jeudi 9 juillet 2015

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Vues de Saint-Pétersbourg [musique: "Duck and cover", The Brian Jonestown Massacre].

Au commencement de juillet, par un temps extrêmement chaud, un jeune homme sortit vers le soir de la mansarde qu’il sous-louait, ruelle S..., descendit dans la rue et se dirigea lentement, comme indécis, vers le pont K...

[...] Plus tard, quand il se souvint de tout ce qui lui était arrivé ces jours-là, de minute en minute, de point en point, il fut toujours saisi d’un étonnement superstitieux en souvenir d’une certaine circonstance, du reste nullement extraordinaire, mais qui lui sembla alors comme quelque prédétermination de son destin: il ne comprit jamais pourquoi, harassé comme il l’était, et ayant toutes les raisons de rentrer en droite ligne chez lui, il passa par la place Sennoï où il n’avait que faire. Le crochet n’était pas long, mais absolument inutile. Evidemment, il lui était arrive des dizaines de fois, de rentrer chez lui sans se souvenir du chemin qu’il avait pris. Mais pourquoi, se demanda-t-il toujours, la rencontre si décisive et au plus haut point fortuite qui eut lieu place Sennoï, où, encore une fois, il n’avait que faire, pourquoi cette rencontre se produisit-elle précisément à cette heure, à cette minute de son existence, quand son esprit était ainsi disposé et quand les circonstances étaient telles que seule cette rencontre pouvait produire l’effet le plus décisif et le plus définitif sur toute sa destinée? Comme si elle l’y avait attendu!
Il était près de neuf heures lorsqu’il passa place Sennoï. Les marchands des échoppes et des étalages en plein air, ainsi que les commerçants qui tenaient les grandes et les petites boutiques, fermaient leurs établissements, enlevaient et rangeaient leurs marchandises et s’en allaient chez eux, comme les clients, d’ailleurs. Il y avait une foule de loqueteux, de gagne-petit de toute espèce qui se tenaient près des gargotes, dans les sous-sols, à l’intérieur des cours sales et puantes des maisons de la place Sennoï et surtout près des tavernes. Raskolnikov avait une préférence pour cet endroit et pour les ruelles avoisinantes, quand il sortait sans but déterminé. Ici, ses guenilles n’attiraient pas de regards méprisants et l’on pouvait y circuler vêtu de n’importe quoi sans scandaliser personne. Au coin de la ruelle K..., un bourgeois et sa femme étalaient, sur deux tréteaux, de la mercerie. Ils y vendaient des fils, des rubans, des mouchoirs d’indienne, etc... Ils allaient partir également, mais s’était attardés en causant avec une personne de leur connaissance qui s’était approchée... (Fiodor Dostoïevski, Crime et châtiment, 1866)

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