vendredi 13 janvier 2017

Fosbury

Les anarchistes professent en s’appuyant sur l’observation, que l’Etat et tout ce qui s’y rattache n’est pas une pure entité ou bien quelque formule philosophique, mais un ensemble d’individus placés dans un milieu spécial et en subissant l’influence. Ceux-ci élevés en dignité, en pouvoir, en traitement au-dessus de leurs concitoyens, sont par cela même forcés, pour ainsi dire, de se croire supérieurs aux gens du commun, et cependant les tentations de toute sorte qui les assiègent les font choir presque fatalement au-dessous du niveau général.
C’est là ce que nous répétons sans cesse à nos frères, - parfois des frères ennemis - les socialistes d’Etat: "Prenez garde à vos chefs et mandataires! Comme vous, certainement, ils sont animés des plus pures intentions; ils veulent ardemment la suppression de la propriété privée et de l’Etat tyrannique; mais les relations, les conditions nouvelles les modifient peu à peu; leur morale change avec leurs intérêts, et, se croyant toujours fidèles à la cause de leurs mandants, ils deviennent forcément infidèles. Eux aussi, détenteurs du pouvoir, devront se servir des instruments du pouvoir: armée, moralistes, magistrats, policiers et mouchards." [...]
Ainsi les anarchistes ont à cet égard les principes les plus arrêtés: d’après eux, la conquête du pouvoir ne peut servir qu’à en prolonger la durée avec celle de l’esclavage correspondant. Ce n’est donc pas sans raison que le nom d’"anarchistes" qui, après tout, n’a qu’une signification négative, reste celui par lequel nous sommes universellement désignés. On pourrait nous dire "libertaires", ainsi que plusieurs d’entre nous se qualifient volontiers, ou bien "harmonistes" à cause de l’accord libre des vouloirs qui, d’après nous, constituera la société future; mais ces appellations ne nous différencient pas assez des socialistes. C’est bien la lutte contre tout pouvoir officiel qui nous distingue essentiellement; chaque individualité nous paraît être le centre de l’univers, et chacune a les mêmes droits à son développement intégral, sans intervention d’un pouvoir qui la dirige, la morigène ou la châtie. (Elisée Reclus, L’anarchie, 1894)



Tout ça pour dire que je rêve d'un film "anarchiste", au sens reclusien du mot, qui ferait fi des règles établies, non pas quant à l'écriture d'un film (le modernisme n'a rien de révolutionnaire, bien au contraire), mais quant à son financement, cette espèce de quémandage auquel on doit se soumettre, auprès de ceux qui ont le pouvoir (CNCtélévision, régions, etc.), pour qu'un film voit le jour. Je rêve d'un film capable de s'épanouir librement, totalement, sans (trop de) contraintes, en interaction avec son milieu, celui d'une petite équipe, s'affairant harmonieusement autour d'un projet commun. Et la révolution là-dedans? Bah non, sauf à considérer comme révolutionnaire le projet lui-même: l'histoire d'un type qui, à l'instar de Fosbury, qui lui a vraiment révolutionné son sport, franchirait les obstacles (ceux de l'amour en l'occurrence, on ne se refait pas) en leur tournant le dos.

Voilà c'est dit... on peut passer à autre chose.

A venir: la Prunelle de mes yeux d'Axelle Ropert.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

On vous a refusé l'avance sur recettes Buster ?

Buster a dit…

Non, moi j'ai rien demandé.

Anonyme a dit…

Alors vous êtes punk

Edith Fiap a dit…

"Tout ça pour dire que je rêve d'un film "anarchiste"..."

Ils sont légion !