jeudi 27 avril 2017

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   Lancelot du lac de Robert Bresson (1974).

Je repars...



[ajout du 29-04-17, en attendant le départ] Jean-Luc Mélenchon, perplexe, cherchant un nom pour son prochain parti, après Trait d'Union, le Parti de Gauche, le Front de Gauche, la France Insoumise... la Gauche Anti-Libérale? pas mal, oui mais non, les initiales (GAL) ça fait trop terroriste... la Gauche Emancipatrice? ça c'est bien, oui mais non, le nom est déjà pris (en Allemagne)... et puis il faut que ce soit plus rassembleur encore, pour récupérer toute l'aile gauche du PS, tous ces neuneus qui ont voté Hamon... Ah ça y est, j'ai trouvé: la Générale de Gauche! le parti de la VIe République, là au moins c'est nouveau et ça fait pas trop terroriste... sauf que ça fait pas non plus très sérieux. Bref, si vous avez des idées.

PS (Post-socialistum): Bleu nuit par Timber Timbre.

samedi 22 avril 2017

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Les deux pires pour demain:

Le moindre: le choc des 20% (favorisé par l'incertitude totale qui demeure quant aux résultats du 1er tour): 20% pour Le Pen, 20% pour Fillon, 20% pour Macron, 20% pour Mélenchon, 20% pour Hamon et les autres... Et tant qu'à faire, 20% d'abstention.

Le pire: la barre à droite toute (favorisé par le discours sécuritaire qui, actualité aidant, refait surface la veille de l'élection): Le Pen et Fillon qualifiés pour le second tour. Et déjà, à l'instar des émissions de téléréalité auxquelles se sera trop souvent réduite la campagne présidentielle: "Pour François, tapez 1". Pour Marine, tapez 2".

Sinon "élections, piège à cons", ça reste toujours un peu vrai, hélas:

"En 1789 on établit le vote censitaire: c’était faire voter non les hommes mais les propriétés réelles et bourgeoises qui ne pouvaient donner leurs suffrages qu’à elles-mêmes. Ce système était profondément injuste puisqu’on excluait du corps électoral la majeure partie de la population française mais il n’était pas absurde. Certes les électeurs votaient isolément et en secret cela revenait à les séparer les uns des autres et à n’admettre entre leurs suffrages que des liens d’extériorité. Mais ces électeurs étaient tous des possédants, donc déjà isolés par leurs propriétés qui se refermaient sur eux et repoussaient les choses et les hommes de toute leur impénétrabilité matérielle. Les bulletins de vote, quantités discrètes, ne faisaient que traduire la séparation des votants et l’on espérait, en additionnant les suffrages, faire ressortir l’intérêt commun du plus grand nombre, c’est-à-dire leur intérêt de classe. Vers le même temps la Constituante adoptait la loi Le Chapelier dont le but avoué était de supprimer les corporations mais qui visait, en outre, à interdire toute association des travailleurs entre eux et contre leurs employeurs. Ainsi, les non-possédants, citoyens passifs qui n’avaient aucun accès à la démocratie indirecte, c’est-à- dire au vote dont usaient les riches pour élire leur gouvernement, se voyaient retirer, par-dessus le marché, toute licence de se grouper et d’exercer la démocratie populaire ou directe, la seule qui leur convint puisqu’ils n’étaient pas susceptibles d’être séparés par leurs biens. Lorsque, quatre ans plus tard, la Convention remplaça le suffrage censitaire par le suffrage universel, elle ne crut pas bon, pour autant, d’abroger la loi Le Chapelier, en sorte que les travailleurs, définitivement privés de la démocratie directe, durent voter en propriétaires bien qu’ils ne possédassent rien. Les regroupements populaires, interdits mais fréquents, devinrent illégaux en demeurant légitimes. Aux assemblées élues par le suffrage universel se sont donc opposés en 1794 puis lors de la Seconde République en 1848, enfin à l’orée de la Troisième, en 1870, des regroupements spontanés mais parfois fort étendus qu’on devait appeler justement les classes populaires ou le peuple. En 1848, en particulier, on crut voir s’opposer à une Chambre élue au suffrage universel reconquis, un pouvoir ouvrier qui s’était constitué dans la rue et dans les Ateliers nationaux. On sait le dénouement en mai-juin 1848, la légalité massacre la légitimité. En face de la légitime Commune de Paris, la très légale Assemblée de Bordeaux transférée à Versailles n’eut qu’à imiter cet exemple. A la fin du siècle dernier et au début de celui-ci les choses parurent changer: on reconnut aux ouvriers le droit de grève, les organisations syndicales furent tolérées. Mais les présidents du Conseil, chefs de la légalité, ne supportaient pas les poussées intermittentes du pouvoir populaire. Clemenceau, en particulier se signala comme briseur de grèves. Tous, obsédés par la crainte des deux pouvoirs, refusaient la coexistence du pouvoir légitime, né ici ou là de l’unité réelle des forces populaires et de celui faussement un qu’ils exerçaient et qui reposait, en définitive, sur l’infinie dispersion des votants. De fait ils fussent tombés dans une contradiction qui n’eût pu se résoudre que par la guerre civile puisque celui-ci avait pour fonction de désarmer celui-là. En votant demain, nous allons, une fois de plus, substituer le pouvoir légal au pouvoir légitime. Le premier, précis, d’une clarté en apparence parfaite, atomise les votants au nom du suffrage universel. L’autre est encore embryonnaire, diffus, obscur à lui-même: il ne fait qu’un, pour l’instant, avec le vaste mouvement antihiérarchique et libertaire qu’on rencontre partout mais qui n’est point encore organisé. Tous les électeurs font partie des groupements les plus divers. Mais ce n’est pas en tant que membre d’un groupe mais comme citoyens que l’urne les attend. L’isoloir, planté dans une salle d’école ou de mairie, est le symbole de toutes les trahisons que l’individu peut commettre envers les groupes dont il fait partie. Il dit à chacun: "Personne ne te voit, tu ne dépends que de toi-même; tu vas décider dans l’isolement et, par la suite, tu pourras cacher ta décision ou mentir." Il n’en faut pas plus pour transformer tous les électeurs qui entrent dans la salle en traîtres en puissance les uns pour les autres. La méfiance accroît la distance qui les sépare." (Jean-Paul Sartre, "Elections, piège à cons", Les temps modernes n°318, janvier 1973)

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Après le Z, quelle lettre.

Après le Z, quelle lettre (1) Ça turbule; et ça (se) croise. Mais en quoi. Se sentir nu de langue. Être comme ce dont parle Gérard Grisey dans son œuvre musicale: "le noir de l’étoile". Des mots non à lire, mais à atteindre dans le refoulé de la substance. De toutes façons à s’y inventer en lecture de ce qui échappe d’où s’opère l’inconnu. C’est de ces blancs de marche que le noir se détache.

Après le Z, quelle lettre (2) Ça vertige; et ça se glyphe dans les interdits d’un Œdipe de paroles. Peut-être faut-il relire Bataille. Être là - le "là" du diapason de l’être - où ne s’efface ni ne s’altère les points et les déliés, dans l’empan du vide et de l’énigme. Cette remise en question sans minorité pour la vivre. Est-ce manière de s’y offenser que de faire appel à la blafarde des centrales nucléaires. Qu’y aurait-il eu qu’il n’y a.

Après le Z, quelle lettre (3) Ça zeste; et ça se shmatte. En quelle impossible. Se poser à la ligne d’écriture, dans l’être à soi-même la bande de Moebius. En incognito d’un tout autre ordre que celui de la technique, s’inscrire dans l’histoire d’un pulsar d’origine. La volte langue danse en mémoire les refoulés gravides. A regarder les torsions de l’acrobate, on ne cesse d’aviser les mutations possibles. Qu’est-ce que l’être dit civilisé.

Après le Z, quelle lettre (4) Ça salpêtre; et ça s’iroshime. De quels lieux. De reposer question, n’est-ce pas là toucher au sacrifice. N’être affligé ni de doute ni de raison. L’écriture bleue de langue irait-elle à traverser le cyclone sans en perdre la mémoire. Que cachent les machines de ce qu’elles nous trompent et nous hypnotisent. Tuerie à distance d’une guerre nucléaire virale impitoyable, incontrôlable.

Après le Z, quelle lettre (5) Ça charrie; et ça s’essaime. Les bubons crèvent la peau de la planète. N’y aurait-il plus de "déjà". Temporalité d’un ailleurs temps; mais lequel.

Le hors-là d’ici qui n’est pas l’après-coup. Est-ce ce que Romain Rolland appelait "le soleil blanc de la substance et les mots de feu de Spinoza". Ecrire les deux mots derniers de la traversée en lettres de Do évidées et fluantes. Mais cette énergie de pulsar, que cyclone-t-elle. Cyclone: le cyclone des clonés sans paroles (6).

Après le Z, quelle lettre  (7) Ça se prologue; et ça s’hyper-vitesse. Dans quelle dimension. L’espace de lieu/temps se déformerait-il que le changement à vue déformerait même le chaos. Que le réel soit juge et parti n’imprime en rien le virtuel réservoir sans fond de tous les possibles. Nouvelles dimensions; nouveaux espaces-temps; déformation. L’ouverture est si considérable qu’à la tempérer nul ne le peut. Dans cette excessivité incontrôlable ne suiciderait-elle pas la pensée.

Après le Z, quelle lettre  (8) Ça ne bégaie; ni ne s’affecte. D’un hors-tremblé, le spectre. L’animalité de langue n’a plus cours, comme si la lettre se dégorgeait de tout le littoral. Le couple infernal 0/1 s’engouffre dans la gueule des murènes de la technologie. La terre méprisée se retire, pour quel musée de cire resterait-elle. Qu’entendre là d’où plus personne ne parle, et où seules les grenouilles en spatiales nuclées éjaculent de l’humain. L’inachevé transhume. Vers quelle planète et pour quel siècle. Voyeurs de lois et d’amendements qui nous infâment et que, de façon troublante, nous encourons le risque de pouvoir cautionner, restons vigilants à demeurer insoumis et vifs insurgés.

Claude Maillard, "Après le Z, quelle lettre",
Che vuoi? n°34: La métaphore, 2/2010

(1) Qu’est-ce que ça écrit aujourd’hui? Dans et sous la parole, mais de quelles paroles. Le "d’où ça écrit" écrit comment. Et précisément d’où.
(2) Dans l’a posteriori d’une société qui va, en pure inconnaissance voire innocence, à sa perte (?). Mais quel a posteriori en petit a? De quel objet et de quelle chute? Qu’y aurait-il dans un écrire/ ne pas écrire, ne plus écrire?
(3) La Méga-machine se montre monstrueusement "internet" et les machines machinantes s’excrémentent dans le fleuve d’Hiroshima Nagasaki. La planète terre vit sa disparessence.
(4) Quel au-jour-dit? S’agit-il d’écrire là une entreprise qui n’a jamais encore eu lieu? Est-ce y être là où on n’est plus? Internet, figure monolithique, plus interrogeante que le parallélépipède autour duquel tournaient les primates dans le film de Kubrick, est le symbole d’aujourd’hui, la Méga machine. Avec elle, quelle odyssée, de quel espace et pour quelle mort.
(5) A en écrire. Mais qu’écrire quand les paroles se manquent, quand le souffle se tait. Pourtant s’y inviter dans le retournement, sans mots dire, qui rejoint l’a vocale faisant deuil de toutes lois.
(6) Oui, quel aujourd’hui. Là, où juste avant, il y eut un silence de grande humilité, un chuchotement d’épreuve, d’où ça allait pouvoir en dire d’Hiroshima l’amour dans le tournant du corps au décompté du ciel et de la terre.
(7) Au jour dit, n’y aurait-il plus que cette mise à jour d’un dit non inscrit qui se jouerait d’un petit "e" de mail en mail. Petit "e" d’une électronie de rupture.
(8) Sans l’écriture d’histoire, celle qui touche au sacré, l’homme se constituerait-il en tant que parlêtre. Ne serait-il pas seulement ce passager virtuel ou ce robot rebut de la machine?

mardi 18 avril 2017

Z

Ah The lost city of Z de James Gray... Son plus beau film avec Two lovers. Un film étonnant, aventureux plus que d'aventure, s'avançant vers des territoires inconnus, terras incognitasmi-réels mi-fantasmés, qui relèvent autant de la géographie que du roman familial, un film mystérieux à l'image du mot Amazonie, évoquant moins le pays légendaire des amazones qu'un lieu mythique, la fameuse cité Z, auquel croyait Percy Fawcett, parti plusieurs fois à sa recherche, s'enfonçant de plus en plus loin dans la jungle amazonienne, jusqu'à disparaître lui-même mystérieusement (victime de quelques tribus indiennes reculées ou au contraire les rejoignant dans un ultime voyage - Hergé s'en est inspiré pour le personnage de Ridgewell, le vieil explorateur que rencontre Tintin dans L'Oreille cassée), l'important ici étant la quête autant que son objet, ce qui confère au film une dimension graalesque (Percy c'est le diminutif de Perceval).
La beauté de Lost city of Z tient d'abord à son mouvement, autour des deux pôles que constituent d'un côté l'Angleterre, bloc vertical, hiérarchisé et humiliant pour Fawcett qui ne peut accéder socialement à la place qui lui revient (du fait d'une généalogie entachée), et de l'autre, l'Amazonie, espace horizontal, incertain, dont il veut approcher les limites (il est aussi topographe), un mouvement pour le coup fuyant, en trois temps, mouvement qu'on pourrait qualifier d'elliptique, au niveau spatial, puisque à deux foyers et sans véritable centre (c'est d'ailleurs ce décentrement, brouillant le point de fuite, qui peut déconcerter certains, trop habitués aux narrations bien carrées), mais aussi temporel, le récit multipliant les ellipses, de sorte que c'est le film lui-même qui devient une sorte d'orbite, par la courbe ainsi formée, et sa progression par périodes, tantôt anglaises, tantôt amazoniennes... jusqu'au finale, véritable apothéose, aux allures cosmogoniques.
Un beau film donc, et d'autant plus beau que s'y ajoute, comme souvent dans le cinéma américain, la question du père, c'est même le nom-du-père qui se trouve ici convoqué, d'où cette puissance d'émotion qui va crescendo - on pense à ce que disait Barthes, comme quoi "raconter, c'est toujours chercher son origine, dire ses démêlés avec la Loi, entrer dans la dialectique de l'attendrissement et de la haine" -, entre un nom qu'il faut laver (ce qui entraîne le mouvement) et celui qu'il faut transmettre (justifiant le dernier temps du mouvement: l'expédition avec le fils aîné), trajectoire qui n'est possible que grâce à l'amour - sacrificiel - d'une femme (l'épouse et mère). Pour l'honneur retrouvé de P. Et c'est magnifique.  

lundi 10 avril 2017

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Dans une réplique classique d'une comédie hollywoodienne loufoque, la fille demande à son petit ami: "Tu veux m'épouser?" "NON!" "Arrête de tergiverser! Donne-moi une réponse claire!" D'une certaine façon, la logique sous-jacente est correcte: la seule réponse claire et acceptable pour la fille, c'est: "Oui!" Donc toute autre réponse, y compris un: "Non!" clair, est considérée comme un faux-fuyant. La logique sous-jacente est (...) celle du choix forcé: vous êtes libre de décider, à condition de faire le bon choix. (Slavoj Zižek, Cités n°16, Jacques Lacan, Psychanalyse et politique, 2003)

Sinon à venir: "Gray's anatomy", un post sur The lost city of Z, et après... LA QUILLE!

[ajout du 15-04-17] Un peu de politique-fiction (pour changer). Nous sommes le 24 avril au matin. Il est 10h30. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle viennent seulement de tomber: Le Pen et Mélenchon seraient qualifiés pour le second tour. J’écris ça au conditionnel car c’est tellement serré qu’un recomptage des voix n’est pas à exclure. Jugez plutôt: Marine Le Pen: 21,5%, Jean-Luc Mélenchon: 21,3%, François Fillon: 21,2%, Emmanuel Macron: 21%. 10h52: Alors que Macron n’a toujours pas repris connaissance (il s’est évanoui à l’annonce des résultats), l’autre grand battu, Figarillon, arrivé 3e - "la place du con" diraient les sportifs, "la médaille en chocolat" rectifierait Bayrou - fait savoir sur BFMTV, appuyé en cela par Copé, qu’il conteste les résultats, pointant de nombreuses irrégularités dans le déroulement du scrutin et menaçant, si sa demande de recompter les bulletins n’était pas prise en compte, de saisir la justice. 11h17: Sarkozy estime de son côté que Fillon a été battu, même s'il s'est bien battu, et qu'il doit reconnaître sa défaite (sous-entendu: bien fait pour sa gueule). 11h20: Juppé, lui, dit qu’il s’en fout. 12h05: Benoît Hamon, arrivé premier des candidats dont les frais de campagne ne seront pas remboursés (il a fait 4,7%, haut la main, devant Dupont-Aignan et Poutou), déclare sur BFMTV qu’il renonce momentanément à la démocratie participative pour se consacrer au financement participatif, cf. son site de crowdfunding qu’il vient d’ouvrir: RMU - "remboursement maximum utopique", ironise Valls, à 12h34, estimant que, même si on l’a un peu poignardé dans le dos, c’est surtout lui qui s’est planté. 13h00: Macron aurait repris ses esprits, quelques secondes, le temps que Bayrou lui confirme son élimination, avant de retomber dans les pommes. 13h20: Sur BFMTV, Fillon accuse Hollande d’avoir magouillé pour que des bulletins de vote en sa faveur, des milliers d’après lui, ne soient pas comptabilisés - il a les preuves. 13h31: Hollande réagit depuis l’Elysée: "Oh l’autre..." Pendant ce temps-là, Le Pen, habillée d’une longue veste en cuir noir, rabbi-bochée avec Papa, rappelle à toutes fins utiles (c’est en direct sur TF1, France 2, BFMTV, LCI et CNews), que dans 15 jours il faudra choisir entre l’Ordre et le Chaos. Mélenchon, lui, incapable de choisir entre le treillis et le survêt, opte finalement pour sa tenue de franc-maçon et prend la parole à 13h40 précises, depuis son QG de campagne (c’est en direct sur les mêmes chaînes + TV Venezuela), se lançant dans un magnifique discours, enflammé, passionné, mais sans arrogance, sans animosité, un discours de futur président, avant de conclure: "la blondasse, je vais l’écraser!". 14h01: On apporte des sels à Macron. 14h28: Fillon confie sur BFMTV que si on ne recompte pas les voix, lui et Penelope pourraient se suicider. "Alors là, c’est le pompon" raille Christine Angot, qui passait par hasard, au même moment, sur France 2... 22h15: j’ai réussi à dormir un peu. A la télé, c’est toujours l’imbroglio. Macron a été hospitalisé, Fillon est bien vivant, décidé à ne rien lâcher... Le Pen affirme qu’elle aime les immigrés, Mélenchon qu’il faudra composer avec le monde de la Finance, le second tour est lancé alors que les résultats du premier restent en suspens. Comme ça risque de durer longtemps, je décide de relire Le Vicomte de Bragelonne, mon roman favori.

PS. Nous sommes le 27 avril: les voix sont finalement recomptées. C’est Macron (tout juste sorti de l’hôpital) qui maintenant est en tête devant Fillon... Euh non, on a oublié la Guyane, Mélenchon repasse 2e... Hein quoi? Macron aurait été poignardé avec le couteau de Hamon, un de ceux qu’il avait dans le dos et qu’on lui aurait volé. On soupçonne Fillon et Le Pen. Tous les deux sont arrêtés. Macron, de retour à l’hôpital, rappelle qu’il est gentil et qu’il ne faut pas siffler. De toute façon, l’élection est annulée... "Ah merde, et ma dynamique alors..." se désole Mélenchon.

vendredi 7 avril 2017

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Une femme coquette (1955) de Jean-Luc Godard (Hans Lucas). Le deuxième des cinq courts métrages réalisés par Godard dans les années 50, longtemps invisible et récemment réapparu sur Internet via la chaîne YouTube de David Heslin. A rapprocher de la Soirée, le premier film (1963) de Jean Eustache, avec Paul Vecchiali, Jean-André Fieschi et André S. Labarthe, tourné (sans le son) lui aussi à l'âge de 24 ans, adapté lui aussi - quoique plus librement - d'une nouvelle de Maupassant, mais resté par contre inachevé.

PS. La vidéo a disparu (et le compte YouTube de David Heslin avec), soi-disant pour atteinte aux droits d'auteur (ce qui fait marrer quand on sait que Godard est justement contre le concept de copyright), et ce quelques heures seulement après que je l'ai mise sur le blog. Je la remets via un autre compte. Pas sûr qu'elle reste très longtemps...

Autre chose:

On sait que les sondages c'est un peu comme les prévisions météo ou les cours de la Bourse, c'est pas très fiable. Pour les comprendre, il faudrait peut-être recourir aux fractales, à partir notamment de la notion de "cristallisation", appliquée aux votes des électeurs, qui touche autant au phénomène d'idéalisation - tel que l'a conceptualisé Stendhal (et chanté Gainsbourg) dans le processus amoureux, qui fait qu'un électeur va se décider en faveur d'un candidat et pas d'un autre - qu'à l'image du flocon de neige...
Il y a quelque chose de fractal, du moins de l'invariance, quand on compare les courbes de Hamon et de Mélenchon. Si le second grimpe c'est uniquement au détriment du premier, selon le principe des vases communicants: Mélenchon est aujourd'hui à 17% et Hamon à 9% là où il y a un mois c'était Hamon (encore sous l'effet de sa victoire à la primaire de la gauche) qui était devant Mélenchon, 15% contre 11%, de sorte que le total (26%) n'a pas changé, identique tout au long du mois, au point d'ailleurs qu'on peut se demander si ce n'est pas là le score final, global, des deux candidats tel qu'il s'établira au soir du premier tour.
Or si Mélenchon peut encore monter dans les sondages, c'est même fort probable, Hamon, lui, ne saurait tomber au-dessous de 5-6%, ce qui veut dire que Mélenchon finalement ne peut dépasser les 20-21%, un score peut-être suffisant pour coiffer Fillon sur le fil, lequel Fillon est à 20%, malgré les affaires, comme il y a un mois, mais trop juste pour battre Le Pen et Macron qui eux tournent chacun autour des 25%, là aussi comme il y a un mois. Parce que c'est de cela qu'il s'agit: hormis l'inversion des courbes entre Hamon et Mélenchon, celui-ci (qui tient ainsi sa revanche sur le PS) se substituant à celui-là, plus grand-chose ne bouge depuis plusieurs semaines, comme si le grand cirque médiatique n'avait fait que brasser du vent. Quelle que soit l'échelle utilisée (la gauche, la gauche + Macron, la gauche + Macron + la droite, la gauche + Macron + la droite + Le Pen), la configuration reste la même.
Mais bon, les élections en 2017, on le sait depuis Trump et le Brexit, ont peut-être plus à voir avec la théorie du chaos et l'effet papillon (un enchaînement de faits non perceptibles entraînant à l'arrivée, sans que rien ne l'ait annoncé, un véritable bouleversement) qu'avec le concept de fractales... Exemple: des milliers d'électeurs jusque-là indécis, donc non "cristallisés", ou subitement "décristallisés", créant une sorte de réaction en chaîne en optant au dernier moment pour un même candidat, qu'ils propulsent en tête, comme à la primaire de la droite avec Fillon. C'est le rêve auquel s'accroche aujourd'hui Benoît Hamon... Encore faudrait-il qu'il y mette du sien Benoît Hamon, parce que pour l'instant, si on se met à la place de l'électeur socialiste, en termes de séduction, Hamon c'est pas ça... Etonnez-moi, Benoît...! chantait Françoise Hardy en 1968 (paroles de Patrick Modiano): "Etonnez-moi car de vous à moi, cela ne peut pas, cela ne peut pas durer comme ça, car de vous à moi, c'est fou c'qu'on s'ennuie ici." On ne saurait mieux dire.

PS. Pourquoi ce billet? Pas pour dire pour qui je vais voter le 23 avril, tout le monde s'en fout, d'autant que je fais moi-même encore partie des indécis, hésitant toujours entre vote utile et vote de conviction (ce qui en bon obsessionnel peut finir par l'abstention), étant entendu aussi que la cristallisation chez moi ça ne marche pas... Non, juste parce que j'ai toujours un peu de tendresse pour les petits candidats, de quelque bord qu'ils soient (tant que ça reste démocratique), et que Hamon, tel que c'est parti, est en train de les rejoindre, suscitant pour le coup une forme de compassion. Eh oui, c'est mon côté sensible...

mardi 4 avril 2017

Tennis


Alaina Moore et Patrick Riley



POP EYE  # 13

Yours conditionally, Tennis.

Tennis... retour gagnant! Après un troisième album (Ritual in repeat) un peu décevant, le duo de Denver nous revient à son meilleur niveau, celui de son deuxième album, Young & old, un petit bijou (n°2 de mon Top albums 2012) que Yours conditionally n'est pas loin d'égaler [finalement je crois même qu'il le dépasse]. Bon évidemment, j'entends d'ici les grincheux nous ressasser que tout ça est bien gentil, charmant même, mais que ça sent trop le réchauffé, que c'est de la pop seventies, genre Fleetwood Mac, que Tennis ressuscite ("In the morning I'll be better", "Baby don't believe", "10 minutes 10 years"...) plus qu'il ne réinvente, bref de la musique vintage, agréable à écouter, comme en son temps le rock FM, mais aussi joliment ringard... Bah non. Car si les années 70 sont bien le socle du groupe, qui fait que, outre Stevie Nicks, on pense aussi, quand on écoute Alaina Moore, à Judee Sill, Carole King, Karen Carpenter et d'autres chanteuses US de cette époque, ça ne reste pas figé pour autant... Comme dans Young & old, on devine une progression, une remontée vers le présent, qui rend la pop de Tennis finalement plus actuelle qu'il n'y paraît. Ça tient à une accumulation de petits détails, dans l'écriture des chansons, dans les arrangements, surtout dans la voix d'Alaina Moore, qui semble traverser le temps, de sorte qu'on y croise également les années 80-90 ("My emotions are blinding" est très madonnesque, alors que "Please don't ruin this for me", par ses intonations, n'est pas sans évoquer Kate Bush), de même que les années 2000 via Goldfrapp et le meilleur RnB ("Ladies don't play guitar", "Matrimony")... Et ça c'est inestimable.

In the morning I'll be better (vidéo: Luca Venter) - My emotions are blinding - Fields of blue - Ladies don't play guitar - Matrimony - Baby don't believe - Please don't ruin this for me - 10 minutes 10 years - Modern woman (vidéo: Luca Venter et Kelia Anne) - Island music.

[ajout du 05-04-17] Bonnes plages (suite):

Si vous aimez Broadcast et Au Revoir Simone, vous aimerez Here & now, le deuxième album de Karaocake, duo composé de Camille Chambon et Stéphane Laporte (aka Domotic), de la pop de chambre lo-fi, à l'image du clip réalisé par Tom Gagnaire pour le premier titre (Youth slip), là encore de la belle pop, concoctée à la maison (guitares, synthés et boîtes à rythme), faite de rêveries et de secrets (légers) qui affleurent à la surface des morceaux, petites mélodies veloutées autant que volutées, distillant une atmosphère délicieusement trouble. A écouter ici et maintenant:

Youth slip - Humdrumbeatlife - Grow out - Mother of it all - Summertime - Here & now - Mothers and fathers - End of the day.