vendredi 23 décembre 2016

Ah ah...

Juste un mot.

Si vous aimez le minimalisme, genre Kaurismäki et les haïkus, la musique répétitive et les poèmes en forme de notes, comme celles qu'on laisse sur une table de cuisine (This is just to say), les cupcakes, les tartes au cheddar et aux choux de Bruxelles, l'odeur de la bière, comme celle qu'on ramène chez soi le soir après s'être arrêté au bar du coin, les bouledogues anglais qui vous "promènent" jusqu'au bar en question (sans y entrer) et malmènent régulièrement votre boîte aux lettres, les balades en bus et le noir et blanc (qu'il s'agisse de rideaux, de gâteaux ou d'un bon vieux film d'horreur), Lou Costello et William Carlos Williams, l'auteur de Paterson, le recueil de poèmes qui célèbre Paterson, la petite ville de Paterson où habite Paterson, Adam Driver, bus driver et lui-même poète, grand admirateur de William Carlos Williams, des poèmes tout simples, très beaux - c'est Ron Padgett qui les a écrits -, qu'il consigne dans son "carnet secret", sur les petits détails de la vie et son amour pour Laura, sa fiancée, aussi fantasque que lui est réglé comme une pendule... bref si vous aimez Jarmusch, celui de Mystery train et de Coffee and cigarettes, ce qu'on appelle "la petite forme", dans ce qu'elle peut avoir de parfaite, au niveau de la métrique, comme la poésie et ses "rimes internes" (ici le motif du double et de la gémellité, forcément répété sinon ça rime à rien), comme la musique, notamment électronique, une ligne et ses modulations, alors... alors oui, comme moi, vous aimerez Paterson. Ah ah...

11 commentaires:

Anonyme a dit…

Mmmh...

Buster a dit…

:-)

Lucie a dit…

Coucou Buster,

100% d'accord, Paterson est un petit bijou. Pour moi le film de l'année. Seul regret, la dernière partie avec le poète japonais, qui rompt le charme de l'ensemble. Mais bon..., comme vous dites. Ah Ah... :-D

A bientôt pour les Tops !

Buster a dit…

Coucou Lucie... C'est vrai qu'à la fin le film perd un peu de son charme, mais b... non je l'ai pas dit :-)

Mon Top albums peut-être ce soir ou demain.

Lucie a dit…

Ce soir !!

Buster a dit…

D'accord.

Lucie a dit…

Merci.

Brundlefly a dit…

Pas beaucoup de réactions à propos de Paterson alors je livre quelques remarques en vrac.

1) J'aurais définitivement préféré un Paterson réalisé par Kaurismäki (ça s'appellerait, par exemple, Pättersön :-).

2) Il y a quelque chose de beau chez Jarmusch quand il cherche ce qui résiste à l'usure du temps, ce qui vainc l'épreuve de la routine, ce qui se superpose au présent et demeure. La poésie donc, ou la musique, idéal jarmuschien, qui donne un cadre, une structure, un sens, une direction à ce présent sans cesse recommencé.
J'aime lorsqu'il joue de l'inscription à l'image des vers redoublés par la voix-off, le work-in-progress du travail d'écriture poétique sur la répétition des gestes d'un travail, "l'essuie-glace qui grince" objet poétique distingué par son inscription à l'écran (prééminence de l'écrit sur l'image) sur fond des essuie-glaces ordinaires du bus conduit par Paterson.

Le principe de répétition et de rimes internes est plaisant, mais Jarmusch ne sait pas être discret, il l'alourdit par des effets ou des dialogues superflus. Les jumeaux ne sont pas simplement disséminés au fil des plans, le spectateur ne doit en manquer aucun. Et les dialogues d'en rajouter encore, "l'actrice du film pourrait être ta jumelle" ; idem le noir et blanc, "j'aime les films en noir et blanc". Bref il est non seulement conscient mais commentateur de ses propres effets, et le charme m'a semblé rompu bien avant la scène ratée avec Masatoshi Nagase.

3) De façon plus anecdotique, certains ont déjà reproché au film sa misogynie supposée. D'habitude ce n'est pas un argument valide pour moi, mais ici ça m'a tout de même gêné, peut-être parce que le personnage féminin est desservi par l'interprétation de Golshifteh Farahani (actrice aussi goûteuse qu'une tarte au cheddar & choux de bruxelles). Soyons justes, au-delà des célèbrités masculines de Paterson, New Jersey, au-delà des poètes, Driver de bus ou rappeurs de laveries automatiques, il y a tout de même la petite fille, qui de plus aime Emily Dickinson (très belle scène, et le poème le plus marquant du film).

4) Jarmusch est doué pour les Coffee and Cigarettes, les petites formes, les micro-histoires, les condensés de situations. Si je suis un peu déçu par Paterson, qui a besoin de la durée pour se déployer, c'est aussi que pour moi le chef d'oeuvre de Jarmusch reste Int. Trailer. Night (un des segments du film Ten Minutes Older : The Trumpet), avec Chloë Sevigny : dix minutes "en temps réel". Une actrice prend une pause dans sa caravane entre deux prises. C'est une merveille.

Buster a dit…

Je comprends vos arguments (sauf pour la misogynie qui pour moi n’y est pas, la jeune femme est une figure poétique de la housewife américaine, no desperate car enjolivant son quotidien, même si elle n’a pas de réel talent, à la différence de Paterson et de la petite fille, ce qui rend le personnage touchant… de même pour la femme du barman noir, à travers son image de matrone, se colletant avec la réalité, vs le mari, grand enfant, réfugié dans les souvenirs…)
Sinon oui, on peut trouver des limites au film mais qui viennent surtout du choix du long métrage là où un simple segment de film ou un court métrage aurait été évidemment plus adapté (une longue note) mais aussi plus facile… car ces limites correspondent au risque pris par Jarmusch à faire un film de deux heures avec un tel sujet, ce qu’il réussit quand même en grande partie… si la forme et les motifs se répètent (de façon peut-être inégale, le problème c’est justement l’équilibre à trouver dans le signifiant, entre sursignifiant et insignifiant), le fond lui progresse, très lentement, mais sûrement, les rencontres effectuées par Paterson (avec la fillette puis le poète japonais), ainsi que les efforts dérisoires de Laura pour être elle aussi une "artiste", font progresser le personnage dans sa relation à la poésie, de sorte que l’accident causé par Marvin (je spoile pas) peut être vu comme un passage nécessaire qui lui permette, en repartant à zéro, de franchir un cap, d’aller plus loin en tant qu'écrivain et dépasser ainsi le stade du simple amateur, si doué soit-il...

D&D a dit…

Là, je trouve que votre amour vous rend bien aveugle.

Misogyne, c'est un peu violent peut-être, mais ce sexisme bien installé - et là, particulièrement décomplexé - qui nourrit encore l'essentiel des salles, ben pour
le coup ça m'étonne que ça passe crème, comme on dit maintenant, pour vous aussi.

Vous parlez d'artiste sans réel talent. Ce n'est même pas la question. C'est une
version "contemporaine" un peu arty-fofolle comme il faut de Blanche-neige. J'ai
passé la première moitié du film à ne pouvoir m'empêcher de deviner quel serait le
lever de rideau sur ce personnage (impensable autrement, j'avais tellement d'hypothèses
ça a failli être passionnant !)... Ben non, c'est très pensable, et tout le monde trouve
ça très bien. Ça me met hors de moi.

Mais bon, il n'y a guère que Paterson et la petite fille qui ne soit pas en carton-
pâte dans ce film, donc il ne faut sans doute pas s'énerver.

Ce film sera oublié très vite. (L'histoire me vengera ! :-)))) )

Buster a dit…

C’est bizarre, ce reproche de misogynie ou de sexisme à propos du film, parce que moi ça ne m’a jamais effleuré l’esprit. Paterson et sa femme habitent une ville de la banlieue de NY qu’on devine sans grands attraits. Pour rompre la routine, lui s’est réfugié dans la poésie, elles dans des activités artistico-domestiques. On a là un drôle de couple avec un chien à la place de l’enfant… Pour qu’il y ait sexisme, il faudrait que le regard de Jarmusch soit sexiste, ce qu’il n’est pas. Certes la femme ici n’est pas valorisée, mais elle n’est pas dévalorisée, elle est à l’image de beaucoup de jeunes femmes américaines, attachées au foyer et qui une fois terminées les tâches de la maison s’ennuient à mourir… Elles peuvent trouver un amant ou claquer la porte… Laura, elle, repeint les rideaux ou fait des cupcakes… parce qu’elle l’aime son grand dadais de Paterson, qui le lui rend peut-être pas, ou du moins pas suffisamment… D’ailleurs il n’y a pas de sexe dans le film, ils sont un peu comme frère et soeur… Peut-être que Paterson est défaillant à ce niveau, et qu’il sublime dans la poésie, expliquant que Laura doit elle aussi trouver des compensations dans la création, pure hypothèse, j’en sais rien… Peu importe, la femme semble s’en accommoder, nulle aigreur, nulle antipathie chez elle, le personnage si peu valorisé soit-il je le trouve moi très attachant, Laura croit au talent de son homme, tout ça donne une image traditionnelle du couple, ce qui là encore doit correspondre à la majorité des couples américains… En fait on est dans le cliché. Et la beauté du film c’est justement que Jarmusch, par son art du détail, sa façon d’annoter les petites choses, arrive lui aussi à sublimer le cliché.