vendredi 27 janvier 2017

Belle dormant

Une nymphe à gosier charmant,
Dans les ariettes excelle.
Ceux qui marchent tout doucement,
Expriment le nom de la Belle.
(poème du XVIIIe s.) 

J'ai bien dormi à Belle dormant.

Il existe des films du sommeil, pas du rêve, mais du sommeil, des films dont la vocation est de vous plonger dans une douce torpeur, de façon irrésistible, ce qui les rend très agréables à suivre, parce qu'on les suit très bien, peut-être même mieux à moitié endormi que les yeux grands ouverts. Belle dormant est de ceux-là. Evidemment pour que ça marche il faut que le film vous jette lui aussi un sort. Que quelque chose vous pique, non pas le doigt mais les yeux, pour que subitement vous vous endormiez, non pas pour 100 ans mais le temps du film, jusqu'à ce que l'enchantement soit rompu, à la faveur non pas d'un baiser mais d'une caresse, comme un chuchotement au coin de l'oreille. Car c'est de cela qu'il s'agit: Belle dormant est un film qui s'écoute (et ce d'autant plus qu'Arrietta est un cinéaste de l'oreille), dans la pure tradition des contes d'autrefois. Parce que les contes ça s'écoute, ça ne se regarde pas, ça ne se lit même pas, c'est ce qu'on vous racontait le soir, quand vous étiez enfant, pour vous endormir. Les contes ça sert d'abord à ça: une histoire à dormir, non pas debout mais couché dans son lit ou, comme ici, bien installé dans son fauteuil, bercé par des voix, une musique, des silences... Et là, on peut dire que ça fonctionne. Très vite même, dès les premières mesures de batterie (tams-tams d'aujourd'hui), qui annoncent le sortilège et continueront de le scander tout au long du film.
Quel est donc ce sortilège? Je dirais: l'horreur numérique. Il est un fait que visuellement parlant, au niveau de la lumière et des couleurs (on croirait le film bidouillé avec iMovie), Belle dormant est assez laid... c'est ça qui pique les yeux. L'enchantement ne passe pas, ne passe plus, par l'image, quand bien même Arrietta essaierait désespérément, et de façon presque touchante, de lui donner une vieille teinte argentique (à la différence de Merlin), mais par le son, moins abîmé par les ravages du numérique et pour le coup plus à même de vous envoûter... Belle dormant c'est la beauté endormie et l'émotion avec, pas la beauté pour la beauté, ni l'émotion pour l'émotion (n'importe quel documentaire animalier est à la fois beau et émouvant), mais la "beauté émouvante" des films d'avant, techniquement moins parfaits, mais plus proches de la réalité, de celle que voit l'œil humain, forcément imparfait... Certes tout n'est pas laid dans Belle dormant, le regard se trouve par instants réveillé, là par des échos "coctaliens" aux anciens films d'Arrietta (les ailes de l'ange, Narcisse se mirant dans l'eau, etc.), là par quelques "peintures" (la reine de Kentz écoutant la prophétie d'une grenouille bleue - Nathalie Trafford, coproductrice du film, ressemble à Edith Clever dans la Marquise d'O... de Rohmer -, un tel plan ça réveille...), mais l'émotion est ailleurs, dans ce qui fait le présent du film, parce que Arrietta aka Arrieta aka Arietta, Ariette en espagnol, soit un petit air léger, est aussi, comme les cinéastes en "ette", Biette et Rivette, un cinéaste du présent. Et le présent ici c'est ce qu'on écoute les yeux mi-clos. Alors? Alors rien. Juste ça: j'ai bien dormi à Belle dormant et j'ai beaucoup aimé...

18 commentaires:

Anonyme a dit…

Moi j'ai pas dormi et j'ai pas aimé

Buster a dit…

Alors vas te coucher.

Anonyme a dit…

J'ai pas sommeil

Anonyme a dit…

Emmanuelle Riva et John Hurt sont partis dormir ensemble

Gérard Illinski a dit…

"Certes tout n'est pas laid dans Belle dormant..." Voilà qui donne vachement envie !

Buster a dit…

Je suis pas là pour donner envie, je suis pas un diurétique...

De toute façon beauté et laideur ne sont pas des critères très opérants, c'est le sens de ma note. Si j'avais écrit "tout est beau dans Belle dormant", cela n'aurait pas eu plus de valeur. Ce qui importe ici, pour moi en tous les cas, ce n'est pas "Belle" mais "dormant", le second terme supplantant le premier (d'où la condensation du titre). Le film n'est pas beau (argument dépassé) mais dormant (ce qui ne veut pas dire ennuyeux), et comme j'y ai bien dormi, etc, etc.

Nabilla a dit…

"Belle", "dormant", la condensation du titre, j'ai rien compris

Buster a dit…

Merde, c’est vrai? Autant dire que si vous n’avez pas compris, personne n’a compris :-)

Ce que je veux dire c’est que la condensation du titre "La Belle au bois dormant" en "Belle dormant" tend à égaliser les deux termes "Belle" et "dormant" ainsi rapprochés. On peut alors passer de la question de la beauté à celle du sommeil…

Nabilla a dit…

?

Buster a dit…

C'est pas grave.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Sauf votre respect, ça sent le navet (et pas de culture, de sous-bois).
Toujours pas vu, mon masochisme aidant, j’irai peut-être (ou ce sera Kurosawa, on verra…)

Buster a dit…

Moi j'ai vu Neu Neu Land...

Oh oh a dit…

Ah ah, racontez-nous ça !

valzeur a dit…

Comment ? Chronicart adore, ça doit être bien ! (je plaisante…)

Détruisez-nous ça ! (le film m’indiffère, la jolie fin ne rattrape pas vraiment ce qu’il a fallu s’infuser avant)

Buster a dit…

En fait il n'y a pas grand-chose à dire... le plus sidérant dans l'histoire c'est l'engouement général pour ce film, La la land est à la comédie musicale ce que The artist est au cinéma muet, du bon gros pastiche, survitaminé dans le cas de La la land, sur fond de romance archi convenue (le rêve, la passion, l'amour et tout le tralala...), Chazelle étant incapable, dès qu'il cesse de faire joujou avec ses grues et ses caméras, de faire durer une scène sans tomber dans la mièvrerie... Stone et Gosling sont assez quelconques, ni bons ni mauvais, lui est plutôt empoté, elle dépote davantage mais minaude un max...

John Nada a dit…

Si La La Land c'est Neu Neu Land, Belle Dormant c'est quoi ? Nanarland ?

Erqt a dit…

La vraie "belle dormant" ce ne serait pas Penelope F ?

Buster a dit…

Hé hé... Sleeping beauty... sommeil fictif ou réel? that is the question.