mardi 2 février 2016

(Blackstar)


David Bowie (1947-2016)





POP EYE # 07

★, David Bowie.

Pochette et livret noirs sur fond noir... pour son dernier (et ultime) album Bowie aura fait fort. On connaissait son goût pour la mise en scène - avec les clips qui accompagnent Blackstar et Lazarus, on est servi -, on connaissait aussi son goût pour le grand art... et là pareil, avec tout ce jeu sur le noir, question sensation, on est servi, même si ce noir n'a rien de malevitchien (tiens, à propos de Malevitch et son fameux Carré noir, lire ). On est moins dans l'abstraction que dans une sorte de surlignage, mieux, de surbrillance, celle d'une étoile noire, très noire, qui continuerait de briller par-delà les ténèbres, ténèbres d'ici, le monde d'en-bas, ou de l'au-delà, l'outre-monde. C'est dire si pour apprécier (Blackstar) à sa juste valeur, il faut dépasser l'aspect mortifère de l'album, aspect que le décès de l'artiste a forcément renforcé, conférant à l'ensemble un côté too much (typique de Bowie, à vrai dire), et même pompeux (les textes, pour certains très mystiques - "in the villa of ormen", waouh... -, y contribuent pas mal aussi). Ce qui compte c'est la musique, et seulement la musique, malgré là encore une tendance à la surcharge (la voix scottwalkérienne de Bowie mêlée au jazz expérimental du pianiste Jason Lindner, avec grosse batterie hip-hop et bons vieux solos de saxo -, c'est pas toujours digeste), mais traversée aussi de vrais moments d'émotion, comme si l'album, objet massif, obscur et plutôt monstrueux, était par endroits déchiré, laissant échapper quelques petits bouts de rock graciles, pour le coup plus gracieux: les dernières notes de "Blackstar" (on pense à Robert Wyatt), la basse féerique/fenderique de "Lazarus" (on pense à Robert Smith), la voix réverbérée de Girl loves me (on pense à Peter Gabriel), les touches d'harmonica de I can't give everything away (on pense à Paddy McAloon)... c'est que l'art de Bowie a toujours été celui de la synthèse. Bon ici ça se résume à pas grand-chose, le reste, le plus important, semblant inaccessible, déjà trop loin à l'instant où l'on écoute l'album pour la première fois. Je dis "semblant" car en même temps je ne peux m'empêcher de penser que le secret est là - caché dans le tapis noir de l'album (à l'image de l'étoile-titre et du dernier morceau) - et que d'autres écoutes sont nécessaires pour non pas le découvrir (peine perdue) mais l'approcher de plus près...

10 commentaires:

valzeur a dit…

Hello Buster,

Plutôt que "Blackstar", je dirais que le Bowie à écouter en ce début d'année est une reprise, particulièrement réussie, de Mark Kozelek : http://www.sunkilmoon.com/markkozeleksingsfavorites.html

Buster a dit…

Salut valzeur,
Pas mal. L'original:

valzeur a dit…

Hello Buster,

L’année 2016 devrait être l’année des reprises de Bowie.
Amanda Palmer s’y colle et c’est là encore excellent (sa version de « Blackstar » est, si vous me permettez, bien meilleure que l’original) :
http://pitchfork.com/news/63321-listen-to-amanda-palmer-and-jherek-bischoffs-david-bowie-covers-ep-featuring-neil-gaiman-john-cameron-mitchell-anna-calvi/

Sinon Quentin Dupieux a scénarisé (mais pas réalisé) le dernier clip de Flat Eric. Si je doute que la musique soit votre tasse de thé, je suis sûr que l’esprit du clip devrait vous plaire :
http://designcollector.net/mr-oizo-hand-in-the-fire-feat-charli-xcx/

Buster a dit…

Salut valzeur,

Pas convaincu par la reprise d'Amanda Palmer, je trouve ça prétentieux...

Sinon oui le clip avec Flat Eric est marrant (vous êtes vraiment fan de Charli XCX on dirait)

valzeur a dit…

Peut-être un effet collatéral du quatuor à cordes... Vous avez écouté les autres ? (J’avoue un gout marqué pour Amanda Palmer même si elle est parfois insupportable…)

Charli XCX est une machine à tube poppinets (ou punk-poppinets) parfois d’excellente facture et vraiment réjouissants. Celui-ci est quand même assez moyen...

Buster a dit…

C’est vrai que le côté violonneux rend la chose assez lourdingue. Pas écouté les autres, c’est plus guilleret? :-)

valzeur a dit…

Mais la chanson est lourdingue, pompière, théâtreuse, et Palmer fait ressortir tout ça en enlevant la production jazz-new-wave ; bizarrement, je trouve que ça passe beaucoup mieux (déjà, ça fait moins de bruit).
Le meilleur morceau du EP est Ashes to Ashes, le plus anecdotique l’instrumental de Life on Mars. Il y a de belles idées dans Space Oddity - le refrain chuchoté, la guitare parcimonieuse et très bien utilisée - et évidemment Heroes qui marche toujours (ça marche même avec David Guetta…)

Buster a dit…

Ashes to ashes et Heroes passent mieux en effet, le rapport voix/cordes me semble plus équilibré et l'ensemble moins pédant, indépendamment de la chanson. Life on Mars, on se croirait au Grand échiquier. Vous avez d'autres reprises sous le coude?

valzeur a dit…

Hum, non, mais j’imagine que ça tombera bientôt comme des petits pains (l’album que ce connard mégalo de Kanye West prépare en grand secret)

Buster a dit…

Hé hé... Kanye West, j'ai lu ça et la pétition qui a suivi...

aussi c'est marrant avec l'enseigne K.West sur la pochette de Ziggy Stardust