dimanche 19 juillet 2015

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"Cream on chrome", Ratatat, 2015.

Il y a toujours un détail incongru dans un film de Hong Sangsoo, un truc bizarre qui vous poursuit tout le long du film bien qu'il n'ait aucune importance, de sorte qu'on finit par l'oublier une fois la projection terminée. Dans Hill of freedom il s'agit des chaussures de Mori, le personnage japonais (Ryo Kase, vu entre autres dans Restless, le beau film de Gus Van Sant, où il incarnait le fantôme d'un kamikaze), plus précisément du bruit que font celles-ci (des baskets montantes) lorsqu'il marche, comme si elles étaient trop grandes ou mal lacées, donnant l'impression qu'il traîne les pieds. Non pas que les Japonais, en plus d'être "très gentils, très polis et très propres" (dixit la logeuse), traîneraient les pieds - comme les Chinoises -, mais parce que ces chaussures ne semblent pas suivre le même rythme que celui qui les porte. On peut certes y voir une forme de paresse (à l'image de la langue anglaise à laquelle recourent les personnages, puisque Mori ne parle pas coréen, ce qui simplifie les échanges), quelque chose de la fatigue aussi, marqué par un besoin irrépressible de dormir pour mieux rêver de celle qui n'est pas là. On peut encore y voir une sorte d'oblomovisme, en accord avec la pureté morale du héros. Reste que c'est le film lui-même qui traîne les pieds. Comme s'il était à la traîne du récit, un récit qui, lui, progresse, imperturbable, au gré des lectures désordonnées qu'en fait la femme aimée (les pages ont été mélangées accidentellement et l'une d'elles a même été oubliée, d'où certaines ellipses et la brièveté du film - 66 minutes). Comme si, dans le fond, la présence de Mori, l'auteur des lettres, relevait d'un autre espace (espace que la femme du café ne saurait partager même s'il finit par coucher avec), d'un autre temps (en écho avec sa propre lecture d'un livre sur le temps), qui fait que pour lui "il y a longtemps" veut dire "deux ans", qui fait surtout que le temps de l'amour, non seulement c'est long et c'est court, comme le chantait Françoise Hardy, mais, plus encore, ne se rattrape jamais si d'aventure on l'a laissé filer.

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Mais vous l'avez aimé le film ? A vous lire, on ne sait pas trop.

Buster a dit…

Oui beaucoup… un de mes films préférés de l'année avec (pour l'instant) Pasolini, Hacker et Comme un avion.

Imp a dit…

Oh non, pas HSS... Son cinéma me rendrait presque hitlérien.

https://www.youtube.com/watch?v=k5VirlMMOgE

Buster a dit…

Mouais, on me l'a déjà sortie celle-là…

(cela dit la vidéo est très drôle)

valzeur a dit…

Hello Buster,

Quelle petite chose insignifiante, le HSS ! J’y ai dormi d’agacement 1/4 d’heure, si c’est possible. Avant HSS filmait ivre, maintenant, il filme endormi, la belle affaire ! Et ces acteurs paraissent ivres même dans les scènes où ils sont à jeun. Et si HSS était, l’air de rien, en train d’inventer le patronage conceptuel ?

Bon, plus surprenant : le dernier Noah Baumbach, mille fois supérieur au vilain Frances Ha, une bonne surprise. Vous irez le voir, j’espère ?

Buster a dit…

Salut valzeur,

Pas surpris pour HSS, je sais que vous détestez ses films. Celui-là je ne le mettrai peut-être pas au même niveau que les derniers, surtout Hahaha, mais bon, j’ai quand même beaucoup aimé, pour son côté oblomovien, doux et paresseux, replié sur lui-même…

Le Baumbach, oui j’irai le voir, malgré la bande-annonce qui est franchement atroce.