dimanche 5 juin 2016

Ali superstar




Cassius Marcellus Clay, Jr alias Muhammad Ali (1942-2016). The Greatest? Peut-être, par son palmarès (triple champion du monde des poids lourds), son style (unique pour un poids lourd: jeu de jambes incroyable - de vrais pas de danse!; sens de l'esquive inouï - ah cette garde baissée, bras le long du corps!; fulgurance du geste - quasiment que des jabs... bref un style qui mêlait intelligence, vitesse et précision: "voler comme un papillon et piquer comme une abeille" telle était sa devise) et certains de ses combats (contre Liston en 1964 et 1965 - deux matchs controversés, surtout le second, pas forcément truqué, je ne crois pas trop à la théorie du "coup fantôme" qui envoya Liston au tapis, mais probablement faussé par les manquements de l'arbitre au moment du knock-down -, contre Frazier en 1974 et 1975, après sa défaite mémorable de 1971, contre Norton en 1973 - deux fois, d'abord en mars, un match perdu dans lequel Ali eut la mâchoire cassée, puis en septembre, qui vit Ali prendre sa revanche - et en 1976, pour une belle gagnée de justesse voire injustement, enfin contre Foreman en 1974, le combat de la reconquête, certainement son plus grand sur le plan tactique - "la clé c'est les cordes" dira-t-il).

Mais Mohamed Ali, c'est aussi hors du ring qu'il construisit sa légende par ses provocations, ses déclarations fracassantes (le fameux trash talking) et ses engagements. Converti à l'islam en 1964, via Nation of Islam, une organisation sectaire et raciste, qui prônait le suprémacisme noir, ce qui le conduisit à abandonner son "nom d'esclave" (Clay) pour celui de Cassius X, à l'instar de Malcolm X (qu'il lâchera quand X, devenu Malik El-Shabazz après sa conversion au sunnisme, rompra avec l'organisation, laquelle semble d'ailleurs avoir été impliquée, avec le FBI?, dans son assassinat), puis celui de Muhammad Ali (il se convertira à son tour au sunnisme dix ans plus tard); objecteur de conscience en 1966, refusant de servir au Vietnam l'année suivante, par conviction religieuse et parce que "aucun Vietcong ne l'a jamais traité de nègre" (cf. ), en phase avec les deux grandes causes des mouvements contestataires américains des années 60: l'opposition à la guerre du Vietnam et la lutte contre la discrimination raciale, ainsi que le résumait, à la même époque, une célèbre réplique de Hair: "la conscription c'est le Blanc qui envoie le Noir se battre contre le Jaune pour protéger le pays qu'il a volé au Rouge"... Et puis son dernier combat: la maladie de Parkinson, apparue dès la quarantaine, favorisée par tous les coups reçus (avec le temps, le poids et une rapidité moindre, son sens de l'esquive n'était plus le même et les matchs contre Frazier et Norton ont sans aucun doute laissé des traces, sans compter que, pour mieux encaisser les coups, Ali n'hésitait pas, dit-on, à se transformer en... sac de frappe lors des entraînements!).

Alors Ali "the greatest"? Oui peut-être... s'il n'avait été déchu de son titre de champion du monde en 1967. Car s'il échappa aux cinq ans de prison initialement prévus (pour avoir donc refusé d'incorporer un centre de recrutement), il fut en revanche interdit de boxer pendant quatre ans, ne récupérant sa licence qu'en 1971 - même si son retour, victorieux, débute dès la fin de 1970, sa condamnation étant jugée infondée par une commission d'Atlanta puis un juge de New York - après une longue bataille juridique (cf. le film de Stephen Frears, Muhammad Ali's greatest fight). Or, entre 1967 et 1970, rien ne permet de l'affirmer mais il est fort probable qu'Ali était (aurait été) au sommet de son art. Quatre années perdues qui font que le Mohamed Ali des années 70, s'il n'a rien perdu de sa superbe (l'arrogance est toujours là et le sens du spectacle plus développé encore), n'est pas aussi brillant qu'avant, et ce malgré les titres reconquis... Et qu'au bout du compte, s'il est bien le plus grand poids lourd de l'histoire (avec Joe Louis), toutes catégories confondues, le plus grand c'est quand même Sugar Ray Robinson. Toutes catégories confondues? Oui si l'on s'en tient à la boxe et à la boxe seulement. Parce que sinon, si l'on sort du domaine de la boxe, alors là bien sûr, Ali n'a pas d'égal...

Bonus: Superman vs. Muhammad Ali (part 1 et part 2).

PS. Les titres auxquels vous avez échappé: Ali akbar, Cet Ali qui nous laisse baba, Cassius bel Ali...

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Ali akbar ?? On l'a échappé belle, en effet

via Le Monde a dit…

"En décembre (2015), Donald Trump ironisait dans un tweet à propos d’une allocution solennelle de Barack Obama après l’attentat de San Bernardino et demandait, en réponse aux propos du président : « Obama a dit dans son discours que des musulmans figuraient parmi nos héros sportifs. De quels sports parle-t-il. Et de qui ? »"