jeudi 28 janvier 2016

Phnom Penh




Phnom Penh [extrait]. Le PPMRH il y a deux ans. Et le petit Sinn (en hommage à Sinn Sisamouth? le "Sin Atra" cambodgien, un des grands noms - avec Ros Sereysothea, Pan Ron, Yol Aularong et quelques autres - de la scène rock phnompenhoise des années 60-70, tous disparus entre 1975 et 1979, exécutés par les Khmers rouges. John Pirozzi a retracé l'histoire du mouvement dans son documentaire Don't think I've forgotten: Cambodia's lost rock & roll. Voir aussi la compilation Cambodian rocks).
ខ្ញុំនឹងត្រឡប់មកវិញក្នុងពេលឆាប់

Ma playlist de janvier: (par ordre alphabétique)

- Dove, Pillar Point
- Florida, The Range
Girl loves me, David Bowie
- Here come the rattling trees, The High Llamas
I can't live without your love, A Sunny Day in Glasgow
- I'm not going (feat. Oh Land), Tricky
- In heaven, Japanese Breakfast
- Life of pause, Wild Nothing
- Ordinary pleasure, Port St. Willow
- Were we once lovers?, Tindersticks

[ajout du 29-01-16: le Coup du berger de Jacques Rivette]

dimanche 24 janvier 2016

[...]




Zita Hanrot est lumineuse dans Fatima de Philippe Faucon, un des plus beaux films de l'année 2015. Là, cinq ans plus tôt, pour un casting... Lovely Zita.

Quelques mots sur Carol de Todd Haynes que toute la critique couve d’un œil énamouré. Mouais... Si le Tarantino, c’est pas ma tasse de café (trop corsé, trop gringo... trop Jacques Vabre quoi, en moins drôle), le Haynes, lui, c’est pas ma tasse de thé (trop raffiné, trop apprêté, malgré les efforts de Haynes pour casser, en douceur, cet aspect nickel chrome du film, un film à l’arrivée peut-être plus chrome que nickel, plus chromatique, avec ces demi-tons à foison pour créer un climat sans climax, le tout noyé, dilué, dans un beau, faux, mélodrame, du mélo modernisé, bien pensé pour pointer le bien-pensant, sous le regard de Rooney Mara, regard de photographe, en accord avec l’image du film, bien photographié pour rappeler le New York des années 50, celui de Vivian Maier et de Ruth Orkin... Souci de la perfection (il est loin le Haynes de Poison et de Safe) pour mieux (?) sublimer la rencontre amoureuse et la passion qui s'ensuit, comme n’importe quelle grande histoire d’amour, qu’elle soit homo ou hétéro, rejetant le reste en périphérie (la tante Abby, au saphisme affiché, jouée par Sarah Paulson, ce qui réduit son personnage à une sorte de plaidoyer pro domo; le mari Harge, beau personnage sirkien, voire lupinien - Kyle Chandler, avec son regard de chien battu, m'a fait penser à Edmond O'Brien dans The bigamist de Lupino -, hélas sacrifié lui aussi). Se concentrant ainsi sur l'opposition, qui se veut complémentaire, entre Cate Blanchett (Carol, la blonde classieuse au visage d'albâtre, telle la couverture d'un magazine de mode) et Rooney Mara (Therese, au petit minois audreyhepburnien, celle qui fait les photos, moins des couvertures que des rues de New York)... Richard Avedon vs Saul Leiter. C'est à ce niveau que le film est plutôt réussi. Le côté Harper's Bazaar (à la fois la couverture et l'intérieur du magazine). Parce qu'au niveau du récit, ça pèche pas mal, la faute à cette espèce de narration plan-plan, limite transie (qui nous ferait presque regretter Kechiche... non là, j'exagère), dans lequel s'enferme le film - même dans sa partie road movie -, pas aidé par le jeu un peu juste, et pas toujours juste, de Cate Blanchett, qui promène tout au long du film, sans vraiment évoluer (alors qu'elle finit par faire fi des conventions), la même image sur papier glacé qu'au début, comme si, pour Therese, elle restait jusqu'au bout un fantasme, défaut peut-être accentué par l'inexplicable coupure que représente dans le scénario le temps qui sépare la rupture entre les deux amantes et leurs retrouvailles, résumé en trois phrases par le personnage d'Abby. Carol, on le sait, est tiré du roman de Patricia Highsmith, The price of salt, écrit juste après Strangers on a train. Du sel, bah c'est un peu ce qui manque au film...


Le dernier Hong sans-le-sou Right now, wrong then sort le 17 février, peut-être le jour d'avant... Hâte de le voir, parce que pour le moment j'ai l'impression que l'année n'a pas encore commencé. La structure du film en deux parties qui se répètent, avec les variations que cela suppose (principe même de la répétition en termes de musique), n'est pas sans évoquer, certes HSS lui-même (on pense évidemment à ses premiers films comme le Pouvoir de la province de Kangwon et la Vierge mise à nu par ses prétendants, sauf qu'ici le dispositif semble plus radical), mais aussi Resnais: le diptyque "Wrong now, right then"/"Right now, wrong then" rappelle Smoking/No smoking, sauf que chez Hong, ce n'est pas "ou bien... ou bien" mais "peut-être... peut-être pas". La différence est grande.

samedi 16 janvier 2016

[...]

QT, coterie et autres cuteries.

Résumé des épisodes précédents (anciens billets sur le sujet).

Tarantino c'est quoi? Un style, unique en son genre (et ses sous-genres), machine infernale, prompte à tout recycler, mais sans tri sélectif, d’où ces mix improbables, déclenchant des réactions plus ou moins violentes chez le spectateur, en l’excitant positivement ou négativement, peu importe. Tarantino ne cherche pas à plaire, mais d’abord à se faire plaisir, en retravaillant tout ce qu’il a aimé au cinéma depuis l’adolescence, mais vraiment tout, des films d’exploitation (blax, kung-fu, grindhouse...) à ceux de quelques maîtres comme Leone, Kurosawa, Aldrich, Fuller, Godard (première période), De Palma, etc., en passant par le polar, la série B, le chambara, le wu xia pian, le western spaghetti et autre bis italien... sans oublier Tony Scott, bien sûr. C’est en cela que le cinéma de Tarantino est dit jouissif, au sens le plus large, extrême, du mot: qui provoque plaisir féroce chez certains, profond déplaisir chez d'autres, les deux sensations étant liées en termes d'intensité. Le cinéma de Tarantino est sans limites (pour ce qui est non pas de la violence proprement dite - plutôt "choré/graphique" chez lui - mais du sadisme, d'autant que l'humour n'y est pas toujours associé et que, quand bien même il le serait, il y manque souvent la bonne distance), c’est aussi sa limite. Ad libitum et (parfois, souvent, toujours - selon la sensibilité de chacun) ad nauseam...
Interroger l'œuvre de Tarantino - puisque œuvre il y a, c'est même ce qui conditionne son travail (construire une œuvre), il le dit lui-même -, c'est dépasser le débat stérile qui oppose depuis le début les thuriféraires de Tarantino, voyant dans ses films une lecture politique du monde (là où il ne s'agit que d'une relecture pop des genres et surtout, via ce qu'on pourrait appeler son ultra-post-modernisme, la célébration de toute une sous-culture - c'est son grand mérite, on ne peut le nier, même si cela s'accompagne d'une évidente dénaturation des produits en question - au risque aujourd'hui, puisque, ça y est, la sous-culture a acquis ses lettres de noblesse, d'être condamné à relire son propre cinéma), qui oppose, donc, les thuriféraires de Tarantino et ses détracteurs, lui reprochant à l'inverse la vacuité de ses films, sinon leur crétinerie, un cinéma de la gratuité qui, question culture, se contenterait simplement, bêtement, de cultiver les images-chocs et les blagues potaches, sans se poser de questions (alors que ce n'est pas si creux que cela, au sens où il y a une toujours une idée chez Tarantino, derrière chaque plan, le problème étant que celle-ci n'est pas toujours bonne, qu'elle est même parfois douteuse...). Bref, si Tarantino n'est pas le grand maître du cinéma contemporain que certains veulent voir (son regard n'est pas suffisamment à la hauteur), il n'est pas davantage ce petit garçon auquel d'autres l'assimilent volontiers, à travers sa façon irresponsable, immature (pour ne pas dire perverse), de faire joujou avec le cinéma, et plus encore, la violence au cinéma... il est seulement le pur produit de son époque, soit une modernité, post ou hyper, peu importe, dominée par l'exagération de tout, des formes comme des concepts, sans hiérarchie aucune, l'objet tarantinien ne reposant, pour le coup, sur aucun fond esthétique ou moral solide (en ce sens il n'est pas baroque). D'où une réelle difficulté à l'appréhender, surtout si l'on s'en tient aux généralités... Interroger l'œuvre de Tarantino, c'est donc s'intéresser non pas aux grands sujets qu'il aborde (les femmes et le machisme, les Juifs et le nazisme, les Noirs et l'esclavagisme, à travers le motif de la vengeance) mais sur ce qui fait saillie dans chacun de ses films, offre une vraie prise, où l'on puisse s'accrocher.
Dans le cas de Django unchained, c'était l'idée que le destin héroïque d'un Noir, Django, esclave affranchi métamorphosé en superhéros black (genre Power Man), ne pouvait s'accomplir sans l'aide d'un Allemand, à la fois distingué, cynique et sans scrupules, comme si la vengeance (plat qui se mange toujours froid chez Tarantino), pour bien s'exprimer, c'est-à-dire le plus complètement possible, nécessitait une certaine éducation, une certaine culture, mais pas n'importe laquelle, puisque représentée par un Blanc de la vieille Europe, prétendument plus civilisée que l'Amérique de l'époque, sauf qu'il s'agissait de l'Allemagne, dans sa vision, disons, wagnérienne, avec ce que cela suppose de décadent et de prémonitoire... Très bien. L'ennui est que Tarantino ne se confrontait pas à cet aspect historique du film (ou très peu, à travers quelques ponts jetés ici et là, histoire de conférer au film une dimension mythique - comme à son œuvre?), se contentant de s'en servir pour, au mieux, enrichir son récit et ses dialogues, au pire, satisfaire son goût pour la violence (plus que pour le sacré, dirait Girard), sinon ses fantasmes (à travers les "combats de nègres", pour parler koltésien - il y a aussi des chiens -, organisés par DiCaprio, le film revisite le Mandingo de Fleischer mais de façon totalement délirante, ce n'est plus "Mandingo" mais "Dingoman"!). D'où une réelle distorsion entre ce qu'il cherchait à montrer (la réalité barbare des Etats du Sud au temps de l'esclavage) et ce qu'il finissait par révéler (un regard assez condescendant sur les Noirs), inconsciemment ou par simple inconséquence (de par ses excès, ce goût de la caricature, un vrai manque de discernement).

Intervalle QT.














Avec le temps, le cinéma "systolique" de Tarantino tend à se dégrader de plus en plus. Le QT s'allonge (étirement excessif des dialogues), entraînant de sérieux troubles du rythme (syncopes scénaristiques). Surtout l'onde T finale devient si grossièrement démesurée, si furieusement grotesque, bloquant toute irrigation, que du récit il ne reste plus grand-chose sinon des bouts mortifiés d'anecdotes. 

8.

The hateful eight prolonge, tout en l'inversant, Django unchained. Il le prolonge en allant encore plus loin, non seulement dans l'autoréférence, de sorte que, si on inclut le sketch de Four rooms dans le décompte des films de Tarantino, on peut voir The hateful eight comme son 8 ½ (oui je sais, normalement ça fait 8 ¼), mais surtout dans ce qui se manifestait de plus en plus chez lui, son désir du théâtre et du théâtral, longtemps résumé à cette appétence pour les dialogues à rallonges, incarnée ici par Samuel L. Jackson, personnage tarantinien par excellence, sauf que, bizarrement, et comme déjà dans la seconde partie de Django, ça ne fonctionne pas vraiment, la faute à des répliques souvent poussives, la tchatche habituelle de Tarantino prenant la forme d'une logorrhée pour le coup peu jouissive.

The hateful eight, ça sonne comme The Grateful Dead, célèbre groupe californien de musique psychédélique. Ils étaient huit (si on compte les Godchaux qui n'étaient pas des gauchos). Bon, rien d'affreux ni d'horrible chez eux, ils carburaient gentiment à l'acide, mais quand même, de longues improvisations, véritables tunnels sonores, à l'instar de "Dark star", jusqu'à l'explosion finale, aussi orgasmique que peut l'être pour Tarantino un bon gros bain de sang.

Mais c'est surtout sur le versant "sadien" que The hateful eight prolonge Django à travers là encore le personnage joué par Jackson (il ne s'appelle pas Marquis pour rien), conjuguant à la fois la figure du justicier que représentait Django et celle du pervers qu'incarnait DiCaprio (on notera d'ailleurs que, comme dans Django avec la scène de l'esclave dévoré par des chiens, Tarantino se croit obligé d'accompagner par l'image le récit que fait Jackson, ancien soldat de l'Union et ami de plume (?) de Lincoln, à Bruce Dern, le vieux général sudiste, où il décrit dans ses moindres détails, afin de le provoquer, comment il a contraint son fils à marcher nu dans la neige puis à lui lécher le sexe en échange d'une couverture qu'il ne lui donnera jamais, preuve s'il en est du sadisme du personnage et, plus encore, de cette fascination complaisante de Tarantino pour les scènes de torture). La différence avec Django, c'est qu'ici le sadiste croise la route d'une drôle de créature en la personne de la prisonnière (Jennifer Jason Leigh), seule originalité du film (étant entendu que le 70mm c'est pour le folklore: filmer quelques paysages enneigés et faire ressortir une cafetière du décor). Au Noir, jaqueteur impénitent qui aime torturer les Blancs, Tarantino oppose la femme (l'autre grande opprimée du film, historiquement parlant - le Mexicain compte pour du beurre) qui, elle, n'arrête pas de se faire taper dessus (par Kurt Russell qui visiblement avait des comptes à régler depuis Death proof - je rigole), le tout avec un certain plaisir, vu la manière dont elle provoque les coups et comment elle s'en délecte. Or s'il est clair que ce "masochisme" n'est ici que la traduction d'un fantasme masculin (la jouissance de la femme à se faire objet de l'homme, que celui-ci soit noir ou blanc), tant les scènes relèvent du burlesque, un burlesque laborieux (à l'image de la porte qu'il faut reclouer avec des planches à chaque fois qu'elle a été ouverte, tempête de neige oblige) mais réel, il apparaît assez vite que ce fantasme n'est pour Tarantino qu'un énième prétexte pour assouvir le sien, sous couvert d'imagerie gore. Ainsi le finale [attention spoiler] où l'on voit les deux derniers salopards, à l'article de la mort, le Blanc, sudiste, raciste, sexiste, et le Noir, unioniste et tout aussi raciste et sexiste, unir leurs forces pour pendre la femme - qu'il s'agisse d'une hors-la-loi ne change rien à l'affaire - et jouir du spectacle ainsi offert ("elle a bien dansé"). Si la scène vaut comme symbole d'une Amérique dégénérée dans son ensemble (aussi bien le Sud que le Nord, le Blanc que le Noir), il n'en demeure pas moins qu'à cette image filmée en plongée, donc du point de vue de la pendue, Tarantino n'a rien d'autre à opposer qu'un contrechamp, le plan en contreplongée sur la pendue se tortillant au bout de la corde, comme si les deux plans étaient, peut-être pas équivalents (quoique... un changement d'axe aurait été quand même bien venu), mais qu'ils signaient chez lui son incapacité à dépasser cet imaginaire de bissophile dont il se repaît depuis plus de vingt ans sans se questionner plus avant sur ce qu'il met en scène.

[ajout du 24-01-16: 8 c’est aussi 4+4, les quatre de l’extérieur rencontrant les quatre déjà à l’intérieur, un double carré, dispositif éminemment sadien]

vendredi 15 janvier 2016

Beau oui


David Jones pas encore Bowie en 1965



Best of David Bowie (à dominante 70's, bien sûr):

- Space oddity, 1969
- Changes, 1971
Oh! you pretty things, 1971
- Life on Mars?, 1971
- Andy Warhol, 1971
The Jean Genie, 1972
Starman, 1972
- Soul love, 1972
- Aladdin sane, 1973
Time, 1973
- We are the dead, 1974
1984, 1974
Right, 1975
- Station to station, 1976
Word on a wing, 1976
Stay, 1976
- Warszawa, 1977
- Heroes, 1977
- Ashes to ashes, 1980
- The wedding, 1993
- Jump they say, 1993
- Hallo spaceboy, 1995
- I'm deranged, 1995
- Dead man walking, 1997
- Where are we now?, 2013

Bonus: David "beau oui" et John "laid non" (ha ha):

vendredi 8 janvier 2016

[...]

The hateful eight est le huitième film de Tarantino et pour la huitième fois on retrouve dans la sonorité du titre ce que j'avais déjà pointé chez QT (cutie? hum...) quant aux titres originaux de ses films, à savoir deux termes qui se répondent (par effet de contraste, jeu de rimes ou simple association), l'un étant généralement très bref, monosyllabique (dogs, pulp, kill, proof...), tel une onomatopée sortie d'un comic strip. Rappel:

Reservoir dogs (RD) = blabla intarissable (re-ser-voir...) brutalement interrompu (dogs!), comme si la violence était la seule façon de mettre fin au discours.
Pulp fiction  (PF) = détonation (pulp!) suivie d'une onde de choc (fiction...) qui se prolongerait sur plusieurs niveaux (récit, personnages) et selon des intensités diverses.
Jackie Brown (JB) = une première exception, pour ce qui reste à mes yeux, encore aujourd'hui, le meilleur film de Tarantino, hommage amoureux à la blaxploitation, et pour le coup, pure jouissance à prononcer, en détachant bien les syllabes (jac...kie...brown), le nom d'un personnage fétiche.
Kill Bill (KB) = coup de sabre tranchant l'histoire en deux parties-miroir (kill/bill).
Death proof (DP) = crissement de pneus (death...) + vrombissement de moteur (proof).
Inglourious basterds (IB) = l'autre exception, de par sa longueur (5 syllabes) et sa drôle de prononciation, évoquant le défilement d'une bande-son au ralenti (inglooouuurious basteeerds...), comme si Tarantino levait le pied par rapport à ses précédents films, toujours plus speedés.
Django unchained (DU) = coup de fouet (django!) accompagné d'une sorte d'éternuement (unchained), suggérant quelques grippages (volontaires?) dans la mécanique jusque-là bien huilée du récit chez Tarantino.

Et The hateful eight? Je n'ai pas encore vu le film. Disons seulement que, outre le jeu de rime (hate/eight), écho lointain à Kill Bill, c'est surtout la structure du titre (3 syllabes + 1 syllabe) que l'on retient, rappelant celle de Reservoir dogs, soit un retour aux sources pour Tarantino, bien qu'il ne les ait jamais vraiment quittées, le plaisir du baratin, les dialogues étirés (the-hate-ful, hate avec un "h aspiré" - et non "muet" comme le "D" de Django -, petite bouffée d'air avant de se lancer dans de longues tirades à tiroirs), le tout glissant avec délectation, tel un gros nœud coulant qu'on serrerait tout doucement, lentement mais sûrement, pour maintenir la tension, jusqu'à ce que ça fasse "couic" (eight!). Tarantino plus tarantinien que jamais.

[ajout du 09-01-16: Bon j’ai vu le film: théâtre de boulevard et Grand-Guignol, Tarantino vise l’énorme, tel Aldrich - même cruauté -, mais ne produit qu’un truc épais, très lourd, pas généreux du tout. Sa leçon d’Histoire, sur l’Amérique, la femme et les Noirs, se réduit à une leçon de cinéma sur Tarantino et ses fantasmes. C’est un peu son 8 ½ - si on ajoute le sketch de Four rooms... Et le 70mm, à quoi bon? s’il est aussi difficile de voir le film dans ce format. En plus ça vaut surtout pour les extérieurs – on notera le superbe générique d’ouverture avec la musique de Morricone - soit seulement 1/5e du film, même si pour le reste - le huis-clos dans le refuge - Tarantino fait preuve d’un réel sens de l’espace... Bref un film pour tarantinophile pur et dur... Pas ma tasse de thé, ni de café, hé hé]

lundi 4 janvier 2016

Real Lies


Kev Kharas, Tom Watson et Pat King





POP EYE # 06

Real life, Real Lies.

C'est fou ça, personne ne connaît Real Lies à part We music music? A l'heure des bilans, le jeune groupe londonien d'electropop n'apparaît nulle part. Pourtant Real life (lire ), son premier album, aux titres impeccables - on en connaissait déjà certains -, compte parmi les plus belles réussites de l'année. On évoque Joy Division, oui peut-être, pour les paroles, la noirceur, le sentiment de vide, la morosité urbaine, toute cette réalité que la nuit, chimère festive, fait oublier durant quelques heures... parce que sinon, question musique, on est quand même plus près de David Morales et Rui Da Silva, et que s'il fallait remonter plus loin, à l'époque justement de Joy Division, dans l'esprit c'est davantage à The Clash que l'on pense, pour le goût du brassage, le mélange des genres (et des sous-genres), ici house, grime et autre jungle, rehaussé de talk-over, dans un style éminemment populaire, un style pop, quoi. Et c'est top.

Blackmarket blues (vidéo: James Blann) - Dab housing (vidéo: Joe Alexander) - World peace (vidéo: Joe Alexander) - Deeper (vidéo: Joe Alexander) - One club town - North circular (vidéo: Joe Alexander) - Lovers' Lane - Seven sisters (vidéo: Jonnie Craig) - Naked ambition - Gospel - Sidetripping.


Real life (suite): Pasolini, la poésie, la musique, la vie.

[...] Tu sais, je te l'ai dit, vieil ami, père
un peu intimidé par le fils, hôte
allophone puissant aux humbles origines
que rien ne vaut la vie.
C'est pourquoi je ne voudrais que vivre,
même en étant poète,
parce que la vie s'exprime aussi par elle-même.
Je voudrais m'exprimer avec des exemples.
Jeter mon corps dans la lutte.
Mais si les actions de la vie sont expressives,
l'expression, aussi, est action.
Non pas cette expression de poète défaitiste,
qui ne dit que des choses
et utilise la langue comme toi, pauvre, direct instrument;
mais l'expression détachée des choses, 
les signes faits musique,
la poésie chantée et obscure,
qui n'exprime rien sinon elle-même,
selon l'idée barbare et exquise qu'elle est un son mystérieux
dans les pauvres signes oraux d'une langue.
Moi, j'ai abandonné à ceux de mon âge, et même aux plus jeunes,
une telle illusion barbare et exquise: je te parle brutalement.
Et, puisque je ne peux revenir en arrière,
et me faire passer pour un garçon barbare
qui croit que sa langue est la seule langue au monde,
et perçoit dans ses syllabes des mystères de musique
que seuls ses compatriotes, pareils à lui par caractère
et folie littéraire, peuvent percevoir
- en tant que poète, je serai poète des choses.
Les actions de la vie ne seront que communiquées,
et seront, elles, la poésie,
puisque, je te le répète, il n'y a pas d'autre poésie que l'action réelle
(tu trembles seulement quand tu la retrouves
dans les vers ou dans les pages de prose,
quand leur évocation est parfaite).
Je ne ferai pas cela de bon cœur.
J'aurai toujours le regret de cette poésie
qui est action elle-même, dans son détachement des choses,
dans sa musique qui n'exprime rien
sinon son aride et sublime passion pour elle-même.
Eh bien, je vais te confier avant de te quitter,
que je voudrais être compositeur de musique,
vivre avec des instruments
dans la tour de Viterbe que je n'arrive pas à acheter,
dans le plus beau paysage du monde, où l'Arioste
serait fou de joie de se voir recréé avec toute
l'innocence des chênes, collines, eaux et fossés,
et là, composer de la musique,
la seule action expressive
peut-être, haute, et indéfinissable comme les actions de la réalité.

(Pier Paolo Pasolini, Qui je suis - Poeta della ceneri [1966-1967], nouv. trad. Jean-Pierre Milelli)

vendredi 1 janvier 2016

2016




Gene Tierney en 1941, sur le plateau de Sundown (Crépuscule) d'Henry Hathaway.

Happy new year to all my friends!