jeudi 31 mars 2016

[...]




Visite ou Mémoires et confessions de Manoel de Oliveira (1982).

Ma maison.

Au lendemain de la révolution, les ouvriers occupèrent l'usine de passementerie qu'Oliveira avait héritée de son père. Pour payer les salaires, ils vendirent la marchandise puis les machines. Oliveira se trouva ruiné car, afin de remodeler et de moderniser l'usine, il avait emprunté beaucoup d'argent avant la révolution, hypothéquant ses biens immobiliers dont la villa qu'il avait fait construire en 1941, par un élève de Le Corbusier, José Porto. Il fut contraint de la vendre. Avant de quitter les lieux, il tourna ce film, dont trois copies seulement furent tirées, toutes trois mises sous scellés. Le film ne devait être vu qu'après la mort du réalisateur.

[...] Une maison, c'est une relation intime, personnelle, où se trouvent des racines. La maison que j'ai filmée dans Mémoires et confessions avait été faite pour moi. Je m'étais adressé à un ami architecte, José Porto, qui avait étudié en France du temps des grands architectes, Le Corbusier, Perret. Il avait une très bonne formation.
... j'ai suivi de près le développement de son dessin et ce dessin a été recommencé trois fois. Le premier projet était un peu monumental. Il s'est réduit dans le suivant... le troisième projet, à ma demande, était plus modeste. C'était pendant la guerre. Je me suis marié en 1940. J'avais pensé à faire construire cette maison avant mon mariage déjà, mais elle n'a été finie qu'après. De nombreuses difficultés avaient surgi à cause de la guerre, et la construction a pris du temps.
... la maison était, pour son époque, de conception très hardie. L'architecte était d'ailleurs content de trouver en moi un client radicalement différent de tous les autres, qui ne laissent en général que peu de liberté. Mais il était difficile de trouver le bois, le chêne. Il y a, par exemple, une fenêtre de sept mètres de long. Il fallait que le bois ait douze centimètres d'épaisseur et c'était difficile à trouver. Heureusement, nous sommes tombés sur une scierie qui avait, par hasard, ce bois car le bois doit être bien sec sinon il laisse tomber le tanin et ça fait des taches. On se sert beaucoup du tanin dans les fûts d'eau de vie, des fûts de châtaignier vert, car l'eau de vie en ressort, après un an, dorée grâce au tanin.
Revenons à la maison. Elle se trouve à Porto à deux kilomètres de la mer, dans le quartier de la Foz du Douro, le mot foz désigne en portugais l'embouchure d'un fleuve. Elle a une forme circulaire, avec un axe central et tout se dirige vers cet axe. Il n'a pas été facile de l'aménager parce que José Porto, l'architecte, est parti au Mozambique travailler à l'urbanisation avant d'avoir terminé notamment la décoration. Et j'ai eu des difficultés, pour les tapis, par exemple, car les formes étaient bizarres. Comme José Porto travaillait pour les Ingénieurs Réunis, cette société m'a indiqué un autre architecte, Viana de Lima (par la suite, il a acquis un certain renom et il a travaillé avec Niemeyer pour un hôtel à Madère). Les deux styles étaient très différents et ça m'a posé encore quelques problèmes. Mais ça a été une réussite. Par la suite, les étudiants en architecture, avec leur professeur, sont souvent venus la voir, presque chaque année... (in Antoine de Baecque, Jacques Parsi, Conversations avec Manoel de Oliveira, 1998)

Sur Visite ou Mémoires et confessions, lire dans le dernier numéro de Trafic le texte de Pierre Léon: "Trois jours à Cadix ou les Vaincus".

8 commentaires:

Robert Charade a dit…

Ma Maison, Mes Souvenirs, Moi, Moi, Moi...

(Bâillement.)

Geeke a dit…

Vous l'avez vu ?

Buster a dit…

Non pas encore.

mircea a dit…

Il vq sortir ?

Buster a dit…

Oui le 6 avril.

mircea a dit…

Géniql.

newstrum a dit…

Bonjour Buster,

Cette bande annonce est incroyablement évocatrice. Merci.

Strum

Buster a dit…

Bonjour Strum,
Oui elle est très réussie cette BA, le côté hanté du film y est bien rendu...