jeudi 9 février 2017

Yourself and yours




"Ah bon?", "Vraiment?", "Vous croyez?"... c'est ce que n'arrêtent pas de dire les deux hommes que rencontre Minjung dans Yourself and yours, le dernier film de Hong Sangsoo. C'est ce qu'ils disent à la jeune femme en réponse à ce qu'elle leur raconte, sur son identité notamment, exprimant leur doute, à l'instar du spectateur devant le film... Sauf que lui a vite compris qu'il n'y a qu'une Minjung. Pas de double, pas de dédoublement, la jeune femme est simplement duelle. Elle est à la fois elle et autre, autre que ce que les hommes, qu'ils soient "pathétiques" ou enfants (y compris son boyfriend, un peintre avec des béquilles, autant dire des œillères), pensent d'elle, par exemple qu'elle boit et qu'elle drague dans les bars, peut-être même autre que ce que elle, Minjung, pense d'elle-même, qu'elle ne boit pas (ou beaucoup moins) et ne drague pas, quand bien même elle fréquente, seule, les bars. Parce que le doute ici est kafkaïen. La preuve? On voit plusieurs fois Minjung avec un livre de (ou sur) Kafka. Elle ne peut avouer (connaître déjà ces hommes à qui elle se confie, l'alcool aidant) que par le mensonge (vous faites erreur, on ne se connaît pas), c’est le paradoxe de la dualité, cher à Kafka, à travers la sempiternelle question de l'amour, de ce qu'il en est de la rencontre amoureuse, plus précisément de la première rencontre, dont la vérité est impossible à dire sinon par le mensonge. Etant entendu que les deux hommes (qui, eux, découvrent qu'ils se connaissent) ne sont que des moteurs fictionnels (les doubles de HSS), rejouant avec Minjung la première rencontre et rien d'autre (ils sont trop vieux) pour lui permettre, à elle et son amoureux, de repartir de zéro, de revivre la première fois (en mieux), à la condition toutefois que celui-ci accepte Minjung telle qu'elle est, c'est-à-dire telle qu'elle dit être (son mensonge), et non telle qu'il se l'imaginait, ce qu'il prenait pour la vérité. Et il n'y a que Hong Sangsoo pour nous embarquer dans de telles volutes dialectiques, avec sa légèreté coutumière, aussi rafraîchissante qu'une tranche de pastèque...

4 commentaires:

valzeur a dit…

Hello Buster,

Ah zut, vous êtes parti pour votre nouvelle mission en Lybie ! Et moi qui voulais démolir cette chose insignifiante !! Je me conterais de vous apprendre que deux jours après, les effluves indésirables du dernier petit pet alcoolisé de HSS se sont totalement dissipés, ouf !

Anonyme a dit…

Quel cabot ce valzeur

Strum a dit…

Bonjour Buster, je n'avais pas pensé à Kafka. Il me semble toutefois que c'est moins un film sur le thème du double que sur le thème du recommencement. Min-jung veut recommencer chaque rencontre. Ce qui signifie que Hong Sang-soo lui a d'une certaine façon délégué les pouvoirs de metteur en scène qui lui avaient fait recommencer Un jour avec, un jour sans au milieu du film. Ici, à chaque rencontre, Ming-jun essaie de refaire son "un jour avec, un jour sans", en espérant retrouver la magie ou l'innocence de la première rencontre. Cela fait d'elle un personnage à la fois candide et obstiné qui se confronte à la réalité (et donc un personnage rohmérien). J'ai préféré Un jour avec, un jour sans. Je préfère Hong Sang-soo quand il s'amuse franchement avec la structure du récit car alors il m'amuse aussi par un espèce de suspense formel. Reste que ce cinéma aussi théorique que pratique continue d'avoir son charme pour qui sait le trouver.

Poulet a dit…

Bonsoir, comme pour Silence je me permets de poster un lien vers mon baratin à propos du dernier HSS.

https://www.facebook.com/notes/poulet-pou/yourself-and-yours-hong-sang-soo-2016/1283861905027771