samedi 14 janvier 2017

De mes yeux vu




La Prunelle de mes yeux d'Axelle Ropert.

C'est une comédie revêche - tant mieux, c'est rare - à la fois grincheuse et grinçante, par moments plus grincheuse que grinçante, à d'autres c'est l'inverse, d'où l'impression d'y croiser pêle-mêle Mocky, Chabrol et Hawks... ce qui me fait penser à la blague, qui d'ailleurs n'en était pas une, de Moullet sur les cinéastes nés sous le signe du Cancer, comme justement Mocky, Chabrol et Hawks, dont les comédies sont volontiers grinçantes. Bon, Axelle Ropert n'est pas Cancer, elle est Verseau, comme Truffaut et Lubitsch, mais aussi Ida Lupino, qui a composé l'un des plus beaux personnages d'aveugles au cinéma, sinon le plus beau, je veux parler de Mary Malden dans la Maison dans l'ombre de Nicholas Ray... Qui dit aveugle dit mélo, sauf qu'ici ce n'est pas le cas, le mélo c'est bon pour les Taureau (Borzage, Ophuls, Sirk, Mizoguchi, Vecchiali...). Qui dit aveugle dit surtout musique, et là ça marche, ça file même, entre pop (belle partition - cf. la bande-annonce - de Benjamin Esdraffo, très prolifique cette année, après Love & friendship et avant Belle dormant) et rebétiko (késako? - une musique populaire grecque, pas la plus gaie des musiques), entre Beethoven ("Lettre à Elise") et The Gist (Love at the first sight, un tube new wave de Stuart Moxham, l'ex-leader des Young Marble Giants, que reprit Etienne Daho sous le titre "Paris Le Flore", cf. le clip, on y porte aussi des lunettes noires, ha ha)... car la comédie romantique, ça doit filer, à pleine vitesse quand c'est plat, terrain propice aux punchlines, mais aussi pouvoir ralentir, quand ça grimpe au niveau des sentiments, quitte à être abrupt, parfois même discordant ("si bémol!"), ce qui fait que ça grimace, à l'instar d'Elise, la jeune femme aveugle qui accorde les pianos (Mélanie Bernier), et de Théo, le joueur - très mauvais - de bouzouki, faux aveugle et dont on se demande s'il est vraiment grec (Bastien Bouillon a la bouille d'Yves Rénier jeune!), ça rouspète aussi, comme on le ferait après s'être cogné contre un obstacle qu'on n'aurait pas vu, comme l'a fait une bonne partie de la critique sous prétexte qu'un film qui tord le cou aux conventions, vous prend à rebrousse-poil et court ainsi le risque de vous rendre d'aussi mauvaise humeur que ses personnages, est un film raté. Bah non, puisque c'était le but: pas de faire un film raté, mais un film qui fait grincer les dents (les ratiches dirait Théo). Ce qui fait que c'est après, à l'image des deux héros, s'avouant enfin leur amour, que nous aussi, une fois le film projeté, voire passé quelques jours, le temps d'y repenser, de repenser aux scènes les plus importantes, qui sont aussi les plus réussies, oubliant ce qui ne fonctionne pas, on se dit que finalement on l'aime bien cette comédie pas aimable d'Axelle Ropert.

11 commentaires:

Stevie Wonder a dit…

Mouais... l'amitié aussi rend aveugle

Buster a dit…

... ou pas.

Anonyme a dit…

un peu quand même

Anonyme a dit…

Mélanie Bernier, c'est la fille de Michèle Bernier ?

Buster a dit…

Non, pas plus que Bastien Bouillon n'est le petit-fils de Jean-Claude Bouillon.

Liebig a dit…

C'est le fils de Gilles Bouillon

Anonyme a dit…

Je rejoins Stevie... Votre plume semble soudainement très empruntée.. J'ai l'impression que l'exercice d'auto persuasion à un peu loupé !

Buster a dit…

Ce n’est pas de l’autopersuasion, j’essaie de comprendre pourquoi le film, au-delà de ses imperfections, a continué de me travailler après la projection, et en bien, un peu comme les derniers films de Baumbach et de Linklater, alors que sur l’instant j’étais loin d’être convaincu, le trouvant par exemple trop forcé, trop agressif… ce qui tient peut-être au fait que son agressivité s’exprime dans des espaces étroits, d’où l’inconfort, la sensation d’être constamment bousculé, et ce d’autant plus fortement que ça va vite et que surtout je ne m’y attendais pas, pensant au contraire trouver un film dans la lignée des précédents,

Buster a dit…

Oups, la connexion a sauté... Oui donc voilà, ce genre de films ça laisse des traces, on y repense, on s’interroge, le plus souvent le mal est fait, les défauts deviennent même encore plus envahissants (je pense à Victoria, le film de Triet, autre film soi-disant hawksien) mais parfois les choses changent, le film se bonifie, ici certaines scènes me sont revenues plus adoucies, les personnages de la soeur et du frère sont devenus plus importants, la couleur a changé et l’éclairage sur le film avec, je me dis que je suis peut-être passé à côté, que c’est un film de l’après-coup, qui s’apprécie en deux temps, pas si agressif que ça, disons qui a du caractère.

Stevie Wonder a dit…

Mouais...

Griffe a dit…

Salut Buster ! Je me suis rattrapé et j'ai vu enfin La Prunelle de mes yeux hier soir. Je vous suis complètement, même si quant à moi le film m'a plu aussitôt. C'est l'un des plus dialectiques que j'ai vus ces derniers mois : Axelle Ropert n'arrête pas de provoquer du désordre, pour rassembler tout à coup ses personnages et l'émotion dans des moments de grâce d'autant plus réussis. Tout le contraire d'une morne plaine et de toutes ces publicités à rallonge qu'on fait passer aujourd'hui pour du cinéma (Loving, Jackie, La La Land, etc.) Et ce que Ropert fait faire à ses deux acteurs principaux est très fort !