samedi 20 juin 2015

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Drôle d'endroit pour une rencontre.

Vu Valley of love de Guillaume Nicloux. Oui le scénario est ultra-mince, minuscule même, et alors? ça nous change de tous ceux, surécrits, dont nous gave le cinéma français à longueur d'année. Valley of love est un film minimaliste, qui de fait ne cède pas à la pompe, quant à la dimension mystique et/ou spirituelle de son sujet, même si le projet, lui, de par son dispositif de départ (deux comédiens parmi les plus grands du cinéma français - Gérard Depardieu et Isabelle Huppert - parachutés dans le désert américain), n'est pas sans démesure. Un dispositif qui rappelle celui du premier film de François Dupeyron, Drôle d'endroit pour une rencontre, avec Catherine Deneuve et déjà Gérard Depardieu, sauf qu'ici il ne s'agit plus d'une aire d'autoroute, mais de la Vallée de la mort, un lieu plus mythique (trop peut-être), plus lumineux, à l'échelle de ces acteurs, alors que chez Dupeyron (où la mise en abyme jouait moins, évidemment, mais jouait quand même), le décor, anonyme, trivial, servait surtout de contrepoint, la grisaille de l'endroit rehaussant encore davantage, par contraste, le pouvoir d'attraction exercé par Deneuve et Depardieu, ainsi réunis. Dans Valley of love la banalité ne vient plus du décor et de la situation mais des dialogues, volontairement pauvres (en même temps, souvent très drôles), échangés entre deux stars parfaitement antinomiques (je n'insiste pas), le film s'attachant alors, via une incursion par petites touches (et quelques stigmates) dans le fantastique (ou plutôt l'étrange), via surtout le jeu même des deux acteurs, à créer des points de contact - on pourrait parler de cristallisation - qui voit Depardieu et Huppert faire couple, au sens de la complémentarité. C'est ça vraiment qui rend Valley of love si passionnant et par moments bouleversant; et permet d'oublier le dispositif (et ses différentes "stations"), la Vallée de la mort se réduisant à ce qu'elle est originellement, dégagée de sa puissance symbolique et des interprétations fumeuses qu'elle engendre inévitablement, un pur espace, sauvage, immense, dans lequel viennent s'engouffrer, non seulement le corps obèse de Depardieu (pour le coup moins envahissant que dans ses derniers films), transpirant et grognant, sous la chaleur plombante qui est propre à cette région, mais surtout une autre histoire que celle du film (ce truc de rendez-vous post-mortem avec le fils suicidé, je n'insiste pas, là non plus), une autre histoire d'autant plus troublante qu'elle reste à la charge du spectateur - sauf à certains moments (quand Depardieu et Huppert jouent leur propre rôle de façon trop explicite) -, et qu'elle touche au passé des deux comédiens, surtout celui de Depardieu (d'où peut-être cette impression de déséquilibre par rapport à Huppert), à sa filmographie, qui fait par exemple que par instants c'est Danton ou le Depardieu de chez Ferreri qui semble resurgir, étonnant phénomène de réminiscence, mais plus encore à ce qui a marqué sa vie, moins d'ailleurs la mort de son fils Guillaume, à laquelle on pense forcément, qu'à quelque chose de plus vague, de plus subjectif, qui permet de réintroduire le personnage d'Huppert, lorsque le visage de celle-ci, on ne sait trop comment (l'étrangeté vient de là aussi), change de physionomie, qu'on ne le reconnaît plus, et qu'à la place on croit voir Elisabeth, le premier grand amour de Depardieu. Une autre façon, plus émouvante, de dire la rencontre et la perte, autrement dit l'amour... car Valley of love ce n'est que cela finalement: un beau film d'amour.

Sur ce je me sauve... A bientôt.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Bon voyage.

Anonyme a dit…

Super nul, Valley of love

Anonyme a dit…

Nicloux, encore un copain à vous Buster