dimanche 24 janvier 2016

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Zita Hanrot est lumineuse dans Fatima de Philippe Faucon, un des plus beaux films de l'année 2015. Là, cinq ans plus tôt, pour un casting... Lovely Zita.

Quelques mots sur Carol de Todd Haynes que toute la critique couve d’un œil énamouré. Mouais... Si le Tarantino, c’est pas ma tasse de café (trop corsé, trop gringo... trop Jacques Vabre quoi, en moins drôle), le Haynes, lui, c’est pas ma tasse de thé (trop raffiné, trop apprêté, malgré les efforts de Haynes pour casser, en douceur, cet aspect nickel chrome du film, un film à l’arrivée peut-être plus chrome que nickel, plus chromatique, avec ces demi-tons à foison pour créer un climat sans climax, le tout noyé, dilué, dans un beau, faux, mélodrame, du mélo modernisé, bien pensé pour pointer le bien-pensant, sous le regard de Rooney Mara, regard de photographe, en accord avec l’image du film, bien photographié pour rappeler le New York des années 50, celui de Vivian Maier et de Ruth Orkin... Souci de la perfection (il est loin le Haynes de Poison et de Safe) pour mieux (?) sublimer la rencontre amoureuse et la passion qui s'ensuit, comme n’importe quelle grande histoire d’amour, qu’elle soit homo ou hétéro, rejetant le reste en périphérie (la tante Abby, au saphisme affiché, jouée par Sarah Paulson, ce qui réduit son personnage à une sorte de plaidoyer pro domo; le mari Harge, beau personnage sirkien, voire lupinien - Kyle Chandler, avec son regard de chien battu, m'a fait penser à Edmond O'Brien dans The bigamist de Lupino -, hélas sacrifié lui aussi). Se concentrant ainsi sur l'opposition, qui se veut complémentaire, entre Cate Blanchett (Carol, la blonde classieuse au visage d'albâtre, telle la couverture d'un magazine de mode) et Rooney Mara (Therese, au petit minois audreyhepburnien, celle qui fait les photos, moins des couvertures que des rues de New York)... Richard Avedon vs Saul Leiter. C'est à ce niveau que le film est plutôt réussi. Le côté Harper's Bazaar (à la fois la couverture et l'intérieur du magazine). Parce qu'au niveau du récit, ça pèche pas mal, la faute à cette espèce de narration plan-plan, limite transie (qui nous ferait presque regretter Kechiche... non là, j'exagère), dans lequel s'enferme le film - même dans sa partie road movie -, pas aidé par le jeu un peu juste, et pas toujours juste, de Cate Blanchett, qui promène tout au long du film, sans vraiment évoluer (alors qu'elle finit par faire fi des conventions), la même image sur papier glacé qu'au début, comme si, pour Therese, elle restait jusqu'au bout un fantasme, défaut peut-être accentué par l'inexplicable coupure que représente dans le scénario le temps qui sépare la rupture entre les deux amantes et leurs retrouvailles, résumé en trois phrases par le personnage d'Abby. Carol, on le sait, est tiré du roman de Patricia Highsmith, The price of salt, écrit juste après Strangers on a train. Du sel, bah c'est un peu ce qui manque au film...


Le dernier Hong sans-le-sou Right now, wrong then sort le 17 février, peut-être le jour d'avant... Hâte de le voir, parce que pour le moment j'ai l'impression que l'année n'a pas encore commencé. La structure du film en deux parties qui se répètent, avec les variations que cela suppose (principe même de la répétition en termes de musique), n'est pas sans évoquer, certes HSS lui-même (on pense évidemment à ses premiers films comme le Pouvoir de la province de Kangwon et la Vierge mise à nu par ses prétendants, sauf qu'ici le dispositif semble plus radical), mais aussi Resnais: le diptyque "Wrong now, right then"/"Right now, wrong then" rappelle Smoking/No smoking, sauf que chez Hong, ce n'est pas "ou bien... ou bien" mais "peut-être... peut-être pas". La différence est grande.

16 commentaires:

Joachim a dit…

Pour Carol vous avez raison. Par contre, le trailer du HSS est vraiment débile.

Buster a dit…

Ah moi je le trouve marrant, bizarre, idiot peut-être, mais marrant, on ne sait pas dans quel "sens" le prendre, à l’endroit à l’envers, right then wrong now, wrong now right then, wrong then right now, right now wrong then… à l’image sûrement du film, ça donne envie...

Albert Einstein a dit…

Ce pourrait être "et", tout simplement, comme le chat de Schrödinger mort et vivant dans sa boîte. Hong Sang-soo, cinéaste quantique ? Sur le mur de Planck, j'écris ton nom, Hong Sang-soo !

Buster a dit…

Salut Einstein… le "et" ça me fait aussi penser à Godard et ce qu’en disait Deleuze (et… et… et… le bégaiement créateur, l’entre-deux, la frontière…). Chez HSS, oui c’est peut-être davantage quantique, à la fois right et wrong… en fait j’en sais rien ;-)

Anonyme a dit…

Resnais aussi est quantique

Anonyme a dit…

oui mais HSS c'est le quantique des quantiques

Buster a dit…

N'importe quoi :-D

newstrum a dit…

Bonjour Buster, Je te trouve sévère avec Carol, même si ce n'est pas un grand film. Le film n'a d'yeux que pour Carol, laquelle est vue au travers des yeux de Therese, d'où cet aspect "papier glacé" sublimé que tu reproches au film, puisque Carol est d'abord une apparition, une image que forme Therese lors de leur première recontre. Ce que j'ai aimé dans le film, c'est cette idée d'un personnage libre (Carol) qui impose sa volonté à tous, y compris à la mise en scène, et fait prévaloir ses vues, sa liberté, au monde, au mépris de toute vraisemblance (la fin). J'ai trouvé cela plus intéressant que Loin du Paradis, où Haynes semblait vouloir simplement imiter Sirk (sans évidemment jamais atteindre la puissance émotionnelle de ce dernier, dont les mélodrames sont inimitables). Carol n'est pas un personnage qui peut évoluer, puisque c'est elle qui décide, qui met en scène d'une certaine manière. C'est pour cela que le film n'est pas un mélodrame. Et puis j'ai un faible pour Cate Blanchett, que je trouve sublime. J'ai essayé de développer un peu cela sur mon blog où je défends le film.
Strum

Buster a dit…

Bonjour Strum, on n’a pas vu exactement le même film, mais c’est bien, c’est ce qui est intéressant au cinéma… quand je dis que Carol n’évolue pas, c’est au sens où je ne comprends pas trop le personnage dans la seconde partie du film… au début c’est vu à travers le regard de Therese qu’elle fascine, elle semble mener la danse mais pour moi c’est dans l’autre sens que ça se passe, c’est bien Therese qui par son regard, les remarques qu’elle fait (le train électrique vs les poupées…) etc, fait tomber Carol dans le piège de l’amour, la poussant quasiment à oublier ses gants et par la suite à s’enfuir avec elle au mépris des conventions. Elle n’est pas si forte et libre que ça, moins que Therese en tout cas qui saura rebondir après leur rupture, une rupture que Carol provoque de manière impromptue (on a l’impression que des scènes ont été coupées), comme si elle était subitement rattrapée par ce qu’elle avait réussi à fuir… on m’a dit que dans le roman elle tombait ensuite dans une grave dépression, ce que Haynes a réduit à la portion congrue, d’où peut-être cette impression bizarre qu’on ne sait plus très bien ce qu’elle désire, comme si elle restait le même objet de fantasme qu'au début pour Therese, qu’il ne s’était rien passé entre les deux femmes, bizarrerie imputable au scénario mais aussi au jeu un peu limité par moments de Cate Blanchett dont je suis certainement moins fan que vous (voir le dernier plan lorsque Rooney Mara vient vers elle, et qu’elle finit par lui apparaître, Cate Blanchett donne l’impression de la voir sans la voir, mettant un temps fou à la reconnaître, comme si la jeune femme n’avait pas plus d’importance que ça à ses yeux, en contradiction évidemment avec ce que la scène est censée exprimer).

newstrum a dit…

Bonjour Buster. Justement, Haynes n'est pas parti du roman mais d'un premier scénario (le projet lui a été proposé et n'a pas été initié par lui) et c'est à dessein qu'il a coupé la partie du roman décrivant la dépression de Carol : parce qu'il voulait parler d'un autre personnage que celui de Highsmith : un personnage libre qui décide de tout. J'ai donc effectivement une autre lecture du film que toi : d'abord Carol fait bien sûr exprès d'oublier ses gants : pour que Therese la rappelle. C'est ensuite elle qui invite Therese puis la renvoie. C'est encore elle qui emmène Therese en voyage. C'est elle à nouveau qui renvoie Therese. Et c'est encore Carole qui invite Therese au restaurant à la fin. A chaque fois, c'est Carole qui décide et Therese qui obéit (même à la fin quand on peut penser qu'il y a eu un renversement de pouvoir ou de point de vue : fausse piste car il n'est que temporaire). Le leitmotiv de Carol, répété pendant tout le film, est d'ailleurs : "it's not your fault", ce qu'il faut traduire par "I am the one making the decisions". C'est aussi le sens du dernier plan où Blanchett est pour moi exceptionelle : dans son port de tête de reine et son regard, elle fait passer deux idées : d'abord sa liberté, ensuite son triomphe sur Therese et sur les circonstances. C'est donc un regard triomphal avant d'être un regard amoureux. C'est ce que dit le jeu de visage subtil de Blanchett. Elle attend mais elle est en vérité sûr d'elle, avec son regard de chasseresse mi-clos, elle regarde Therese comme elle nous regarde (c'est pour cela peut-être qu'elle t'a fait cette impression : elle te regardait aussi) et elle nous redit par ce regard, nous livrant la clé de ce film-personnage sur un personnage libre : "I am the one making the decisions".
Strum

newstrum a dit…

J'ajoute que la pression sur Carol est d'autant plus forte, et l'exercice de sa volonté doit donc être d'autant plus pressant et impérieux afin d'imposer sa liberté, qu'elle vit dans une société très codée, qu'elle a sa fille à sa charge, un divorce compliqué à gérer en même temps : elle a déjà des engagements et des responsabilités variés - ce n'est pas le cas de Therese qui est à l'aube de sa vie, est seule, et peut donc plus facilement choisir(elle n'a pas de première vie à effacer ou à renverser) ; et d'une certaine manière Carol choisira pour elle, comme une comète entrainant un astre dans son sillage.
Strum

Buster a dit…

Bonjour, oui tout ça est juste au niveau du scénario (je n’ai rien lu sur le film ni sur ce qu’en dit le réalisateur) mais à partir du moment où Haynes décide de faire de Therese une photographe (dans le roman elle est décoratrice je crois) et que c’est le regard de celle-ci (sur Carol, New York etc) qui prévaut, il impose une autre lecture du film… enfin à mes yeux :-)… Le désir de Carol (vue comme une femme triomphante, pleine d’assurance, assumant ses préférences…) est toujours médié par le regard (de Therese et des autres), d’où cet aspect papier glacé, couv de mode du personnage, elle est dans le paraître, ça trahit chez elle un besoin de reconnaissance, c’est le désir du désir, le désir comme désir de l’autre, Therese est là comme "révélateur" de ce désir, c’est pour ça qu’elle est plus forte, alors que chez Carol c’est (ou ça devrait être) plus fragile, elle dirige en accord avec sa position sociale et son âge mais on est dans les semblants… sauf que Haynes ne s’y intéresse pas vraiment ou très mal, occupé qu’il est à inscrire le personnage dans son contexte historique et à en faire un beau personnage de femme émancipée des années 50 (discours finalement assez attendu et pas très passionnant). Et puis, je ne te convaincrai pas, tu es visiblement trop amoureux de l’actrice, mais bon, Cate Blanchett c’est pas Gena Rowlands… (c’est d’ailleurs marrant, je croyais que c’était elle qui avait eu le prix d’interprétation à Cannes, et voyant le film, je me disais, quand même, Rooney Mara le méritait plus, et découvrant après coup que c’était justement cette dernière qui l’avait eu et que le jury - mais je te l’accorde c’est souvent très con un jury - avait préféré plutôt que de donner le prix aux deux, le partager avec Bercot, bref qu’il avait choisi délibérément Bercot à la place de Blanchett, eh ben je me suis dit que ça avait dû être sacrément humiliant pour l’actrice)

newstrum a dit…

Comment Therese pourrait-elle plus forte alors que pendant tout le film Carol lui impose son désir ? Therese est un personnage passif, qui subit le pouvoir d'attraction de Carol, ce qui est bien montré dans le film à mon avis - la passivité, ce n'est pas une force. Carol dépasse "les semblants" qui l'entourent pour imposer sa loi, fut-ce au détriment de la garde de sa fille... (un sacré sacrifice pour une mère, c'est dire si elle est forte et aime sa liberté). Carol est donc plus forte. Pour moi, Cate Blanchett n'a rien à envier à Gena Rowlands (puisque tu proposes cette comparaison) même si les deux sont surtout des actrices assez différentes.

La fin de ton post me confirme que nos deux visions du film sont un peu irréconciliables (ce qui rend peut-être le film plus intéressante que ton premier post ne le supposait ;-)), puisque moi, en voyant le film, je me suis demandé par quel grand mystère Mara (dont j'ai trouvé le jeu neutre assez transparente) avait eu un prix à Cannes et pas Blanchett (on peut imaginer comme tu le fais que c'était assez humiliant pour elle, mais on peut aussi supposer que vu la reconnaissance dont elle bénéficie déjà et les prix qu'elle a déjà obtenues, c'était surtout une volonté du jury de donner un prix à une nouvelle-venue).

Strum

newstrum a dit…

J'ajoute que je n'ai pas du tout vu dans le film le "besoin de reconnaissance" de Carol dont tu parles (tu le conceptualises en citant Hegel, que je n'aime guère, et qui à mon avis est fort étranger à ce film) ; Carol est au contraire dans la liberté et dans l'être (elle brise tous ses liens, y compris celui avec sa fille, pour affirmer sa liberté à la fin) et c'est ainsi que la montre la mise en scène. :)
Strum

Buster a dit…

Oui bon Hegel ou même Lacan, j’y pensais pas vraiment… je forçais un peu le trait parce que je n’aime pas beaucoup le film… ma vision est assujettie au fait que Haynes a surdéterminé la question du regard et que même si bien sûr ce n’était pas son intention, cette intellectualité qu’il confère au film pousse à le voir de manière oblique.
Si Carol dirige et que Therese est passive, c’est en rapport avec leur statut social et leur différence d’âge, mais par rapport à leur propre milieu c’est déjà moins évident et leur escapade n’a évidemment pas la même fonction (une expérience pour Therese, la fuite pour Carol) dès l’instant qu’on veut élargir le récit à autre chose qu’une simple histoire d’amour. Le problème est là, Haynes centre son film sur l’histoire d’amour et en même temps la redouble avec ce qui apparaît comme une histoire de regard, conférant au film une forme de réflexivité, qui fait que ce que l’on voit n’est peut-être pas aussi simple (ce qui ne me réjouit pas du tout, j’aurais préféré que Haynes joue la carte du vrai mélodrame, un peu et dans un autre registre comme l’avait fait Gray avec Two lovers). Donc voilà, je me trompe peut-être, sûrement même, mais je n’ai pu "voir" le film aussi simplement qu’il le faudrait, l’emprise de Carol sur Therese m’est apparue non pas comme fausse mais comme dictée inconsciemment par le propre désir (via le regard) de la jeune fille qui pour le coup deviendrait l’incarnation même du désir (l’ange tombé du ciel) et modifierait alors de façon plus secrète le rapport de forces… Quant à la fin, elle aurait pu être très belle, elle l’est d’ailleurs à certains égards, mais je la trouve complètement plaquée, je n’y crois pas un seul instant.

newstrum a dit…

Si tu ne crois pas à la fin, effectivement il t'est difficile d'aimer le film. Pour ma part, j'ai beaucoup aimé la fin, et en particulier ce dernier plan en caméra subjective (moins le ralenti qui le précède) ; c'est cette fin qui a fini par emporter mon adhésion (peut-être est-ce à cause de mon côté "fleur bleue" et puis je suis assez bon public) alors que j'étais peut-être un peu sur la réserve jusque là. Cette fin marque, au mépris de toute vraisemblance, la victoire finale de Carol dans cette histoire où elle cherchait à faire prévaloir sa liberté et où tout ce qui l'entoure, y compris la mise en scène (qui change imperceptiblement dès qu'elle cadre Carol) subit son pouvoir d'attraction. En somme, j'ai "cru" aux images de Carol, en substituant mon regard à celui de Therese qui m'est surtout apparue comme un personnage prétexte, un vecteur (peu intéressant en soi) mettant en valeur le personnage solaire et libre de Carol. Je suis peut-être plus clair sur mon blog.
Bonne soirée,
Strum