vendredi 5 février 2016

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C'est bō le sumo. Hakuhō (à gauche) contre Terunofuji, le 20 mars 2015, lors du tournoi de printemps (Haru basho) d'Osaka.

"Ces lutteurs forment une caste; ils vivent à part, portent les cheveux longs et mangent une nourriture rituelle. Le combat ne dure qu'un éclair: le temps de laisser choir l'autre masse. Pas de crise, pas de drame, pas d'épuisement, en un mot pas de sport: le signe de la pesée, non l'éréthisme du conflit." (Roland Barthes, L'Empire des signes, 1970)

Il y a aujourd'hui en activité trois yokozuna (rang le plus élevé que peut atteindre un lutteur de sumo), tous originaires de Mongolie. Le plus connu c'est Hakuhō, promu en 2007, l'un des plus grands "sumos" de l'ère moderne (avec les célèbres champions de l'île d'Hokkaido que furent Taihō - le plus grand de tous? - dans les années 60, Kitanoumi dans les années 70 et Chiyonofuji dans les années 80), les deux autres étant Harumafuji (promu en 2012) et Kakuryū (promu en 2014)Hakuhō détient le record de victoires (35) dans les six grands tournois de l'année (honbasho), le dernier à Nagoya en juillet 2015. Les tournois suivants ont été remportés par Kakuryū (tournoi d'automne, en l'absence de Hakuhō et de Harumafuji) et Harumafuji (tournoi de Kyūshū, qui vit les défaites de Hakuhō face non seulement à Harumafuji mais aussi à l'étoile montante du sumo, vainqueur du tournoi d'été, l'ōzeki Terunofuji, d'origine mongole lui aussi, lequel l'avait déjà battu en tant que sekiwake - rang inférieur à ōzeki - lors du tournoi de printemps (cf. vidéo) finalement remporté par Hakuhō). En janvier 2016, le tournoi du Nouvel an, le premier de l'année des grands tournois, a été remporté par l'ōzeki Kotoshogiku (grâce entre autres à sa victoire sur Hakuhō, battu également par Harumafuji, alors que Terunofuji, blessé, était absent), premier Japonais à gagner un grand tournoi depuis dix ans. Bref... qui sera le prochain yokozuna? Terunofuji ou Kotoshogiku?

PS. Merci à Jacques Chirac pour ses conseils avisés.

Aucun rapport mais à lire: le mystère du triangle des Bermudes expliqué par les bulles de méthane?

Et puis Is the is are, le second album de DIIV, trop long mais pas mal quand même.

31 commentaires:

Anna Politkovskaïa a dit…

Pendant ce temps-là, les Russes ont Gégé :

http://www.dailymotion.com/video/x3osmry_la-derniere-pub-honteuse-de-depardieu-pour-cvstos_tv

Anonyme a dit…

http://www.leparisien.fr/politique/sumo-le-chien-qui-aimait-trop-l-elysee-02-10-2009-659369.php

Anonyme a dit…

Bonjour Buster,

Tant que vous êtes au Japon, avez-vous vu Le garçon et la bête, de Mamoru Hosoda ? Il est meilleur que la plupart des films sortis depuis le début de l'année (en même temps il faut reconnaître que ce n'était pas très difficile) et probablement meilleur aussi que beaucoup de films de 2015. Hormis la fin, trop longue et certains dialogues trop explicatifs, c'est un film bourré d'idées et de thèmes.

Ludovic

Buster a dit…

Bonjour Ludovic, merci c’est noté, vous connaissez mon engouement pour l’animation japonaise :-) sinon c’est vrai que pour l’instant 2016 c’est pas très réjouissant, je viens de voir le film des Safdie, pas du tout aimé… certes le personnage féminin est plutôt attachant mais comment peut-il en être autrement, pour le reste on patauge avec complaisance dans un réel des plus sordides dont on essaie faussement de sortir par des petits coup d’éclats parfaitement toc.

Anonyme a dit…

Même remarque pour les Safdie bros. : leur description vire au naturalisme entomologique, filmer les limaces dans la boue, etc.

Sur le réalisme, quelques repères :

"On devrait pouvoir dire d'un tableau non pas qu'il est bien peint mais qu'il n'est pas peint." Oscar Wilde, in Origines de la critique historique

"La seule bonne peinture, c'est de peindre en rose les joues des enfants."
John Ruskin

"Je suis contre l'égalité de l'aigle et du moineau"
Victor Hugo, in Pierres

"Le meilleur de tout"
Stendhal

"Il faut de l'agréable et du réel ; mais il faut que cet agréable soit lui-même pris du vrai"
Pascal

"Il y a une connaissance absolue, un dévoilement de l'être, tel que la pensée du contraire est psychologiquement impossible et devient une simple délectation d'intellectuel. S'en tenir à ces évidences, refuser les architectures fragiles, dépourvues d'assises et de preuves, les théories séduisantes mais gratuites, est la condition d'une pensée, donc d'un art profondément enracinés dans la vie. Losey donne de ce savoir le reflet le plus fidèle et le plus brutal. Il s'agit non d'un univers, mais de l'univers ; non d'un monde possible ou impossible, mais du monde réel.
Ceci ne veut pas dire que Losey verse dans l'ornière du réalisme, et nous propose la banalité, la laideur comme cautions nécessaires de la véracité. Le plus rare, le plus noble, le plus passionné de l'homme est son propos."
Michel Mourlet, in Sur un art ignoré

La narration doit avoir la rigueur d'un documentaire, rien ne doit s'écarter d'un iota de la réalité. Ceci dit, le réalisme n'est pas du tout une fin en soi ; c'est un instrument pour imposer l'oeuvre au spectateur. Le spectateur a besoin de croire que c'est vrai pour entrer dans l'oeuvre. Le "néoréalisme" est une invention de discours. Le problème est que la plupart des metteurs en scène croient qu'il faut avoir un univers, un style, une signature, des marqueurs graphiques et/ou dramatiques. De ce fait, ils imposent à la réalité un substrat, duquel ils n'arrivent pas souvent à défaire le vrai du faux.

Ludovic

Anonyme a dit…

Rien à rajouter ? Je pensais que ça vous inspirerait un peu...
Ludovic

Buster a dit…

non non c’est tres bien merci mais je suis en partance
le blog va faire une pause comme tous les ans
en plus j’utilise un mobile de fortune
je publie les messages mais difficile d’y repondre

Buster a dit…

Ludovic

le réalisme selon René Allio:

"non pas reproduire la réalité - c'est le naturalisme - seulement la tentative de rendre compte de l'effort que l'on fait pour la comprendre"

Anonyme a dit…

Merci Buster pour cette phrase que je ne connaissais pas.

Cette idée que la réalité que l'on capture et reproduit découle de la réalité telle qu'on la perçoit existe partiellement dans le commentaire de Mourlet sur Losey :

""Il y a une connaissance absolue, un dévoilement de l'être, etc."

Connaissance implique tentative d'appréhension. Allio pointe du doigt la relativité supposée de la perception humaine. Mourlet, lui, est beaucoup plus catégorique car sa confiance sans la génie humain semble immense, pensée dont je suis solidaire.

Bon voyage!

Ludovic

Anonyme a dit…

Aucun rapport mais ne pas croire tout ce qu'on lit sur internet :

http://www.futura-sciences.com/magazines/terre/infos/actu/d/geologie-methane-pingos-triangle-bermudes-drole-buzz-60955/

Buster a dit…

Bonjour Ludovic

Moi aussi j’ai toujours accordé une grande importance à la pensée de Mourlet, qu’on réduit trop à la seule notion de fascination, oubliant la question du réel pourtant bien présente chez lui. Sinon il existe un lien entre Losey et Allio: Brecht.

(le voyage finalement c'est pour le 21… du retard dans les préparatifs)

Buster a dit…

Merci anonyme de 9h53 pour les précisions… c'est vrai que tout ça est un peu tiré par les cheveux et pas vraiment nouveau… mais c'est toujours marrant les explications à visée scientifique qui se veulent très sérieuses.

Anonyme a dit…

NB : dans mon précédent commentaire, il fallait lire "car sa confiance DANS LE génie humain semble immense, etc." ... désolé, j'ai tapé un peu vite.

Je n'aime pas Brecht à cause de la distanciation ( ou Verfremsdungeffekt / Effet V : théâtre épique, rompre avec l'illusion pour pousser le spectateur à la réflexion, etc.) ; le film doit au contraire tenter de créer une osmose, un saisissement, une catharsis aristotélicienne avec le spectateur. Fritz Lang a dû bien rire en parlant avec Brecht...

Un lien entre Losey, Allio et Brecht ? Isabelle Sadoyan, qui a joué dans Les Camisards du premier, le Monsieur Klein du second ; et dans La bonne âme du Se-Tchouan, pièce écrite par le troisième.
Blague à part, l'ouvrage co-écrit par Brecht et Lukacs ; je ne l'ai jamais lu, découragé par le peu que je connais de Brecht.

De Brecht : "Le réalisme, ce n'est pas comment sont les choses vraies, mais comme sont vraiment les choses." C'est bien mieux que l'Effet V, mais il parle d'interprétation du réel, plutôt que de connaissance.
Il ne parle pas d'objectivité ni de sélection parmi tout ce qu'offre le réel.
En quoi fait-il le lien entre le génial Losey et le passable Allio, svp ?

Ludovic

Buster a dit…

Le lien c’est que Losey (qui n’était pas si génial, son oeuvre est assez inégale) et Allio (qui n’était pas du tout passable, il a fait de très beaux films) étaient tous les deux brechtiens, sauf que pour Losey, Brecht est toujours resté une sorte de maître absolu (il réalise Galileo trente ans après l’avoir monté sur scène et M. Klein est autant kafkaïen que brechtien), un maître qu'il associe à l’idée de perfection (cf. son texte dans le n° des Cahiers consacré à Brecht), là où Allio, très marqué par Brecht à ses débuts (notamment dans sa manière d’organiser l’espace), s’en est progressivement détaché, conservant de lui moins l’idée d’achèvement et de perfection, avec ce que cela suppose de sclérosant, que celle, plus simple, de recherche et de construction.

Buster a dit…

Sur l’effet de distanciation il y aurait beaucoup à dire, c’est propre au théâtre et pas vraiment applicable au cinéma (sauf peut-être chez Straub). Il faudrait relire Biette qui a écrit là-dessus. Brecht n’est pas un modèle à copier, surtout au cinéma, c’est davantage une source de réflexion.

Anonyme a dit…

Le travail (plutôt qu'oeuvre) de Losey est inégal, ça crève les yeux, mais The Boy With Green Hair, The Lawless, The Prowler, et Time Without Pity sont des films fabuleux. Quant à Figures in a landscape ou Cérémonie secrète, il n'y a vraiment pas de quoi en avoir honte. Les autres peuvent être vus pour le sport.
De René Allio, je n'ai vu que Les camisards et Moi, Pierre Rivière... et aucun ne m'a ébloui, même si celui-ci est un bon film.

Brecht, une source de réflexion ? Une source de confusion, plutôt. L'effet V rend impossible le bon cinéma. Après, je dois bien dire que je ne connais que ça de Brecht. Et je ne veux pas m'y attarder.


"Je ne force jamais la matière, ce qui revient à dire que la signification se dégage d'elle-même. Je ne délivre pas de message. Je reste dans l'implicite. Ce qui m'intéresse, c'est montrer la vie : les rapports des êtres entre eux et avec le monde. Quand je dis quelque chose, il faut que cela soit intégré à la vie, incarné dans des actes et des dialogues non préétablis, non orientés intellectuellement."
"Le décor fait partie intégrante de l'action et contribue à sa motricité. "
"J'utilise parfois des décors de style non classique pour leur pouvoir de suggestion, mais il ne faut pas confondre la forme d'un objet avec le regard qu'on y pose."
Joseph Losey
N.B. : ces citations ne valent que pour les films ci-dessus mentionnés.

Ludovic

Griffe a dit…

"Déterrer la vérité sous les décombres de l'évidence, rattacher de manière voyante le singulier au général, fixer le particulier dans le grand processus, c'est l'art des réalistes." (Brecht cité par Straub)

Anonyme a dit…

OK, Brecht a dit ça, mais le moins que l'on puisse dire c'est qu'il ne l'a pas dit très fort. C'est largement moins connu que l'Effet V.

"Fixer le particulier dans le grand processus", je retiens

Ludovic

Buster a dit…

Merci Griffe, un vrai straubien donc un peu brechtien :-)

Ludovic, Brecht ne se résume pas à son trop fameux effet V qui j’insiste est surtout adapté pour le théâtre, y recourir au cinéma relève le plus souvent de brechtisme fumeux… il a dit sans forcément théoriser plein de choses remarquables, certes à partir du théâtre mais suffisamment profondes et riches pour que ça résonne chez d’autres artistes, dans d’autres domaines comme le cinéma, que ça joue dans l’approche de leur art et leur travail, c’est en ce sens que je dis que c’est une source de réflexion. Confusion certainement pas. Je pense à cette autre citation de Brecht: "Un homme ne peut pas ne pas avoir vu ce qu’il a vu".
Les films de Losey que vous citez sont tous excellents, ce sont des films Mac-Mahon, ils appartiennent à la première période (américaine) du cinéaste. Même M j’aime (marrant à dire)… Allio c’est l’inverse, ce sont ses derniers films les plus beaux, à commencer par son Médecin des Lumières, un film télé jamais sorti en salles, celui-là est vraiment magnifique, si vous avez la chance de le voir, ne vous privez pas, il pourrait vous… éblouir!

Griffe a dit…

Comme autre beau film (très brechtien) de René Allio il y a "Pierre et Paul", malheureusement bien oublié...

Buster a dit…

Vous ne croyez pas si bien dire… ce film je ne me souviens plus si je l’ai vu (si c’est le cas, c’était il y a longtemps). Et pourtant... cette fin très forte qui voit le personnage sombrer dans la folie, ça me dit quelque chose. Enfin bref, à (re)voir.

Anonyme a dit…

OK, merci pour ces petites précisions qui me permettent de mieux appréhender la pensée brechtienne, sans avoir eu à y passer trop de temps, et de valider le lien que vous voyez entre le génial Losey et Allio.
Ludovic

Anonyme a dit…

Quel rapport avec le sumo ?

Buster a dit…

Aucun

Buster a dit…

Ah si, il existe un lien entre Brecht et le sumo: Barthes :-)

Serge Aurier a dit…

Quelle fiotte ce Losey, toujours à *bip* Brecht, à lui *bip* les *bip*

valzeur a dit…

Hello Buster,

Avec tout ça, vous allez partir en voyage sans avoir vu le grand film de ce début d’année, « Homeland -Irak année zéro », dont l’onde de choc se diffuse en moi depuis 2 jours, c’est con, hein ? (attention, si vous tentez le coup, la première partie est passable et ne prend tout son sens qu’à la vision de la seconde, absolument bouleversante).

Buster a dit…

Salut valzeur, c'est noté pour Homeland… je n'ai malheureusement pas le temps de le voir avant mon départ (d'autant qu'il n'est pas encore sorti dans mon coin), je le verrai à mon retour s'il n'a pas disparu de l'affiche...

Anonyme a dit…

Bonjour Buster,

En effet, Brecht a plusieurs flèches à son carquois :

Il a travaillé une année durant avec Losey sur la mise en scène de l'adaptation de sa pièce Galileo Galilei.

Ce que Losey dit avoir retenu de lui :
-le dépouillement de la réalité et sa reconstruction précise à travers un choix de symboles-réalités
-la précision du geste, de la texture et de la ligne dans les objets
-l'économie de mouvement, acteurs et caméras, ne rien faire bouger sans but, la différence entre calme et statisme
-la mise au point de l'oeil par l'emploi exact des objectifs et des mouvements de caméra
-la fluidité de la composition
-la juxtaposition des contrastes et de la contradiction grâce au montage et par le texte (effet d'éloignement!)
-le mot, le son, la musique exacts
-l'exaltation de la réalité pour l'ennoblir
-l'extension de la vision de l'oeil individuel

De Brecht lui-même :

"Les évènements doivent être présentés de façon grandiose et se dérouler dans le calme. Eviter les changements de place ininterrompus, les mouvements insignifiants... les mises en place devront, quant à elles seules, exprimer le sens fondamental de ce qui est représenté. Il faut que le public soit assuré que tout a un sens et mérite attention : mouvements, changements de position, gestes. Il ajoute : Il est néanmoins nécessaire que les mises en place et les déplacements restent naturels et réalistes... Plus le metteur en scène aura solidement établi la base historique de la représentation, et plus il pourra donner libre cours et efficience à son humour. Plus la mise en place sera conçue avec grandeur, et plus les scènes pourront être jouées de manière intime. "

Ludovic

Buster a dit…

Bonjour Ludovic et merci pour ces compléments…

Vous prenez goût à Brecht? ;-)

Anonyme a dit…

Je m'étais contenté de l'Effet V, sans chercher plus loin. Il y a des choses très instructives. Losey a dû l'aider un peu...
Je ne vais pas pour autant lire les écrits de Brecht, manque de temps...

Les phrases susmentionnées sont tirées de "Losey", par Pierre Rissient.

Ludovic