dimanche 13 novembre 2016

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Ce qui traîne sur mon bureau: des photos de Los Alamos, quelques bouquins sur le cinéma: Mister Everywhere de Pierre Rissient, A la fortune du beau de Michel Delahaye, Wes Craven, quelle horreur? d'Emmanuel Levaufre, un DVD: Love & friendship de Whit Stillmanune liste de films Pré-Code à découvrir (parmi lesquels Ladies love brutes de Rowland V. Lee, Laughter d'Harry d'Abbadie d'Arrast, Lady and gent de Stephen Roberts, Blood money de Rowland Brown...), des albums: Ghost stations de Marconi Union, You want it darker de Leonard Cohen (l'album était là avant), Bullitt et Mission: impossible... and more! de Lalo Schifrin, les premières pages de "Fosbury" et Nous trois de Jean Echenoz, relu cet été, un livre tout simplement génial, sismique et cosmique (je me comprends), que je verrais bien en film...

PS. Il y a aussi Le Titanic fera naufrage de Pierre Bayard.

25 commentaires:

Paul Bismuth a dit…

Et pas "Tout pour la France" ? Tss.

Anonyme a dit…

Bonjour Buster,

Le Mister Everywhere, j'en ai lu un morceau à la fnac, et il m'a fait une très bonne impression. Vous pourrez me donner votre avis, svp ?

Ludovic

Buster a dit…

Bonsoir Ludovic,

Oui le livre d'entretiens avec Rissient est passionnant. C'est lui qui m'a donné envie de voir des films pré-code comme Laughter ou Blood money... Rissient c'est aussi le mac-mahonisme, du moins un certain mac-mahonisme, moins figé, plus humain.

Anonyme a dit…

Bonjour Buster, Pierre Rissient est aussi l'auteur, en 1966, d'un "Joseph Losey" très agréable à lire.
"Mister Everywhere" , surnom donné par Clint Eastwood à Pierre Rissient, sera bientôt chez moi, même si les références à Michel Mourlet se comptent sur les doigts d'une seule main. Plus humain, vous croyez ?
Ludovic

Buster a dit…

J'ai condensé ma phrase, je voulais dire qui célèbre un cinéma à visée plus humaine, plus proche des êtres, plus lupinien que langien (je simplifie), mais j'aime bien aussi le mac-mahonisme altier de Mourlet.

Anonyme a dit…

OK, c'est plus clair. Merci.
Ludovic

Anonyme a dit…

Vous croyez que Clint Eastwood lui a donné ce surnom en référence au "Mr. Somewhere" de The Apartments ?
Ludovic

Buster a dit…

J'en doute mais qui sait...

Anonyme a dit…

p.49: Hitchcock relégué au rang de "showman", qui "utilise sa caméra pour souligner". On le savait, mais ça fait toujours du bien de le rappeler.
Ceci dit, il y a plusieurs films de lui que j'aime bien. Son côté manipulateur ne convient vraiment bine qu'aux histoires d'espionnage.
Ludovic

Buster a dit…

Si on adopte le point de vue des mac-mahoniens, le primat accordé à la mise en scène davantage qu'à la narration et aux thèmes d'un film, on ne peut que leur donner raison, il y avait une cohérence dans leur discours, dans ce qu'ils défendaient comme dans ce qu'ils rejetaient... Dans le passage que vous évoquez Rissient parle de Temps sans pitié de Losey, je n'ai plus trop le film en tête, mais ce qu'il dit de la séquence où McKern essaie d'échapper à Redgrave est éblouissant.

Anonyme a dit…

"Dans Time Without Pity, quand Leo McKern se lance en bolide pour échapper à Michael Redgrave, qu'on le suit dans le couloir de son bureau, l'intensité n'est plus dans la narration, même si le spectateur est pris par le drame. Ce qui est extraordinaire, c'est l'émotion brute, le tragique qui s'exprime. Ce film dépassait les limites de la violence émotionnelle et psychique. C'était une violence sans complaisance, comme sous l'oeil d'un entomologiste, et qui n'a rien à voir avec ce qu'est devenue, depuis, la violence au cinéma avec les ralentis, le sang qui gicle, etc. Tout jaillissait des réactions d'un personnage piégé par ses hantises et ses passions. Time Without Pity était un film sauvage, dépassant son propos. L'intrigue supposée d'un film contre la peine capitale devenait autre, tournant du duel entre Michael Redgrave et Leo McKern. On sentait pulser la ville de Londres..."

Un tel extrait, on le commenterait à perte d'idées...

"émotion brute"
"violence sans complaisance"
"tout jaillissait des réactions d'un personnage piégé"
"on sentait pulser la ville"

L'un des meilleurs passages du livre, selon moi.
Ludovic

Buster a dit…

Sinon d’accord pour Hitchcock showman, mais bon, showman de génie… En termes de mise en scène Lang, dans ses meilleurs films, lui est sûrement supérieur, il y a une forme de roublardise chez Hitchcock, toujours à la recherche de l’efficacité maximum (d’où le remaniement de ses fameux storyboards) et souvent un peu lourdaud dans ses effets (mais Lang aussi parfois), ce qui fait par exemple que je n’aime que les 30 premières minutes de Psychose, avant le meurtre de Janet Leigh…

Anonyme a dit…

Un showman de génie, oui le documentaire de Jonathan Demme. Après, quand on nous dit qu'il a réinventé le langage du cinéma, oui mais non. Il en a exploré les possibilités. Et ce n'est pas une petite nuance. De lui, j'aime North by Northwest, The Trouble With Harry et The Birds. Le scénario de Psychose était très innovant à l'époque : scinder l'histoire en deux segments reliés par un seul homme, un tueur en série de surcroît, et en faire le personnage principal suite à l'élimination du corps et de la voiture qu'il conduisait, c'est fort.
Lang supérieur, dans l'effacement comme le dit Rissient, mais aussi dans la "maîtrise" d'ensemble. Quand je vois L'invraisemblable vérité ou Les Contrebandiers de Moonfleet, je me sens happé par l'écran.
Et puis s'il fallait vraiment comparer Hitchcock à un autre metteur en scène capable de le "détrôner" (je sens que c'était le but de la question posée à Rissient), ce serait à Raoul Walsh.
De son côté, Michel Mourlet, dans Sur un art ignoré, écrivait que "DeMille (est) supérieur à Hitchcock" La note de Mourlet portait essentiellement sur la direction d'acteurs.
Ludovic

Buster a dit…

Je ne sais plus qui disait (Bellour?) qu’avec le temps on a tendance à devenir plus langien qu’hitchcockien…

Mes Hitchcock préférés: les Oiseaux, Fenêtre sur cour, Vertigo, Marnie, North by northwest, les Amants du Capricorne, le Faux coupable, Numéro 17, Correspondant 17, Jeune et innocent…

Mes Lang préférés: le Testament du Dr Mabuse, Invraisemblable vérité, Moonfleet, M, la Cinquième victime, J'ai le droit de vivre, House by the river, Man hunt, Cape et poignard, The big heat…

Anonyme a dit…

Hitchcock showman de génie mais gros cochon !

http://next.liberation.fr/culture-next/2016/10/30/tippi-hedren-accuse-alfred-hitchcock-d-agressions-sexuelles_1525286

Anonyme a dit…

@Anonyme : Nous ne saurons jamais si Tippi Hedren dit la vérité...


@Buster : mes listes de films préférés de Hitchcock et de Lang n'étaient pas exhaustives...
De vos listes, je vois que vous aussi accordez plus d'importance à la période américaine de Lang... seuls quelques critiques, ou s'imaginant tels, croient encore que Lang a tout donné dès ses débuts...
Bellour aurait dit ça ? Possible, mais je ne vois pas pourquoi ce serait vrai, sauf à croire qu'on partage tous la même sensibilité...

Si je ne devais garder qu'un Lang, ce serait son diptyque hindou. Pour Hitchcock, ce serait North by Northwest. Pour Losey, The Boy With Green Hair.
Ludovic

Buster a dit…

L’idée c’était que Hitchcock étant de par sa conception du cinéma plus pâtissier (le fameux piece of cake) qu’architecte, on tend au départ à aimer plus facilement Hitchcock que Lang, et qu’avec l’âge, découvrant plus profondément l’oeuvre de Lang, le processus s’inverse… ce n’est pas une vérité mais en ce qui me concerne ce fut un peu le cas.

Rien d’exhaustif non plus dans mes listes, j’aime aussi pêle-mêle le diptyque indien, Rebecca, Notorious, Ministry of fear, etc…

Anonyme a dit…

Hitchcock pâtissier, bien sûr et il le disait lui-même. On trouve dans le commerce un livre dédié aux recettes apparues dans ses films.
Lang architecte, d'abord par ses études (imposées par son père).

Une question d'âge ?, plus âgé on redécouvrirait l’œuvre de Lang ? Pourquoi pas ! Mais j'ai trente-sept ans, et j'aime le cinéma de Lang depuis pas mal d'années déjà.
J'avais découvert Ministry of Fear, puis Les Contrebandiers de Moonfleet, grâce à des textes sur le cinéma et, comme ils m'avaient plus, j'avais continué avec d'autres Lang. Je les ai presque tous vus. Il doit me manquer Casier judiciaire et deux ou trois muets allemands...
Les Hitchcock, c'est autre chose, c'est familial. Tout le monde, ou presque, connaît Hitchcock, le "maître du suspense", bla-bla-bla, et mes parents m'avaient fait voir des Hitcchock dès mon enfance...

Je dirais plutôt que Lang est volontiers moins tape-à-l'oeil, et ça a joué contre lui. La nature du cinéma veut que l'on offre à l’œil quelque chose qui l'intéresse, le saisisse ou l'impressionne... et Lang a joué le jeu, à sa façon. Le spectaculaire langien s'efface derrière l'idée directrice de la mise en scène. J'aime bien ce genre de spectaculaire, mais seulement quand c'est fait avec talent.
Ludovic

Buster a dit…

J’ai toujours aimé Hitchcock et Lang, mais forcément je ne les aime pas de la même manière aujourd’hui qu’à 20 ans... sauf peut-être North by northwest et Moonfleet, rares films que je peux revoir aujourd’hui avec quasiment le même regard enjoué que la première fois.

Sinon je me suis trompé concernant Bellour, lui il a écrit "certains jours on se dit que Lang pourrait devenir préférable à Hitchcock", ce qui évidemment n’est pas pareil. C’est dans le numéro Hitchcock/Lang de Trafic.

Buster a dit…

La conclusion du texte de Biette (Histoire d’un duel) dans le même numéro de Trafic:

En comparant, dans les années quatre-vingt, Lang avec Hitchcock qui recommençait à l’éclipser, j’observai que le premier avait accueilli le spectateur sans lui accorder la priorité, exigeant seulement de lui qu’il reste l’homme ordinaire à qui l’on montre de quoi est fait le destin, et que le second avait construit ses films à l’intention du spectateur et de lui seul. Aujourd’hui, la rivalité de Lang avec Hitchcock, qui exista entre eux et se devine dans leurs films, pour ce qui regarde la représentation de la culpabilité ou celle du crime, s’estompe devant l’écart avantageux de leurs différences. Hitchcock est un grand bâtisseur de séquences (chez Lang tout ne fait que passer), et ne s’intéresse au mystère qu’autant qu’il peut être construit: le suggérer par litote serait peine perdue. Ses personnages ont plus de variété, de chair, de charme, et même de complexité que ceux de Lang. Et, si je ne crois pas souvent à ce qu’il raconte - je sens trop le cinéma (chez Lang, jamais) -, je vois de plus en plus nettement le portraitiste: ses histoires d’amour donnent aux hommes et aux femmes un miroitement inaltérable, et sa caractérisation si exacte de personnages purement fictifs concentre tout le mystère dont Hitchcock nous fait croire qu’il le dispense autour d’eux. Mais le renoncement involontaire et progressif de Lang à la contingence, sa conscience inquiète de ce qui disparaît dans chaque film comme des traces d’humanité qu’on y lira, ont donné à son oeuvre cette grandeur que le cinéma aurait pu lui faire perdre.

Anonyme a dit…

OK, superbe texte. Hitchcock et Lang y sont décrits avec une exactitude pas banale. Je retiens.
Ludovic

Anonyme a dit…

Dans le fameux "carré d'as" du Mac Mahon , Losey était de trop..

Anonyme a dit…

A la réflexion, pas totalement superbe, ce texte, Buster. En fait, Biette avoue sa préférence pour H, arguments à l'appui, et finit de justesse avec L. Dire que les personnages de H sont plus vivants que ceux de L me semble relativement juste, tant chez L les vivants semblent en attente de mort. Parce que tous coupables, on sait. Mais dire qu'ils ont plus de chair, mouais... Ils sont surtout filmés de plus près, plus gros, et on voit mieux l'épiderme...
"Chez L tout ne fait que passer" : mais c'est peut-être parce que la vie est comme ça, tiens.
Et puis Biette : "cette grandeur que le cinéma lui aurait fait perdre" : L n'a fait que du cinéma, ni plus ni moins. Il faudrait probablement que je lise le dossier complet pour découvrir la pensée de Biette. Du coup, je ne vais peut-être devenir un lecteur de Trafic... à la condition sine qua non qu'il n'aient pas d'accointances gauchistes comme les Cahiers et Cie.
Ludovic

Buster a dit…

C’est vrai que la fin tombe un peu à plat côté Lang, mais il faut lire tout le texte, Biette s’y révèle très langien, ce qu’il a toujours été, Lang faisait partie de son… brelan d’as avec Walsh et Hawks, Hitchcock c’est plus tardif, comme Tourneur d’ailleurs, d’où peut-être cette conclusion qui semble pencher du côté d’Hitchcock, parce que Lang dans le fond il en avait déjà beaucoup parlé, plus que de Hitchcock en tous les cas… Sinon les personnages hitchcockiens plus incarnés, si quand même, chez Lang les personnages notamment masculins sont plus froids, compacts, comme des blocs… ça tient aussi au charisme des comédiens, toujours important chez Hitchcock (sauf dans les derniers films, post-Marnie, pour le coup plus… langiens). Chez Lang, les acteurs sont plus "quelconques" (à l’image du Maréchal Mac Mahon… ha ha), je pense à Louis Hayward, Glenn Ford, Dana Andrews, etc… pas de grands couples de cinéma non plus (seule exception Fonda-Tierney dans Western Union).

Anonyme a dit…

OK, je vais lire le texte dans son intégralité ; je devrais pouvoir le trouver en ligne.

Le côté "quelconque" des acteurs de Lang tient, je crois, dans sa volonté de coller à la vie. La plupart des gens ont un physique quelconque. Je veux dire par là, sans vouloir offenser quiconque, que le physique n'est pas spécialement saillant comme chez Walsh ou chez Hitchcock. Sinon, l'acteur pourrait tirer la couverture à lui, au grand dam de la mise en scène... Mais en même temps, chez Mizoguchi non plus, rien de trop remarquable dans le physique des actrices et acteurs.
Pas de grand couple chez Lang, là, nous sommes d'accord.

Et oui, Hawks a parfaitement sa place au panthéon des plus illustres metteurs en scène. Je revois plusieurs de ses films avec le même plaisir. The Thing, The Big Sky, His Girl Friday, Rio Bravo, etc. Mourlet le trouve inférieur aux élus du carré d'as, mais l'apprécie beaucoup quand même. Comment faire autrement ?

Ludovic