samedi 20 février 2016

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Vu Right now, wrong then, le dernier Hong Sang-soo (son 17e long en 20 ans). Peut-être son film le plus limpide pour ce qui est de la disjonction. Parce que le cinéma de HSS est un cinéma de la disjonction. Et en cela parfaitement contemporain. La disjonction en tant que structure masquée, désarticulée, qui fait d'une même histoire deux histoires ressemblantes et différentes. D'un même personnage deux personnages, l'un pas tout à fait honnête, l'autre peut-être trop. Qui fait surtout de la rencontre, thème hongien par excellence, et spécialement la rencontre amoureuse (il y a une affiche de Boy meets girl dans le café que tient l'amie de Heejeong), autre chose que la classique adresse à l'Autre, via la parole (c'est ce qui distingue Hong Sang-soo de Rohmer, même si le film ici n'est pas sans rappeler le chapitre "Mère et enfant, 1907" des Rendez-vous de Paris). Car si le sexe se fait de plus en plus rare chez Hong, le soju, lui, coule toujours à flots. Signe que la parole se résume aujourd'hui à un pur blablabla, autant dire à une forme de jouissance, celle de l'idiot auquel équivaudrait le sujet saoul (ivresse de la jouissance/jouissance de l'ivresse). Sauf qu'il y a deux histoires. Dans la première ("Wrong now, right then"), la jouissance prime (on boit jusqu'à plus soif et Ham triche avec Heejeong), la rencontre est ratée; dans la seconde ("Right now, wrong then"), la parole joue encore de sa fonction signifiante (qui pousse Ham à se mettre littéralement à nu), la rencontre a lieu...

Vu Right now, wrong then, le dernier Hong Sang-soo (son 17e long en 20 ans). Peut-être son film le plus limpide pour ce qui est de la disjonction. Parce que le cinéma de HSS est un cinéma de la disjonction. Et en cela parfaitement contemporain. La disjonction en tant que structure masquée, désarticulée, qui fait d'une même histoire deux histoires ressemblantes et différentes. D'un même personnage deux personnages, l'un pas tout à fait honnête, l'autre peut-être trop. Qui fait surtout de la rencontre, thème hongien par excellence, et spécialement la rencontre amoureuse, autre chose que la classique adresse à l'Autre (via la parole). Car si le sexe se fait de plus en plus rare chez Hong, le soju, lui, coule toujours à flots. Signe que la parole se résume aujourd'hui à un pur blablabla, autant dire à une forme de jouissance, celle de l'idiot auquel équivaudrait le sujet saoul (ivresse de la jouissance/jouissance de l'ivresse). Sauf qu'il y a deux histoires. Comment les faire tenir ensemble, au-delà même du blablabla? Par le regard. Dans la première, la rencontre est ratée parce que c'est vu du côté de l'homme, avec ce que cela suppose de pragmatique (séduire une jeune femme pour occuper sa journée - Ham est arrivé à Suwon un jour trop tôt); dans la seconde, la rencontre a lieu parce que c'est vu du côté de la femme (et de sa solitude) avec ce que cela suppose de transcendant (faire de l'éphémère - que représente la rencontre - une véritable expérience, promesse d'avenir).

33 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo.

Anonyme a dit…

blablabla

Tonton a dit…

Bravissimo !

Toto a dit…

ob la di ob la da

Anonyme a dit…

Très beau commentaire Buster.
je vais le voir demain matin à la séance de 10h00

Ludovic

Buster a dit…

Merci Ludovic, pour moi c’est un des meilleurs Hong Sang-soo… je craignais un peu le dispositif et l’effet de redondance… pas du tout, HSS arrive à rendre la deuxième partie plus forte et émouvante avec les mêmes ingrédients.

Anonyme a dit…

Faut dire que les deux acteurs du film sont vachement bons

Buster a dit…

Oui comme souvent chez Hong Sang-soo. Celui qui interprète Ham jouait déjà le rôle du réalisateur dans Sunhi. La fille, je la découvre, c’est un ancien mannequin (comme elle le dit d’ailleurs dans le film)… elle est craquante.

Buster a dit…

Entre hier et aujourd’hui, pour faire le plein de films avant mon départ, j’ai vu, outre Right now wrong then:

Le Trésor:
pas mal mais sans plus, pas assez "creusé", si je puis dire, on en reste un peu trop à l’aspect fable et sa dimension métaphorique, proposant toujours la même image de la société roumaine, la bonté du personnage principal finit par devenir agaçante, la fin est même franchement pénible.

Ce sentiment de l’été:
grosse déception, on se demande ce que ferait Hers s’il n’avait pas de jardins publics et autres espaces verts à faire traverser par ses personnages, de toits et autres points culminants à atteindre pour qu’ils regardent la ville d'en haut... Deuil et inconsolation, tout semble ici prétexte à satisfaire son goût de la déambulation et de la mélancolie, là où dans ses précédents films, notamment Memory Lane, c’est au contraire l’écriture, musicale et en demi-teinte, fragile et inspirée, l’idée du temps en train de filer, qui finissaient par créer une mélancolie très pop (ici c’est plutôt fastidieusement folkeux). Au point que l’apparition subite et sans suite de Kalfon en travelo, totalement incongrue, se révèle après coup comme une vraie frustration tant c’est ce personnage-là qu’on aurait aimé suivre... Reste que la lumière signée Sébastien Buchmann est vraiment très belle.

Hail, Caesar!
Distrayant forcément, on nage dans l’entertainment le plus débridé, sauf que je ne suis pas très client des films hommages et/ou parodiques surtout quand ça prend comme ici une tournure de film à sketchs, en plus très kitsch (tous les genres ou presque y passent)… Que les Coen balancent entre satire d’Hollywood, celui des studios dans les années 50, et déclaration d’amour à cette grande usine à rêves qu’était malgré tout Hollywood, très bien, mais l’un comme l’autre, critique comme célébration, ça reste quand même très consensuel… Brolin dans le rôle du "fixer" est excellent, c’est parfois poilant (la leçon de diction de Fiennes à son acteur-vacher, la scène du spaghetti-lasso, celle, la meilleure, du foulard dans la salle de montage avec Frances McDormand) mais le film est trop disparate… le plus intéressant c’est certainement la séquence avec les scénaristes communistes, dans cette maison qui évoque celle (inspirée par Wright) de la Mort aux trousses, il y avait là matière pour le film entier sans s’éparpiller sur les plateaux de tournage…

Voilà c’était mon dernier (et rapide) commentaire… je pars cette nuit. Adios amigos!

mircea a dit…

Hormis le regard peut-être un peu convenu sur la société roumaine, je trouve qu'il y a dans Le Trésor un merveilleux geste. Certes la référence à Robin des Bois pour paraître un peu facile et galvaudée, mais l'aridité loufoque du film permet de contrebalancer cela. Je trouve que le propos, surtout dans les quinze dernières minutes, déjoue "à merveille" nos attentes de spectateurs habitués à ce que les choses échouent ou se finissent mal. Je ne connais pas les autres films de CP mais comme dans le cinéma d'HSS, il y a une générosité pour le spectateur, quelque chose qui "rend la vie plus légère" (pour paraphraser les mots d'une des personnages du dernier opus d'HSS) ce qui ne peut que me faire l'apprécier.
Sur ce, bon voyage.
Dommage que vous n'ayez pas vu Mad love in New York.

Buster a dit…

Salut mircea, oui il y a tout un aspect sympathique dans le film, c’est pourquoi la fin aurait dû rester plus ouverte sans en rajouter dans les bons sentiments… quand le personnage devenu millionnaire choisit un premier bracelet ou collier chez le bijoutier, on se dit que c’est pour sa femme, puis quand il continue, qu’il choisit plein d’autres bijoux, on comprend qu’il veut reconstituer un vrai trésor, comme dans les contes, pour son fils… le film pouvait finir là-dessus, le prolonger en insistant sur la générosité du personnage, et ce long plan sur le soleil, ça m’a plus irrité qu’ému… encore que ce qui m’a le plus irrité c’est la musique qui l’accompagne, Life is life (sic), l’horrible reprise par le groupe Laibach du Live is life d’Opus, une faute de goût impardonnable, même si bien sûr ce n’est qu’un détail, mais bon, gâcher la fin d’un film c’est pas très malin non plus...

L’horreur:

Sinon, j'ai vu Mad love in New York. Pas du tout aimé, j'en parle dans les commentaires d'un précédent billet. Je préfère de loin le Trésor...

Toto a dit…

Il va où, le Busby?

slavoj zizek a dit…

Moi j'adore Laibach

TT a dit…

Quelle esprit alerte que le vôtre, Buster ! J'ai vu deux fois le Trésor et me suis laissé cueillir chaque fois par le dénouement, que je trouve simplement merveilleux et n'aurais jamais pu anticiper dès la scène de la bijouterie comme cela vous est semble-t-il arrivé. Mais quel étrange reproche vous lui faîtes alors, paradoxal à tout le moins, en qualifiant la fin de "convenue" en même temps que vous lui reprochez un attentat au bon goût (Laibach). Non ?

Anonyme a dit…

sur le HSS lire le texte de Muriel Joudet

http://www.lacor.info/film/un_jour_avec_un_jour_sans/texte_joudet/desktop.html

Zita a dit…

Je l'ai Buster, je l'ai !

Love

Buster a dit…

Oui Zita, vous l'avez, vous l'Ave César...

valzeur a dit…

Hello Buster,

Quelqu’un doit payer, puisque je me suis infusé cette chose ! Ce sera vous !
Griffe m’avait prévenu (un film « mignon, creux, ennuyeux »), je suis encore moins conquis que lui.
Vraiment, que trouve-t-on à Hong Sang-Soo ? Il laboure toujours le même terrain minuscule avec des instruments de plus en plus curieux ; on atteint dans RNWT un maniérisme structurel raffiné et chic au service d’approximativement rien. La première partie est une purge, HSS fait durer les scènes au-delà du supportable (le but est certainement que le spectateur même goloïde saisisse les différences de point de vue, notamment par les coupes). La seconde a un petit charme qui s’évente très vite : qui se soucie de ces personnages, à part les critiques de cinéma ? Le succès de HSS auprès d’eux s’explique à mon avis par ce que j’appellerai le syndrome Desplechin (cf les couples mal assortis de ces films). Voir un HSS rassure le critique de cinéma hétérosexuel moyen (et par extension l’homosexuel) ; des gars hideux/pédants/sans intérêt s’y tapent ou tentent d’y taper des filles allant du correct au carrément sexy (« far from their league », en tout cas), sur la foi - notamment - de leur raison sociale « artistique » (cinéaste/étudiant de cinéma/critique/acteur, etc.). Captivant, et germanopratin par ricochets.
Cette Carte du Tendre est tellement cuite après 17 films qu’HSS est forcé d’y ajouter des arguments « théoriques », ici le « ou bien… ou bien » (on avait droit pour le précédent aux pages interverties d’une lettre). Que nous réserve le prochain ? (je parie sur l’idée qu’a fabuleusement rendu Harold Pinter dans « Trahisons », une liaison amoureuse à l’envers de la rupture à la séduction).
Bon, si j’ai passé un sale moment, j’ai quand même apprécié deux-trois choses :
- les acteurs (surtout la fille)
- les mouvements de zooms et de recadrages en pleine scène, que je trouve toujours surprenants et élégants
- les décors sans qualités de la petite ville coréenne où c’est tourné (HSS est un fin observateur de la totale nullité architecturale de son pays, tout y semble périurbain au dernier degré).
Ceci, pour être sympa, parce que RNWT est parfaitement dérisoire…

Tiens, les notes du moment :
Homeland Irak année zéro : 16/20
Salafistes : 14/20
Ce sentiment de l’été : 13/20
Peur de rien : 11/20
Spotlight : 9/20
The Assassin : 7/20
Right now, wrong then : 7/20
Prejudice : 7/20
Le Trésor : 7/20
Mad love in New-York : 6/20
La Terre et les ombres : 6/20
Les Premiers, les derniers : 3/20

Quelle merde, le Trésor! Quelle arnaque, ce jeune cinéma roumain ! Cornéliu Porumboiu a trois idées, pas une de plus, et il va leur consacrer chacune 30 minutes de film : convaincre le glandu idéaliste de chercher le trésor, trouver le trésor, convertir le trésor. Quelle efficacité hawksienne (insérez ici un LOL), un attrape-nigaud de première ! La durée psychologique du film m’a semblé 3h20, et son intérêt géopolitique aussi bien dramatique tient sur un timbre-poste : l’homme est mauvais, intéressé, cupide (sauf les bonnes poires).

Contrairement à vous, j’ai été séduit par Ce Sentiment de l’été après un premier moment de rejet (c’est quand même un film bobo-chic sur les bords et un peu au milieu). Comme vous, je trouve la photo exceptionnelle ainsi que les chansons de la bande-son (« Teenage Kicks », quasiment de bout en bout, quelle joie !). Le film dégage en bout de course une cruauté latente qui le rend moins plat qu’il n’y paraît (et Judith Chemla est délicieuse/merveilleuse, vous poivrez ne pas rayer la mention inutile). Je n’ai pas d’élément de comparaison, c’est le premier film de Hers que je vois

Bon voyage/entraînement djihadiste (là, vous pouvez rayer)

Buster a dit…

Salut valzeur,

Bah moi c’est ce que j’aime chez HSS, cette forme de désinvolture, limite j’m’en-foutiste, dans sa manière de filmer, ces mouvements de caméra intempestifs, ces petits récits écrits à la sauvette, au gré de la météo, de l’endroit où ça se passe et surtout des intuitions du moment… c’est pas toujours complètement réussi, c’est souvent un peu bancal, mais dans l’ensemble quel plaisir!, parce que parfaitement ludique, jamais sérieux (au contraire de Desplechin justement).

Le film de Hers m’a déçu parce que le procédé non pas se répète (pourquoi pas) mais se dilue à mesure que le film avance, empêtré dans une sorte de glue mélancolique… c’est pas désagréable, mais très affecté quand même, surtout trop monotoneux… c’est curieux que vous n’ayez retenu que Teenage kicks, alors que c’est surtout les petites compositions (très belles au demeurant) de David Sztanke qui parsèment le film de bout en bout… je ne me souviens que de celles-ci, hormis le Stephanie city de Nick Garrie (je ne compte pas DeMarco). D'ailleurs c’est peut-être ça qui finalement m’a gêné, l’impression que sans la photo et la musique, et le climat qu’elles créent, il ne resterait pas grand-chose du film, trop évanescent, l’émotion venant moins de l’intérieur, des personnages et ce qu’ils vivent, que de son enrobage esthétique.

newstrum a dit…

Bonjour Buster,

Je partage ton appréciation d'Un jour avec, un jour sans. J'ai bien aimé le changement de point de vue entre la première et la deuxième partie, qui se retrouve à tous les niveaux (mise en scène, ton, personnages, dialogues) et qui nous oblige à regarder d'un autre oeil les personnages, à nous remettre nous aussi en question. Hong Sang-soo fait certes des films qui se ressemblent beaucoup, mais ils sont comme des jeux, et la répétition fait partie du jeu. Ton texte ludique et double rend un bel hommage au film.

J'ai beaucoup aimé Ce Sentiment de l'été et la douceur du regard du réalisateur sur ses personnages. Le film parait peu écrit, mais il me semble que c'est un leurre, car Hers parvient par l'image à nous faire ressentir le lien secret et difficile à décrire en mots qui existe entre Lawrence et Zoé : en eux survivent le souvenir et les images de Sacha et chacun le voit chez l'autre. L'été est d'ailleurs la saison du souvenir. La mélancolie du film est donc heureuse, c'est celle de la vie (et de la marche). Et la lumière du film (pellicule et 16mn) est superbe et rend compte des lumières diverses de l'été, chaque ville ayant la sienne. C'est le premier film de Hers que je vois (et la raison pour laquelle peut-être je ne pouvais être déçu) mais non le dernier.

Ave César : bien d'accord pour dire que c'est un Coen très mineur. Les grands metteurs en scène ont parfois le droit de se reposer ou d'être moins inspirés.

J'ai écrit sur ces trois films sur newstrum.

Strum

Buster a dit…

Salut Strum,
C’est vrai que si c’est votre premier Hers on ne peut être que séduit… en fait mon rapport au film est peut-être plus compliqué que je le dis… si les passages "hersiens" où l’on voit les personnages marcher ensemble, traverser des espaces verts, etc. m’ont irrité c’est moins parce qu’ils se répètent, tel un leitmotiv, que parce que Hers y recourait déjà dans ses précédents films, le problème n’étant pas l’usage du leitmotiv mais que ce soit toujours le même, il y a là une certaine facilité… Hers fait preuve d’une réelle maîtrise, et pour cause, ça fonctionne, mais on peut aussi y voir le refus chez lui de se remettre en question, de prendre quelque risque… j’aurais préféré qu’il s’égare en empruntant une autre voie que de le voir ainsi nous ressasser ses petits motifs préférés. Le film jouant beaucoup sur le feeling, soit le ressenti du spectateur, il ne faut pas grand-chose pour en gâcher le plaisir… en ce qui me concerne c’est ce sentiment non pas de l’été mais de piétinement là ou j’attendais chez Hers une avancée, un renouvellement… Bon heureusement il y a la musique, il y a la lumière, l’émotion pour moi est là, c'est déjà ça.

mircea a dit…

14/20 pour salafistes...
le trésor... une merde...
pour ma part j'inverserais

Je suis vraiment étonné que vous puissiez apprécier un film dénué de toute rigueur dans son discours, son propos. Salafistes mélange sans aucune vergogne les mots et vidéos propagandistes de groupes géographiquement et idéologiquement éloignés pour former une sorte de gloubi boulga nauséeux et apocalyptique qui vous donne envie de vous jeter sous un train au sortir de la salle. D'un côté le film écoute mais de l'autre il salit ses interlocuteurs par des images qui ne leur appartiennent pas. Il y a pour moi une perversité dans la construction du film, quelque chose qui vise à décautionner maladroitement des propos qui, toutes choses égales par ailleurs, pourraient presque paraître censées (la pratique de la charria, la nécessité de punir ceux qui insultent les femmes).

Buster a dit…

Euh mircea, you talkin' to me? j'espère que non parce que l'affreux salafiste c'est pas moi, c'est valzeur, moi j'ai pas vu le film...

Mircea a dit…

Je parle à l'affreux salafiste !

Mircea a dit…

Erratum " ceux qui insultent le prophète".... Lez femmes c'est autre chose...

valzeur a dit…

Hello Buster, rentré ?

Pfff, que voulez-vous que je vous dise, Mircea ? Les images apparaissent dans le film comme le refoulé des discours ; libre à vous de considérer que les gentils salafistes croient réellement à la justice de leurs pratiques, et que ces images en dénaturent le sens. Ce que l’on voit, ce sont des Tartuffe que les réalisateurs confrontent dans le montage à leur propre propagande. J’espère quand même que vous ne préférez la soupe tiède de Timbuktu dont on voit les racines et les branches ici (puisque Sissako a tout pillé sur Salafistes).

L’unique qualité que je trouve au Trésor est la description pénible des rapports humains (tout le monde trompe/floue tout le monde ou est ronchon de n’y pas parvenir) comme symptôme d’une société ayant subi une dictature dans son proche passé. Pour le reste, c’est fastidieux comme les travaux forcés et con comme la mort - hummm, ce plan final sur le soleil qu’on retrouve d’ailleurs aussi dans le film des Coen...

mircea a dit…

Mais il ne s'agit pas de "leur propre propagande". Imaginons un film sur le FN dans lequel seraient montées des images de propagande de l'Oeuvre française ou du GUD sans faire de distinguo autre qu'un petit carton.. cela ne poserait-il pas problème selon vous ? Ce n'est pas parce qu'il y a une radicalité commune qu'on doit tout mélanger... Quand à Timbuktu je n'y ai rien trouvé d'un tant soit peu intéressant hormis le fait que certains djihadistes soient étrangers.. mais cette dimension est trop évacuée dans le film.

Quant au Trésor, la connerie c'est la décontraction de l'intelligence disait Coluche... Faudrait-il pouvoir se détendre...

valzeur a dit…

Hum, oui et non quand même… Le film s’appelle Salafistes au pluriel. Les réalisateurs n’ont-il pas le droit de considérer que l’horizon indépassable du salafisme, c’est Daech ? D’où la diversité des pratiques et des interlocuteurs choisis ; entre le terrifiant imam à yeux glauques et barbe roussie et le salafiste tunisien sympa à la dégaine métrosexuelle d’un jeune Alain Chabat, il y a semble-t-il un monde qui cautionne pourtant les exactions de l’EI.

Contrairement à vous, je n’ai senti aucune décontraction dans le Trésor, rien qu’une effarante platitude utilitaire et le déroulement d’un programme balisé du début à la fin.

Sinon, Buster, je recentre sur les bonheurs du jour ; avez-vous testé l’escroquerie du semestre, The Assassin de HHH qui plonge le petit monde critique dans une pâmoison généralisée totalement ridicule (avant-hier, une critique de France Cul a déclaré dans la Dispute n’avoir jamais rien ressenti de pareil à la projection du film ; serait-ce parce que c’est le troisième qu’elle voit de sa vie ???) ?

newstrum a dit…

Bonjour,

Je n'ai pas vu Salafistes, et je ne le verrai pas (je n'en vois pas l'intérêt), mais je me pose la question de savoir ce qu'un tel film apporte que l'on ne sache pas déjà (à savoir que ces gens ont une intelligence limitée (ce qui les différencie d'un Tartuffe qui lui est conscient de son hypocrisie) et sont dérangés sur le plan psychologique, cette seconde caractéristique pouvant ou non être la conséquence de la première).

Strum

Buster a dit…

The assassin de Hou hsiao-hsien, ça en fait des "s", ça siffle... Sinon j'ai vu, c'est très beau mais ce n'est que ça, pas de quoi de tomber en pâmoison (syndrome de Stendhal?). En fait le film est ce que la nonne aurait voulu que l'héroïne atteigne: une technique impeccable et sans âme.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Bien vu votre résumé de The Assassin ! Aucune âme malgré les souffles dépêchés par HHH (vents, fumées, etc).
Par ailleurs, j’aurai à redire sur la prétendue beauté du film, puisque la photo m’a semblé à chier ; l’étalonnage numérique est complètement hideux et aussi discutable que les chromos animés de restaurants chinois .Sur ce plan, l’image de The Assassin est plus artificielle encore que celle de Vidocq et beaucoup moins « esthétique » que celle du Seigneur des Anneaux. Dans certains plans de nature, les couleurs sont poussées de façon complètement anarchiques, le chef op’ est-il daltonien ?
Pour le reste, le personnage le plus passionnant du film (Shu Qi) n’est absolument pas traité, une ombre ; de fait, rien n’est traité. Filmer à travers du tulle gras à longueur de temps, c’est tellement plus joli comme une silhouette qui se fond dans des décors ou qui se tient en embuscade. Amour des prémisses, du vide, du creux. The Assassin est l’invocation d’une beauté absente, beaucoup trop de Yin, et quasiment pas de Yang.

Buster a dit…

Salut valzeur,

oui c’est une beauté très relative... il y a un formalisme assez vain qui menaçait déjà un film comme les Fleurs de Shanghai mais là au moins c’était de la pellicule (en fait c’est le Hou d’avant que je préfère, ses films autiobiographiques, la Cité des douleurs, Goodbye South goodbye…). Il me semble que Hou n’aime pas le numérique, du moins l’image numérique, et que l’étalonnage n’a d’autre fonction que de gommer le plus possible ce qui "fait" numérique pour retrouver l’aspect pellicule, ça me rappelle Sokourov, il y a comme un paradoxe, c’est même une aporie… Pourquoi le numérique surtout si en plus les intérieurs doivent être vus à travers des voilages, pour faire soyeux autant conserver le grain de la pellicule. Et puis pour gâter le tout, il y a toutes ces coupes dans le récit, complètement incohérentes, qui renforcent le désintérêt éprouvé à la vision du film.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Parfaitement d’accord avec vous ; je crois qu’à nous deux nous avons en quelques lignes - pas besoin de plus - réduit The Assassin à ce qu’il est : les oripeaux chic d’un passé un peu plus glorieux (et contrairement à vous, je n’ai pas de réelle passion pour HHH ).
Plein d’amis à moi cinéphiles versant Télérama (ceci est presque une insulte) veulent s’y rendre pour se pâmer sur la foi des critiques extatiques ; j’attends avec impatience leur retour consterné...