samedi 11 mars 2017

Split

La horde sauvage. (attention, spoilers!)

Ah Split, le dernier Shyamalan, film-monstre, film-cerveau, un des plus forts, des plus beaux aussi, qu'on ait vus depuis longtemps (Psychose?, Shining? Lost highway?...), si fort et si beau qu'on ne sait par où commencer. Peut-être par le titre, tout simplement. Split. Autant dire divisé, sens premier du mot et du film, en rapport avec le DID (dissociative identity disorder) dont souffre Kevin le héros, mais aussi fendu, cassé, brisé comme du verre, qui fait du film le complément d'Incassable, ainsi que le révèle le twist final, le second twist, avec l'apparition de Bruce Willis, effet certes marketing (c'est le côté roublard de Shyamalan, Incassable 2 devrait être son prochain film), mais surtout prolongement du premier twist, le dévoilement de "la Bête", la 24e identité de Kevin, la plus puissante de toutes, la plus terrifiante, dans laquelle se seraient libérées toutes les potentialités de son cerveau (et j'ajouterai du récit), validant les théories fumeuses - quant au DID - de la psychiatre qui le suivait, laquelle aura joué pour le coup dans l'histoire le rôle d'apprentie sorcière. La "Bête" attendue, espérée, par "la Horde" (les autres identités, du moins les trois ou quatre qui avaient pris le pouvoir, l'ensemble s'apparentant après l'avènement du monstre à une sorte de horde primitive), soit le passage de split à unbreakable, du héros schizo au superhéros (ou supervilain, c'est pareil), autant dire du psycho thriller au comic book movie, de Hitchcock à Stan Lee. "Let's twist again" diront les anti-Shyamalan, sauf que là, jamais le twist shyamalanien n'aura été aussi logique, aussi nécessaire, aussi fondamental, expliquant non seulement que son absence aurait confiné le film au stade de petit film d'horreur lo-fi, pas désagréable en soi mais vite oublié (Shyamalan a besoin d'éclater ses histoires, à la différence d'un Carpenter dont l'écriture est plus musicale, qui peut tenir sur une simple ligne et quelques notes, qui fait par exemple que son dernier film, The ward, que j'aime beaucoup, n'a rien d'autre à révéler que ce que le film nous donne à voir tout du long), mais surtout que, par sa démesure même, par la vision nouvelle, ici quasi hallucinée, que le retournement final offre du film, invitant le spectateur à reconsidérer ce qu'il vient de voir, le récit prend une dimension qu'aucun des précédents films n'avait atteint jusque-là. Donc twist génial - en dépit de son aspect too much (je me répète) mais Shyamalan est un gourmand on le sait -, d'ores et déjà un des plus inouïs de l'histoire des twists (l'autre grand twist vu cette année c'est bien sûr la fin de Barça-PSG, génial aussi dans son genre). Car split, c'est ça également: se répandre, aller le plus loin possible, au-delà des promesses du récit, dans des contrées qu'on ne soupçonnait pas, même si Shyamalan glisse quelques indices ici et là, parmi d'autres, qui eux ne visent qu'à égarer... Mais encore split au sens de partager, qui fait que la disjonction non seulement s'installe à tous les niveaux du récit mais surtout s'organise progressivement, laissant deviner une sorte d'ordre dans le chaos, pour au final mieux rassembler les morceaux... Et là il faut parler de Casey, la jeune fille séquestrée, elle-même divisée et dissociée des deux autres filles, personnage admirable, qui assure l'équilibre du film, à la fois miroir et glace sans tain, sans qui Split ne serait pas ce qu'il est - un chef-d'œuvre, ça y est je l'ai dit -, quand bien même il y aurait pour finir cet incroyable twist... (à suivre)

[ajout du 15-03-17]:

Le cas Casey.

En face de Kevin, aka Dennis aka Patricia aka Hedwig... aka la Bête, il y a donc Casey. Casey Cooke avec ses initiales identiques (CC) comme les superhéros Marvel (Peter Parker aka Spiderman, Bruce Banner aka Hulk...), comme David Dunn le superhéros d’Incassable. Autant dire qu’elle appartient au même univers qu’eux, qu’elle est probablement une future supergirl, ce que laisse supposer le dernier plan dans la voiture où, à travers son regard, elle apparaît "différente", signe manifeste d’une métamorphose en cours. L’histoire de Casey vient ainsi redoubler celle de Kevin/Dennis/la Bête, dans un registre qui relève autant du mythe que du conte de fées. Et c’est bien ce redoublement qui permet au film d’atteindre une telle puissance d’émotion, aidé en cela par l’extraordinaire interprétation de la jeune Anya Taylor-Joy. Il faut voir comment Casey, parallèlement à l’avènement progressif de la Bête, fait preuve elle aussi, petit à petit, d’une forme de contrôle sur les événements, d’abord limité à l’identité la plus fragile (Hedwig) qu'elle essaie de manipuler, puis s’élargissant, en même temps qu’elle investit de nouveaux espaces, dans le sous-sol où elle a été kidnappée, jusqu’à l’affrontement final où vont s’exorciser les traumas du passé. La maîtrise de Shyamalan dans la conduite de son récit, la manière de le découper, d’y intégrer les flashbacks relatifs aux abus sexuels (étonnantes scènes de chasse), est un modèle du genre. Un tournant vient marquer le processus dramatique, lorsque Casey ramasse une vis qui traînait par terre. A ce moment précis, on imagine une possible évasion de la jeune fille, à travers l’usage qu’elle ferait alors de la vis, par exemple forcer une serrure. Il n’en est rien. De la vis il ne sera plus question (ou alors ça m’a échappé). Et c’est après coup que l’on comprend que ce geste sans suite n’était qu’un réflexe chez Casey, celui de l’enfant abusé, pratiquant l’automutilation et récupérant à cette fin tout ce qui peut servir. [ajout du 17-03-17: en fait, ça m'avait échappé, Casey se sert bien, ensuite, de la vis pour forcer la serrure de sa cellule... disons alors qu'au moment où elle ramasse la vis, il y a dans ce geste à la fois l'anticipation de ce qui va suivre - au niveau du scénario - et la condensation symbolique de tout ce qu'elle a subi depuis l'enfance, le traumatisme et ses séquelles] La vis, loin de préparer à une quelconque libération, suggérait au contraire l’enfermement psychique de l'adolescente, anticipant surtout sa rencontre avec la Bête, la révélation que constituent sur son corps toutes ces scarifications et le fait que tous deux finalement sont "pareils": des êtres brisés (donc les plus évolués selon la Bête). "Pour aller jusqu’à toi, quel drôle de chemin il m’a fallu prendre", pourrait presque dire chacun, de chaque côté des barreaux, paraphrasant ainsi Bresson. Et c’est très fort.

Au final, Split serait moins un film anti-Trump qu'un film sur la question trans (à travers le personnage de Kevin Wendell Crumb), mieux: un grand film trans... A développer ici ou ailleurs.

58 commentaires:

reality is only temporary a dit…

https://www.youtube.com/watch?v=isYBDwCduBw

Buster a dit…

Ha ha... merci Reality.

(à part ça vous avez aimé le film?)

Anonyme a dit…

Kevin (incitant Casey à assumer son propre DID) : "Bah, nana, split!"

Waldemar

Buster a dit…

Bravo!

Et encore merci Reality et Waldemar pour votre contribution qui permet d’élever le débat autour de ce film.

Buster a dit…

Moi aussi je peux le faire... Youth split

(beau petit clip lo-fi au passage)

Buster a dit…

Sinon à propos de banane, quid du banana split entre le Velvet Underground dont le premier album fête ses 50 ans aujourd'hui et la Fondation Andy Warhol?

Anonyme a dit…

ça sent le private joke votre truc, manque plus qu'emmanuel levaufre :)

Anonyme a dit…

Bon, bon, je fais un effort :

Deux remarques au sujet du bel article que Luc Chessel consacre à "Split" dans Libé :
- les Grandes Baigneuses, de Cézanne, qui livrent à la psychologue la clé de l’énigme, contrasteraient par leur éloge de la couleur, avec la noirceur des perspectives déployées par le film.
Mise en abyme stylistique et thématique, probablement (l’allégorie de l’harmonie perdue faisant jaillir l’intuition de l’avènement du monstre, et renforçant, sur le plan de la fable sociale, l’ « antihumanisme » du discours de l’auteur) ; mais peut-être aussi, plus simplement, écho pictural aveuglant de la structure psychique de Kevin. Les deux masses de baigneuses dont les corps s’enchevêtrent de chaque côté de la toile de Cézanne, disposées au premier plan, ainsi que la courbure des arbres (dont les troncs se rejoignent en arche au-dessus de leurs têtes), semblent orienter le regard vers le centre du tableau, où se dessinent, à l'arrière-plan, perdues sur l’autre rive, les formes incertaines d’un homme et d’une bête ( ?!) - à moins qu’il ne s’agisse d’une silhouette humaine recroquevillée. Bref, la rangée d’individus qui se détachent en frise au 1er plan peut apparaît comme un paravent escamotant et révélant tout à la fois la présence d’une entité cachée dans la profondeur.
- Shyamalan, qui n’a « jamais reculé devant l’allégorie historico-divinatoire », se risquerait, à travers la métaphore de la « Bête » (la mystérieuse 24e identité de Kevin), à une représentation du péril politique qui vient (Trump comme dernier avatar de la « bête immonde »). Or, Shyamalan se défend lui-même de cette interprétation (mollement, certes) dans le bref entretien qu’il a récemment accordé à Jacky Goldberg (expliquant que l'idée du film a germé il y a quinze ans). La Bête est porteuse de la colère de ceux qu’on a « brisés », elle épargne ses semblables et dévore tous les autres, mais il paraît pourtant bien hasardeux d’y lire une critique du « populisme » et d’un retour de l’ordre brutal (comme refoulé de l'individualisme contemporain)… En outre, le cinéaste a déjà traité dans une œuvre antérieure, subtilement, la question du repli « protectionniste » (dans son acception idéologique la plus large), sous son angle sécuritaire et dogmatique. Ce film s’appelait « Le Village ».

Waldemar

Buster a dit…

Waouh, merci, je n'en demandais pas tant...

Les Grandes Baigneuses de Cézanne, je comptais en parler dans ma prochaine note... J'aime bien votre interprétation mon cher Waldemar. Pour ma part je m'étais arrêté à la dialectique entre humain (les baigneuses) et inhumain (la nature autour) qui semblent se confondre et ainsi constituer une nouvelle forme, surhumaine. J'y reviendrai.
Sur Trump et le populisme, je suis comme vous très sceptique, ce n'est peut-être pas entièrement faux mais on est là dans la surinterprétation.

Anonyme a dit…

La génèse de la Bête n'est pas le premier twist pour moi. Il s'agit plutôt de la découverte de la raison pour laquelle la Bête épargne Casey Cooke. Cela m'a vraiment scié en deux. Les stigmates de ses antécédents traumatiques valent à Casey d'être reconnue par la Bête comme appartenant à la même espèce qu'elle. C'est juste dingue.
Le fait de pouvoir "ramener" Kevin en prononçant son nom complet, tel qu'expliqué par le Dr Fletcher à Dennis, et écrit par elle sur la feuille que lit Casey, est aussi une surprise de taille. Une phrase incantatrice, à la manière de ces sons qui font entrer/sortir de l'hypnose.
Tout ça est très bien amené, même si on sent venir la Bête, on sent venir la métamorphose physique. La belle surprise est la façon dont Casey "tombe" sur cette feuille griffonnée par le Dr Fletcher, on ne la voit vraiment pas arriver.

Quant au second twist, il établit une prolongation/augmentation des pouvoirs de Kevin et des vingt-trois autres, via la similarité physique entre James McAvoy et Bruce Willis. Maintenant il faut revoir Incassable en imaginant que Bruce Willis/David Dunn est Kevin/la Bête. Mais en mode contrôlé. Ce qui rejoint logiquement (pouvait-il en être autrement avec Shyamalan ?)l'histoire d'Incassable, où Dunn découvre, non pas sa véritable identité (il semble calmé sur ce point) mais sa véritable place dans la société (autre grand sujet de Shyamalan). Casey découvre sa place elle aussi, même si pour elle les ennuis ne sont pas finis. On suppute cependant que dorénavant, elle saura se défendre face à son oncle abusif (qui était aussi la raison pour laquelle elle mettait tout en oeuvre pour être punie, passer autant de temps que possible, pour ne passer le moins possible à la maison).

Shyamalan a dit que le personnage de Dennis faisait à l'origine partie du scénario d'Incassable. Probablement déjà en cours de production suite au succès commercial de Split, Incassable 2 promet de regrouper beaucoup de monde.

Buster a dit…

Vous avez raison, on peut considérer la révélation que Casey est "semblable" à la Bête comme le premier twist, ce qui fait que s'il ne fallait retenir qu'un seul twist, ce serait alors que Casey et Kevin/la Bête non seulement sont pareils mais surtout qu'ils appartiennent au même "univers" que David Dunn (Bruce Willis), soit celui, Marvel, des super-héros, ce que laissait entendre le nom complet de la jeune fille, Casey Cooke, soit la double initiale, comme la plupart des super-héros Marvel (David Dunn, Peter Parker pour Spiderman, Bruce Banner pour Hulk...)
Quant au lien entre Kevin et Dunn, impossible de savoir exactement, le train qu'on voit à la fin quand Kevin est devenu la Bête renvoie certainement à la catastrophe ferroviaire dont était sorti indemne Dunn dans Incassable... Kevin raconte que lorsqu'il était enfant son père a disparu après avoir pris le train, celui-ci aurait-il été victime de l'accident provoqué par Mr Glass (S. L. Jackson)?

reality is only temporary a dit…

Oui j'ai bien aimé, mais peut-être pas autant que vous, et pas autant que "The visit"...
J'ai surtout trouvé tout cela un peu trop démonstratif vers la fin (la succession de métamorphoses en 3min. c'est un poil lourdaud, puis la transformation en bêÿte, Casey épargnée, tout ça est assez attendu). Mais sinon oui James McAvoy est très bon, Anya Taylor-Joy épatante...

Poulet a dit…

Je suis beaucoup moins enthousiaste et je trouve même qu'il y a un problème moral. Mais je n'ai probablement rien compris.

https://www.facebook.com/notes/poulet-pou/split-m-night-shyamalan-2016/1303625513051410

Quant au Kurosawa, il est très beau et c'est très méchant de le comparer à du Benoît Jacquot ! :)

Anonyme a dit…

Buster, où est le commentaire que je vous ai envoyé ce matin, svp ? Ludovic

Buster a dit…

Reality > oui la fin est un peu trop rapide, d'autant plus que Shyamalan n'y va pas de main morte dans la surenchère, mais bon, ça reste un film fabuleux à tout point de vue.
Poulet > je ne vois pas trop en quoi le dernier plan sur Casey est moralement douteux... ce que laisse en suspens Shyamalan c'est le devenir de la jeune fille, mais dans le fond la réponse est assez évidente. Comme je l'ai écrit précédemment le fait qu'elle se nomme Casey Cooke, avec des initiales identiques (CC) comme beaucoup de superhéros Marvel, laisse à penser que elle aussi va devenir une supergirl. Le regard qu'elle jette est celui d'une autre Casey, il ne m'étonnerait pas qu'on la retrouve par la suite sous une autre identité, ce qui fait que le film ne l'abandonne pas à son destin de pauvre-petite-fille-abusée-par-son-oncle, pas plus qu'il ne laisse supposer chez elle, une fois l'épreuve surmontée, une volonté de vengeance (Shyamalan n'est pas Tarantino).

Sur le Secret de la chambre noire, je vous trouve vraiment très indulgent, Kurosawa en venant tourner en France y a carrément perdu son âme... Non seulement c'est du mauvais Chabrol mais on ne peut même pas dire que c'est du bon Jacquot (oui je sais, c'est supervilain de dire ça). En plus Olivier Gourmet est absolument abominable...

Buster a dit…

Ludovic, je ne sais pas où est passé votre commentaire, il n'est pas non plus dans les spams.

(ce n'était pas vous à 01:22?)

Poulet a dit…

OK. Les histoires de super-héros me passent complètement au dessus la tête.

Anonyme a dit…

Si c'était moi. 1h22 et ce matin vers10-11h. J'ai visionné The Ward de Carpenter, The Mist de Darabont et ce matin je me suis réveillé inspiré. Je vous ai pondu un commentaire que je trouvais très bon, bien que très long. Je ne pense pas avoir dépassé la limite de mots autorisés car je n'ai pas vu de message d'avertissement... a a sans doute foiré ailleurs... crotte de bique !!! c'était mon meilleur commentaire depuis des lustres, Split ne cesse de m'inspirer. J'ai commencé sur les super et terminé avec Nietzsche... je vais peut-être le ré-écrire (et le sauvegarder cette fois!)
Ludovic

Poulet a dit…

"de"

https://www.facebook.com/notes/poulet-pou/le-secret-de-la-chambre-noire-kiyoshi-kurosawa-2016/1318266694920625

Buster a dit…

Oui oui Ludovic, réécrivez-moi ça... :-)

OK Poulet, je vais lire votre note.

Anonyme a dit…

Casey Cooke, CC, est aussi la protagoniste de Split car son "origine" nous est contée. Une des traditions du film de super est d'expliquer le comment "ça" a commencé.
CC se situe entre BB (Bruce Banner/Hulk) et DD (Daredevil de l'écurie DC Comics, ou David Dunn). Soit entre un homme-monstre et un avocat aveugle, tous deux en croisade justicialiste. Elle connaît déjà le premier en la personne de la Bête, quant au second... peut-être dans Incassable 2.

A un moment, une "gare de triage" est mentionnée par un personnage (peut-être le Dr Fletcher). Et Dennis se rend à la gare pour effectuer sa métamorphose dans un wagon vide. Cette scène sonne un peu trop comme un raccord avec Incassable car elle n'est pas justifiée dans le récit de Split ; je veux dire par là aucun besoin impérieux ne l'incite ni ne contraint Dennis à faire sa mue dans cet endroit. Excepté le jeu de références de Shyamalan. Mais c'est autrement fascinant que chez Tarantino le boucher.
Et en plus Dennis se jette des fleurs : il achète un bouquet de fleurs (quelle variété ?) pour la Bête. Une symbolique de l'offrande ? Fleurs=femmes ?

Le Dr Fletcher : doit-on voir dans le choix de ce patronyme une autre référence ? L'écrivaine-enquêtrice Jessica Fletcher dans la série Arabesque (en V.O. : She Wrote...). Et comme dans la série, le Dr Fletcher mène sa petite enquête, au lieu d'alerter les autorités comme le ferait tout citoyen doté de bon sens (informer les autorités sur une cas d'enlèvement n'est pas considéré comme une vraie violation du secret médical).

La Bête. Métamorphose dans l'ombre d'un wagon vide (pourquoi les lumières sont-elles éteintes ?). On montre le torse de James McAvoy : tendons et nerfs saillants (pas saiyan, comme dans Dragon Ball Z,hein ! Ouh le vilain jeu de mots à la Buster, mais vous l'avez bien cherché...), muscles anguleux, bouche en sang, capacités accrues, etc. Pas si bête que ça : elle reste humaine en décidant d'épargner Casey qui a beaucoup souffert. La bête humaine...

Dennis. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il en impose : attitude maniaque quant à la propreté et l'ordre, discours aride, apparence intello sévère, frustré sexuellement, dominateur. Tellement qu'il contamine d'autres personnalités (je pense à l'épisode où Patricia, dans la cuisine, perd son calme à cause du sandwich "ce n'est pas droit").
Mais cela va bien plus loin : il fait de la Bête une description diablement précise au Dr Fletcher lors du dernier entretien. Cette partie de leur discussion nous prouve que la Bête n'est pas un accident, mais une construction intentionnelle. Se sentant limité dans le corps de Kevin, Dennis le superintelligent ressent le besoin d'évoluer. Et il construit mentalement et physiquement une autre version de lui-même, petit à petit.
Disons-le tout net : c'est un cliché de la SF que de montrer une super-intelligence voulant évoluer ; et faisant preuve d'une grande cruauté envers ses semblables. Mais quand c'est exécuté avec autant de talent, on laisse passer.

Si, Buster, Dunn est bien Dennis : la proximité phonétique de leurs noms (Dunn comme raccourci de Dennis), la ressemblance physique (le crâne rasé, la physionomie, etc.), et bien sûr, last but not least, il est assis juste à côté de trois jolies jeunes filles (le péché mignon de Dennis) qu'il écoute (repère ?) puisqu'il répond à l'une d'entre elles, celle qui pose la question fatidique visant Mr Glass. Et là vous m'opposez que ce sont peut-être des fausses pistes (peut-être mais ça fait vraiment beaucoup) et que l'histoire d'Incassable n'a pas eu le temps d'avoir lieu mais vous oubliez une chose : rien ne prouve que la dernière scène, celle du second twist, est raccord sur le plan temporel. Je crois que cette scène est la première d'Incassable 2.

Ludovic (sorti du coma)

Buster a dit…

Beau travail Ludovic et cette fois c'est passé, trois fois même :-)

Dennis et Dunn, oui possible, d'autant que dans ces univers-là il y a une forme d'intemporalité, les superhéros ne vieillissent pas... ce qui m'avait intrigué c'est cette histoire du père de Kevin/Dennis disparu après avoir pris le train, au point que je me demandais si Dunn n'était pas le père de Dennis, d'où la ressemblance physique, jamais revenu du fait de sa crise identitaire, et je voyais bien Incassable 2 comme la lutte de David Dunn et Casey Cooke contre la Horde/la Bête via Mr Glass...
Sinon quelques indices se trouvent peut-être dans les noms d'autres identités, comme Orwell (en référence à la Ferme des animaux et ainsi au zoo du film), je ne les ai plus en tête, avec évidemment pas mal de fausses pistes, rappelons que Kevin se nomme Crumb, comme l'auteur underground de BD (dont Mr Natural, gourou à multiples personnalités), originaire lui-même de Philadelphie, il y aurait d'ailleurs tout un travail à faire sur Philadelphie dans l'oeuvre de MNS...

De mon côté, je vais me pencher sur le cas Casey, personnage nouveau que je trouve bouleversant...

Anonyme a dit…

Merci Buster. C'est tellement rare de recevoir un compliment de vous que je vais le découper au burin dans l'écran et l'encadrer...(d'habitude j'ai droit à vos railleries)

En fait, je me suis trompé sur un point dans mon raisonnement Dennis est Dunn : c'est la même temporalité car il y a le journal des actualités qui passe sur un écran du bar... mais je maintiens que cette scène est la première d'Incassable 2 (2,5 ou 3 ?)

Quelques hypothèses :

- David Dunn est le père de Kevin la Bête: mais comment expliquer la séparation entre eux ? Ignorance malgré la couverture médiatique de Dunn, unique survivant d'un déraillement de train qui emporte 131 personnes ? Enfant hors mariage ? Immaculée conception ?
Dans Incassable, David et sa femme Audrey on un enfant prénommé Joseph qui ne semble souffrir d’aucune maladie mentale (mais elle peut se déclarer plus tard...). Lui aussi aurait des pouvoirs, malgré ses initiales ?

- David Dunn est l'opposant naturel de la Bête: Soit la logique d'Incassable: toute chose a son contraire.
Dunn et Casey s'allient pour affronter la Bête, qui depuis a encore augmenté ses pouvoirs. A lui l'expérience de garde, la force surhumaine, l'immunité et la perception extra-sensorielle, à elle le maniement des armes à feu et la ruse grâce à la pitié que la Bête ressent pour elle.

- Dennis est Dunn: ce serait dingue de voir Bruce Willis se battre contre lui-même (si je puis dire). Et Casey Cooke va devoir affronter un adversaire redoutable. Pourra-t-elle compter sur l'aide d'Elijah Price/Mr Glass, interné suite aux évènements d'Incassable ?

Cet après-midi, je regarde Incassable et Split dans la continuité, ça m'aidera à y voir plus clair.
Ludovic




mircea a dit…

Vous avez vraiment aimé le film dis donc..
Moi j'ai trouvé ça d'un lourdingue pas possible.
Ce qui m'a le plus insupporté c'est l'argument narratif du personnage de la psy. Je déteste lorsque dans les films le scénario fait appel à ce genre de trames secondaires pour avant tout dynamiser le film (le docteur, le scientifique, qui donne tout pour résoudre le cas extraordinaire auquel nous sommes confrontés...).
Et puis le personnage de Casey, elle même "différente" parce qu'elle aurait subi des outrages similaires étant enfant, c'est d'une maladresse..
J'avais adoré the visit car, prenant un genre comme base, il le dégommait et s'en amusait, mais alors là, c'est sans moi !

Buster a dit…

Ludovic, si vous revoyez Incassable et à nouveau Split, vous allez prendre de l'avance sur moi qui ne me rappelle plus très bien le premier hormis les grandes lignes et qui a déjà oublié certains détails du second... je souffre d'hypomnésie et tend rapidement à tout mélanger, c'est pour ça que je préfère me concentrer sur Casey, mais vous, continuez d'imaginer Incassable 2, ça me plaît bien (et hop, un compliment de plus).

Mircea, non non, c'est lourd ou maladroit sur le papier, mais à l'écran c'est différent, Shyamalan n'est pas qu'un formidable raconteur d'histoires, c'est aussi un très grand metteur en scène, sa science du plan et du découpage fait ici merveille.

Anonyme a dit…

Le Dr Fletcher à Dennis : "vous n'avez jamais vu la Bête, c'est parce qu'elle n'existe pas. Elle habite dans la gare de triage, comme le raconte l'histoire. C'est parce que le père de Kevin est parti en train"
Shyamalan introduit le thème de le gare via les entretiens avec la psy. Le lien établi avec la Bête fait de la gare un endroit fabuleux.

1h06 : Dennis à Casey : "la Bête est une créature consciente, elle est la forme la plus aboutie de l'évolution humaine, elle pense que l'humanité ordinaire est révolue. Tu es en présence de quelque chose de grandiose. J'allais te demander d'enlever ton dernier haut, mais je ne me ferai pas, c'est une nuit sacrée"
>>> la dimension religieuse est ici à prendre au sens mythologique. On est toujours dans la pure fabrication de mythes destinés à agiter l'imagination.
Le trans-humanisme n'est pas ouvertement évoqué : il fait très peur à Shyamalan.

1h11 : Dennis au Dr Fletcher (chez Kevin) "ils m'ont promu chef de la maintenance, ils ont dit que j'y avais droit"
Dans Incassable, le tueur arrêté par Bruce Willis chez des particuliers est un agent de... maintenance qui travaille à... la gare. Il porte une combinaison de travail orange, presque flashy. Facile de le suive, de le distinguer des autres. On pourrait croire à un costume de super-villain. L'usage répété du "ils" tend à anonymiser.

"la Bête existe. Elle pense que nous ne sommes pas une erreur. Mais le potentiel de l'espèce. Elle pense que nous sommes exceptionnels. Vous dites la même chose"
Dennis au Dr Fletcher : "Patricia dit que vos méthodes ne donnent rien"

1h25 : la métamorphose/tératogénèse a eu lieu dans un wagon, la Bête rentre vite chez Kevin et on entend ses premiers mots, adressés au Dr Fletcher : "merci de nous avoir aidés jusque-là", prononcé avec une voix d'outre-tombe qui n'est pas la voix définitive. Signe d'évolution en cours.
Le Dr Fletcher est enserrée par les bras surpuissants de la Bête. Réflexe de survie : elle tente de blesser la Bête avec un couteau de cuisine, mais la lame du couteau casse comme prévu par Dennis. La Bête écrase sa cage thoracique. Pas de gore, mais une sacrée tension. Chaque apparition de la Bête fait monter la température. Et les mutations en temps réel, discrètes, sont saisissantes de réalisme.

(à suivre) Ludovic

Anonyme a dit…

Peu après, lors de la fuite de Casey, on découvre avec effroi que la Bête est cannibale. Le nouveau-né a faim. Casey est la seule encore en vie.

1h32 : attaquée par la Bête, Casey utilise les instructions laissées par le Dr Fletcher et pour la première fois nous rencontrons Kevin Wendell Crumb, le patient zéro. Effrayé et ignorant des faits : "Je te jure que j'étais dans un bus (pas un train ?). Je ne me souviens plus de rien après ça. On est le 18 septembre 2014, c'est ça ?" Casey fait non de la tête et il flippe à mort. Littéralement : il indique à Casey où sont cachés le fusil de chasse et les cartouches. Il a l'air d'une bête blessée. Mais Kevin qui a toujours besoin d'aide, est vite supplanté dans la Lumière par Hedwig ("je t'avais bien dit de ne pas utiliser le talkie-walkie!), Patricia et Dennis.
Le SOS de Casey avec le talkie-walkie ? " arrêtez d'utiliser nos talkies-walkies" un collègue de Dennis qui croit à un canular...
Toujours dans la cuisine avec la Horde, Casey tente à nouveau d'invoquer la personnalité Kevin, mais Dennis lui répond que "la Horde l'a mis en sommeil"
Chaque personnalité lutte pour être dans la Lumière : la seule explication plausible est que chacune dispose d'un instinct de survie propre.
Tandis que la Bête revient, Casey s'enfuit en courant, fusil chargé en main. Plaquée au sol en pleine course, Casey est blessée à la jambe et doit tirer sur la Bête pour survivre. C'est là que son dernier haut est arraché, mais on ne voit rien à ce moment-là car on est dans le noir. La Bête ne voit pas dans le noir ; ou ce détail lui a échappé.
Ingénieuse, la Bête casse les lampes pour empêcher Casey de la viser. La Bête a une voix différente, et elle emploie le "nous"
"Les âmes pures, c'est ceux qui n'ont été ni touchés, ni brûlés, ni anéantis. Ceux qui n'ont pas été écorchés sont des individus sans la moindre valeur, ils n'ont pas leur place dans ce monde"
Casey s'est enfermée dans une cage et braque la Bête qui s'en moque fièrement : "ton arme ne peut pas me faire de mal. Kevin est un homme ; je ne suis pas comme lui"
Casey touche la Bête deux fois avant d'être à court de cartouches. Blessée, elle se relève et essaie quand même d'écarter à mains nues les barreaux de la cage. Elle s'arrête à la vue des stigmates de Casey : "tu as le coeur pur, réjouis-toi. Les broyés sont les êtres les plus évolués. Réjouis-toi" Retrouvant son calme, la Bête s'en va.
Plus tard, un employé de la maintenance du zoo trouve Casey enfermée dans la cage et la libère. Police. Ambulance : on notera que l'ambulancière dit à Casey qu'elle va l'examiner lentement : comment peut-elle ne pas voir les stigmates et poser de questions, appeler l'assistance sociale?, etc.
Attendant son oncle à l'arrière d'une voiture de police, Casey n'a plus du tout le même regard qu'au début. Plan sur une statue de lion (?)
Quelque part dans Philadelphie : la Horde se mire dans un miroir et les personnalités vues précédemment parlent chacune à leur tour : "nous sommes ce que nous croyons être
.Croyons en la Bête, elle nous protégera. Regardez ce dont nous sommes capables. Laissons-la montrer au monde à quel point nous sommes puissants"
Second twist avec Bruce Willis.
Générique de fin.

J'ai écrit ces notes pour une analyse ultérieure. Il faut laisser tout ça se décanter.
Ludovic

valzeur a dit…

Hello Buster,

Diantre, Split vous habite ! (pas de contrepèterie, je crois).
Aurez-vous le temps de tester le nouveau kouglof de James Gray devant lequel tout le monde se déculotte ? (Oui, cette image est bizarre). Il y a quelques raisins, mais la pâte n'est pas assez cuite et elle se mâche très très longuement.
Ceci dit, je pense que c'est un film idéal pour les pré-ados (11-15 ans) ; si vous avez un neveu qui aime Tintin, n'hésitez pas ! Si vous ne jurez que par Rouch ou Lévi-Strauss, ce sera une autre paire de manches...

Buster a dit…

Salut valzeur,

Ah oui, j’ai complètement craqué pour ce film, pour moi le meilleur de Shyamalan avec le Village et Phénomènes…

Le Gray j’irai le voir bien sûr... et le neveu comme prétexte, pas la peine, j’adore Tintin.

valzeur a dit…

Eh, mon Shyamalan préféré reste Le Village !! (Vous voyez qu'on a des points communs...).

Bon courage pour le James Gray, prenez des mots croisés, vous en aurez besoin.

§ a dit…

Hergé c'est mieux que Lévi-Strauss, aucun doute là-dessus. Et convoquer Rouch pour parler du Gray, c'est n'importe quoi.

Anonyme a dit…

Le meilleur de Shyamalan c'est Split, After Earth et Signes. Incassable et Le Village en sont pas bien loin derrière.
Split est sans conteste le meilleur film depuis le premier janvier. En attendant The Lost City of Z, peut-être...
Ludovic

Anonyme a dit…

Je me souviens pas du tout de ce passage avec la vis

Buster a dit…

Bon, je vais essayer de voir le Gray ce soir...

valzeur a dit…

Hé hé, je plaisantais évidemment en citant Rouch ; la jungle et les sauvages sont la portion congrue du film puisqu'ils n'existent pratiquement pas ; j'imagine que la gent critique favorablement impressionnée par LCOZ essaiera de pourvoir à ce défaut majeur en parlant d'"espace mental" ou autres conneries de ce genre. Il n'empêche qu'à peu près aucune scène amazonienne du Gray ne fonctionne, et c'est un énorme problème dont le film ne se relève jamais.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Allons, en train de pagayer avec Percy Fawcett ? Ou en plein bizutage véto, réalisant que la chair de vos condisciples ne vous est pas indifférente ? (Grave, le film qui porte assez bien son nom).

Juste pour vous dire qu'une fois n'est pas coutume, j'ai 4 bons disques à vous recommander en ce début d'année. En voici la liste (du plus ou moins compatible avec votre Buster-touch pop-bichounette) :
1° Tennis : Yours Conditionnaly (complètement votre univers)
2° The Shins : Heartworms (votre univers, quelques morceaux magiques et presque nitsiens - l'influence de McCarney certainement...)
3° Sleaford Mods : English Tapas (pas vraiment votre univers ; rage anglaise DIY entre hip-hop et punk ascétique, peut-être leur meilleur disque)
4° PC Worship : Buried Wish (pas du tout votre univers, mais ma grande révélation de ce début d'année, comme du Lou Reed apathique passé entre les mains de grungeux zombies, mystérieux et obsédant (moi, quoi...))

Faîtes votre choix !

Buster a dit…

Salut valzeur,

Pas vu finalement le Gray, je réessaierai ce week-end...

Yours conditionnaly j'adore, j'avais été un peu déçu par Ritual in repeat, là on retrouve le meilleur Tennis (Young & old).
The Shins, je ne suis pas très fan, et Heartworms est plutôt casse-bonbons, non?
Les deux autres je ne connais pas, je vais écouter... en tous les cas merci pour la sélection.

valzeur a dit…

Oh zut ! Je pensais que c'était votre came (comme on dit quand on est vulgaire).
Ecoutez les morceaux The Fear, Heartworms et So now what ; si vous n'aimez pas ça, l'album n'est pas pour vous...

Buster a dit…

Oui The fear est pas mal mais c'est la fin de l'album, ça arrive un peu tard...

Poulet a dit…

La jeune fille utilise la vis pour forcer la serrure de sa prison. Je ne vous suis vraiment pas du tout dans le délire super-héros.

Buster a dit…

Ah oui? dommage… pourtant j’ai posé la question autour de moi, personne ne se souvenait soit de la vis soit de l’usage que Casey en faisait… cela dit ça touche moins la question du super-héros que celle des enfants abusés, étant étendu que dans les comic books les super-héroïnes ont souvent vécu des traumatismes dans leur jeunesse, ça ne remet pas en cause le fait que Casey est une super-héroïne en puissance, en disant cela je ne pense pas tomber dans le délire d’interprétation... et quand bien même, délirer un film de Shyamalan c’est un peu le jeu, non?

Buster a dit…

Sinon merci pour la rectification... du coup j'ai ajouté un correctif au texte:

[ajout du 17-03-17: en fait, ça m'avait échappé, Casey se sert bien, ensuite, de la vis pour forcer la serrure de sa cellule... disons alors qu'au moment où elle ramasse la vis, il y a dans ce geste à la fois l'anticipation de ce qui va suivre - au niveau du scénario - et la condensation symbolique de tout ce que Casey a subi depuis l'enfance, le traumatisme et ses séquelles]

Anonyme a dit…

Éléments pour Incassable 2 (Attention, spoilers potentiels!):


Lire c'est y croire...


- Philadelphie : la ville de tous les dangers, la cité de la peur
- la forêt : lieu d'expression des instincts primitifs, de l'animalité
- la gare : va-et-vient du danger (départ du train saboté & lieu de travail de l'agent de maintenance tueur dans Incassable, berceau de la Bête dans Split, etc.)
- la société de série B : réduite à ses lieux symboliques/fonctionnels. En lieu et place du bureau du télégraphe, du shérif et du saloon, nous trouvons chez Shyamalan le lieu de culte (religion, comics, etc.), et le lieu de travail (le zoo de Split, le stade dans Incassable, etc.)
- l'enfance en souffrance : Casey Cooke dans Split, Joseph Dunn dans Incassable, etc.
- la famille en peine : La vie de famille ne montre jamais les rituels familiaux de type anniversaire de mariage ou d'enfant.
- la puissance de la croyance/l'amour-foi : le véritable point névralgique. La croyance régit la réalité, pas moins. Qui aime croit. Qui croit aime. Qui aime raconte. Qui raconte aime.
- les monstres qui au départ n'existent que dans les histoires : super-villains (Incassable), Bête (Split), extraterrestres (Signes), Scrunt (La jeune fille de l'eau), Ursas (After Earth), "ceux dont on ne parle pas" (Le Village).


Notes :

Kevin Wendell Crumb n'est pas David Dunn. J'y crois de moins en moins, pas pour des raisons narratives ou logiques, mais parce que c'est le choix le moins spectaculaire.

Shyamalan préfère les histoires où le personnage découvre en lui des ressources inexplorées : Kitai Ridge dans After Earth ; Simon dans Signes, etc.
Une variante de La Force de Star Wars ? De la foi, la force.

Casey & David : soit la sur-alliance du sur-corps et du sur-esprit. David assujettit la Bête ; Casey l'apprivoise. Vont-ils fusionner dans Goten et Trunks dans Dragon Ball Z ? Buster, expert inégalé en kaméhaméhas, le sait probablement déjà.

Casey super-héroïne : il faut d'abord qu'elle y croit. Ce qui devrait arriver lors de sa rencontre avec David Dunn : il sera son mentor, son professeur Xavier (X-Men), son Maître Yoda.
A travers la Bête, c'est son oncle bestial en sexe qu'elle apprivoise, et son traumatisme qu'elle surmonte. Les pouvoirs psychiques sont en général attribués à ceux ne disposant pas d'un physique surhumain.
Quelques modèles possible :
- Jean Grey (X-Men) : télépathie et télékinésie,
- Raven (DC Comics) : empathe, téléporteuse, peut faire sortir son esprit dans un corps astral qui peut se battre physiquement
Mais la pyrokinésie, la cryokinésie, la maîtrise des éléments (Le dernier Maître de l'Air) ou des champs magnétiques peuvent aussi faire l'affaire.
Néanmoins, je gage que son super-pouvoir n'aura aucun rapport avec l'eau (seule vulnérabilité connue de David Dunn), sinon ce serait trop facile : elle n'aurait qu'à intervenir là où il ne le peut.
Shyamalan saura tirer avantage des grands yeux ronds d'Anya Taylor-Joy... de là à imaginer qu'elle a été recrutée sur ce critère... (hommage à Barbara Steele?)

Shyamalan n'est pas du genre à détruire matériellement/tuer l'adversaire. La Bête sera intimidée (la Nation du Feu repoussée par les vagues géantes du Maître de l'Air) et internée (Elijah Price/Mr. Glass dans Incassable).
Ludovic

Anonyme a dit…

Scénario le plus probable :

David Dunn regarde le journal TV dans un diner. Il prend connaissance de la Bête, une menace pour la ville qu'il protège, et de la survivante ; il va à sa rencontre. Il veut s'en charger seul, parce qu'il croit que c'est ce que font les super-héros. Casey lui fait comprendre qu'elle a des pouvoirs, elle aussi. Ils s'allient pour vaincre la Bête. La confrontation finale partira en train de la gare de Philadelphie ou y aura lieu complètement. Vu la force de la Bête, quoi de mieux qu'un train pour en venir à bout ?
La Bête, contenue physiquement par Dunn, sera hypnotisée par une Casey tout en manipulation mentale. Kevin revient pour de bon, La Horde est mise en sommeil, et il est interné.
David Dunn sauve son mariage avec Audrey, leur fils Joseph est fier. Casey Cooke a surmonté son traumatisme.
Casey et David s'assument parfaitement ; ils sont réconciliés avec eux-mêmes et donc avec l'Univers.
(Twist, again : Casey se découvre super-vilaine au cours du combat avec la Bête et attaque Philadelphie...)


Ludovic

Buster a dit…

Merci Ludovic, je suis très impressionné, vous avez parfaitement saisi ce qu'est le cinéma de Shyamalan.

Maintenant, j'espère que ça ne se passera pas exactement comme ça, sinon bonjour l'effet de surprise :-)

Anonyme a dit…

Merci Buster.
Connaissant Shyamalan, il va nous ménager des volte-faces vertigineux, donc pas trop de risque côté surprise. Et puis, d'ici la sortie d'Incassable 2 (ou 3), de l'eau aura coulé sous les ponts.

Prochaine séance : The Lost City of Z : 2h21 de James Gray (en 50 nuances?). Le casting, très "jeune qui monte", ne m'inspire guère confiance. La critique n'en peut plus. J'espère que ce sera autre chose que La La Land (la la langue... de bois).

Ludovic

Buster a dit…

Je sors du Gray… film étrange, de plus en plus beau à mesure que le héros s’obstine dans sa quête du point Z, une sorte de Graal vert, mêlant roman de chevalerie (il s’appelle Percy comme Perceval), Alfred Métraux et Joseph Conrad… fin transcendantale absolument magnifique + grandeur du personnage féminin joué par Sienna Miller (dans un rôle curieusement comparable à celui qu’elle tenait dans American sniper)...

mircea a dit…

J'en sors aussi. Même sentiment, le film prend sur la longueur. Et on en ressort avec quelque chose d'assez beau. C'est un film généreux.

Anonyme a dit…

Ce soir, à 20h45, je me fais The Lost City of Z (avec le Printemps du cinéma), j'en ai déjà l'eau à la bouche... Gray, Graal, pas mal Buster... on en reparle bientôt dans un billet dédié, histoire de ne pas troller Split encore plus?

D'ailleurs, je n'en ai toujours pas fini avec Split : il y a tellement de choses à voir et à comprendre : la vis, l'ordinateur (que tout le monde sur ce forum semble avoir oublié) contrôlé par Dennis, les figures de l'animalité (figurine de tigre dans la chambre d'Hedwig, cages, comportement de l'oncle dans la forêt, plan sur la statue du lion à la fin du film pour signifier, de façon trop symbolique, la métamorphose de Casey, etc.), les tunnels et conduits qui me rappellent The Ward de J. Carpenter, etc.

L'ordinateur : le seul endroit du film où les 23 personnalités sont réunies. Comme une gare de triage informatique. Juste pour le plaisir :
1_Barry
2_Jade
3_Orwell
4_Kevin
5_Heinrich
6_Norma
7_Goddard
8_Dennis
9_Hedwig (and the angry inch?)
10_Bernice
11_Patricia (Highsmith?)
12_Polly
13_Luke (Skywalker?)
14_Rakel
15_Felicia
16_Ansel (mais où est Gretel?)
17_Jalin
18_Kat
19_B.T. (???)
20_Samuel
21_Mary Reynolds
22_Ian
23_Mr. Pritchard
La 24ème personnalité/la Bête n'y est pas.
C'est le PC de Dennis : fond d'écran bleu apaisant et propre, les 23 fichiers vidéo y sont présentés tels que listés ci-dessus (j'ai un snapshot du plan pour vérifier).
L'ordinateur c'est aussi la mémoire informatique comme augmentation de la mémoire humaine. Ce que l'on ne parvient à ranger dans sa tête, on peut le ranger dans sa machine. Une référence à l'intelligence artificielle.
Sur la capture d'écran que j'ai, 3 personnalités sont à part, sur une rangée à gauche : Barry, Jade et Orwell, soit 1, 2 et 3. Numérologie? on a vu la Bête, mais pas son chiffre, 666. Norma est n°6. 3 fois Norma ? Mais on ne l'a pas vue dans Split, sauf erreur ou omission de ma part... Ou alors il s'agit d'une autre combinaison...
Seuls Barry (1), Jade (2) et Orwell (3) sont disposés en colonne. Tous les autres sont en rangées.
Bon j'arrête, je pourrais continuer comme ça pendant des heures...
Le film de 2017 ???
Ludovic

Anonyme a dit…

Split_snapshot.JPG

Anonyme a dit…

Buster, comment fait-on pour ajouter une image dans les commentaires ? Est-ce une option que vous devez activer dans l'interface d'administration de votre blog ?
J'ai essayé de vous envoyer une photo d'un plan de Split, mais j'ai des doutes sur le résultat.
Ludovic

Split_snapshot.JPG

Anonyme a dit…

Mon snapshot du plan de Split où on voit clairement l'écran du PC :

http://hpics.li/57bd9ce

Ludovic

Buster a dit…

Oui j'écrirai peut-être un truc sur le Gray... à mon retour car je suis à nouveau reparti mais pas longtemps cette fois.

Sinon merci pour le "Split screen" :-)

Anonyme a dit…

Bonjour Buster,
Ravi de vos vacances ?
La question trans? là je ne vous suis pas, je ne me sens pas transporté par cette approche.
Personnellement, j'aurais développeé la question de l'initiation, que j'ai seulement esquissée ci-dessus, et la question de l'identité (changée, retrouvée, confuse, etc.); cette dernière m'aurait naturellement conduit à un rapprochement avec un autre grand cinéaste américain contemporain, qui nous a quitté il y a peu, Michael Cimino.
Ludovic

Buster a dit…

Bonjour Ludo,
Oui mais non... vous me connaissez, quand je parle de film trans, outre l'opposition trans/trump, c'est pas du point de vue psycho-sociologique, mais plutôt en termes de structure (cis/trans), l'opposition infra/super, en-deçà/au-delà... et le passage d'un terme à l'autre, d'ici (le monde réel) à là (l'univers du comic book)... Split un super-film trans.

Anonyme a dit…

Oui, trans comme trans-genre, trans-catégorie, traverser les frontières, etc.

Je maintiens qu'un rapprochement Shyamalan/Cimino sur la question de l'identité à trouver est pertinent. Bien sûr, la comparaison s'arrête là.
Ludovic

Buster a dit…

Shyamalan/Cimino... d'autant qu'à la fin la question trans s'est posée à propos de Cimino... hé hé, je rigole... sinon oui peut-être à travers la question de l'identité, souvent perturbée, brisée, diffractée chez Cimino? mais dans un cadre évidemment plus mélancolique.

Anonyme a dit…

Shyamalan = l'identité à découvrir. Ses films répondent à la question "qui suis-je réellement ?", ou "qui vais-je devenir ?"
Je n'approfondis pas car on en a déjà beaucoup parlé ci-dessus.

Cimino = l'identité à re-découvrir. Ses films répondent à la question "d'où viens-je ?", ou "qui étais-je ?"

Thunderbolt and Lightfoot (1974) : Eastwood et Bridges en quête d'un magot dérobé des lustres auparavant. Le magot était resté planqué derrière le tableau blanc d'une petite école.
Bridges joue Lightfoot, un jeune aventurier qui vit au jour le jour, surnommé "Pied de Biche par Eastwood. Un nom qui rappelle les Indiens.
Le retour à l'école, le tableau blanc (le visage de l'homme blanc, le whitewashing), l'école déménagée pierre par pierre, etc.

The Deer Hunter (1978) : DeNiro, Walken, Savage, trois amis blancs d'origine russe, ouvriers de la sidérurgie, envoyés au front pour leur pays. Nick épouse Angela, lors d'une mariage juif orthodoxe, qui attend un enfant d'un autre homme.
L'ébranlement identitaire de Nick (Walken) : l'enfant d'un autre, le mariage de raison (il l'aime mais pour elle c'est moins certain), la commotion causée par les conflits, et la célèbre scène de la roulette russe : Nick finit tellement traumatisé qu'il ne peut plus quitter le Vietnam.

Heaven's gate (1980) : Kris Kristofferson et John Hurt assistent, impuissants, au massacre programmé d'immigrants venus d'Europe de l'Est. L'origine identitaire, sociale et la condition financière sont totalement rejetées. Les riches fermiers qui ont recruté les gunmen sont aussi des immigrants, d'une précédente génération.

Year of the Dragon (1985) : Mickey Rourke interprète l'inspecteur Stanley White,en croisade contre les Triades : " c'est le Vietnam qui recommence, et personne ne veut gagner!". La référence à The Deer Hunter (le Vietnam) nous met sur une piste généalogique : Stanley White comme descendant de Michael Vronsky (DeNiro). Les seuls durs, les seuls à s'en sortir, les seuls à vivre selon leurs convictions.
L'inspecteur Stanley White n'assume pas entièrement son origine : il est Américain d'origine polonaise, s'en vante plusieurs fois au cours du film, et a changé de nom. Probablement lors de l'arrivée de ses parents aux USA. Une identité partagée, splittée.
"En tout cas, moi j'ai gardé mon nom, monsieur Wyzinski", balancé par Louis Bukowski (interprété par Raymond J. Barry) au visage de White/Wyzinski (Rourke).

Cette phrase, écrite par Oliver Stone, rejetée par les producteurs, qu'aurait dû prononcer White à la fin du film : "Well, I guess if you fight a war long enough, you end up marrying the enemy" Elle éclaire rétroactivement le comportement de Nick (C. Walken ) dans The Deer Hunter. L'identité s'acquiert aussi par le mariage.

The Sunchaser : pas encore vu. Un adolescent (quelqu'un qui se cherche) d'origine indienne est persuadé qu'une croyance indienne ancestrale va le guérir de son cancer. Le cancer comme mal intérieur, génétique et génomique. Une part de soi à chasser, une autre identité à combattre.
Le retour aux sources (ethnologiques et géographiques), la croyance, l'identité à retrouver via la croyance, etc.

J'ai omis The Sicilian et Desperate Hours, que je connais moins bien.
Mélancolique, pour sûr, et pessimiste.
Ludovic