samedi 31 janvier 2015

Gravenhurst


Nick Talbot (1977-2014)



Best of Gravenhurst: (par ordre alphabétique)

- Abilene / Still water outro, Offerings: Lost songs 2000-2004
- Black holes in the sand, Black holes in the sand
- Circadian, The ghost in daylight
- Down river, Fires in distant buildings
- East of the city, Flashlight seasons
- Fitzrovia, The ghost in daylight
- Flashlight seasons, Black holes in the sand
- Flowers in her hair, Black holes in the sand
- The foundry, The ghost in daylight
- The high seas, Internal travels
- Hollow men, The western lands
- Islands, The ghost in daylight
- Peacock, The ghost in daylight
- See my friends [version lo-fi de la chanson des Kinks]Fires in distant buildings
- She dances, The western lands
- Song from under the arches, Fires in distant buildings
- Tunnels, Flashlight seasons
- The velvet cell / The velvet cell repriseFires in distant buildings
- The western lands, The western lands
- Who put Bella in the wych elm?, Offerings: Lost songs 2000-2004

vendredi 30 janvier 2015

La désintégration

Dans la série "Il n'est jamais trop tard"...

Vu la Désintégration de Philippe Faucon, film que j'avais raté à sa sortie début 2012. Un beau film, simple (et non simpliste), dépouillé (et non plat et lénifiant, comme l'affirmait Thoret dans... Charlie Hebdo), on pourrait dire bressonien, ou melvillien - j'ai pensé aussi à Gérard Blain -, à la fois concis et précis, rappelant le meilleur de la série B, fort d'une logique qui est celle justement de l'endoctrinement, sujet même du film, qui voit, dans une cité de la banlieue lilloise, un jeune Français musulman, garçon studieux mais confronté à la discrimination au moment de trouver un stage, tomber (avec deux autres) sous l'emprise d'un "recruteur" pour le djihad, personnage mystérieux, à l'étrange magnétisme, dont le discours gourouisant - qui combine perfidement propagande islamiste et vérités socio-politiques (de celles qui nourrissent les sentiments d'injustice, d'humiliation et d'exclusion) - amène le "héros" à se radicaliser et, pour finir, commettre un attentat-suicide.
A l'époque certains avaient trouvé le film "inactuel". Ainsi la conclusion de Libé (sous la plume d'Alice Géraud): "L’histoire de la Désintégration rappelle celles des Zacarias Moussaoui ou Mourad Benchellali, jeunes Français enrôlés par Al-Qaeda au tournant du siècle. C’était il y a dix ans. Et c’est peut-être en cela que réside le décalage du film avec la réalité. Depuis cette époque, les jihadistes ont perdu dans les cités le monopole de la colère d’une jeunesse tenue dans les marges." Ce qui s'appelle avoir le nez creux... un mois après, la France découvrait Mohamed Merah. Et aujourd'hui, les frères Kouachi et Amédy Coulibaly. C'est que les attentats perpétrés dans le film rappelaient surtout ceux commis par Khaled Kelkal durant l'été 1995. Mais peu importe, ce qui rend la Désintégration terriblement actuel, outre la question du djihadisme, c'est, à travers son aspect abrupt, le fait que le personnage semble basculer trop vite dans le terrorisme, "donnant l'impression d'une mue quasi instantanée où le jeune homme passe du personnage de l'étudiant sympathique porteur des vertus de l'ascension sociale méritocratique à celui de jihadiste sans pitié prêt à mourir contre l'Occident oppresseur" (toujours Libé), on devine qu'autre chose opère, de plus secret, dans l'enfermement du personnage, quelque chose qu'on ne saura jamais car n'appartenant qu'à lui.
La force du film est là, dans toutes ces ellipses, aux allures de béances fictionnelles, où se localise la part inexpliquée d'une dérive puis d'un passage à l'acte... au-delà du social, au-delà du politique, au-delà également de la famille, d'une famille pourtant aimante (merveilleux personnage de la mère - son cri de douleur: "Ils ont tué mon fils", lors du dernier plan, qui la montre, sans le moindre pathos, courant vers le fond du couloir de l'établissement où elle travaille comme femme de ménage, est d'une puissance émotionnelle incroyable), où se pose aussi, sans y apporter de réponses, la question du Musulman en tant que sujet, qui pousse un homme sur le chemin de la guerre, guerre contre la société, guerre contre l'Occident (représenté ici par l'OTAN), mais surtout guerre contre soi. Jusqu'à sa désintégration...

samedi 24 janvier 2015

[...]




Quai du Maroc. Musique: "Memorymix", The Brian Jonestown Massacre.

Au passage, une petite note (vite fait bien fait):


Pasolini d'Abel Ferrara et The smell of us de Larry Clark sont deux films hantés moins par la mort que par une forme de fatigue, la fatigue au sens de "l'infinitude vivable dans le corps" (Barthes), ce qui l'oppose à la mort... La fatigue comme geste poétique, qui fait que chez Ferrara la dernière journée de Pasolini se résume à quelques rendez-vous, inscrits sur son agenda - sauf le dernier évidemment -, une simple présence, parmi les siens, et la vision d'œuvres en cours, éclatant ici et là, signe d'un imaginaire au travail; qui fait que chez Clark le regard posé sur de jeunes bourgeois en rupture de ban, entre skate, drogue et escorts, se résume à une suite de scènes mi-posées mi-captées (à travers son personnage principal le film évoque à la fois Botticelli et Bertolucci), circulant de l'une à l'autre, sans logique narrative, où se mêlent désir et mal-être. La fatigue, surtout, comme moteur esthétique pour ce qui ressemble finalement à deux autoportraits: en creux chez Ferrara (via Dafoe), où l'auteur se reconnaît dans la radicalité de l'artiste, tout en s'effaçant derrière son image; en gras chez Clark (via lui-même en vieux "concu-pissant" et ses équivalents aux corps flétris par le temps), où l'auteur s'immisce de façon volontairement obscène dans la vie, odorante et triste, de ces skateurs parisiens, dont il goûte, jusqu'à s'en repaître, la jeunesse et la beauté... Deux films fatigués, anémiés, peuplés des mêmes figures gigolesques, travaillant davantage la sensation que, disons, la réflexion (que celle-ci soit politique ou sociologique, ce qui de toute façon n'a jamais été la tasse de thé de Ferrara, à la différence de Clark), excitant ainsi la sensibilité du spectateur, faisant jouer, plus que d'ordinaire, ce qu'il en est de sa subjectivité, quant à la réception d'une œuvre. Bref... tout ça pour dire que si j'ai beaucoup aimé le Ferrara, de par son écriture, tout en retenue, presque apaisée, le trouvant même par instants admirable, voire bouleversant, je n'ai, à l'inverse, pas du tout aimé le Clark, de par son style, trop joliment trash (au point de rendre cette prétendue mise à nu du cinéaste assez bidon), le trouvant même par moments (ah la scène des orteils!) franchement détestable... 

dimanche 18 janvier 2015

Charlie Hebdo (2)


Jean Dubuffet, Dhôtel nuancé d'abricot, 1947.



Qu'est-ce que je fais en ce moment? Je m'occupe. Je vais à la piscine, je fais des longueurs, histoire de parfaire mon crawl, je vais au cinéma, pas trop (j'ai vu The smell of us de Larry Clark que j'ai pas aimé), j'écoute de la musique, forcément (je redécouvre Kim Fowley que je connaissais mal, juste quelques titres comme The trip ou l'extraordinaire Bubble gum), je lis des bouquins (je viens de finir L'enfant qui disait n'importe quoi d'André Dhôtel, je vais attaquer Le club des cancres)... mais je reste toujours connecté aux "événements". J'essaie de comprendre. Alors je me documente, et j'apprends des choses... Bon il y en a que je savais déjà, comme par exemple l'histoire du chevalier de La Barre, dernier condamné en France (c'était en 1766) pour "impiété, blasphèmes et sacrilèges", qui fut supplicié (on lui brisa les jambes), décapité puis jeté au feu (avec le Dictionnaire philosophique de Voltaire qu'il avait en sa possession) pour avoir chanté une chanson impie (il était prévu qu'on lui arrache aussi la langue) et être passé devant une procession sans avoir ôté son chapeau ni s'être agenouillé! Il avait 20 ans. Je le savais mais je n'ai aucun mérite, j'habite une région où les rues et les places qui portent son nom sont légion. Plus étrange, je savais aussi que le délit de blasphème existe encore "chez nous" dans la région Alsace-Moselle (il perdure également en Guyane), en raison d'un vieil article du code pénal allemand toujours en vigueur, bien que depuis 1918 il n'ait jamais été appliqué. Je l'avais lu quelque part, il y a quelques années, mais où? je ne me souvenais plus. Et puis je me suis mis à relire des anciens numéros de Charlie Hebdo, journal dont je regardais régulièrement les couvertures, que je feuilletais aussi chez mon libraire, sans toujours l'acheter (que Dieu me pardonne)... Les relire car Charlie ne se limitait pas à ses "unes", lesquelles d'ailleurs, lorsqu'elles s'attaquaient à l'islam, n'étaient pas destinées à faire vendre (pas plus en tout cas que les autres, celles des autres journaux), comme l'affirment Tariq Ramadan et tous ceux qui n'ont jamais lu Charlie, en réveillant le fond islamophobe qui sommeillerait en chacun de nous, nous les non-musulmans, d'autant que ces "unes" étaient par définition gratuites, offertes à la vue de tout le monde - rappelons que le journal était au bord de la faillite au moment de l'attentat -, enfin bref, je me suis mis à relire de vieux numéros, et là, bingo!, je tombe sur le n°922, du 17 février 2010, et son dossier Charlie Alsace (dans le cadre des élections régionales), où l'on trouve un article d'Antonio Fischetti, "La république s'arrête où l'Alsace-Moselle commence", avec ce chapo: "A l'heure où l'on parle tant d'identité nationale, saviez-vous qu'en France il y a une région où le délit de blasphème existe encore, où les cours de religion sont obligatoires, et où les curés sont des fonctionnaires payés par l'Etat? Cette région, en parfaite contradiction avec les lois républicaines, c'est l'Alsace-Moselle. Ici, hormis de rares défenseurs de la laïcité qui méritent une médaille, les partis politiques font le gros dos devant les curés de tout poil... Car, surtout, ne pas perdre d'électeurs..." A la fin de l'article, Fischetti écrit: "Comment, après ça, se targuer de donner des leçons de laïcité aux musulmans? Pour être crédible, le minimum serait de balayer devant notre porte en faisant rentrer l'Alsace-Moselle dans le giron de la République." Alors que la question refait naturellement surface aujourd'hui, personne n'a rappelé que Charlie l'avait lui-même soulevée il y a déjà 5 ans, comme quoi en effet il était très peu lu...

(à suivre)

samedi 10 janvier 2015

[...]




Mes petites amoureuses de Jean Eustache (1974). "Douce France", mieux vaut encore recourir à l'antiphrase pour évoquer la triste époque dans laquelle nous vivons. L'occasion aussi d'écouter Charles Trenet qu'aimait tant Cabu... 

Charlie Hebdo




Charlie et son drôle de drame. L'humour c'était la foi du Charb... Me rappelant un autre dessin de Charb, paru à la mort de Cavanna, je me suis dit OK, pas d'hommage, juste un dessin, comme celui-ci ↑, le dernier de Charb, bien dans l'esprit de Charlie Hebdo (que je ne lisais plus beaucoup, je l'avoue, me contentant des couvertures), et en même temps cruelle ironie. (07-01-15) 

Certes, publier un dessin - cela aurait pu être celui-là aussi  signé Cabu - c'est rendre hommage, mais sans les mots, de ces mots qui bien souvent ne veulent rien dire (et je ne parle pas que des politiques): réactions à fleur de peau ou formules convenues, quand elles ne sont pas déplacées, larmes (Madeleine ou crocodile) et colère réunies... Mieux vaut se taire, je crois. (08-01-15)

Donc voilà. Quelques dessins et... quelques mots, quand même, pour Charlie Hebdo, des hommes (et une femme) qui ne sont pas tombés au champ d'honneur (faut arrêter avec ces conneries, ils n'étaient pas en guerre), mais ont été les victimes désignées de deux frères islamistes, aussi allumés que radicalisés, tout ça parce que Charlie Hebdo se moquait ouvertement de l'islam (comme des autres religions), de son aspect le plus obscurantiste, l'humour donc (pas des plus fins, c'est sûr, qui mêle satire et blasphème, mais pas pire que celui de ses prédécesseurs, que ce soit Hara-Kiri ou le premier Charlie), et qu'à ce titre il était bien seul. Alors quoi? Alors rien, c'est trop horrible, trop triste, trop con, avec en plus, maintenant, cette tuerie dans un supermarché juif... Et à côté, tous ces appels, à rester uni, à ne pas tomber dans le piège, à ne pas stigmatiser (blabla de circonstance, comme le plan vigipirate en alerte maximale), et malgré ça, les inévitables dérapages islamophobes (ou plutôt racistes), sans compter l'information continue, en bruit de fond, qui n'arrange pas les choses... Bon allez j'arrête, je n'arrive pas à ordonner mes pensées... pour ce qui est de la connerie, je préfère revoir ça. (09-01-15)  

jeudi 1 janvier 2015

[...]




Pasolini d'Abel Ferrara. Le film est magnifique, j'y reviendrai... En attendant: I'll take you there par The Staple Singers.

Revu pour la cinquième (ou sixième?) fois Metropolitan de Whit Stillman. Je ne m'en lasse pas. , une interview du réalisateur.

Reçu (merci M.) une copie DVD de l'Etrange petit chat de Ramon Zürcher, ce film qu'adorent tous ceux qui l'ont vu. A découvrir donc au plus vite...

A part ça, depuis ce matin midi, j'écoute avec mon petit neveu plein de vieux vinyles, que j'ai ressortis exprès pour lui: King Crimson, The Soft Machine, Pink Floyd, Genesis, Yes, Emerson, Lake & Palmer... Ecouter du rock progressif, est-ce régressif? Pas vraiment quand il s'agit d'albums aussi fabuleux que par exemple Selling England by the pound de Genesis ("Firth of fifth", tous genres confondus, c'est quand même un sommet, non?) - l'occasion aussi de vérifier la supériorité de la version d'origine par rapport à la version remasterisée.

Ah au fait, the person of the year, j'ai oublié d'en parler... Il y a bien sûr ceux qui luttent contre l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest (Time les a justement mis à l'honneur), il y a aussi les manifestants de Ferguson, suite à l'affaire Michael Brown... mais bon, pour ma part, après Liu Xiaobo en 2009, Julian Assange en 2010, Mohamed Bouazizi en 2011, les Pussy Riot en 2012, Edward Snowden (et "Chelsea" Manning) en 2013, je retiens comme personnalités 2014, Malala Yousafzai, la jeune Pakistanaise, prix Nobel de la paix, et Samira Saleh al-Naimi, l'avocate et militante irakienne, victime parmi tant d'autres (elle fut torturée et assassinée pour apostasie) de l'Etat islamique.