dimanche 25 décembre 2016

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Les moaï, l'émoi et moi (oui, c'est Pâques à Noël).

Mieux voir, moins dire.

Paul Klee disait que ce sont les tableaux qui nous regardent, et non l'inverse. En est-il de même pour les films, du moins pour ceux qu'on voit en salles? Pas exactement. Le cinéma n'est pas la peinture. Si les films nous regardent, c'est d'abord pour des raisons techniques, liées à la projection, qui fait que l'image, déjà réfléchie, nous est aussi renvoyée. Le mouvement est double. En un sens, si les films nous regardent, ils nous regardent les regardant. Et la croyance commence là: oublier qu'on est en train de regarder un film, de sorte que, comme dans la peinture, il ne reste plus que le regard du film, sur nous, en nous, qui nous parle, sans discours, juste quelques mots, bien précis et agencés de telle sorte que l'émotion soit là - une émotion vraie, pas des larmes - qu'elle surgisse, simplement, on pourrait dire miraculeusement (je pense évidemment à Paterson de Jim Jarmusch). Puis fermer les yeux. Oublier les images, oublier ce qu'elles nous ont dit, oublier l'histoire. Les films n'en continuent pas moins de nous regarder. Aussi intensément. Et de nous parler. Autrement. Ils nous disent ce qu'on n'a pas vu, ce qu'on n'a pas su voir, ce que de toute façon on ne pouvait pas voir, parce que relevant de la croyance. Non pas que celle-ci finisse par disparaître mais qu'elle se transforme, qu'elle devient connaissance, sur l'amour, la vie, le monde, sans discours, juste quelques idées, bien précises et évoquées de telle sorte que l'interrogation soit là - une interrogation pleine, pas des formules - qu'elle demeure, durablement, on pourrait dire inexorablement (je pense toujours à Paterson).

PS. Vu Manchester by the sea de Kenneth Lonergan. Le film est beau, mais tout de même laborieux dans sa construction (mélodramatique), la première partie, autour de la mort du frère, se traînant pas mal, côté mal-être et ancrage social, de sorte qu'on se croirait dans un film anglais (hé hé), un film pour le coup vraiment "mancunien", on s'y ennuie presque, jusqu'à la révélation du drame originel que Lonergan traite de manière sensible et juste tout en s'y attardant un peu trop, le temps d'y entendre tout l'adagio d'Albinoni, ce qui fait que l'émotion s'en trouve forcée. Dommage. Reste la seconde partie, beaucoup plus réussie, dans la relation entre Casey Affleck et le jeune Lucas Hedges, le film allant ainsi crescendo, dans un registre plus "sundancien", autant dire codifié (le genre indie), mais bon, sympathique, voire même schatzbergien sur la fin.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Sale Noël !

https://www.youtube.com/watch?v=E8gmARGvPlI

Buster a dit…

Ouais... encore un "Michel" qui disparaît...

Anonyme a dit…

Manchester by the Sea n'est ni top ni toc, mais assez regardable grâce aux efforts de ses interprètes.
Sinon, avez-vous écouté Nicolas Jaar ? Son album de 2016, Sirens, 7 titres, m'a interpellé récemment. Cela devrait vous rappeler Marconi Union, mais en plus accessible.
Voici un extrait avec No :
https://www.youtube.com/watch?v=rIrdTi7Bzt8
Ludovic

Buster a dit…

Non je n'ai pas encore écouté ces Sirens (c'est peut-être dangereux :-), je ne connais que son premier album, Space is only noise (SION?) qui est pas mal d'ailleurs...

valzeur a dit…

Hello Buster,

Je suis resté coi devant Manchester by the sea qui m'a laissé totalement froid. L'usage désastreux de la musique donne à penser que Lonergan la convoque comme un cache-sexe censé souligner ce qu'on ne voit pas : l'émotion. C'est un peu le syndrome Toni Erdmann ; Lonergan n'a AUCUNE qualité pour réaliser un mélodrame, il va donc mettre en scène son impossibilité à parvenir à un résultat acceptable. L'écriture est dès le départ lourdingoïde (la gradation dans la dégradation, on finit évidemment avec des toilettes bouchées pour signifier que le héros est au fond du trou). Les morts dans MBTS n'ont aucun poids à l'écran ; manque de pot, l'histoire ne tourne qu'autour de l'irréparable qu'on ne ressent simplement pas. 2h18, j'ai vu Casey Affleck s'ennuyer, et faire de son ennui l'alpha et l'oméga de son jeu il est vrai très limité. Les deux climax émotionnels du film s'effondrent intégralement ; le flash-back traumatique est d'une putasserie à crever le plafond, mais surtout il n'est absolument pas fonctionnel. Pour ne rien dire de la scène de retrouvailles entre Williams et Affleck où les deux semblent jouer dans deux films différents. Le seul très léger intérêt du film est son impureté, la partie teen-movie du neveu jurant complètement avec le reste. Et puis, le film est d'une globale misogynie, ce qui le rendrait presque sympathique ; tous les personnages féminins sont imbitables (on s'étonne même que cela soit advenu dans le récit). La malheureuse Michelle Williams a littéralement trois scènes pour exister et dans aucune, elle n'est à son avantage : malade et revêche dans un lit PUIS ultra-revêche et hurlante lors du drââme PUIS minaudante et chouinarde. La mère du héros est d'abord hystérique puis surbourgeoise born-again sans transition aucune.
Je ne comprends absolument pas comment on peut trouver ce film émouvant, sauf à se déposer des rondelles d'oignon sous les paupières pendant la projection.