vendredi 10 juin 2016

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Nicolas Winding Refn, un type à l'égo gros comme le bras, une sorte de Lynch du pauvre qui se rêve en nouveau Godard (NWR comme JLG?) et dont le dernier film, The neon demon, sur le monde de la mode, n'est qu'un truc de pubard débile maquillé en manifeste avant-gardiste, autant dire un attrape-gogos:

Première de Gucci + Manifesto de YSL + X.O d'Hennessy = The neon demon.

R.E.F.N.: Réalisateur à l'Esthétique Flafla et Néonesque. J'y reviendrai...

En attendant, on peut revoir des giallo (genre avec lequel le film de Refn n'a strictement rien à voir, la fin, même pas grotesque - le film est dénué du moindre humour -, ne faisant qu'entériner la vacuité abyssale du projet) ou encore... Rebels of the neon god (hahaha) de Tsai Ming-liang, non seulement pour l'image du néon et le côté soi-disant rebelle qui caractériserait Refn (selon ses propres dires), mais surtout pour ce qui manque tant (outre la modestie, l'intelligence et l'humour, oui je sais, ça fait beaucoup) à son film et son cinéma en général: la vibration.

Sinon, question "paillettes"... je préfère ça.

[ajout du 11-06-16]:

Finalement je n'écrirai pas sur le film (trop nul pour que j'y consacre un texte, même rapide)... Lire plutôt ça à la place:

"[...] si l'art numérique n'avait pour effet que de renouveler encore une fois les figures de la subjectivité ou de déplacer les relations de l'auteur, de l'œuvre et du spectateur, il ne ferait que participer, à sa manière, au vaste système de régulation symbolique qui assure à la société le maintien et l'extension de sa culture. Emancipé ou non du sacré, il demeurerait prisonnier du sens, quels que soient ce sens, ses valeurs. Or, l'art ne se réduit pas à produire du sens. Pas plus que du non-sens: toute négation, toute inversion du sens, s'inscrit fatalement dans le sens. L'art produit, sans quoi il n'est pas art, un effet singulier de jubilation sensorielle, de transe perceptive, propre aux formes sensibles qu'il met en œuvre - qu'elles soient réalistes, abstraites, géométriques ou conceptuelles, car cette transe peut naître aussi bien d'une forme matérielle que d'une forme immatérielle - et sans laquelle celles-ci ne sauraient ni capter, ni retenir le regard, l'écoute, l'attention. Tous les arts jouent subtilement avec la transe, l'exaltent ou la tempèrent; elle est intense dans la musique et la danse, plus légère dans les arts visuels. Toute œuvre cherche à provoquer la perception, à la faire chanter, pour la plonger dans cet état de jouissance où elle s'abîme dans sa propre contemplation, se suspend dans cette sorte de "petite mort" violente et délectable. C'est alors que l'art cesse de signifier, cesse de réguler, échappe à toute injonction du sacré. Mais la transe est transitoire. Instable, elle ne peut perdurer. Sans cesse, le sens resurgit: l'art reprend ses multiples fonctions symboliques. Les œuvres les plus fortes sont celles qui savent entretenir la transe sans renoncer au sens et porter l'un et l'autre à leur plus haut point de tension.
Avec le numérique, la présence masquée, au cœur des outils, de la science et de sa rationalité pèse très lourdement sur l'acte artistique mais en revanche, la multimodalité des interfaces, l'accentuation des effets synesthésiques et de l'hybridation des formes qu'elle provoque, l'ouverture sur un espace et un temps différents, prometteurs de découvertes, l'implication du corps et de son expressivité gestuelle dans le dialogue homme-machine, redonnent à la transe des occasions de se manifester que l'art contemporain lui offre rarement. Certes, l'on peut craindre que cette situation ne pousse à rechercher la transe pour elle-même, détachée de tout projet esthétique et réduite à un état de surexcitation permanente, comme on le voit déjà parfois. Le numérique en soi-même, en tant que technique, ne donne aucune assurance d'un renouveau de l'art et de la culture; il ne conduit pas forcément non plus à quelque catastrophe généralisée du sens. Mais on ne peut douter que rien ne se joue, à l'avenir, hors de son univers technologique, hors des interfaces de plus en plus complexes et nombreuses à travers lesquelles l'homme et la machine sont obligés de dialoguer. Produire, coproduire, échanger, partager des images, des sons, des mots, des gestes, des sensations, des idées, n'est réalisable que si l'on se tient au croisement du réel et du virtuel. Chiasme totalement utopique et uchronique où s'hybrident intimement le sujet, l'objet et l'image, l'auteur, le spectateur et l'œuvre, le calcul et le corps, l'algorithme et l'émotion..." (Edmond Couchot) 

C'est pas tout récent, ça date de 1998, mais bon, le problème de NWR y apparaît néanmoins clairement, on peut même dire dans toute sa splendeur: scènes de "transes" (esthétiques) qui ne sont là que pour entretenir la "surexcitation" (de l'auteur avant tout, le "je" n'y a jamais été aussi écrasant), entrecoupées de scènes complètement atones (le récit et NWR ça fait deux manifestement) et surchargées au niveau symbolique (ah, le triangle inversé, les miroirs, la lune, le puma dans la chambre - oui oui la Féline -, si t'as pas compris que le vrai sujet du film, derrière cette histoire de rivalité dans le milieu du mannequinat, c'est la Féminité avec un grand F, on peut rien pour toi mon pauvre), tout ça vu par un admirateur d'Orange mécanique (qu'on retrouve ici à travers l'image de l'œil) et Massacre à la tronçonneuse, auteur jusque-là de grosses daubes aussi musclées que rutilantes et, question "féminité", plus proche évidemment - pour rester au Danemark - de son aîné von Trier (qui est plus tordu) que de son ancêtre Dreyer (qui était moins puritain), autant dire qu'entre lui et la femme il y a plus que l'épaisseur de ses lunettes, c'est un vrai mur de verre qu'il lui faudrait briser pour comprendre un tant soit peu quelque chose à la femme et aller au-delà de l'imagerie habituelle, son regard restant celui d'un publicitaire. Enfin bref, passons...

9 commentaires:

valzeur a dit…

Hello Buster,

D’accord avec vous ; le pire film de l’année pour l’instant (avec le Ducastel et Martineau qui donne envie de rentrer sous terre). Cette pauvre Elle Fanning (presque aussi laide que Kristen Dunst) est envoyée au casse-pipe par NWR. Après cette réflexion sexiste, je me retire à pas de loup...

§ a dit…

Ah bon, c'est pas un chef d'oeuvre ? Stéphane Delorme lui a pourtant mis quatre étoiles dans les Cahiers...

Buster a dit…

Salut valzeur,

Oui le film de NWR est tellement nul qu’il me fait rehausser (d’un demi-point, on passe de 0 à 0,5/5) ce qui était jusqu’à présent mes trois détestations de l’année, à savoir Mad love in New York, The revenant et Ma Loute (allez, pour le Dumont, je vous fais une fleur, je monte à 0,8). Le film est absolument indéfendable... con, prétentieux et très clichetonneux sur le milieu de la mode. Quant à Elle Fanning elle n’est pas du tout crédible, elle fait trop fifille, pas assez fascinante...

Buster a dit…

Salut §

Oui Delorme est très fan du film, il y voit "une féminité épanouie et proliférante" (si quelqu'un peut m'expliquer ce que ça veut dire)

valzeur a dit…

Le néant aspire les esprits faibles… Et TND, c’est du néant 24 carats.

A propos, Buster, si vous aimez la médiocrité, je vous recommande Diamant noir, parce que franchement, ça se pose là (bon à côté de Neon Demon, c’est Citizen Kane quand même)

Buster a dit…

OK... vivement aussi Love & friendship qu'on s'écharpe un peu, je commence à rouiller.

Anonyme a dit…

Vous vous trompez, ce n'est pas Stéphane Delorme qui a écrit la critique de "The Neon Demon" dans les Cahiers, mais Cyril Béghin. Les Cahiers ne sont d'ailleurs pas les seuls à aimer le film. Pour Philippe Rouyer aussi, "NWR réinvente son cinéma en remplaçant ses figures viriles par une fille au charme vénéneux".

§ a dit…

Bella e perduta, c'est très beau.

Buster a dit…

D'accord, je n’avais pas vu La bocca del lupo dont on dit le plus grand bien, je vais me rattraper avec Bella e perduta, en espérant que le film soit encore à l’affiche quand je passerai à Paris…

Anonyme,
Je sais très bien que ce n’est pas Delorme qui a écrit la critique, je faisais référence à ce qu’il dit du film dans le compte-rendu de Cannes. Sinon pour ce qui est de la critique, ça permet surtout à Béghin de poursuivre les questions d’ordre esthétique (couleurs, numérique) qu’il abordait dans un précédent texte, ce qui fait qu’il élude pas mal des problèmes posés par le film.

Les Cahiers… ah oui tiens, lait caillé, ça me fait penser à une réplique du film à propos de la beauté… on préfère la chair fraîche au lait caillé :-)