en faveur d'un candidat et pas d'un autre - qu'à l'image du flocon de neige...
Il y a quelque chose de fractal, du moins de l'invariance, quand on compare les courbes de Hamon et de Mélenchon. Si le second grimpe c'est uniquement au détriment du premier, selon le principe des vases communicants: Mélenchon est aujourd'hui à 17% et Hamon à 9% là où il y a un mois c'était Hamon (encore sous l'effet de sa victoire à la primaire de la gauche) qui était devant Mélenchon, 15% contre 11%, de sorte que le total (26%) n'a pas changé, identique tout au long du mois, au point d'ailleurs qu'on peut se demander si ce n'est pas là le score final, global, des deux candidats tel qu'il s'établira au soir du premier tour.
Or si Mélenchon peut encore monter dans les sondages, c'est même fort probable, Hamon, lui, ne saurait tomber au-dessous de 5-6%, ce qui veut dire que Mélenchon finalement ne peut dépasser les 20-21%, un score peut-être suffisant pour coiffer Fillon sur le fil, lequel Fillon est à 20%, malgré les affaires, comme il y a un mois, mais trop juste pour battre Le Pen et Macron qui eux tournent chacun autour des 25%, là aussi comme il y a un mois. Parce que c'est de cela qu'il s'agit: hormis l'inversion des courbes entre Hamon et Mélenchon, celui-ci (qui tient ainsi sa revanche sur le PS) se substituant à celui-là, plus grand-chose ne bouge depuis plusieurs semaines, comme si le grand cirque médiatique n'avait fait que brasser du vent. Quelle que soit l'échelle utilisée (la gauche, la gauche + Macron, la gauche + Macron + la droite, la gauche + Macron + la droite + Le Pen), la configuration reste la même.
Mais bon, les élections en 2017, on le sait depuis Trump et le Brexit, ont peut-être plus à voir avec la théorie du chaos et l'effet papillon (un enchaînement de faits non perceptibles entraînant à l'arrivée, sans que rien ne l'ait annoncé, un véritable bouleversement) qu'avec le concept de fractales... Exemple: des milliers d'électeurs jusque-là indécis, donc non "cristallisés", ou subitement "décristallisés", créant une sorte de réaction en chaîne en optant au dernier moment pour un même candidat, qu'ils propulsent en tête, comme à la primaire de la droite avec Fillon. C'est le rêve auquel s'accroche aujourd'hui Benoît Hamon... Encore faudrait-il qu'il y mette du sien Benoît Hamon, parce que pour l'instant, si on se met à la place de l'électeur socialiste, en termes de séduction, Hamon c'est pas ça... Etonnez-moi, Benoît...! chantait Françoise Hardy en 1968 (paroles de Patrick Modiano): "Etonnez-moi car de vous à moi, cela ne peut pas, cela ne peut pas durer comme ça, car de vous à moi, c'est fou c'qu'on s'ennuie ici." On ne saurait mieux dire.

PS. Pourquoi ce billet? Pas pour dire pour qui je vais voter le 23 avril, tout le monde s'en fout, d'autant que je fais moi-même encore partie des indécis, hésitant toujours entre vote utile et vote de conviction (ce qui en bon obsessionnel peut finir par l'abstention), étant entendu aussi que la cristallisation chez moi ça ne marche pas... Non, juste parce que j'ai toujours un peu de tendresse pour les petits candidats, de quelque bord qu'ils soient (tant que ça reste démocratique), et que Hamon, tel que c'est parti, est en train de les rejoindre, suscitant pour le coup une forme de compassion. Eh oui, c'est mon côté sensible...

11 commentaires:

Anonyme a dit…

https://twitter.com/BIDUDessinateur/status/850028938588028928/photo/1

Anonyme a dit…

Pourquoi Mélenchon ne pourrait-il pas dépasser les 21% ? Il est déjà à 19% !

Buster a dit…

19%? Bigre, à ce train-là, il va finir par être élu dès le 1er tour…

21% parce que je m'en tenais à mon hypothèse que le score combiné Mélenchon-Hamon restait fixe autour de 26% et que Hamon ne pouvait raisonnablement pas descendre sous la barre des 5%… mais bon, tout ça n'a aucune valeur, surtout si on considère que dans les sondages la marge d'erreur est de 2 voire 2,5 pt, ce qui fait que Le Pen et Macron seraient entre 22 et 27, et Fillon et Mélenchon entre 17 et 22, autant dire que ça risque de se jouer dans un mouchoir de poche.

Anonyme a dit…

Le deuxième tour opposera Le Pen et Mélenchon, je le dis depuis le début, car ce sont des candidats du ras-le-bol plus que de l'anti-système, la droite musclée contre la gauche radicale

Buster a dit…

Peut-être, qui sait, surtout si ça se joue autour de 22%, mais je n’y crois pas.

Le problème d’un affrontement Le Pen-Mélenchon c’est le risque au second tour d’un taux record d’abstention et aussi que beaucoup de fillonistes votent Le Pen… C'est le pire des scénarios.

Anonyme a dit…

Oui c'est ça, le vote utile pour Emmanuel Hollande, comme dirait l'enfariné, et puis quoi encore, Mélenchon peut parfaitement battre Le Pen au deuxième tour

Buster a dit…

Oui, sauf que des trois adversaires potentiels de Le Pen, il est celui qui serait le moins à même d’empêcher celle-ci de gagner…
Après bien sûr, un vote de conviction au 1er tour, c’est très bien (au second tour c’est encore mieux)… il faut simplement ne pas avoir à le regretter, et là je parle moins d’un duel Le Pen-Mélenchon auquel je ne crois pas que d’un duel Le Pen-Fillon, pas très glamour mais beaucoup plus plausible, et la gagne pour Fillon…

Anonyme a dit…

Il y a une dynamique Mélenchon qu'il serait stupide de casser, je crois à la victoire de Mélenchon, c'est une chance qu'il ne faut pas laisser passer, s'il ne gagne pas, le combat continuera contre Le Pen, Fillon ou Macron, je m'en fous pour moi c'est pareil

Buster a dit…

Bah non c’est pas pareil... enfin selon le point de vue qu’on adopte. Si on se limite au spectre politique, alors oui, on peut dire que Le Pen, Fillon et Macron, c’est pareil, car tous à droite par rapport à Mélenchon, mais si on se place sur d’autres registres ça change, par exemple, en termes de discours, on peut très bien dire que Le Pen, Fillon et Mélenchon c’est pareil, on est dans le discours du maître (surtout Mélenchon), alors que c’est moins vrai pour Macron… et si on se place sur le registre purement marketing, qui caractérise encore plus que les précédentes cette campagne (les stratégies sont vraiment celles de la com’), on dira alors que Le Pen (la plus efficace car optant pour les formules chocs et les slogans), Fillon, Macron et Mélenchon, c’est pareil… Mais tout ça reste général, c’est même grossier comme vision.

Ce que je retiens surtout c’est la dégringolade dans les sondages d’Hamon (Montebourg aurait-il fait mieux?) qui, malgré sa légitimité, a vu pour l’instant une bonne partie de son électorat (1/3 quand même) basculer vers Mélenchon, ce qui relativise pour beaucoup la montée de celui-ci, car j’ai du mal à croire que ceux qui passent de Hamon à Mélenchon le font par conviction, comme s’ils trouvaient que le programme de Mélenchon était mieux aujourd’hui que celui de Hamon au moment de la primaire de la gauche… A ce niveau rien n’a changé, si eux changent (d’opinion), c’est bien pour des questions de représentation, sinon d’incarnation, de la gauche, qui font que malgré des programmes proches sur certains points mais aussi très différents sur d’autres, ils s’orientent de plus en plus vers le candidat qui leur apparaît, à mesure qu'il progresse dans les sondages, comme le mieux placé pour faire gagner la gauche, autant dire que eux aussi sont dans le vote utile.

Bref, plus ça va moins ça va, la conviction mon oeil, voter devient une corvée: pour qui voter qui soit à la fois le moins démagogue des candidats (ils le sont tous à des degrés divers) et le plus sûr rempart contre Marine Le Pen?

Anonyme a dit…

Mélenchon !

Buster a dit…

Un peu trop dans la posture le père Mélenchon, mais pas celle de l’homme providentiel comme le croit Poutou, il n’est pas comme De Gaulle (même s’il se voit bien comme le représentant du peuple contre les "politichiens"), il reste malgré tout un personnage clivant, fédérant une partie de plus en plus grande de la gauche (surtout les intellos altermondialistes) au dépend d’Hamon, mais sans réel pouvoir de fascination sur ceux qui ne se réclament pas de la "vraie gauche".
Et puis son programme, je dis pas que c’est de l’enfumage, les grandes idées, la théorie… ça va c’est pas compliqué, mais quand on passe à la pratique, notamment sur le plan économique, il y a des passages où ça relève vraiment du tour de passe-passe… pour le coup j’ai été voir du côté de Généreux, l’économiste de la FI, et là ça me laisse rêveur, les solutions pour sortir du néolibéralisme se fondent essentiellement sur des concepts de psychologie cognitive, qui doivent nous permettre de devenir (mais quand?) des citoyens "intelligents", parce que là, pour le moment, on est tous des cons, aliénés à la pensée néolibérale dominante… C’est pas la lettre "phi" qu’il aurait dû choisir Mélenchon comme logo de sa campagne (phi comme FI, et hommage à la Grèce, berceau de la philo, et sa dette publique) mais la lettre "psi" :-)

Bon j'arrête, ça devient ennuyeux...