samedi 4 juin 2016

Oh!

Elle (2). Le film, tout "pas génial" qu’il est, avec ses ratages disons périphériques, vaut quand même le coup par la façon dont Verhoeven y déjoue les pièges que lui tendait le scénario, cette histoire improbable de femme violée qui "joue" avec son violeur. D'ailleurs ce n'est pas tant la question du viol qui se trouve ici abordée, avec tout le cortège de considérations socio-psychologiques que cela sous-entend, que celle plus générale du sexisme, dans sa dimension dite "ambivalente", à la fois hostile (de la femme perçue négativement, manipulatrice, séductrice, etc., jusqu'au viol, forme extrême de ce qu'un homme peut se croire "autorisé" à faire subir à une femme, vision redoublée par la position sociale de la femme, une femme de pouvoir dirigeant une entreprise de jeux vidéo à contenus eux-mêmes sexistes, où l'on voit une sorte de Lara Croft se faire violer par un dragon on ne peut plus phallique) et bienveillante (à travers l'image - plus positive mais néanmoins sexiste - de la femme fragile, qu'il faut protéger, manière aussi de se faire aimer, ainsi qu'il apparaît dans la séquence de la tempête et des volets que l'homme vient fermer, sachant tout ce que cela signifie en termes de désir à assouvir, à l'abri des regards).
La part de réussite du film - un film pas du tout féministe, plutôt même misogyne si on considère le traitement réservé aux autres personnages féminins (mais c'est vrai que, côté masculin, ce n'est pas mieux) - se situe dans cette espèce de jeu que met en scène Verhoeven (à l'instar de Polanski dans la Vénus à la fourrure et Fincher dans Gone girl), entre ambivalence (réunion d'éléments opposés et distincts, style amour/haine, attraction/répulsion...) et ambiguïté (coexistence d'éléments contraires, égaux et symétriques, rendant le partage indécidable, genre présent/absent, étranger/familier...), où se mêlent fiction et réel, déni et clivage, mais aussi libération du désir, un jeu qui est bien sûr celui de la perversion... sauf qu'on n'est pas chez Buñuel, je pense à El (c'est-à-dire lui, sans elle/"l" et sans eux/"e"... hum) - même si dans Elle l'objet regard joue là aussi un rôle important -, plus attaché à nous montrer le procès de la jouissance (de la père-version religieuse, qui régule la jouissance, à la perversion proprement dite, dans laquelle la jouissance se trouve dérégulée, permettant au paranoïaque de se défendre contre ses hallucinations)... ni chez Pasolini, pour qui la perversion renvoie à une sorte de fond sexuel originel, qui voit le primitif persister dans le civilisé, comme si la structure "perverse et polymorphe" de l'enfant persistait chez l'adulte... et encore moins chez Haneke et sa pauvre pianiste...
Une perversion en fait plus problématique dans le cas de Verhoeven, puisque vue des deux côtés, du côté masculin et du côté féminin, du côté de l'auteur et de sa victime, le problème n'étant pas cette double approche mais que le cinéaste, grand pourfendeur de la morale bien-pensante (cf. sa vision pour le moins iconoclaste de la religion), s'intéresse surtout à la perversion de la femme/victime, attirée sexuellement par son violeur et suffisamment forte (psychotique?) pour retourner la situation à son avantage - scénario qui relève peut-être du fantasme masculin (on pense évidemment à la critique féministe du texte de Sacher-Masoch dans la Vénus à la fourrure) -, ce qui ne veut pas dire qu'en privilégiant la force réactive de la femme à sa position de victime le film banalise le viol (ce qu'on pourrait dire également du fait qu'il y a dans Elle un autre crime autrement plus terrifiant, du moins dans l'imaginaire collectif, celui que le père de la victime a jadis perpétré, crime qui est d'ailleurs la véritable scène primitive du film, conditionnant tout le reste) et participe ainsi de cette fameuse "culture du viol" à laquelle s'expose tout cinéaste dès l'instant qu'il met en scène un viol. Mais là non... sauf à considérer, comme certain(e)s, sous prétexte que le viol a été trop longtemps minimisé, voire légitimé au niveau conjugal, que le cinéaste aurait un devoir (j'allais dire de mémoire): exprimer de façon explicite (même pas suggérer, position trop tiède et pour le coup suspecte) en quoi le viol est un crime, ce qui évidemment est à l'opposé de toute démarche artistique. Certes le violeur apparaît ici plus doux (et bon) en société et dans l'intimité que ne l'est sa victime, ce qui rend les scènes de viol plus troublantes encore, mais nulle ignominie. Verhoeven ne fait que pointer ce qui demeure hors la perversion: deux êtres humains, terriblement humains, qui souffrent, l'un de ses pulsions, l'autre de son passé.

6 commentaires:

Nafissatou Diallo a dit…

Mouais

DSK a dit…

Bof

Anne Sinclair a dit…

Pas mal

Popaul a dit…

c'est quoi les ratages périphériques ?

Buster a dit…

J’en parle dans le précédent post sur le film (Oh?), c’est tout ce qui ne concerne pas la relation Huppert/Lafitte, en gros les autres personnages du film… c’est plutôt lourdingue, filmé platement, au point que je me demande si Verhoeven s’y est vraiment intéressé…
Ca touche à l’univers de Djian, encore que le passage de Djian à Verhoeven ne s’est pas fait directement... le roman a été adapté et traduit par Manning puis un certain Birke que je ne connaissais pas en a tiré un scénario. Or Birke c’est justement le scénariste du film sur le tueur en série William Bonin, le tueur de l’autoroute, qui dans les années 70 a tué une quinzaine d’ado après les avoir violés... (et le scénario de 13 sins, signé Birke également, a l’air complètement crétin).
Le passage par Birke peut expliquer, plus que le roman de Djian finalement, le côté très américain du film.

Popaul a dit…

ah merci, j'irai pas voir le film du coup