samedi 6 juin 2015

J'ai rien senti

Desplechin et le principe KISS.

Voir à la suite les derniers films de Desplechin (Trois souvenirs de ma jeunesse), Garrel (l’Ombre des femmes) et Weerasethakul (Cemetery of splendour), est instructif tant ces films s'opposent (leur seul point commun est d'avoir été recalés de la sélection officielle du festival de Cannes) (1), au niveau de la narration (de plus en plus ténue à mesure qu'on découvre - dans cet ordre - les trois films), à tel point d'ailleurs que chacun semble l’antithèse des deux autres. Chez Desplechin, même si Trois souvenirs... est plus digeste que Rois et reine et Un conte de Noël, on baigne toujours dans une espèce de pudding narratif (Un conte de Noël c’était vraiment le Christmas pudding), proche en cela du vieux modèle atomique de Thomson, modèle dit du "plum pudding", avec ses multiples personnages-électrons plongés dans la soupe du récit... Une vraie mixture, qui mêle ici Truffaut, Bergman, Scorsese (paraît-il, je l’ai pas
reconnu), Joyce, Stendhal, j’en passe et des meilleurs, et surtout Desplechin lui-même, avec ses tics (des ouvertures à l'iris, du split-screen, un peu de Ford...) et ses tocs (la famille monstrueuse, la question de l'identité, celle de la judéité, etc.), mais bon, le détour par les grandes plaines américaines, celles de Jimmy P., a visiblement "aéré" son cinéma, de sorte que les morceaux de bravoure (l'ouverture théâtrale de la partie "Enfance", les retrouvailles pleines de rancœur entre Paul Dédalus et Kovalki...), à défaut de passer comme des lettres à la poste, heurtent moins que par le passé.
Déjà le pudding est découpé en tranches: deux petites (l'enfance cauchemardée, bien mastoc; un voyage scolaire en Russie, plus léger, héroïque, peut-être fantasmé) et une grosse tranche, celle qui touche à l'histoire d'amour avec Esther autant qu'à la vocation scientifique (l'anthropologie) du héros, qui le libère, plus que de Roubaix, de tout un système de conventions, dont l'amour fait partie, soit la part la plus romanesque du film (vrai-faux prequel de Comment je me suis disputé…, on l'a dit et répété, autant dire que l'intérêt n'est pas là), où se dévoile toute la dimension truffaldo-stendhalo-joycienne du personnage principal. Le Truffaut des années 70, le Stendhal autobiographique et pré-freudien, le Joyce de Dedalus... que Desplechin intègre de façon plus ou moins heureuse. Heureuse au sens où le film arrive par instants à se dégager de l'emprise exercée par son auteur (emprise d'autant plus pénible que chez Desplechin la citation semble toujours accompagnée de son commentaire), créant ainsi de petites épiphanies, qu'il serait exagéré d'assimiler à celles de Joyce (quand, selon Lacan, inconscient et réel se nouent par erreur), mais qui s'en approchent malgré tout. Ainsi ce plan aux reflets bleutés, entre chien et loup, le plus beau plan du film, où l'on voit Esther à sa fenêtre, seule et abandonnée, alors qu'au-dessous un train passe, signe d'une jeunesse qui s'enfuit en même temps que Paul, filant vers d'autres horizons. Rien n'est dit (tant mieux) et ça rayonne, l'épiphanie est là... Ce qu'on retrouve, à un degré moindre, dans la lecture des lettres, à travers non pas tous ces "regards caméra" qui objectivent de manière insistante la séparation des deux jeunes amants, mais au contraire ce qui finit par s'extraire du dispositif, révélant au détour d'une phrase ou d'un geste ce qu'il y a d'impossible dans leur amour.
Pour le reste, ça fonctionne nettement moins bien. Je pense, entre autres, à la scène où Paul se fait tabasser par l'ex-petit ami d'Esther, en écho avec la scène où il est battu par son père (première partie) puis celle où, en URSS, il demande à son camarade de le frapper pour simuler une agression et justifier ainsi le vol de son passeport (deuxième partie), chaque scène se concluant par un retentissant: "J'ai rien senti". Pourquoi ça ne fonctionne pas alors qu'il s'agit d'une scène-clé, la seule qui revient dans les trois parties? C'est que sa répétition, loin de participer à la construction du personnage, ne semble relever ici que du pur plaisir de la citation. Le "j'ai rien senti" de la troisième partie évoque le fameux passage où, dans Portrait d'un artiste en jeune homme, Stephen Dedalus (c'est-à-dire Joyce) reçoit une raclée de la part de Héron et ses amis (pour avoir affirmé que Byron était le plus grand des poètes, et non Tennyson) et qu'il n'en éprouve par la suite aucune colère, comme s'il en avait été dépouillé, "aussi aisément qu'un fruit se dépouille de sa peau tendre et mûre". Là serait l'épiphanie. Ici nullement. Pourquoi? Parce qu'on ne peut s'empêcher de raccorder la scène aux deux autres et qu'à ce niveau ça ne colle pas, la première scène s'inscrivant dans un registre éminemment freudien ("un enfant est battu") alors que la notion d'insensibilité que manifeste Dédalus à propos de cet épisode renvoie davantage à Stendhal lorsqu'il était enfant. La deuxième scène en serait le prolongement, témoignant d'une éventuelle jouissance (masochiste?) chez Dédalus, ce qui est en contradiction avec cette idée du non-senti et l'approche joycienne de la troisième scène. Qu'en déduire? Rien sinon que l'hybridation des citations, de citations pas nécessairement compatibles - quid finalement de la combinaison Truffaut-Stendhal-Joyce? -, tend à appauvrir le personnage plus qu'à l'enrichir. Parce que pour faire tenir ensemble les trois scènes, expliquer que Dédalus aille ainsi au devant des coups et proclame ensuite qu'il n'a rien senti, il ne reste plus grand-chose, si ce n'est l'esprit de bravade, ce qui est non seulement décevant, vu tout ce que le film propose par ailleurs, quant au personnage, mais surtout inutilement tortueux (OK, le personnage s'appelle Dédalus). Que ce comportement ne soit dicté que par le goût de la bravade, pourquoi pas, mais en noyant le poisson, en inscrivant - via la citation - le comportement de son héros dans tout un réseau de significations, qui en plus restent vagues, Desplechin complique artificiellement les choses (en même temps qu'il en impose au spectateur), ce qui n'est pas forcément déplaisant (on peut aimer ça) mais fait quand même pas mal poseur (chez lui aussi il y a de la bravade). "Keep it simple, stupid" (KISS), serait-on tenté de lui dire, sachant, bien sûr, que d'autres soutiendront l'inverse: "Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?". Affaire de goût, comme toujours...    

(1) Autre point commun, tout aussi anecdotique: le fait que pour chacun de ces films l'auteur, à la recherche d'une nouvelle lumière, a fait appel à un nouveau chef-opérateur: celui (Irina Lubtchansky) de Rivette et d'Ameur-Zaïmeche pour Trois souvenirs de ma jeunesse, celui (Renato Berta) de Godard et de Straub pour l'Ombre des femmes, et... un parfait inconnu (Diego Garcia), spécialiste des éclairages naturels, pour Cemetery of splendour. 

à suivre... (sur Garrel)

49 commentaires:

Griffe a dit…

"Chez lui aussi il y a de la bravade" : Il n'y a même que ça. Desplechin est un petit caïd, comme le prouvent assez son évident machisme (la scène atterrante où il fait dire à Esther le nombre de fois où elle joui), son amour des pires navets virilistes de Scorsese, sa manière de dompter ses vrais/faux voyous maghrébins par des pirouettes scénaristiques (en fait ils blaguaient...), ou encore d'écraser les seconds rôles masculins sous le rouleau-compresseur du verbe humiliant de son héros, et j'en passe. Le problème n'est pas que ses films sont trop pleins mais qu'ils se réduisent à des démonstrations de force, où le cerveau fait office de phallus dominateur. On peut d'ailleurs (re)voir Jimmy P. comme l'histoire d'un petit intello français qui finit par forcer le respect d'une grande star américaine, et à travers elle d'une nation entière (puisque l'Indien, c'est la grande Histoire). C'est dire à quel stade ado de rivalité mimétique Desplechin se situe...

Arnaud D. a dit…

C'est une blague ?

valzeur a dit…

Hello Buster,

Si le héros-endive de 3SDMJ ne ressent rien, c’est tout simplement que son double réel, Arnaud Desplechin, semble affublé, au moins dans son oeuvre, d’une dommageable indifférence à autrui. Ce n’est certainement pas pour rien que deux films récents du cinéaste montrent deux tabassages d’un personnage en présence de proches qui ne réagissent pas, non par crainte des coups, mais par une curieuse conjonction d’ennui et de curiosité qui aboutit à l’indifférence (la scène en question se trouve aussi dans un Conte de Noël entre Devos, Amalric et Girardot, l’agresseur si je me souviens bien). L’insistance sur les coups éprouve également la réalité des personnages, d’où le peu de mal que procurent ces scènes puisque ceux-ci ne sont que des constructions vides gorgées de mots, les voix-off pourvoyant un surplus d’émotions généralement en total décalage avec l’image, puisque rien ne s’y voit. Ce qui est fascinant avec Desplechin, c’est qu’un cinéma aussi exsangue émotionnellement parvienne à jouer la carte du romanesque et du sentiment, et que par un tour de passe-passe qui s’apparente à de l’auto-hypnose, certains spectateurs aient vraiment l’impression d’avoir assisté à une grande histoire d’amour avec 3SDMJ. Cette foi du charbonnier est admirable en soi, contrairement au film.
Desplechin me fait de plus en plus penser à une version ultra-cérébrale de Jean-Pierre Jeunet, que je préfère 1000 fois, sans en raffoler plus que ça. Le petit gamin, Spivet machin, c’est mignon, presque rien, mais infiniment plus acceptable. Au moins, on sait qu’on regarde un livre d’images qui feint de souffrir et souffre un peu par endroits, grâce à ses acteurs qui dans les meilleurs moments atteignent une troisième dimension pourtant pas gagnée (et bon, tissée de fil blanc, quand même). Chez Desplechin, c’est le phénomène inverse, la complexité apparente de la machinerie fictionnelle et des chichis divers aboutit à un écrasement des figures qui deviennent des planches à repasser prises dans un feu d’artifices de mots le plus souvent ineptes tant ils sont réfléchis et forcés (la fameuse étude comparative des jouissance masculine et féminine dans une réplique cu-culte).
Rien n’y fait, Desplechin, c’est toujours du pensum auto-conscient, une purge d’artificialité inféconde. Sa malignité, même tenue en laisse, ressurgit de partout. La godiche Esther trouve à cocufier son bien-aimé avec le plus hideux des comparses, en plus cousin, que le film enregistre comme un benêt (à coté, le frère, c’est Einstein ou à peu près). La seule scène où il pourrait acquérir une épaisseur est traitée avec une distance qui disqualifie tout le monde : la mère abusive, le père castré, la jeunette vulgaire et évidemment le cousin en fuite qui n’existera pas plus pour autant l (mais c’est vrai, Buster, je crois que là encore il y a un joli coucher de soleil). Qu’AD se reconvertisse dans le calendrier des postes animés, ce sera une économie de temps pour tout le monde.

Buster a dit…

Salut Griffe et valzeur,

Beaucoup de choses m’horripilent dans ce film, mais je ne le déteste pas, surtout si on le compare à d’autres Desplechin, il y a quelques moments légers, allegro, qui font passer la pilule… Après c’est sûr que sur le fond, et dans la forme, c’est toujours la même grosse musique desplechinesque, écrasante, pas sympathique du tout, avec ces scènes surécrites, chargées jusqu’à la gueule, où l’on sent la délectation à gonfler les abcès pour mieux les crever à la fin (lors de grands moments de catharsis idéalement jouissifs)… enfin, j’en rajoute pas, ça va exciter valzeur :-)

PS. Dans le plan que je décris, il n’y a pas de coucher de soleil.

Jacques Lacan a dit…

Mardi 9 juin à 20h30 à la Pagode : Projection du film TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE suivie d'une rencontre avec le réalisateur Arnaud Desplechin & les psychanalystes du Regard qui Bat.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Ah oui, le coucher de soleil, ce doit être un autre plan. Non seulement, je n’ai rien senti à 3SDMJ, mais je n’ai rien vu non plus…
Histoire de vous faire hurler, Buster (pour changer, hein ?, c’est l’inverse d’habitude), je me disais en lisant le livre passionnant de Sarah Chiche, Ethique du Mikadp, qu’en terme de cinéastes déplaisants, Michael Haneke, c’était quand même autre chose que Desplechin.

Buster a dit…

Ah oui Haneke c’est autre chose, c’est pire!

Desplechin il faudrait surtout qu’il arrête de s’abreuver au robinet des grands Auteurs, qu’il revoie plutôt les films de James L. Brooks ou de Whit Stillman, ça l'aiderait à aimer un peu plus ses personnages.

Buster a dit…

Hé valzeur, Desplechin c'est pas l'éthique du mikado mais les tics du mec ado :-)

(sinon pas lu le bouquin de Sarah Chiche, c'est bien vraiment?)

Anonyme a dit…

Lars von Trier, c'est pire encore !

valzeur a dit…

Oui, c'est passionnant, j'en suis à la moitié ; c'est un parfait complément au livre d'entretiens de Haneke avec Cieutat et Rouyer où l'on découvre notamment avec stupeur qu'Haneke a de l'humour (sans déflorer la chose, je vous recommande l'anecdote qui met en collision un acteur porno gay et la Pianiste, ça me met en joie rien que d'y penser).
Haneke fait grincer beaucoup de dents, y compris les miennes, mais son cinéma ne se balaie pas du revers de la main, contrairement à celui de Despechin dont le filmographie entière ne me laisse aucun scène, aucune image, aucune émotion, rien (bon, allez, je sauve le bébé baigné dans le sang de La Compagnie des Hommes, par ailleurs, film épouvantable, soit 2 minutes sur 720 tournées)
J'ai pu détester certains Haneke comme le Ruban Blanc ou Amour, je n'en garde pas moins des moments extraordinaires qui me donneraient presque envie de les revoir (et dans le premier, on trouve peut-être l'une des scènes les plus fortes de tout son cinéma, celle où une adolescente explique à son très jeune frère ce qu'est la mort.)
En fait, si je faisais un coming-out ? J'admire Haneke, mais il m'insupporte souvent, c'est très sain comme relation, non ? (alors que je méprise Desplechin, ça l'est beaucoup moins).
J'ai vu tous ces films de cinéma (sauf Funny Games US) et un téléfilm, sa très belle adaptation du Château. Et le film de lui que je préfère est celui qu'il juge son meilleur : Code Inconnu.
Je vous laisse digérer autant de nouvelles choquantes et je pars sur la pointe des pieds...
(Demain, je vous apprends que je suis une lesbienne transgenre professeur d'EPS en Franche-Comté...)

Buster a dit…

Ok, je vais lire ça… Haneke, c’est vraiment sa marotte à Chiche, elle remettait ça le mois dernier dans le Magazine littéraire.

Moi Haneke me révulse littéralement, alors que Desplechin m’irrite simplement… von Trier c’est entre les deux (mais lui au moins il me fait rire). Dans le genre répulsif, il y a Steve McQueen aussi (le gros black, pas Josh Randall)

Sinon pour la lesbienne transgenre, vous fatiguez pas, Griffe m'avait tout raconté.

Griffe a dit…

:-)

François a dit…

Vous êtes trop sévère avec Desplechin. Votre démonstration à partir des trois scènes de tabassage n’est pas convaincante, d’autant que c’est loin de résumer le film. Les citations ne sont pas si appuyées que ça et ce ne sont que des citations. D’ailleurs, la plupart des spectateurs ne les relèvent même pas. Il y a de la bravade aussi chez vous à pointer les contradictions qu’il y aurait entre les citations. Et même si c’était le cas, où est le problème ? On peut très bien citer des auteurs qui n’ont rien à voir entre eux, non ?

Buster a dit…

Bravade je ne sais pas, j’essaie surtout de me situer à la même hauteur que Desplechin et c’est pas facile. Bien sûr qu’on peut citer des auteurs complètement différents, le problème n’est pas là. Ce que je dis c’est que dans l’exemple où Dédalus prend une dérouillée, les trois scènes (pas anodines) qui voit le personnage dire à chaque fois à la fin "j’ai rien senti", sont forcément liées entre elles mais que pour les lier, ça coince un peu, vu ce à quoi elles réfèrent (un enfant battu par son père, l’ado qui se cogne lui-même pour pousser son copain à le faire, le même qui va provoquer un groupe)… On pourrait y voir une sorte de masochisme, mais ça ne tient pas avec la personnalité du personnage telle qu’elle nous est montrée par ailleurs, et le fait qu’il se dit insensible aux coups. En fait il ne reste que la bravade pour faire tenir l’ensemble, soit beaucoup de foin pour pas grand-chose. Pour le dire autrement, vous retirez les trois scènes ça ne change rien au personnage. On a l’impression que ces scènes sont juste là pour le plaisir de complexifier le tableau, sans raison précise sinon bluffer le spectateur, ce qui est forcément au détriment du personnage. D’autant que quand Desplechin cite, c’est jamais léger, c’est pas la petite citation au passage, le clin d’oeil, c’est toujours lourd de tout un sous-texte. Et à la longue c'est pénible.

François a dit…

Qu'est ce qui vous gêne dans le fait que le personnage est dans la bravade ? Un personnage peut être antipathique sans que le film le soit pour autant ? J'ai du mal à vous suivre.

Buster a dit…

François, vous avez du mal à me suivre parce que vous me lisez de travers, mais peut-être ne suis-je pas assez clair, j’ai relu mon billet, c’est trop succinct, j’aurais dû développer davantage…

D’abord, ça ne me gêne pas du tout qu’un personnage soit dans la bravade (j’adore d’Artagnan), et je n’ai pas dit que le film était antipathique, mais qu’il était agaçant (avec de bons moments quand même). Ce qui me gêne par contre c’est que Desplechin ait besoin de faire dérouiller trois fois son personnage pour nous signifier la bravade (une fois aurait suffi, il y a mille autres façons de le signifier), comme de l’inscrire très tôt dans sa biographie, à travers le rapport père/fils, ce qui alourdit là aussi le tableau, laissant planer l’idée de la perversion, un truc ajouté, qui surcharge psychologiquement le personnage (à la Bergman) plus qu’il ne l’enrichit.

§ a dit…

Pour Desplechin, l'amour ne va pas de soi. On commence par le repousser, le nier avant de le regretter lorsqu'il est trop tard. Ce n'est pas un cynique mais un anti-romantique. Et ça peut être très émouvant de voir comment chez lui les sentiments remontent toujours à la surface, y compris de l'amertume, parce qu'il ne peut en être autrement. Ici, sans doute mieux qu'ailleurs (je n'avais pas été touché par un film de lui depuis Esther Kahn).
La forme très hétérogène du film, les références, les citations n'ont rien d'une bravade ou d'un pudding. C'est tout de même beaucoup plus précis que ça. J'y reconnais son goût pour Resnais ou Coppola : l'idée que c'est avant tout par la forme et ses variations que passe la subjectivité des personnages, plutôt que par toute extériorisation réaliste. Oui, c'est cérébral. Mais je l'éprouve aussi comme quelque chose de très généreux, pas du tout "petit caïd".
J'ajoute que l'on se trompe si l'on se met à prendre chaque scène et dialogue au pied de la lettre (comme semble le faire Griffe), tant les personnages se définissent par leurs contradictions, leurs hésitations, leurs aberrations (alors qu'ils se voudraient toujours maîtres d'eux-mêmes).
Votre conseil final, cher Buster, est un peu indigne de vous. Le principe KISS est un truc de publicitaire, de créateur de logiciels, de stratège en communication... Rien à voir avec Tourneur ou Bresson. Et puis oseriez-vous dire "Keep it simple, stupid" à Welles, Minnelli, Godard ou Ruiz ? On ne peut pas reprocher à un cinéaste de ne pas être celui qu'il n'est pas.

François a dit…

Je suis d'accord avec ce qu'a dit §.

Griffe a dit…

"Si l'on se met à prendre chaque scène et dialogue au pied de la lettre..." : Vous m'avez très mal lu, §. Je ne parle pas de ce que font ou sont les personnages de ce film, je m'intéresse seulement à ce que (leur) fait (faire) le scénariste et metteur en scène Desplechin.

Buster a dit…

§, je ne trouve pas le film si généreux que ça… on peut admirer le travail d'écriture chez Desplechin, sa manière d’agencer le récit, sans être vraiment touché par ce qu'il nous raconte, hormis certains moments, parce que justement on y sent trop l’artificialité des situations (la cérébralité l’emporte quand même sur la générosité). Esther Kahn reste, pour moi aussi, son plus beau film car la passion et le don de soi finissaient par tout emporter. Ici c'est surtout l'innocence des deux jeunes comédiens, leur fraîcheur, leur côté insoucieux, qui apportent un peu d'émotion, par contraste avec tout ce qui touche à l’adulte (les personnages mais aussi les acteurs Amalric, Dussollier…) où se manifeste l’aspect plus retors du cinéma de Desplechin. Comme si l’adolescence était un remède, au même titre que l’Amérique dans Jimmy P, à la surcharge narrative (trafics en tous genres) de ses précédents films.

Le pudding, le principe KISS, c’est pour rire bien sûr, c’est pour mettre une note d’humour et casser le sérieux de ce type de cinéma. Et c’est pas si méchant, "keep it simple, stupid", il faut le traduire par "simplifie, mon gars", parce que chez Desplechin la complexité n’est pas ludique, elle n’est pas partagée, je préfère celle d’un Ruiz, qui s’inscrit dans un cinéma de l’égarement, labyrinthique, où l’on se perd avec bonheur… là ça procède plus par accumulation, ce qui tend à saturer le récit, en exacerbant les tensions. Chez Desplechin le conflit central (pour parler ruizien) est moins démultiplié que grossi exagérément, même si dans ce dernier film, je me répète, c'est moins marqué…

§ a dit…

"Le sérieux de ce type de cinéma", je ne vois pas très bien ce que ça veut dire tant le film est parfois drôle, et souvent ironique. Nous ne sommes pas dans un film mort-né de Dumont, Breillat ou Bonello tout de même ! Justement, vos critiques sur la forme me semblent beaucoup plus s'appliquer à Bonello, chez qui je sens toujours le côté très volontariste et plaqué des parti-pris formels. Chez Desplechin, cette hétérogénéité est inséparable de sa conception du romanesque : l'idée que les personnages doivent être pris dans un grand roman plein de digressions, de bifurcations, de possibles.

Griffe, je pensais surtout à ce que vous dites à propos de "la scène atterrante où il fait dire à Esther le nombre de fois où elle joui". Ce n'est pas parce que ce qu'il dit est atterrant que la scène l'est. Autrement dit : il n'y a pas de doute que Desplechin sait très bien que c'est atterrant, mais à ce moment là c'est une façon triviale (et plutôt drôle) d'exprimer tout le décalage entre le corps et le cerveau de Paul, entre sa volonté de tout théoriser et une sensualité qui le dépasse.

Buster a dit…

Je pensais au cinéma de Desplechin en général, invariablement traversé, sinon encombré, par les mêmes thèmes, les mêmes obsessions, les mêmes (grandes) questions, sur la vie, l’amour, la mort, la famille... mais vous avez raison, sérieux n’est pas le bon mot… surtout pour ce film, plus souple dans sa forme, plus allègre.

François a dit…

Buster, je n'ai toujours pas compris pourquoi vous dites que les trois scènes de tabassage appauvrissent le personnage de Dédalus. Je crois plutôt que c'est le contraire. C'est la répétition de ces scènes qui les rend si fortes et qui prépare l'explication finale, vingt ans après, entre Dédalus et Kowalski.

Buster a dit…

C’est Kovalki (Kowalski c’est dans Un tramway nommé désir :-)

Pour le reste, bah je ne sais plus quoi vous dire… Imaginons qu’il y ait qu’une seule scène, la dernière, sans les deux autres. Paul n’a pas été battu enfant par son père, il n’a pas poussé son camarade de classe à le frapper, il a juste provoqué l’ancien petit ami d’Esther, sachant qu’en retour il allait être corrigé. Le geste ainsi isolé pourrait faire écho (outre Joyce) à ce que dit Paul à propos d’Esther qu’il veut aimer plus que sa vie, ce que confirmerait la formule "j’ai rien senti" (l’amour si fort qu’il anesthésie la douleur). On est sur le seul registre de l’amour et du romanesque. Alors que si on réintègre les deux autres scènes, ça devient tout de suite plus clinique, plus psychologique, plus pesant…

Griffe a dit…

Où voyez-vous, §, dans la scène de lit un "décalage entre le corps et le cerveau de Paul" ? Si Desplechin avait voulu faire sentir le décalage, on n'aurait pas eu droit aux doigts levés avec sourire complice d'Esther (geste qui conclut la scène) mais à n'importe quoi d'autre qui aurait renvoyé la question de Dedalus à son ridicule ou sa trivialité. Telle quelle, la scène ne fait qu'absoudre un goujat. Ne l'avez-vous pas projeté, ce décalage, d'après ce que vous pensez vous-même du personnage ? Dedalus en fait des tonnes, c'est une chose. Mais je ne sens pas de volonté chez Desplechin de problématiser ou au moins de relativiser son attitude et ses discours, car pour ça il faudrait que les autres existent, et ce n'est pas le cas. En-dehors de Dedalus et sa logorrhée, personne n'a le droit d'exister dans ce film. Tous sont mis de côté, chosifiés, humiliés, refoulés par la parole dominatrice de Dedalus, et le pire c'est qu'à la fin (juste après une dernière scène d'humiliation gratuite) on est presque censé le plaindre d'avoir raté sa vie amoureuse... Moi, je plains surtout Desplechin d'être incapable de laisser ses personnages s'influencer les uns les autres, et son film respirer. Obsédé par la puissance de sa parole, il a étouffé toute fiction et tout documentaire et produit un film stérile.

François a dit…

Ah oui, Kovalki, pardon. Kowalski, c’est aussi Gran Torino ! :)

Merci pour la réponse Buster, je commence à voir ce que vous voulez dire, mais on retombe sur ma première intervention, cette multiplication des scènes rend le personnage moins sympathique à la longue, mais ça le rapproche de ce qu’il sera à l’âge adulte, incarné par Amalric, comme il apparaît à la fin.

Anonyme a dit…

3 Souvenirs de ma jeunesse est un grand film romanesque. Point barre !

Buster a dit…

Romanesque? pas sûr, même si Desplechin convoque Truffaut à tout bout de champ… En fait le film n’est ni romantique, il est même anti-romantique (§ a raison), ni véritablement romanesque. Et si Desplechin convoque aussi Stendhal, qui n’est pas un romantique au sens classique du terme, c’est moins le Stendhal romancier (Le Rouge et le Noir) que le Stendhal des essais et des autobiographies (Souvenirs d’égotisme, Vie de Henry Brulard, surtout De l’amour). La fin du film, pas les retrouvailles entre Dédalus et Kovalki, ça c’est typiquement desplechinien (hélas), mais après (qui voit le héros se consoler de son amour raté à travers une sorte de souvenir analytique - Esther et le grec ancien), est très stendhalienne…

Anonyme a dit…

"Desplechin convoque Truffaut à tout bout de champ",c'est trop peu dire;il le pille, il pompe des scènes entières,il reprend les memes procédés stylistiques (les 2 anglaises,mais pas seulement)..par ailleurs la scène des feuilles de grec ancien qui volent dans le vent est pompé sur la scène finale de Ghost Writer, avec les feuilles du manuscrit qui s'envolent...

Buster a dit…

Eh oui, c'est le côté postmoderne de Desplechin… l'intertextualité.

François a dit…

Truffaut ou Stendhal, peu importe, si les citations sont belles. Et puis, c'est surtout lui que Desplechin cite, vous le dites vous-même dans votre billet, Buster.

Buster a dit…

Desplechin qui cite Desplechin en train de citer… :-)

Anonyme a dit…

On vous attend de pied ferme sur le Garrel, Buster !

Buster a dit…

Je n'ai plus envie.

Anonyme a dit…

C'est un tue-l'envie, le Garrel ?

Buster a dit…

Non, j'aime bien le film, même si ce n'est pas un très grand Garrel, mais je suis un peu fatigué.

(en plus je viens de voir Comme un avion, le dernier Podalydès, pour l'instant le meilleur film français de l'année)

Anonyme a dit…

Attendez Buster, vous préférez le Podalydès, petite chose sympathique, mais sans plus, aux films de Desplechin et de Garrel ??

Buster a dit…

Oui je sais, l’ampleur de l’un, l’épure de l’autre… mais c’est comme ça, disons que je préfère le Podalydès (une sorte de Wes Anderson sexualisé - quand Eros s’essore, pour faire un palindrome :-) au Garrel, que je préfère au Desplechin, que je préfère (bah oui, quand même) au Bercot, que je préfère au Brizé, que je préfère au… euh, non, après il y a plus rien.

Anonyme a dit…

"Depuis le ventre de ma mère, je porte en moi un coeur fanatique". Dans les citations, il y a aussi celle de Yeats dont Desplechin semble faire grand cas.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Vous avez enfin donné un but à mon week-end ! Je vais voir ce qui me manque et me livrer aussi à mon petit classement avec chevrons : >>>>
Pour l’instant, j’en suis à : Bercot > Brizé > Desplechin (et, histoire de rassurer tout le monde, le Bercot est au niveau d’un médiocre téléfilm de prestige).
L’esthète décadent que vous êtes n’a pas pu supporter le naturalisme grumeleux de La Loi du Marché, ni sa science du dispositif mastoc qui prend l’eau, ce qui est somme toute normal. Tout en trouvant le film vraiment raté, j’en sauverai une scène et un raccord son. La scène - qui aurait pu aiguiller le film sur autre chose - est celle des caméras de surveillance où Lindon et le vigile se livrent à une exploration panoptique empêchée du supermarché (j’aime beaucoup le détail dans le dialogue : « de toute façon, avec les travaux, on n’y voit rien »). A cet instant, on touche une sorte d’horreur totale de la vie contemporaine pratiquement insignifiante. Cet axe du film, qui est présent comme un repentir, n’est jamais développé par Brizé qui préfère s’en tenir à son survival social, avant une déculottade finale lamentable (et dont il a conscience, cf le détail de l’homme qui marche devant la voiture à la toute la fin, comme pour recadrer sur quelque chose de moins facile et grossier). Le raccord son - que je trouve même magnifique - interrompt la prière d’un prêtre pendant un enterrement avec le froissement des emballages qui se massent sur un tapis de caisse. Cela a l’air sursignifiant, comme ça, mais j’ai été impressionné, beaucoup plus que par les ellipses à tire-larigot, dont la dernière est balourde au possible. Mais bon, le problème de base est que le pseudo-happy end latent sur fond de rigueur haneko-dardenienne demi-molle, ça ne tient pas. Et puis, Lindon lindonise sa bonté prolétaire et son coeur gros comme ça, à vouloir changer de salle (il est meilleur dans la seconde partie où il se tait) ; cet acteur est tellement devenu la caricature sympathique de lui-même qu’à moins d’un rôle de serial-killer coprophile, je ne vois pas comment il peut redevenir surprenant ou même supportable.
Ceci dit, je trouve La Loi du Marché moins pire que le Desplechin et son ampleur de film du milieu en carton-pâte (anecdote personnelle, j’ai croisé aujourd’hui Eric Ruf, que je ne connais pas, dans ces circonstances anodines et que je tairai, mais j’ai réussi à lui faire une remarque soi-disant comique et au fond peu agréable, comme si 3SDMJ m’était revenu ! Serais-je influençable ?)
Enfin, ce classement va peut-être être chamboulé avec l’apparition d’un dédaigné, le Nicloux et ses deux acteurs censément en roue libre. Vivement !

Buster a dit…

Salut valzeur, c'est marrant ce truc de la vidéosurveillance, beaucoup parmi ceux qui défendent (un petit peu) le film, m'en parlent... moi ça m'a échappé (bon j'ai une excuse, l'esthétisme décadent et les hypermarchés ça fait deux)... j'ai surtout était consterné par cette représentation complètement obscène de l'humiliation, mais je comprends qu'en tant qu'hanekien (tout juste sorti du placard) ça vous ait titillé (un petit peu)... Pour le Nicloux, je suis comme vous, vraiment hâte de le découvrir.

PS. Allez voir Comme un avion, vous allez détester.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Sur l’humiliation, non, justement, c’est l’un des énormes problèmes du film. Déjà, même Funny Games n’est pas constitué de 95% de scènes d’humiliation. Et chez Brizé, ces scènes sont découpées plus ou moins n’importe comment, échappant donc à la forme opératique, glacée et prenante du plan-séquence. S’il découpe, Brizé le fait certainement pour une raison, c’est que ces acteurs n’en sont pas d’où l’impossibilité d’être bon et juste du début à la fin de la scène (il suffit de penser à l’affreux moment où le DRH se dépêtre de la réunion post-suicide de l’employée licenciée). D’où le défaut de conception originel : filmer à la même hauteur des non-professionnels dans leur rôle et un acteur en représentation dans le sien ; personne n’est vraiment à sa place.
Si le tournant panoptique du supermarché est aussi marquant, c’est que l’on voit sur les images de vidéo-surveillance des êtres humains ravalés au rang de consommateurs se livrer à la passion la plus triste qui soit : l’achat de babioles ou de nourriture recomposée comme si leur vie - ou porte-monnaie - en dépendait (ces moments de réflexion avant de prendre ou de reposer tel ou tel article). A ce moment, Brizé est le cousin pas honteux du Romero de Zombie ; cela ne dure malheureusement que 4 ou 5 minutes, mais c’est déjà quelque chose (contrairement au Desplechin).

Oui, je vais certainement détester Comme un avion ; je goûte peu Podalydès et je m’attends déjà à tomber sur du Pascal Thomas bien peigné et tout mignonnet (Griffe et moi avions subi son ignoble Valentin, Valentin, j’espère quand même que ce sera moins pire…)

Griffe a dit…

Coucou valzeur ! Pour établir la vérité, je n'ai pas détesté Valentin, Valentin. Quant au Podalydès, il n'est pas mignonnet du tout, bien au contraire : je l'ai trouvé sinistre et mesquin... À suivre !

valzeur a dit…

Salut Griffe,

On avait quand même pensé un sale moment dans mon souvenir ! (La prochaine fois, je fais croire que tu as adoré Amour)
Bon, le Podalydès, j’essaie d’y aller demain ; Buster, je vous en veux déjà !

Buster a dit…

De rien valzeur… Comme un avion n’est peut-être pas parfait, on peut tiquer sur certains passages, notamment dans la partie champêtre, les personnages de la guinguette, c’est un peu too much par moments, mais le film est dans l’ensemble une très belle réussite, très drôle, empreint aussi d’une douce gravité, pas du tout sinistre ni mesquin (comme le prétend Griffe), seulement ce petit côté corrosif propre au cinéma de Podalydès qui permet justement de ne pas tomber dans la mignardise... bon je dis ça pour la forme, puisque je sais pertinemment que vous n’aimerez pas.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Vous savez qu’il ne faut jamais dire jamais ?

Alors voilà : Podalydès > Bercot > Brizé > Nicloux > Desplechin (manque le Garrel, plus bien envie)

Je vois exactement tout ce que Griffe reproche au Podalydès, mais malgré tout, j’ai passé un moment plaisant, presque aérien (hormis les 30 affreuses premières minutes). Je relativise toutefois mon agrément puisque dans 3 jours, je sens bien qu’il ne me restera pas grand chose, voire rien de Comme un avion, mais c’est mignon tout plein. Et la figure énervante de Bruno P. lui-même m’a moins repoussé que prévu (son physique est un étrange condensé Canal+ puisqu’il emprunte vulgarité naïve à Alain Chabat et séduction roublarde à Antoine de Caunes). La présence de Vimala Pons m’a même fait considérer son cinéma actuel comme du Peretjatko ralenti (et donc plus supportable d’autant que privé de Macaigne). Ceci dit, la nanification mythique a plus de force dans le dernier Cavalier - qui n’est pas non plus son meilleur.

Parlons plutôt de la giga-déception du moment : Valley of love, vraiment pas bon. Avoir les deux probables plus grands acteurs français du siècle dernier et leur faire jouer une situation squelettique à coup de dialogues débiles, c’est vraiment pitié. Alors évidemment, Nicloux oppose les contraires de ses monstres sacrés : gros-maigre, chaud-froid, carnassier-végétarien, contrôle-abandon mais ça ne débouche vraiment sur rien. Comme dans l’Enlèvement de Michel Houellebecq, il tente la mise en tension de personnages réels dans une fiction pseudo-documentaire, mais il se plante fortement ; la dimension ironique qui faisait le sel de l’Enlèvement grince beaucoup dans le contexte (Depardieu a vraiment perdu un enfant). Et le contraste entre Depardieu et Huppert ne joue pas en faveur de cette dernière qui construit son personnage de l’extérieur et n’est donc le plus souvent que dans la performance. Par contre, Depardieu est absolument bouleversant, et la seule raison de voir Valley of love. Le long plan de nuit où la caméra le suit dans le motel est un moment marquant de présence réelle (alors que le même consacré à Huppert en ouverture marquait la disparition de l’actrice et du personnage, toujours un peu ailleurs). Vous pouvez y aller, Buster, mais ne vous attendez pas à grand chose, c’est con comme (la Vallée de la) Mort, quand même.

Buster a dit…

Salut valzeur,

Content que vous ayez apprécié le dernier Podalydès, même si dans trois jours tout sera oublié... ce qui n’est pas rien (d’habitude c’est dans les 24h que vous oubliez les films). Le Nicloux je vais essayer de le voir avant mon départ (bah oui, je repars à nouveau, pas en ballon cette fois, ni en kayak, mais en train-couchette), ce que vous en dites est assez conforme à ce que j’en attends finalement, un film qui n’existe que par la "présence" de Depardieu. Si celui-ci est à ce point bouleversant (ce que je crois volontiers), et quand bien même le film serait vain et insignifiant par ailleurs, en plus bancal du fait du jeu, trop dans la "performance", d’Huppert, eh bien c’est déjà pas mal…

Lucie a dit…

Encore parti ?

Buster a dit…

Hé...