dimanche 29 janvier 2017

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Ça débute comme chez Demy (le générique des Demoiselles de Rochefort sur le pont transbordeur), avec Ophuls dans le rétro, pour l'utilisation des grues et des chariots, les mouvements de caméra, ça monte et ça descend (comme dans un scenic-railway), mais avec la grâce d'un bourrin, ça travellingue dans tous les sens, adieu Demy, adieu Ophuls, pour viser ensuite l'âge d'or du musical hollywoodien, de Berkeley à Minnelli, en passant par Donen et Kelly, tout ça en bon élève surdoué, au niveau de la technique, en fait plutôt hyperactif, démarrant les scènes tambour battant, mais incapable de les exploiter réellement, on reste sur le registre de l'illustration (cf. la scène "bigger than life", plus exactement "rebel without a cause", dans le Griffith Observatory), autant dire que c'est vite épuisant, et ce d'autant plus que l'histoire ne sort jamais des rails (si je puis dire) d'un scénario archi convenu, limite scolaire (Chazelle l’a écrit à 25 ans mais a dû le concevoir à 15), où rien ne nous est épargné quant aux clichés sur la passion de l’artiste, l’amour sacrifié, etc. et donc - attention - ce qui donnerait au film toute sa profondeur: la mé-lan-co-lie, comme si Chazelle apportait là quelque chose de nouveau à la comédie musicale, alors que la mélancolie c’est justement ce qui traverse, et de façon autrement plus subtile, les films de Demy et de Minnelli.

- Oui mais bon, l’amateurisme des comédiens dans les scènes dansées, c’est touchant non?
- Euh non, ça fait juste appliqué.
- Et quand ça danse pas, c'est mieux?
- C'est pire... Emma Stone n'arrête pas de grimacer et Ryan Gosling est aussi expressif qu'une huître en train de bâiller.
- Il y a quand même de l'émotion.
- Moi j'appelle ça de la guimauve.
- Pas d'accord, il y a un vrai plaisir, c'est communicatif...
- C'est le principe de la guimauve, du "mâche-moelleux", comme disait je ne sais plus qui.
- Mais non, et puis c'est important de donner du plaisir, surtout qu'en ce moment, Hollywood c'est pas la grande forme...
- Hollywood chewing-gum?
- Tu m'agaces... En plus Chazelle il est jeune, c'est une bouffée d'air, c'est comme Dolan...
- Oui c'est ça, comme Dolan... d'ailleurs Dolan c'est le nom d'Emma Stone dans le film...
- ... ça donne du peps.
- Du peps oui, mais c'est tout.
- Pff... t'es jamais content.
- Si si, je suis content, Federer vient de gagner l'Open d'Australie. La la land...



27 commentaires:

Anonyme a dit…

C'en est trop, je résilie mon abonnement à Balloonatic !

Buster a dit…

Ah zut, je viens de perdre mon seul abonné (Rafael Nadal).

Anonyme a dit…

Moi aussi je suis content, la France vient de gagner le Mondial de hand.

Buster a dit…

Ha ha hand...

Benoît Hamon a dit…

Moi aussi je suis content, je viens de gagner la primaire de la gauche.

Anonyme a dit…

Hola Hola Hollande !

Iris Mittenaere a dit…

Méfiez-vous Buster, aujourd'hui n'importe quoi peut enregistrer un commentaire :

https://www.youtube.com/watch?v=fsF7enQY8uI

Buster a dit…

Ha ha ha... je veux le même!

Louise a dit…

Un peu dur votre billet (comme d'habitude ) mais assez juste
Dommage qu'il n'y ait pas plus de commentaires

Buster a dit…

No comment, mais c'est normal, débattre sur ce genre de film n'a pas grand intérêt (c'est comme pour The artist).

Seb a dit…

Je voulais débattre mais du coup j'hésite...

Buster a dit…

Pas trop longtemps, le blog va bientôt fermer.

Anonyme a dit…

Ah ça recommence ?

Strum a dit…

Bonjour Buster, il y a du vrai dans ce que vous dites, mais ça reste un hommage fait par un élève doué (ayant du goût si j'en juge par ses emprunts - Demy, Minnelli, Donen, il y a pire comme modèles) et l'énergie de sa mise en scène a fini par emporter mon adhésion. Ce que je reprocherais au film, ce n'est pas sa mise en scène (réussie) c'est la soudaineté et le caractère tranché des réactions de Mia et Sebastian lors de la scène du diner où ils semblent soudain découvrir les conséquences de leurs choix de carrière respectifs - là, on s'éloigne de l'intelligence des sentiments des films de Minnelli. Mais on a eu tellement de comédies musicales abominables ces dernières années (Les Misérables, mon dieu, je n'ai pas tenu plus de 10 minutes) que j'ai pris du plaisir devant celle-ci, qui est pleine de charme à défaut d'inventer. C'est la différence avec The Artist, qui n'était qu'un film-hommage existant plus difficilement par lui-même, alors que La La Land, non content de saluer les grands anciens, parvient à être un film de bonne qualité au sein du genre auquel il rend plaisamment hommage (pas un grand film, on est d'accord, mais un film qui peut se revoir). Le cinéma sert aussi à conserver ou rappeler le passé.

Lucie a dit…

Ah non, ça ne va pas recommencer !!

Buster a dit…

Si, toujours (la vie est un éternel recommencement).

Salut Strum,
Oui bien sûr, l’énergie... mais est-ce suffisant? j’ai l’impression qu’ici on est surtout dans la dépense d’énergie, et que cette dépense sert d’abord à masquer les faiblesses du scénario, trop schématique et quand même très poncifiant, sur la musique, le métier d’acteur, les choix dans la vie, les sacrifices que ça entraîne, etc, ainsi que le manque d’incarnation des personnages… ça fait beaucoup (mais ça se laisse voir, c'est Hollywood).

Anonyme a dit…

C'est quand la pause ?

valzeur a dit…

Hello Buster,

Comme c’est plan-plan quand même, La La Land !
Ces scènes doublées pour signifier le changement de statut, quelle vulgarité ! (je pense surtout à la star venant prendre son capuccino remplacée 1h après par Emma Stone - j’avais parié avec moi-même que Chazelle oserait ça, et j’ai gagné bien sûr).
Personne ne semble avoir remarqué que les atermoiements « si je t’aime, serais-je successful ? (et vice-versa) » viennent en droite ligne des Chaussons Rouges où les personnages sont des artistes accomplis habités par leur discipline. Ici, on a affaire à un petit-maître coincé de son instrument (Gosling) et à une nullasse chanceuse (Stone), ce qui résume bien l’époque..
Les dix dernières minutes - magnifique, je dois dite, mais réduites à servir d’écume au néant clichetonneux de ce qui précède - sont violemment inspirées du clip de Björk, Bachelorette, réalisé par Gondry, avec ce feuilletage entre réel, rêvé et fictionné, plus émouvant encore, mais hélas un peu tard...

Buster a dit…

Salut valzeur,

Ha ha… les Chaussons rouges, décidément Powell c’est votre mètre (maître?) étalon en ce moment (après Une question de vie ou de mort pour Sully)…
Sinon Bachelorette, oui il y a de ça…
Esthétiquement parlant Chazelle ça fait très Gondry ou Jonze…

Buster a dit…

Sinon le finale (pas mal mais sans plus), moi sur le moment ça m'a fait penser à une vieille pub des années 90, un truc moins flashy, très neuf à l'époque, mais complètement vintage aujourd'hui, ce que sera forcément le cinéma de Chazelle dans vingt ans, enfin bref... je veux parler de la fameuse pub de Lars von Trier pour les assurances CNP (sur la valse n°2 de Chostakovitch).

Buster a dit…

La pause? Je sais pas trop encore, il faut d'abord que je voie Jackikie et le HSS...

Marie-Anne Chazel a dit…

Moi, vintage ?

Buster a dit…

Mais non Zézette, je parle pas de toi.

Strum a dit…

D'un point de vue formel, la vie rêvée des 10 dernières minutes est largement inspirée d'une séquence de Chantons sous la pluie de Donen et Kelly et de la fin d'Un Américain à Paris de Minnelli. Les éclairages, les incrustations, le découpage, tout vient de là (au moins, Chazelle choisit bien ses modèles) et pas du tout des Chaussons Rouges des géniaux Powell & Pressburger. Pour le fond mélancolique et hivernal, ainsi que la chute, Chazelle pensait manifestement aux Parapluies de Cherbourg ("Hiver" dit l'intertitre).

Quant au scénario, effectivement c'est schématique et naïf, mais à l'instar sans doute des rêves des comédiennes/comédiens qui arrivent à Hollywood pour devenir stars (d'ailleurs, l'histoire s'inspire en partie de la vie d'Emma Stone).

Buster a dit…

Minnelli, Donen et Kelly... probablement, je n’ai plus trop les films en tête, pour moi la séquence de Chantons sous la pluie à laquelle La la land m’a fait le plus penser, notamment dans le Griffith observatory, c’est celle-là
Après, toutes ces références, tous ces modèles affichés, c’est aussi les limites du film, il y a un côté album (re-vitaminé), plaisant à regarder sur le moment, mais bon assez vite oublié… Et les personnages ne font pas si naïfs que ça, c’est d’ailleurs le problème, le désenchantement plane dès le début du film, comme si leur histoire était jouée d’avance, expliquant peut-être qu'on n'y croit pas trop, il y a là comme une distorsion (davantage qu’une distance) qui correspond certainement au regard de Chazelle sur la comédie musicale, ce qui fait que l’hommage se teinte de nostalgie, mais de façon quand même très tapageuse dans la forme et trop simpliste sur le fond…

valzeur a dit…

Hello Buster & Cie,

Jamais je ne crois avoir écrit que le ballet final venait des Chaussons Rouges ; c’est l’atmosphère « amour vs carrière » du film qui me semble lui être emprunté.
Un détail symptomatique m’a beaucoup amusé dans LLL. A l’un des moments où Gosling joue, un mouvement d’appareil évidemment compliqué/gratuit/tape-à-l’oeil l’accompagne ; la caméra tournicotant cadre sa main droite (ouah, il joue !) avant de panoter en accélérant sur le dos de Gosling pour recadrer sa main gauche (ouah, il joue toujours !!!), comme si la quelque demi-seconde sur le dos de la star masculine était de trop/pas intéressante/moche et qu’il fallait privilégier la performance vue. Nommons ceci le syndrome de Saint Thomas...

Buster a dit…

Salut valzeur,

Je me souviens pas de ce passage, je devais être encore sous le choc de la scène précédente... dommage parce que des trucs marrants il y en a pas beaucoup dans le film (oui je sais, l'important c'est la mélancolie) en dehors du découpage en "saisons" sans qu'on voit vraiment de différences puisque ça se passe à Los Angeles (ha ha ha).